Quelques minutes plus tard, la décision est prise de tout envoyer si une bonne carte se présente dans votre main. Et là… Avec un As et un 3, All in ! Vous êtes 4 à entrer dans le coup, ça va être la guerre mais le gain potentiel est énorme, vous partez avec un As, mais c’est un "petit As", ce n’est pas l’idéal face notamment à une paire de rois, une paire de valet.

As, Roi et Valet au flop… ça sent mauvais ! Le 4e a déjà sa suite, les autres ont des brelans, vous êtes à la rue. Un autre As à la turn vous donne un brelan mais offre un full à l’un, un autre full à une autre, mais vous n’êtes pas perdu, vous avez même récupéré une chance de vous en sortir, il vous faut absolument le 4e As. A la rivière, c’est magique, c’est un As ! Vous ne partais pas favori, tant s’en faut, mais ce carré d’as renverse la table, vous procurant un moment d’europhorie inoubliable en plus de vous couvrir d’or, tout ce qui s’est passé auparavant est oublié en un clin d’œil, les autres sont dégoûtés façon Nathan Adrian (le champion olympique du 100m NL, lanceur du 4x100m US, a quitté le podium pour aller vomir au moment où les Français montaient sur la boîte).

Pour comprendre où je veux en venir il faut avoir quelques notions de poker et avoir suivi la première session de l’après-midi des Championnats du monde de natation. Si tel est le cas, vous aurez compris que la Reine est Camille Muffat, que le petit As est Yannick Agnel, vous aurez identifié les 3 autres As, sont dans l’ordre Florent Manaudou, Fabien Gilot et Jérémy Stravius. Les Rois, les Valets et le reste de la suite sont les relayeurs américains, australiens et russes.

Ne nous mentons pas, quand Camille Muffat s’est noyée sur 400m NL, coulée mentalement par la stratégie de Katie Ledecky, jeune[1] mutante représentant les Etats-Unis, ça nous a fait très mal au crâne, certains ont gardé la joue rouge après cette violente claque, pour d’autres il s’agissait d’une bosse après le coup de marteau sur la tête… Puis quelques minutes plus tard, quand Yannick Agnel a touché en 7e position après avoir pris le départ du relais 4x100m NL, la fin du monde semblait être pour aujourd’hui. La remontée fantastique a alors commencé… Magique.

On va y revenir en déroulant le fil de la session de la fin d’après-midi.

Tous les champions olympiques français en activité ont nagé aujourd’hui (Amaury Leveaux l’a fait quelques heures plus tôt en séries). Notre reine des bassins, a disputé le 400m NL, auparavant, Florent Manaudou avait disputé les demi-finales du 50m papillon, on l’a revu plus tard au sein du relais lui aussi champion olympique avec Agnel, Gilot et Stravius.

L’après-midi a débuté par les demi-finales du 100m papillon féminin, une épreuve qui je l’avoue ne provoque pas chez moi un enthousiasme fou.

On a enchaîné avec la première finale de ces championnats, celle du 400m NL masculin. Yang Sun (ou Sun Yang) était le grand favori, son palmarès suffit à comprendre pourquoi (vice-champion en 2011, champion olympique à Londres). Sur les plots on a vu plusieurs noms pas hyper connus dont ceux de jeunes nageurs, année post-olympique oblige. Park, Biedermann ou encore Agnel absents, le Chinois se devait de l’emporter. Pour quelqu’un qui vise le triplé 400/800/1500m, échouer aurait fait tache. Il lui fallait partir vite, continuer vite, ralentir le moins possible. En avance sur les temps de passage du record du monde de Biedermann (en combinaison, ça date de 2007), il a un peu fléchi à partir de la mi-course, d’où une victoire très nette un temps assez décevant à voir sa tête à l’arrivée (3’41"59). Il n’y a eu de course qu’entre les autres, le sprint pour les 2 autres médailles a été très serré, Kosuke Hagino a devancé Connor Jaeger, Ryan Cochrane a échoué à la 3e place pour 17 centièmes. Chine, Japon, Etats-Unis.

