Les Championnats du monde de natation… Je kiffe. Surtout les demi-finales et les finales, a fortiori quand les Français brillent, ce qui devrait être le cas comme depuis quelques années. Les séries, étrangement, je kiffe mois, c’est souvent très long avec d’innombrables courses pour certaines épreuves comme le 50m et le 100m NL. La FINA a pris une très bonne décision pour réduire le problème, celle de faire nager les séries dans les 10 lignes d’eau – numérotées de 0 à 9 – au lieu de se limiter à 8. Mécaniquement, on aura moins de séries, en particulier de séries lentes, les premières étant toujours composées des concurrents ayant les temps d’engagement les plus faibles.

Le programme de cette 1ère journée a débuté par le 100m papillon féminin. Première surprise de la journée, la Chinoise qui avait le 3e temps des engagées a été dégagée pour 3 centièmes, elle aurait dû faire attention. On a aussi gagné le droit de voir un swim-off pour la 16e place, il s’est tenu une tard dans la matiné.

Ensuite, les séries du 400m NL masculin sans Paul Biedermann (forfait), Yannick Agnel et d’autres. Rappelons qu’à partir de 400m, les courses fonctionnent avec qualification directe pour la finale des 8 meilleurs des séries. On avait un Français, Damien Joly, il n’a pas fait la course pour se qualifier mais pour préparer le 800m, heureusement car 8e de sa série en 3’57"32 (son record est nettement meilleur) serait une sale performance pour un nageur qui aurait fait de cette course un objectif. Pour ne rien arranger il a perdu ses lunettes au départ, il n’y voyait rien et a ainsi foiré ses virages. Le grand favori, le Chinois Yang Sun[1], s’est baladé.

En principe, Barcelone doit être le terminus de la carrière de Sophie De Ronchi. La Massicoise a nagé son 200m 4 nages à la ligne 0 dans la série de Ye Shiwen, l’INNI[2] et de Katinka Hosszu. La Hongroise a remporté la course en faisant belle impression, la Française a terminé 6e en 2’14 "47, son meilleur temps de la saison, une performance toutefois insuffisant pour se qualifier en demi-finales, elle a échoué à 51 centièmes des demi-finales (ou du moins d’un swim-off).

A 15 ans, Omar Omar, du Qatar, a remporté sa 1ère course aux Championnats du monde. Calmons-nous, il a nagé seul car l’autre concurrent en principe engagé dans sa série du 50m papillon ne s’est pas présenté. Il savait nager le gamin, pas du tout au niveau des cadors mais ce n’était pas le nouveau Eric Moussambani, le célèbre barboteur qui avait failli se noyer aux JO de Sydney.

Plus sérieusement, la France a engagé du lourd dans cette épreuve : Florient Manaudou et Fred Bousquet, très sérieux candidats au podium, pour ne pas dire au titre (ils en étaient très proches il y a 2 ans). Le second nommé, médaillé à Barcelone il y a 10 ans en relais, a le meilleur temps des engagés.

Les meilleurs étaient bien entendus dans les 3 dernières séries.
-César "furosémide" Cielo n’a pas fait une énorme impression, Rafael Muñoz l’a battu.
-Florent Manaudou a gagné en allant 1 centième moins vite que l’Espagnol (on a aussi vu que Matt Grevers était en forme, il figure parmi les principaux concurrents de Jérémy Stravius en dos).
-Fred Bousquet s’est loupé, il a terminé 7e de sa série et n’est passé qu’avec le 13e temps à 9 centièmes du 1er non-qualifié. Roland Schoeman a été le plus rapide de tous, et assez nettement.

Etant engagée dans le première série vraiment sérieuse du 400m NL, Coralie Balmy ne pouvait calculer en nageant en fonction des temps réalisés par les autres, elle devait deviner le chrono nécessaire pour passer en finale. C’est bien parti sur les 50 premiers mètres, c’était encore très correct aux 100m, elle était avec les autres, mais ensuite… elle s’est noyée. C’est allé assez vite (moins de 4’05 pour la première), mais 4’10"70 pour Balmy, non ! Que s’est-il passé ? On aurait dit qu’elle nageait un 800m ! Elle vaut nettement mieux normalement. Ce n’est pas très bon signe en vue du relais 4x200m.

Après une 2e série disputée longtemps entre Katie Ledecky et Lauren Boyle, l’Américaine s’est envolée pour défoncer son record en 4’03"05, la Néozélandaise a touché un peu moins de 2 secondes plus tard. Derrière, Bronte Barratt a explosé (à peine moins de 4’10)…

Camille Muffat, championne olympique et grande favorite pour le titre, a pris le départ à côté d’un couloir vide, celui de Lotte Friis, sa partenaire d’entraînement. La Niçoise s’est baladée, elle a géré sa course en sachant ce qu’elle avait à faire. Tout le temps 2e derrière une Espagnole (Melanie Costa) mais en contrôle semble-t-il, elle a accéléré lors de l’antépénultième longueur pour éloigner les autres et assurer la qualification en prenant la 2e place de la série en 4’05"53, 6e temps des qualifiées. Aux JO, en séries, elle avait nagé 2 secondes plus vite, cette fois elle a été devancée par 5 filles (les 2 autres sont la Britannique Jazmin Carlin et l’Australienne Kylie Palmer). A noter que devant son public, Costa a battu le record national en 4’03"05, on l’imagine mal aller plus vite l’après-midi après un tel effort.

