Le programme a débuté par 2 finales, à commencer par celle du 100m brasse masculin, une épreuve qui s’est renouvelé ces dernières années… et va beaucoup plus vite qu’avant. On a perdu Hugues Duboscq (retraite), Alexander Dale Oen (décédé il y a une grosse année), mais d’autres sont toujours là, en particulier une légende japonaise, Kosuke Kitajima, titré à Barcelone il y a 10 ans. Seulement, le Nippon fait désormais office de figurant. La barrière de la minute a longtemps été celle du très haut niveau, désormais même en nageant à cette vitesse on n’est pas sûr de se qualifier en finale des Championnats du monde.

Après un départ canon, le Sud-Africain Cameron Van der Burgh a eu du mal à tenir. Le cavalier seul du champion olympique et médaillé de bronze dans cette épreuve lors des 2 derniers Mondiaux s’est transformé en duel avec Christian Sprenger (28 ans, vice-champion olympique à Londres sur 100m, vice-champion du monde à Rome sur 200m et toujours médaillé au sein de relais 4 nages depuis Pékin). Van der Burgh a perdu son duel. Sprenger a ainsi offert un premier titre à l’Australie avec un temps impressionnant de 58"79. Le Sud-Af a fait 58"97, le Brésilien Felipe Lima complète le podium (sa 1ère médaille hors Jeux panaméricains). Kitajima 6e.

La loose australienne a-t-elle pris fin avec ce titre ? Il y a quelques temps qu’en natation australienne était dans une spirale pas des plus positives. Non. Du moins pas celle d’Alicia Coutts. Attention, il s’agit de loose relative, cette fille a un très gros palmarès mais essentiellement constitué de médailles d’argent. Si elle a réalisé un carton aux Jeux du Commonwealth en 2010 (c’était en Indes, personne ne voulait participer^^) et si elle a enfin obtenu une médaille d’or en relais 4x100m NL à Londres, tout le reste, soit 4 médailles olympiques, 4 médailles mondiales (avant cette journée) et même 3 médailles aux Jeux pan-Pacific est constitué d’argent et de bronze. En ouverture de ces championnats elle a été battue à la touche par une inconnue américaine, pourtant ses copines du relais lui avaient offert une marge non négligeable.

Coutts ayant déjà nagé 4 fois au cours de cette journée, elle manquait de jus. Ces 4 courses lui ont servi à se qualifier pour 2 finales, elle a donc eu 2 chances de remporter une médaille d’or, à commencer par celle du 100m papillon.



Après un énorme départ de Jeanette Ottesen, une autre Scandinave Sarah Sjöström est revenue puis s’est détachée, la Danoise, qui semble favorite du 50m papillon, n’a pas tenu sur le retour. Championne du monde à Rome puis 4e à Shanghai et à Londres, la Suédoise n’a pas fait semblant en montrant sa joie, quelques cris, des larmes… Bref, elle a gagné. Qui a terminé 2e ? Coutts, évidemment ! Dana Vollmer (USA) a pris la médaille de bronze.

L’équipe de France de natation était beaucoup plus directement concernée par le 100m dos masculin. Ses 2 représentants ont pris le départ de la seconde demi-finale, on trouvait Matt Grevers, David Plummer ou encore Ryosuke Irie dans la première. Les 3 hommes ont terminé dans cet ordre avec des chronos pas exceptionnels dans cette course malgré un départ rapide. Les 3 premiers sont allés plutôt vite, pas les autres : 52"97 pour le champion olympique, 53"41 pour le Japonais, le 4e de la course en 53"81, ça laissait de la marge pour les suivants, il y avait de la place pour passer en finale.

Camille Lacourt a hérité du couloir 7, Jérémy Stravius du 3. Stravius a fait un départ de mutant pour sortir en tête, comme d’habitude, puis une coulée totalement folle pour prendre une avance impressionnante, ensuite il a contrôlé pour l’emporter en 53"23, Lacourt s’est très bien débrouillé sur le retour pour finir 2e en 53"42 (SB) devant Kosuke Hagino.