Courses suivantes, les demi-finales du 200m 4 nages féminin. Ye Shiwen s’est promenée dans la première, Mireia Belmonte a satisfait son public en prenant la 2e place. Comme beaucoup de ces filles ont un programme très lourd pendant 8 jours, il n’est pas étonnant que certaines aient contrôlé. Katinka Hosszu n’a pas trop joué, elle a fait sa course, pas à 100%, ça lui a offert une victoire très large. Elizabeth Beisel a été sortie, on peut parler de surprise (elle est plus à l’aise sur le 400m 4 nages).

On alterne les courses masculines et féminine, c’était alors au tour des hommes, ceux qualifiés pour les demi-finales du 50m papillon. Les 2 Français ont participé à la seconde. Lors de la première, César "furosémide" Cielo et Matt Grevers ont notamment affronté Rafael Mũnioz, star de la natation espagnole (qui en possède peu). Cielo a battu la MPM (22"86), devançant l’Ukrainien Andriy Govorov[2] et le Biélorusse surprise, Yauheni Tsurkin.

Fred Bousquet détenait la MPM (23"00) avant de voir 3 gars aller plus vite quelques secondes avant d’entrer à son tour au bord du bassin. Florent Manaudou était le favori de la course avec le Sud-Africain Roland Schoeman. Le départ des Français a été excellent, on a ensuite vu l’aîné prendre la tête, néanmoins Nicholas Santos a gagné à la touche (en 22"81) devant Fred Bousquet (22"93) et l’Allemand Steffen Deibler. On peut imaginer que Manaudou n’ait pas voulu tout donner, en gardant un peu pour le relais, il a fini 4e en 23"15. 7e qualifié, il sera à l’extérieur, ça ne vous rappelle rien ? Même pas une certains finale du 50m NL aux JO ?

Schoeman et Mũnioz sont passé à la trappe, c’est assez considérable, la finale semble extrêmement ouverte. Les 2 Français sont passés, c’est le principal, les 2 Brésiliens seront attendus dans la mesure où ils ont réalisé les 2 meilleurs temps. Après avoir fini 4e et 5e il y a 2 ans, Bousquet et Manaudou ont droit à leur revanche.

On l’attendait, le premier grand moment de ces Mondiaux pour la natation française a débuté à 18h55 avec la présentation des finalistes du 400m NL F. Camille Muffat à la ligne d’eau n°7, on ne s’y attendait pas, mais pourquoi pas ? Championne olympique en titre, invaincue depuis 2 ans, auteur des 3 meilleures performances mondiales de la saison, elle restait favorite pour la victoire après ses médailles de bronze à Shanghai et d’or à Londres (où elle avait eu du mal à battre Allison Schmitt, à la rue cette saison). La plupart de ses grandes rivales sur cette distance étaient absentes, en principe rien ne pouvait l’empêcher a minima de monter sur le podium.

Pour rappel, il y a 3 ans à Barcelone l’équipe de France d’athlétisme a empilé les médailles (18 dont 8 en or) comme on empilerait les jetons en plein rush pendant une partie de poker. Il s’agissait de Championnats d’Europe, la performance était belle mais à relativiser en raison du niveau européen assez limité dans certaines discipline. Peu importe la compétition, l’important n’est pas là, l’important est de se souvenir d’une chose : à Barcelone, la France joue à domicile. Les supporters français peuvent s’y déplacer en masse, ils ne manquent pas de le faire. On les voit, ils sont nombreux, bruyants, presque plus que les Espagnols ! Melanie Costa et Camille Muffat ont eu droit pratiquement à la même ovation.

On se demandait de quoi était capable Katie Ledecky, championne olympique sur 800m avec un culot monstre et un temps de passage incroyable aux 400m… On a vu.

