Pour cette 100e édition, les organisateurs n’ont pas souhaité débuter par une épreuve chronométrée (ni prologue ni clm), en revanche ils ont prévu un clm par équipes à Nice, puis un clm tout plat au Mont-Saint-Michel, et enfin un clm très accidenté entre Embrun et Chorges, exercice demandant à la fois des qualités de grimpeur, de descendeur et de rouleur, donc d’être assez complet.

Court en distance (32km) mais pas en temps (pratiquement le double de celui disputé en 2e semaine pour une trentaine de bornes dans les 2 cas), ce clm était composé grosso modo de 4 parties : 2 difficultés de 2e catégories longues chacune de 6 à 7 kilomètres (la Côte de Puy-Sanières puis la Côte de Réallon) et 2 descentes, une première extrêmement technique et dangereuse, la seconde beaucoup plus roulante. Ces routes sont en grande partie celles du Triathlon d’Embrun,

J’en reviens à Péraud, alors 9e au général à 3’ du 5e. En consultant les résultats du clm, on peut imaginer qu’à 100% de ses moyens et sur un terrain sec, il aurait pu éviter de perdre du temps sur ses concurrents directs et reprendre jusqu’à 1’30 sur d’autres comme Laurens Ten Dam (Belkin). La plupart des coureurs bien classés ont réussi une performance qualifiable de bonne à correcte à l’exception des 2 Néerlandais, Bauke Mollema (Belkin) ayant aussi pris un petit éclat. "La montagne des Hollandais", c’est l’Alpe d’Huez, ce n’était clairement pas aujourd’hui. Ils ont tous les 2 loupé un virage, le premier est tombé en percutant même un enfant, le second s’est mangé la barrière là où Péraud a glissé, le Batave a eu plus de chance, il est resté debout.

Le leader d’AG2R a chuté pendant la reconnaissance, il s’est ramassé violemment dans un virage en dérapant sur du gravier, je ne sais pas s’il s’agissait de la première ou seconde descente, mais le résultat est le même : trait de fracture à la clavicule, plaies et contusion au coude et au genou… Toutefois, malgré les perspectives de souffrance pendant les terribles étapes de montagne à venir, il a décidé de prendre le départ car c’est le Tour de France. On n’abandonne pas le Tour de France. Le prix du combatif du jour lui serait revenu s’il avait pu franchir la ligne d’arrivée et si on en remettait un à l’issue des clm (ce n’est pas le cas^^).

Le vice-champion olympique 2008 de VTT ne s’est pas contenté d’essayé, il a tout donné, n’a pas hésité à prendre des risques dans les virages et les descentes. On peut le dire, il a été bon et même excellent si on tient compte de son état. Il aurait probablement terminé vers la 15e, au pire la 20e place… sans une seconde chute à 2 petits kilomètres de l’arrivée. La route était glissante dans un des derniers virages – si ce n’est le dernier – de la descente, sa roue avant a chassé, il a violemment heurté le sol du côté droit, le même que le matin, cette fois il ne pouvait plus repartir, son épaule était en vrac. On n’a pas tout de suite vu les images, on a compris qu’il s’était passé quelque chose en voyant sa voiture approcher de la ligne d’arrivée et prendre la bifurcation juste avant l’arrivée : devant cette voiture il n’y avait pas de vélo, donc pas de cycliste, il était monté dedans. Le matin, c’était évitable, l’après-midi, il a juste été victime de l’état de la route et de l’injustice inhérente au clm, une injustice dont il sera question dans quelques lignes car elle a aussi été vécue par d’autres.

Pour AG2R dont le classement général par équipes est un objectif, le coup est extrêmement dur.

Les autres Français ayant les capacités de réussir une performance de qualité aussi ont eu la poisse. La météo est devenue pourrie au moment où ils passaient (ça a commencé à tomber vers 15h) : orage, forte pluie, grêle pour certains (gros grêlons de surcroit), c’était assez terrible. Dans ces conditions, il est suicidaire de prendre des risques dans les descentes, c’est déjà bien assez dangereux. On s’attendait à ces aléas météorologiques, ils ont bien plombé certains coureurs, je pense notamment à Arnold Jeanneson (FDJ) qui avait réalisé le 2e temps intermédiaire provisoire au sommet du 1er col, la pluie lui a clairement coûté une place dans le top 12 de l’étape, il a terminé 24e et 1er Français (à 2’53 du vainqueur). Sylvain Chavanel (Omega Pharma-Quick Step) a été grosso modo dans le même cas, il n’est pas à sa place au classement, 29e à 3’12 dont une très grande partie perdue dans la 1ère descente. Chez AG2R, Romain Bardet et John Gadret ont lâché respectivement 3’53 et 3’31, ils me semblent aussi être partis pendant cette mauvaise période, contrairement à Christophe Riblon qui s’en est mieux sorti (25e à 2’54) grâce à un bon finish et à une route a priori plus praticable (sans être bonne car elle était rapiécée, gravillonneuse et glissante par endroits, mouillée ou sèche selon les coins). Alexandre Géniez (FDJ) a également bénéficié d’un départ anticipé par rapport aux autres Français, il s’est classé 26e. Je termine avec Pierre Rolland (Europcar), relégué à 5’ en n’ayant pas du tout fait la 1ère descente, il y a perdu au moins 3 minutes, il a d’autres objectifs, une victoire d’étape et le maillot à pois (10 points étaient distribués, ils ont été pris par les cadors en lutte pour le général), risquer la chute à cause de cette pluie aurait été stupide.