3e et 5e temps pour les Français, ils nageront aux lignes 2 et 3. On aura 2 Océaniens aux couloirs extérieurs, 2 Français côte à côte, 2 Ricains côte à côte, et 2 Japonais côte à côte. Je crois plus que jamais au doublé pour Stravius, je commence à imaginer que Lacourt puisse aussi monter sur le podium.

On a enchaîné avec les demi-finales du 100m brasse féminin. On attendait la confirmation des séries lors desquelles 3 filles sont apparues comme étant les 3 candidates aux médailles, Jessica Hardy, Yuliya Efimova et surtout Ruta Meilutyté. Dans la première course, l’Américaine a été battue par Rikke Møller Pedersen. De ce côté, on n’en sait pas beaucoup plus, la Russe n’a pas fait la même erreur qu’en séries, elle n’a pas tout donné.

Dans la seconde, on en a appris beaucoup plus. La Lituanienne de 16 ans a tapé le record du monde en 1’04"35. La Russe a essayé de résister mais a été contrainte de garder ses distances. Ce que fait Meilutyte est hallucinant. Elle est capable de battre de nouveau son record du monde en finale.

Il y a 2 ans, ils avaient terminé tous les 2 au pied du podium, il n’était pas question de subir la même frustration. Florent Manaudou à la 1… Fred Bousquet à la 6… Des centaines de supporters français tout autour du bassin. A 18h49, l’heure était venue de faire sauter la banque ! En finale du 50m papillon, tout semblait possible, et pour tout le monde car tout est possible sur 50m. Les Brésiliens, Nicholas Santos et César "furosémide" Cielo (champion en titre) faisaient néanmoins figures de favoris.

Les positions ont changé un paquet de fois en une longueur de bassin, Manaudou est excellemment bien parti mais a coincé, il a terminé dernier en 23"35, le papillon n’est pas vraiment sa nage et il n’a pas trouvé le même relâchement qu’en finale des JO. En revanche, Fred Bousquet a su tirer son épingle du jeu pour prendre une médaille de bronze 10 ans après. Bousquet, à la rue la saison dernière (il avait manqué les JO, s’évitant une saison blanche grâce aux Championnats d’Europe avec un titre en relais, un sur 50m NL et une médaille d’argent sur 50m papillon), a réussi un énième come-back à 32 ans. Quand on le croit fini, il revient ! Il pense même qu’avec un meilleur dernier mouvement il aurait pu l’emporter (il est passé à 1 dixième de l’or).

Cielo a gagné en 23"01, un temps carrément mauvais par rapport aux performances réalisées en demi-finales (4 sous les 23"). Une nouvelle fois, une finale aura été moins rapide que les demi-finales, la pression n’est pas la même. La grosse surprise est venue de l’Américain Eugene Godsoe 2e (23"05). A 25 ans, il n’avait semble-t-il remporté que 2 médailles d’argent aux Jeux panaméricains en 2011, probablement ses seules sélections internationale.

Pour info, le Brésilien a encore pleuré sur le podium… A priori le furosémide ne fait pas pleurer mais uriner… Juste une petite précision à propos du produit retrouvé dans ses prélèvements en 2011 sans que ça lui vaille la moindre sanction.

Surprise, pas de Katinka Hosszu en demi-finales du 100m dos. Elle a déclaré forfait afin de se donner toutes les chances de remporter quelques minutes plus tard sa finale du 200m 4 nages. Elle avait pourtant réalisé le 2e temps des séries et était clairement candidate au podium, probablement pas au titre car on imagine mal comment il pourrait échapper à Missy Franklin. L’Américaine était engagée dans la seconde demi-finale, elle a totalement loupé son départ, un de ses pieds a glissé, néanmoins la star a remporté sa demi-finale avec le meilleur temps des qualifiées (59"31).