Camille n’a pas fait un gros départ, c’est parti très vite du côté de Ledecky, nettement plus vite que le record du monde après 200m, Muffat était loin des autres, isolée dans son couloir, elle pouvait difficilement toutes les voir, mais le plus préoccupant n’était pas là : après être restée dans le coup pendant 100m, elle a bu la tasse, larguée comme toutes les autres par une gamine de 16 ans a priori dingue, a priori seulement. On espérait un retour, au moins pour accrocher le podium, la Niçoise n’a jamais été capable d’accélérer. Tactiquement, je m’attendais à autre chose, à ce qu’elle parte quasiment comme un 200m pour montrer aux autres qu’elle était la patronne et à la limite les avoir au bluff si jamais elle n’était pas dans un grand jour (un peu façon Laure Manaudou à Montréal en 2005 après son titre olympique à Athènes dans cette épreuve, elle s’était qualifiée à l’arrache et avait pris tous les risques en finale pour l’emporter une nouvelle fois). Après être restée dans le paquet au début, elle a craqué, pourtant à 75m de la fin elle n’avait qu’une longueur de retard sur la 3e. C’était assez terrible.

La démonstration de Ledecky ressemblait vraiment à un énorme bluff, on a vraiment cru qu’elle se suicidait en allant à une vitesse totalement folle. Ses temps de passages étaient improbables. En réalité, elle cachait un monstre aquatique, une sorte de quinte flush royale en version waterproof. Elle a refait le coup de Londres, mais sur 400m. Et elle a encore le 800 et le 1500m.

J’ai noté les temps de passage (entre parenthèses la différence avec ceux du record du monde de Pellegrini réalisés en combinaison, il est de 3’59"15), ils sont dingues.
0-100m :
28"05 (-0.41)
58"12 (-0.54) ->30"07
100-200m :
1’28"25 (-0.72) ->30"13
1’58"74 (-0.68) ->30"49
200-300m :
2’28"85 (-0.81) ->30"09
2’59"29 (-0.64) ->30"44
300-400m :
3’29"94 (+0.15) ->30"65
3’59"82 (+0.67) ->29"88
Il s’agit bien entendu du 2e meilleur temps de l’histoire, du record du monde sans combinaison

Costa a bien tenu tout du long en 2e position, elle a encore battu son record (4’02"47), comme lors des séries, et a ainsi apporté leur première médaille aux Espagnols.

Lauren Boyle a pris la 3e place en 4’03"89, la Néozélandaise a dû batailler pour devancer la Britannique Jazmin Carlin de 14 centièmes.

Camille totalement à la rue, 7e dans un temps de 4’07"67 totalement indigne d’elle, ça fait vraiment mal. A son niveau normal, elle décrochait une médaille, à celui de son record de France elle prenait la 2e place, peut-être même la première car l’Américaine aurait pu se crisper en voyant que son coup de folie ne suffisait pas. Forcément, on s’interroge. Est-ce explicable par le contrecoup des JO ? La stratégie de Ledecky est-elle la principale responsable de cette déroute ? Les Niçois ont-ils loupé leur préparation ? La polémique générée par son entraîneur (Fabrice Pellerin) a-t-elle eu pour effet de la perturber ? La principale intéressée dit que non. Il lui reste le 200m et le 4x200m, on verra.

Encore sous le coup de cette énorme claque, j’ai eu du mal à me concentrer sur les demi-finales du 100m papillon masculin. C’est allé encore plus vite que ce matin, 59"23 pour Christian Sprenger (Aus), 9 sous la minute, le légendaire Kosuke Kitajima étant le dernier qualifié en 59"92… Le niveau est impressionnant !

On avait encore le 4x100m pour se refaire, pas le féminin pour des raisons déjà expliquées, mais le masculin.

Le relais féminin a été l’occasion pour Missy Francklin de débuter ses Mondiaux, elle a été pulvérisée (+1"18) au départ par l’Australienne Cate Campbell dont le temps de 52"33 est un record du monde en maillot textile. Bronte Campbell, sa sœur, a pris le 2e relais et a passé le témoin devant les Etats-Unis malgré une bonne perf de Natalie Coughlin (moins de 53" lancée), puis Emma McKeon a conservé sensiblement la même marge en faisant à peu près jeu égal avec Shannon Vreeland (en fait elle a été plus rapide de 3 centièmes). Le dernier relais d’Alicia Coutts n’a pas été mauvais, seulement elle est tombée sur une certaine Megan Romano, dont la seule expérience internationale date des Championnats du monde 2012 en petit bassin. Non contente de revenir sur l’Australienne, elle a réussi à la battre à l’issue d’une dernière longueur totalement dingue, ça s’est joué à la touché très loin devant les autres… Un scénario rappelant celui du 4x100m masculin à Pékin il y a 5 ans. Coutts a sans doute payé le fait d’avoir déjà nagé à la fois le 200m 4 nages et le 100m papillon, cette finale était sa 5e course de la journée, la 3e de l’après-midi.

