On n’a pas attendu pour entrer dans le vif du sujet. En effet, la finale du 200m NL masculin ouvrait le programme de cette 3e session du soir. Quelques-unes des nombreuses interrogations concernant Yannick Agnel allaient rapidement trouver leurs réponses. Compte tenu de sa saison mouvementée, le Français, pourtant champion olympique en titre (en explosant tout le monde), n’était pas favori malgré l’absence des 2 autres médaillés de Londres. Danila Izotov et Ryan Lochte semblaient favoris. Agnel est parti vite, plus vite que les bases du record du monde de Paul Bierdemann, lui aussi absent. Son rythme est redevenu plus normal dans la 2e longueur, il restait néanmoins bien devant. Agnel a ensuite… accéléré pour prendre 1"45 d’avance à 50m de l’arrivée… Incroyable. Le plus dingue est qu’il a tenu ! Personne ne lui a rien repris, ou très peu ! 1’44"20… voilà ! C’est un vrai temps de finale ! Conor Dwyer, son nouveau partenaire d’entraînement, a terminé 2e en 1’45"32. 3e en 1’45"59, Izitov, qui s’est entraîné à Nice pendant quelques temps à l’époque où Agnel y était encore, a privé Lochte de podium. La star US a échoué de peu à la 4e place (1’45"64), comme aux JO.

Avant, pendant et après la finale, l’ambiance était fabuleuse, on se serait vraiment cru la maison ! La France a annexé Barcelone ! Les supporters français n’ont pas regretté d’avoir fait le déplacement, ils ont failli être privés de ce spectacle car l’ex-élève de Fabrice Pellerin – qui doit l’avoir encore plus en travers de la gorge – voulait seulement participer aux relais. Il a bien fait de venir et de tenter le coup ! Les nombreux forfaits ont beaucoup joué dans son choix de s’aligner sur sa distance, et quand on voit ça, quand on a aussi vu le 400m, on se dit qu’il aurait eu un coup à jouer pour monter sur le podium aussi sur cette distance. Après sa coupure précipitée et pendant la transition pour passer de Nice à Baltimore, il ne savait pas trop où il en était de sa forme, il n’a pas été très bon au départ du relais, ce qui explique sans doute cette tactique de couse très offensive, en manque de repères, il a essayé de reproduire son succès londonien en ne se préoccupant de personne, seulement de sa course. Tout donner et regarder le résultat une fois la course terminée lui a réussi. Ce mec est tout de même assez bluffant !

Ce succès lui permet de rejoindre Jérémy Stravius en tant que seuls doubles champions du monde français. On espère en avoir deux triples champions voire un triple et un quadruple champions à l’issus de ces championnats car après cette course, les chances du 4x200m remontent en flèche.

Le podium a eu lieu une grosse vingtaine de minute plus tard, je l’insert ici dans mon récit de la journée. Une Marseillaise maintenant c’est bien, non ? Rien de tel que de gagner chez soi, le public répondait au quart de tour, Agnel a joué avec lui, on l’a bien entendu chanter (et très est moyen en chant, mais il essaie, c’est nettement plus timide que dans l’eau). Bon, juste une chose. Avait-on besoin que le ministre des sports s’incruste et ne nous laisse pas suivre la cérémonie correctement ? La réponse est dans la question. Le public qui chante «Yannick ! Yannick !» pendant le tour d’honneur des médaillés, c’était parfait ! On espérait revivre ça en fin de session en changeant de prénom…

Un petit coup de 100m dos féminin était le bienvenu pour se remettre. Remarquer, avec une finale s’annonçant très relevée – surtout dans la ligne d’eau de Missy Franklin – on pouvait avoir droit à une nouvelle poussée de fièvre !

Cette fois Franklin a assuré son départ histoire de ne pas risquer d’être larguée comme en demi-finale. En tête au virage en nageant plus vite que les bases du record du monde, l’Américaine s’est imposée (58"42) devant l’Australienne Emily Seebhom (59"06) et la Japonaise Aya Terakawa (59"23). Une victoire finalement sans remous, tranquille. Les autres filles auraient peut-être dû tenter quelque-chose, un coup de folie, par exemple essayer de la faire douter en partant très vite. Remarquez, elles auraient eu plus à y perdre qu’à y gagner.