Hormis peut-être sa compatriote Elizabeth Pelton (59"44) et l’Australienne Emily Seebohm (59"38), personne ne semble pouvoir ne serait-ce que la pousser dans ses retranchements. Si elle le désire – et ne rate pas son départ – elle nagera en nettement moins de 59 secondes, un temps qui correspond désormais à la barrière séparant le très haut niveau de l’excellence. Une autre barrière, la minute, marque l’entrée du très haut niveau, en-dessous, jusqu’à 1’01, c’est le haut niveau. Plus d’1’01 correspond aussi à quelque chose… la performance ratée de Cloé Credeville, membre du Cercle des Nageurs (disparus) de Marseille. 7e de la première demi-finale en 1’01"16, c’est nettement moins bien qu’en série (1’00"70). Elle aurait eu du mal à passer (la seule qualifiée en finale n’ayant pas atteint le très haut niveau – donc ayant nagé en plus d’une minute – a mis 1’00"24 à appuyer sur la plaque).

Dernier grand moment de la journée pour l’équipe de France, les demi-finales du 200m NL masculin. Yannick Agnel occupait la ligne d’eau n°3 juste à côté de Conner Dwyer, un de ses nouveaux collègues d’entraînement. Dans la 1ère des 2 courses, il ne pouvait se permettre de jouer, il lui fallait envoyer suffisamment pour se mettre à l’abri. Le champion olympique a adopté une stratégie offensive en partant assez vite, il devançait tout le monde après 50m puis est rentré dans le rang, a pris la vague de son compère américain avant d’essayer d’accélérer. Kosuke Hagino (très gros retour, on ne l’avait pas vu de la course) a touché juste devant le Français et l’Américain. Du travail bien fait dans des temps modestes. 1’47"01 pour Agnel, ce n’est pas terrible, mais peu importe, il fallait se qualifier et garder des forces.

Ryan Lochte a mené la seconde demi-finale avec Cameron McEvoy, Danila Izotov a ensuite pris le dessus et a décidé d’accélérer dans la 2e puis la 3e longueur, il est parti seul, ça a réveillé Lochte, finalement 2e derrière le Russe. C’est allé beaucoup plus vite mais surtout concernant les 2 premiers. Robert Renwick (GB) s’est intercalé en 3e position en profitant des difficultés rencontrées par l’Australien pour finir. Ce dernier aurait dû disputer un barrage face à Sebastiaan Verschuren pour la 8e place, ce qui aurait cramé le vainqueur, le privant de toute chance de briller en finale. Le Batave ayant déjà le 100m NL en tête, il a déclaré forfait au grand bonheur de l’Australien.

Dernière course de la journée, la finale du 200m 4 nages féminin.

Emily Seebohm ayant déclaré forfait pour se préserver en vue de la finale du 100m dos de mardi, on a repêché l’auteur du 9e temps des demi-finales, une Britannique. Celle-ci a peut-être été prévenue très tardivement, sa performance médiocre semble l’indiquer.

Cette course a été entièrement et magistralement dominée par Katinka Hosszu. Ses 50 premiers mètres en papillon ont donné le ton, après le dos elle possédait quasiment une longueur d’avance sur tout le monde. Il lui fallait se prémunir contre le retour de la torpille shinoise, Ye Shiwen, auteur de performances très controversées à Londres. La Hongroise a conservé toute son avance en brasse pendant que la championne olympique explosait de façon très surprenante, peut-être déstabilisé par la démonstration d’Hosszu (elle a mis 1s½ aux suivantes). L’Asiatique de 17 ans a effectué un gros retour en crawl mais a échoué à la 4e place à une seconde d’un podium sur lequel sont montées Alicia Coutts (désormais sextuple vice-championne du monde) et Mireia Belmonte, qui a bien failli doubler l’Australienne sur le fil. L’Espagnole a fini en pleurs dans le bassin, comme s’il n’était pas déjà assez plein d’eau.

Hosszu, multi-médaillée aux championnats d’Europe (surtout) et du monde en petit comme en grand bassin, essentiellement depuis 2009, avait décroché une première breloque en décembre 2004 (ChE en PB). Faites le calcul, elle a 24 ans depuis le mois de mai, elle devait en avoir 15 à l’époque. Quand je vous dis qu’il n’y a pas d’âge pour briller !

Avec une médaille d’or et une d’argent, le bilan après 2 jours est meilleur qu’à Shanghai. Mardi pourrait être une très bonne journée…