Les Pays-Bas d’Elise Bouwens (qui a pris très cher, 55"68), Femke Heemskerk (52"86), Inge Dekker (étonnant 2e maillon faible, 54"58) et Ranomi Kromowidjojo (52"65), ont pris la 3e place devant la Suède.

Le relais masculin. Enfin. 19h36… L’attente était longue !

L’or pour la France ? Non. En principe c’était impossible, l’Australie, déjà grande favorite aux JO, s’était loupée en faisant n’importe quoi, elle ne pouvait pas avoir commis de nouveau les mêmes erreurs et allait concrétiser son potentiel avec 2 nouveaux nageurs par rapport aux séries, James Magnussen et Cameron McEvoy (Kenneth To et Matthew Targett ont été sortis). La composition était la suivante : James Magnussen, Cameron McEvoy, Tommaso D'Orsogna, James Roberts. Si je ne me trompe, la tactique était de mettre le plus fort au départ, le n°3, le moins fort et enfin le 2e meilleur pour finir.

Ceci dit, les Russes semblaient être des concurrents extrêmement sérieux, peut-être même les favoris compte tenu de la performance réalisée chez eux le 10 juillet à Kazan – où auront lieux les ChM 2015 – lors des Universiades : 3’10"88 avec le même relais dans le même ordre à savoir Andrey Grechin, Nikita Lobintsev, Vladimir Morozov et Danila Izotov. Les 2 du milieu ont remplacé Lagunov et Sukhorukov. Tactiquement, c’est différent, le meilleur est placé dans le 3e relais, le 2e plus fort prend le départ, les 2 autres sont à peu près au même niveau.

Dans un relais, il faut toujours se méfier des Etats-Unis, surtout quand il aligne le champion olympique en titre au départ, Nathan Adrian, un cador multicarte en 2e, à savoir Ryan Lochte, puis un ancien champion olympique et champion du monde de sprint en 3e, Anthony Ervin. Le dernier est moins fort. Ce Jimmy Feigen (48 "39 départ arrêté le matin) aurait aussi bien pu se voir préférer Ricky Berens (rapide en série avec un bon 47"56, contrairement à Conor Dwyer) ou encore Matt Grevers (qui s’est loupé au 50m papillon).

Et puis il y avait la France…

Les patrons de l’équipe de France de natation ont tenté un gros coup de poker en sortant leur carré d’as, les étrangers se méfiaient de Yannick Agnel, beaucoup moins de Florent Manaudou, Fabien Gilot et Jérémy Stravius. Tant mieux pour nous.

Manaudou, champion olympique surprise du 50m NL n’a quasiment aucune expérience sur l’aller-retour, mais étant détenteur de la meilleure performance française de la saison sur 100m NL, étant apparu en grande forme lors de sa course du matin, ne pas l’aligner aurait été insensé. Gilot est le taulier du relais mais a connu beaucoup de galères ces dernières saisons, notamment un grave accident de plongeon, il a aussi eu des problèmes physiques cette année et n’était pas au top de sa condition lors des Championnats de France qualificatifs pour Barcelone, il a gagné sa place pour la finale en nageant très vite en séries. Quant à Stravius, il est phénoménal, mais comme il a loupé sa saison olympique, ne participant qu’aux séries des relais (après avoir été champion d’Europe du 4x100m dans une équipe très différente de celle des JO), il n’inspirait pas la crainte aux grosses nations. Tactiquement, c’était très malin, on aurait pu mettre Manaudou en premier en raison de son excellent départ mais l’envoyer au feu à côté de Magnussen, Adrian et compagnie était sans doute trop risqué. Le présumé plus fort a débuté, le moins expérimenté a suivi, puis les 2 plus expérimenté ont terminé en finissant avec l’homme en forme, le garçon le plus technique, capable de profiter des vagues et de prendre plusieurs mètres à ses adversaires avec ses coulées. Avoir pu remplacer 3 nageurs entre les séries (Amaury Leveaux, Grégory Mallet et William Meynard) et la finale est une première me semble-t-il. C’est aussi un avantage supplémentaire.