Les demi-finales du 50m brasse ont été explosive. Dans la première le Slovène Damir Dugonjic est allé extrêmement vite, il a pulvérisé son record personnel d’une demi-seconde (il avait surtout brillé en petit bassin), égalant par la même occasion le record d’Europe (26"83). Dans cette course, le champion du 100m brasse, Christian Sprenger n’est pas parti (façon de parler), il est bien revenu pour finalement se qualifier 3e (4e temps des demies), contrairement au Brésilien bronzé que 100m (Felipe Lima). A noter que le Finlandais a été disqualifié.

Cameron Van der Burgh a envoyé dans la seconde demi-finale, sa performance (26"81) est très légèrement inférieure à celle réalisée le matin, pourtant on a longtemps cru son record du monde en grand danger. Il me semble avoir un peu trop allongé son dernier mouvement de bras.

(C’est à ce moment qu’a eu lieu la cérémonie protocolaire du 200m NL).

Bon, là, ce n’est pas possible. En pleine finale du 1500m NL féminin, dont on n’a pas vu la présentation mais juste le départ et les 100 premiers mètres, France 2 nous a passé un reportage diffusé au moins 5 fois depuis 3 semaines (dans Stade 2, TLS et dans les différentes retransmissions de ces championnats). Pendant ce temps, Katie Ledecky et Lotte Friis (qui s’entraîne à Nice) étaient en train de nager beaucoup plus vite que les bases du record du monde. Comme ça ne suffisait pas, on a encore eu droit à des palabres avec Mme le ministre des sports et du blabla venue pour brasser de l’air et nous dire qu’elle souhaite voir la France organiser des Championnats du monde de natation (ceux de 2021 ont été attribués, autrement dit ce ne serait pas avant 10 ans, et comme on croit en Paris 2024 pour les JO, son intervention ne servait à rien), puis à une rediffusion de la finale du 100m dos masculin de 2011, on a encore dû se farcir un peu de parlotte, puis une petite interview enregistrée… et une pub. On a eu droit seulement aux 400 derniers mètres avec 2 filles nageant côte à côte avec une avance dingue par rapport au record du monde de Kate Ziegler, plus une autre nageant sur les mêmes bases que le futur-ex-record. En bref, vive le sport sur France Télévisions...

Ledecky a commencé à accélérer à environ 150m de l’arrivée, la Danoise n’a pas pu mettre les jambes avec la puissance de l’Américaine mutante de 16 piges. L’ancien record du monde était de 15’42"54… le nouveau de 15’36"53. BOOOOM ! A ce niveau, c’est de la barbarie ! 6 secondes d’un coup ! Friis a aussi nagé extrêmement vite (15’38"88) mais battre son record d’Europe ne suffit pas à battre ce monstre aquatique bien parti pour réussir le premier triplé 400-800-1500m et être la reine de ces Mondiaux.

Lauren Boyle a obtenu une nouvelle médaille de bronze en étant reléguée à plus de 8 secondes de l’Américaine. Mireia Belmonte a fini 4e… à plus de 22 secondes de l’Américaine !
(J’ai dû chercher sur le net pour trouver de quoi monter la course en intégralité afin de la proposer aux véritables amateurs, c'est un mélange de commentaires français et italiens.)

Un Australien au couloir 1, 2 Français au 2 et au 3 (Camille Lacourt et Jérémy Stravius), 2 Américaine au 4 et au 5 (David Plummer et Matt Grevers), 2 Japonais au 6 et au 7 (Ryosuke Irie et Kosuke Hagino), un Néozélandais au 8. La finale tant attendue du 100m dos masculin marchait par paires. On espérait un doublé, j’espérais un succès de Stravius. On a vu un doublé, pas celui qui nous aurait fait de cette journée la 2e plus magique de l’histoire de la natation française (après la 1ère des JO de Londres), pas le doublé le plus improbable de l’histoire de la natation mondiale (on leur doit déjà, souvenez-vous, c’était à Shanghai), on aurait pris or-bronze avec délectation…

Avant la course, le public chantait «Allez les Bleus !», on vivait un moment exceptionnel, on se croyait à Paris (où on n’a pas la piscine pour ce genre d’événements).