Muffat a-t-elle été perturbée par la polémique lancée par son entraineur, Fabrice Pellerin, qui a visé directement Sophie Kamoun, l’agent de la nageuse ? Ou alors elle a très bien géré en pensant à la finale. L’avenir proche le dira peut-être.

Giacomo Perez-Dortona a pris un bon départ dans l’antépénultième série du 100m brasse mais a eu du mal dans la 1ère longueur. Son retour a été bon, il a amélioré son record perso en 1’00"55, finissant néanmoins à une modeste 7e place… Avec encore 2 séries de 10, ça sentait la non-qualification en n’ayant pas grand-chose à se reprocher (il a déclaré que s’être rasé pour la première fois depuis un certain temps lui avait changé ses sensations dans l’eau). C’est allé extrêmement vite lors de ces séries (5 concurrents sont passés sous la minute). Le Français a échoué à 11 centièmes de la qualification (19e), c’est rageant, mais au moins pour le relais 4 nages, on l’a vu, notre spécialiste de la brasse tient la route.

Avant les relais, le swim-off, ou si vous préférez le barrage du 100m papillon féminin. C’était assez incroyable, la Japonaise et l’Espagnole étaient au coude à coude tout du long, ça s’est joué à la touche pour 4 centièmes, la locale aurait dû se qualifier si elle n’avait pas manqué son dernier passage de bras.

Le 4x100m NL féminin français s’est qualifié pour ces ChM… mais on ne l’a pas engagé faute de remplaçante pour permettre à Camille Muffat de se concentrer sur son 400m lors de cette cession du matin. C’est dommage, quitte à prendre un bouillon, on aurait vraiment pu emmener ces jeunes pour acquérir de l’expérience.

Les Chinoises et les Italiennes ont manqué leur qualification pour la finale.

Les grandes nations ont l’habitude de préserver leurs meilleurs éléments lors des séries des différents relais. Pour ce 4x100m NL, la France a préservé ses 3 nageurs les plus rapides cette saison sur la distance, à savoir Florent Manaudou, Jérémy Stravius (qui doit gager tous les jours pour un total de 6 épreuves dont les 3 relais, il était qualifié sur 8 mais sauf erreur de ma part il a laissé de côté le 200m NL et le 100m pap) et Yannick Agnel. Au JO, on avait seulement gardé 2 éléments en réserve pour l’emporter (un des meilleurs moments des Jeux). Les 3 autres candidats au podium ont aussi envoyé des remplaçants au feu. Les Australiens, grands favoris, n’ont pas sollicité James Magnussen (peut-être aussi un autre), les Russes ont gardé au frais Nikita Lobintsev et l’impressionnant Vladimir Morozov, découvert à Chartes l’hiver dernier. Quant aux Etats-Unis, ils n’ont aligné ni le champion olympique en titre, Nathan Adrian, ni Ryan Lochte.

Les Etats-Unis ont nettement dominé la première course. L’Australie s’est bien calée en 2e position, la lutte pour la 3e place a été serrée entre l’Italie, le Brésil et l’Allemagne (dans cet ordre).

Le relais français, composé d’Amaury Leveaux (au départ, logique), de Fabien Gilot (médaillé ici il y a 10 piges), Grégory Mallet (on compte sur lui sourtout dans le 4x200m) et William Meynard (médaillé mondial il y a 2 ans). Ils jouaient aussi leur place en finale, le meilleur allant participer avec les 3 préservés. Amaury a passé le relais 2e position (en réalisant un meilleur temps qu’aux ChF) derrière un Russe hyper rapide. Gilot a fait jouer l’expérience pour remonter dans la vague (47"68, excellent temps). Mallet n’a pas été fantastique (48"49). Quant à Meynard, champion de France surprise, il n’a pas été bien meilleur (48"70) mais n’a pas pour autant mis le relais en danger, le travail a été fait. 3’14"01, 4e temps des séries (comme aux JO) avec une équipe B… Pas mal !

Finale du 4x100m masculin (avec on l’imagine, Gilot, Manaudou, Stravius et Agnel dans un ordre à déterminer), finale du 400m NL féminin… Avec de l’or et de l’argent ou du bronze, on serait bien, à moins il y aurait déception, c’est dire le niveau atteint ces dernières années par la natation française !

Notes

[1] A l’occidentale, normalement c’est Sun Yang, le nom de famille en premier.

[2] Individu Nageant Non Identifié