L’injustice liée aux changements de conditions est une des raisons pour lesquelles je n’aime pas les clm (j’ai déjà tout expliqué à ce sujet). Heureusement ils ont eu un impact limité pour la course au podium car avec le retour du soleil et un peu de vent, la route a eu le temps de redevenir plus praticable au moment où les cadors la pratiquaient. On a toutefois longtemps cru que Tejay Van Garderen (BMC) allait profiter de sa débandade dans les Pyrénées pour emporter le morceau grâce à la pluie. Parti avant l’orage, assez lentement de surcroît (son retard au 1er point intermédiaire était conséquent), il a pu réaliser des temps de référence longtemps restés imbattables. Le retour du soleil a permis aux favoris ayant pu et su tenir leur rang de le battre. Il a finalement pris la 10e place à 1’51 de Chris Froome (Sky), grand favori et grand gagnant de cette épreuve grâce… à une énorme erreur stratégique de l’équipe Saxo-Tinkoff dont le leader a été pour ainsi dire plombé par son matériel.

La plupart des concurrents ont disputé l’étape avec un vélo normal (avec ou sans guidon triathlète), ensuite, ceux décidés à le réaliser sérieusement ont pour la plupart changé de monture au sommet de la 2e difficulté – avec quelques nuances – pour terminer avec le vélo spécial de clm, beaucoup plus adapté pour le dernier tiers de la course infiniment plus roulant. Selon les cas, le changement de vélo prenait 10 à 20 secondes (certains ont mieux géré la chose que d’autres).

Contador aurait pu gagner, il a choisi la mauvaise équipe, celle des rois de la tactique moisie. Pourquoi Diable prendre le départ avec une roue lenticulaire et ne pas changer de vélo comme les autres ? Ce choix l’a à la fois obligé à trimballer plus de poids dans les montées – car ça pèse mine de rien – et l’a privé des avantages du matériel spécifique de clm (la position et la pénétration dans l’air sont différentes). Ne cherchez pas ailleurs pourquoi Froome lui a repris une vingtaine de secondes dans la dernière portion après avoir effectué son arrêt pour changer de vélo AVANT le chronométrage intermédiaire. Il y a perdu 1 ou 3 points au classement du meilleur grimpeur mais a bien brouillé les cartes (il était seulement passé avec le 4e meilleur temps à 11 secondes). On parle souvent d’un grand souci du détail chez Sky, cette fois ils ont très mal préparé leur coup, il y avait moyen de gagner au moins 5 ou 6 secondes en effectuant la substitution de vélo.

Alejandro Valverde (Movistar) a pris le meilleur temps à Van Garderen (il l’a explosé de 1’21), puis Joaquim Rodriguez (Katusha) a pris sa place au sommet du classement. Ce dernier a été battu à son tour par Contador mais d’un rien, pour 72 centièmes ! On le voyait vraiment dans le dur sur la fin, c’est pourquoi la victoire de Froome pour 9 secondes n’a pas étonné grand monde, d’autant qu’il était grand favori. Il a très certainement bénéficié de renseignements concernant les performances de ses concurrents. Romain Kreuziger (Saxo-Tinkoff) s’est intercalé, il a pris la 4e place à 23 secondes du Britannique, ceci avec un seul vélo.

Les autres belles performances à relever tout particulièrement sont celles des jeunes : Nairo Quintana (Movistar), de Michal Kwiatkowski (OPQS) et Andrew Talansky (Garmin).

Voici le classement de l’étape (on s’arrête au 16e premiers, j’ai déjà abordé le cas des Français) :
1. Froome
2. Contador +00’09"
3. Rodriguez +00’10"
4. Kreuziger +00’23"
5. Valverde +00’30"
6. Quintana +01’11"
7. Kwiatkowski +01’33"
8. Fuglsang +01’34"
9. Talansky +01’41"
10. Van Garderen +01’51"
11. Mollema +02’09"
12. Monfort +02’17"
13. Rogers +02’25"
14. Izagirre (Jon) +02’25" (Son frère, Gorka Izagirre, n’a pas pris le départ)
15. Schleck +02’27" (Belle perf pour le Luxembourgeois !)
16. Ten Dam +02’29"
32. Martin (Dan) +3’22"

Notons aussi que Cadel Evans (BMC) a fait un clm ridicule, ça sent l’attaque de loin dans les prochains jours. Sachez-le également, cette fois Richie Porte (Sky) en a gardé sous la pédale en prévision de l’étape de jeudi.

On va terminer avec le classement général. C’est clairement plié pour la victoire, en revanche derrière tout semble possible.
1. Froome 66h07’09"
2. Contador +04’34"
3. Kreuziger +04’51"
4. Mollema +06’23"
5. Quintana +06' 58"
6. Rodriguez +07' 21"
7. Ten Dam +08' 23"
8. Fuglsang +08' 56"
9. Kwiatkowski +11' 10"
10. Martin (Dan) +12' 50"
11. Rogers +13' 19"
12. Valverde +15' 12"
13. Talansky +15' 13"
14. Navarro +16' 43"
15. Monfort +17' 04"
16. Schlack +23' 34"
17. Nieve +23' 36"
18. Evans +24' 44"
19. Moreno +27' 35"
20. Bardet +28' 43"

Demain, la guerre !