Stravius est sorti en tête, il était plus rapide que le record du monde jusqu’à un petit ralentissement avant le virage où il a commis une erreur, il n’est pas arrivé sur le mauvais bras et a tourné trop loin du mur, ce qui a permis à Grevers de revenir à seulement 3 centièmes à mi-parcours. Lacourt était aussi dans le coup, à seulement 1 dixième de son compatriote et co-champion du monde en titre. Le champion olympique avait déjà accéléré avant de virer, il est bien revenu en sortant du virage et a enchaîné. Trop puissant, il était presque intouchable. Je pense que Stravius a dû se contracter, il a eu du mal à tenir jusqu’au bout, on n’a pas du tout senti la même facilité qu’en demi-finale où il avait réalisé sensiblement la même performance en semblant complètement contrôler. Le doublé a été américain (Plummer 2e), heureusement l’Amiénois a pu toucher 3e. Cette médaille de bronze est la 4e de l’équipe de France, la 5e aux ChM pour Stravius qui en possédait déjà 2 d’or et 2 d’argent,

Les temps sont très inférieurs aux attentes, c’est dommage, ça s’est surtout joué à la fraîcheur et à l’expérience, le titre en relais a dû pomper pas mal de ressources physiques et mentales. Cette petite erreur sur le virage laisse quelques regrets, elle est aussi très encourageante avant le 50m dos (où il n’y a pas de virage). S’il récupère bien il y a moyen d’aller chercher quelque-chose de beau. Entre-temps d’autres courses – et on l’espère d’autres médailles – l’attendent.
1. Matt Grevers 52"93
2. David Plummer 53"12
3. Jérémy Stravius 53"21 (record à 52"76 réalisé lors de la finale folle il y a 2 ans)
4. Ryosuke Irie 53"29
5. Camille Lacourt 53"51
6. Ashley Delaney (53"55),7. Kosuke Hagino, 8. Gareth Kean

Lacourt s’en sort finalement avec les honneurs, il n’a pas eu une saison complète d’entraînement mais semble capable de retrouver un niveau proche de celui de 2010. Il avait nagé 52"11.

50m papillon, 2 Français en finale. 100m dos, idem. Et le 200m NL féminin ? Aussi. Enfin… 2 Françaises. Charlotte Bonnet et Camille Muffat, brillantes en séries, n’étaient pas engagées dans la même demi-finale.

Bonnet occupait le couloir 5 dans la première des 2 courses, en principe plus faible que l’autre. La Chinoise est partie très vite (et s’est cramée), la Niçoises est restée beaucoup plus sage, elle a profité de la vague de Katinka Hosszu pour rester dans le coup tout en gardant des forces pour le finish. L’Espagnole Melanie Costa était bien placée, elle a pris la tête, néanmoins elles étaient encore 4 ou 5 quasiment sur la même ligne dans le sprint final. Bonnet a réussi à suffisamment accélérer pour toucher 3e derrière la locale et l’Australienne Kylie Palmer, son objectif de finale est rempli, elle a en outre amélioré son record perso (1’56"63). On ne l’attendait pas vraiment sur le retour, plus sur la 1ère partie de course car elle est plutôt sprinteuse.

Bien que relevée, on n’imaginait pas la 2nde demi-finale être beaucoup plus rapide et dense à la fois. Ceci dit, on y trouvait du très beau monde : Camille Muffat, Federica Pellegrini, Missy Franklin, Bronte Barratt, Sarah Sjöström… Comme lors des séries la Française est partie à fond, Francklin est resté à sa hauteur puis a légèrement pris les devants dans la 2e longueur (beaucoup moins rapide que la 1ère). Après 125m 3 filles semblaient déjà presque éliminées. Muffat a fini 3e à la touche derrière Pellegrini (qui a beaucoup accéléré sur la fin après être restée cachée dans les vagues) et Franklin.