Agnel n’a pas offert beaucoup de résistance lors du premier relais, il a vite été lâché, Manaudou est parti 7e, il n’a pu revenir sur les 3 autres équipes favorites mais est revenu en 4e position avec une grosse fin de course. On pouvait de nouveau espérer une médaille, mais certainement pas l’or. Gilot a alors été monstrueux, il est revenu comme une bombe, c’était grandiose. Quand Stravius a plongé, il était à portée de fusil des autres équipes (environ une demi-longueur), j’étais certain de l’issue de la course, le titre était promis à la France. Ça n’a pas manqué.

Stravius a touché en premier (3’11"18), ça s’est joué à 2 centièmes (3’11"42 et 3’11"44) entre les Etats-Unis, médaillés d’argent, et la Russie, médaillée de bronze. L’Australie a manqué le podium (3’11"58).

Première surprise, les cadors n’ont pas été bons. Adrian (47"95) peut faire beaucoup mieux mais est parti comme un fou, il a craqué sur la fin, Magnussen est encore passé à côté (48"00 alors que normalement il fait 47"5 facilement), Grechin (48"09) peut aller un peu plus rapidement. Agnel, lui, a même été très moyen (48"76) et a eu de la chance de ne concéder que 8 dixièmes, l’écart aurait pu être proche de la seconde ½, de retard avec une perf aussi moyenne. Ces chronos illustrent merveilleusement la différence de pression entre une course individuelle dans un meeting et celle subie lors d’un relais en grand championnat avec tous les cadors à côté de soi.

A vrai dire, ce retard important a peut-être bénéficié à Manaudou, on n’avait plus grand-chose à perdre, il pouvait se lâcher, de toute façon il ne serait pas celui qui avait plombé le relais. Son temps (47"93) est très correct pour un garçon qui découvre à peine le 100m et a fortiori le relais. Son départ a comme toujours été excellent, il a ensuite tenté de profiter de la vague du Russe en se collant à sa ligne d’eau et a pu en remettre une couche sur la fin pour en remettre lancer Gilot 4e bien que loin de la tête. Le néophyte n’a presque rien perdu sur Lobintsev (47"91) et Lochte (47"80), seul Cameron McEvoy (47"44) a réussi à creuser un écart dans ce 2e relais.

Déjà médaillé il y a 10 ans à Barcelone lors des Championnats du monde, à l’époque grâce à un dernier relais extraordinaire de Fred Bousquet (47"03 lancé, une perf incroyable en 2003), Gilot a enfilé son costume de super-taulier pour réussir ce qui constitue le 5e 100m lancé le plus rapide de l’histoire en textile. Il a merveilleusement profité de la vague sans doubler personne. Pas grave, il a recollé (en particulier dans les 20 derniers mètres), c’était le principal. Le 3e relais était la clé de ce 4x100m, il a complètement relancé la France mais aussi les Etats-Unis et la Russie grâce à de bonnes performances d’Ervin (47"44) et de Morozov (47"40… enfin… bonne performance, pas tant que ça, j’y reviens). L’Australie a perdu gros avec D'orsogna (48"05), il y a Roberts a de nouveau eu la pression quand Stravius bénéficiait au contraire d’un supplément de motivation, il avait tout à gagner.