Il ne serait pas étonnant que l’inscription surprise de l’Italienne à la dernière minute soit stratégique. (Avant de sortir de l’eau elle a montré une bande noire dessinée sur son bras, l’Italie étant en deuil après un accident de car extrêmement meurtrier).

Pas de problème nos Françaises, elles seront là, elles sont passées sans se faire peur. Ce n’est pas le cas de certaines clientes. Ces demi-finales ont fait des dégâts, Katinka Hosszu, Femke Heemskerk et Bronte Barratt ne participeront pas à une finale qui semble très ouverte. Espérons que Camille Muffat réussisse à tirer son épingle du jeu dans cette épreuve dont elle est vice-championne olympique après avoir obtenue la médaille de bronze en 2011. Bonnet sera au 1 à côté de Sjöström qui risque de vouloir partir très vite (ce qui serait bon pour la Française), Muffat sera au 6 entre Palmer et Franklin, là aussi c’est plutôt bien, au moins elle ne servira pas Pellegrini.

La session ne s’est pas terminée ainsi, il restait les demi-finales du 200m papillon masculin et une ultime finale.

Chad Le Clos – qui a battu Phelps aux JO – a gagné la première course je ne sais comment devant le Chinois, j’étais persuadé qu’il était derrière, il a contrôlé tout du long.

Le jeune Jordan Coelho a obtenu un couloir dans l’autre demi-finale, le 1, juste à côté d’un Hongrois qui l’avait dominé aux Jeux Olympiques de la jeunesse. Passer semblait assez improbable, l’objectif plus réaliste était de battre son record personnel. On connait sa stratégie, partir vite et résister. Il est en effet parti comme une bombe, 4 dixièmes d’avance sur la meute après 50m, mais a commencé à rencontrer quelques difficultés dès la 2e longueur. Il n’a pas abdiqué, est encore resté très longtemps dans le paquet avant de se faire lentement mais surement décrocher. Il a fini 8e en 1’57"12, pas au niveau de son record, à peine mieux que ce matin. Au moins, il a essayé. Le Polonais Pawel Korzeniowski (ancien champion du monde) a remporté cette demi-finale en contrôlant ses adversaires (il respirait du bon côté pour). Les 2 Chinois et les 2 Américains – le second a eu chaud – seront de la finale, contrairement aux 2 Japonais, 9e et 10e.

Allez, un record du monde pour terminer ? Il était annoncé. Ruta Meilutyté allait forcément le battre une nouvelle fois après l’avoir déjà fait la veille. Les autres étaient là pour se partager les restes (de beaux restes^^).

La jeune Lituanienne a eu le meilleur temps de réaction, sa 1ère longueur a été un peu moins rapide qu’en demi-finale, en revanche ensuite elle était au niveau de son record, plus rapide même, mais le petit retard accumulé sur la première longueur a provoqué un échec tout relatif… Elle a nagé 7 centièmes moins vite qu’en demi-finale (1’04"42) et semblait presque déçue malgré ce premier titre de championnat du monde.

Les écarts sont énormes, elle a mis exactement 6 dixièmes à Yuliya Efimova (pour le coup j’imaginais la Russe encore un peu plus loin), 11 à Jessica Hardy, plus d’une seconde ½ à Rikke Møller Pedersen et 2"32 à la 5e… Je rappelle que c’est un 100 mètres.

Il y a 2 ans, l’équipe de France de natation était à peu près sur les mêmes bases au tableau des médailles, il reste 5 jours pour obtenir 5 à 6 breloques supplémentaires afin de remplir les objectifs de la fédération. Les 2 titres attendus sont déjà obtenus, pourquoi pas un 3e ? 50m dos (H), 200m NL (F), 50m NL (H), peut-être le 4x200m NL (H)… Encore 5 jours pour se régaler !