Un seul des 4 derniers relayeurs lutant pour les médailles a été au niveau. Sans surprise, il s’agit du Français. Il est capable d’encore mieux (47"59), mais au moins il sait nager dans un relais, il sait profiter des faiblesses de ses adversaires. Au moment de la reprise de nage après le plongeon il avait déjà doublé l’Australien, au moment de celle après le virage au terme d’une coulée bien plus longue que celle des autres il était quasiment à hauteur des Russes et des Américains. Il s’est détaché lentement mais sûrement dans les 24 derniers mètres. En le voyant revenir et en bagarrant ses 3 concurrents ont dû se crisper, ils ont été mauvais. Izotov en (48"04) en finale des Championnats du monde, c’est presque une noyade, il avait nagé en 47"78 en série. Roberts a été bidon (48"09), et que dire du maillon faible américain ? 48"23 pour Feigen, ça ressemble à une erreur de casting.

Les temps ne sont pas démentiels, la France a gagné en étant nettement moins rapide qu’aux JO où elle avait établi un record du monde officieux en textile en 3’09"93. Vous pouvez comparer.
-Leveaux (48"13), Gilot (47"67), Lefert (47"39), Agnel (46"74),
-Agnel (48"76), Manaudou (47"93), Gilot (46"90), Stravius (47"59).

A vrai dire, on n’aurait pas dû gagner. Sur leur véritable valeur, les Australiens auraient dû nous mettre un éclat, une fois de plus ils n’ont pas résisté à la pression inhérente à la position de favori (au 4x100m masculin, les favoris ne gagnent jamais, on le vérifie systématiquement depuis des années). Les Américains avec Berens – même un peu moins bon qu’en séries – à la place de Feigen auraient dû l’emporter. Les Russes à leur niveau de Kazan il y a 2 semaines auraient dû régler tout le monde. Là aussi, faites les comparaisons…
A Kazan : Grechin (47"98), Lobintsev (47"92), Morozov (47"14), Izotov (47"84).
A Barcelone : Grechin (48"09), Lobintsev (47"91), Morozov (47"40), Izotov (48"04 après un 47"78 le matin).

Je vous propose maintenant de revivre un moment magique, le podium avec ce public français hyper nombreux, avec Nathan Adrian s’éloigne pour g*rber… Quel panard ! C’est plus un panard, c’est des palmes !

Y’a 10 piges que les sprinteurs français nageaient après ce titre, le seul qui manquait au relais 4x100m français, d’ailleurs il ne gagnait jamais en grand bassin, surtout quand il était favori, depuis il a enchaîné un titre européen, le titre olympique et aujourd’hui le titre mondial. En parlant de titres mondiaux, vous aurez remarqué qu’en comptant les 3 remplaçants, la France compte désormais 8 champions du monde (en plus de 3 championnes du monde[3] si je ne m’abuse) et un seul double champion du monde. Jérémy Stravius était déjà dans le coup la première fois, la France avait eu 2 médailles d’or d’un coup, cette fois c’est 7. L’Amiénois a remporté son 11e titre dans les 5 grandes compétitions internationales, il lui manque l’or aux Championnats du monde en petit bassin. Gilot, lui, a 18 médailles dans ces 5 compétitions dont 5 en or, une dans chaque : avec le 4x100m NL il est champion du monde en grand (2013 en plus de 4 autres médailles depuis 2003) et en petit bassin (2010), champion olympique (2012), champion d’Europe du 4x50m NL en petit bassin (2008) et en grand bassin du 4x100m 4 nages (2010). Agnel aussi compte désormais au moins un titre dans chacune de ces compétitions majeures.

Agnel champion du monde, Camille Muffat à la rue… Je me demande si Fabrice Pellerin ne serait pas un peu dégoûté de cette journée… (C’était juste pour la vanne.)

Mine de rien, cette médaille est une très bonne nouvelle pour Camille Muffat, on va moins parler de sa noyade, on évitera de l’accabler (les gens oublient vite et déchirent facilement les sportifs français dès qu’ils perdent une course). Elle va pouvoir se préparer plus sereinement pour la suite. L’équipe de France est bien lancée, suite des événements demain, on attend la finale du 50m papillon avec impatience !

Notes

[1] 16 ans depuis le 17 mars…

[2] On trouve aussi Hovorov, mais je garde l’orthographe de la FINA.

[3] Maracineanu, Manaudou, et Figuès.