Journée réussie ou non ? On doit parfois attendre la fin du programme pour le savoir, ce n’était pas le cas aujourd’hui, on a assez rapidement obtenu tous les éléments pour y répondre – à défaut d’avoir une réponse claire – car les demi-finales du 100m NL masculin ont ouvert la session du soir, la finale du 200m NL féminin a eu lieu quelques minutes plus tard.

La première demi-finale était a priori la moins relevée (ça s’est confirmé), c’est dans celle-ci qu’était engagé Fabien Gilot (ligne 1). Hormis Nathan Adrian, on y trouvait notamment Sebastiaan Verschuren, Pieter Timmers, le surprenant Shinri Shioura ou encore Cameron McEvoy. Le départ du Français a été excellent, il s’est détaché, a viré devant le champion olympique, il ne faisait pas semblant (22"51 aux 50m, c’est très rapide), il a ensuite tenu pour finalement être devancé par Adrian. Sur le retour, il lui en a un peu manqué à cause de son aller supersonique. Le temps reste bon (48"21 avec un record à 48"13), il a montré de quoi il est capable en finale du 4x100m, à lui de passer sous les 48 secondes (ce qu’a fait Adrian en 47"95) pour aller chercher une médaille dans cette course pour laquelle il ne s’était pas qualifié aux ChF (après les JO, il a subi une opération de l’épaule puis une autre de l’appendicite, il n’était pas au top aux championnats de France, 3e, il a bénéficié du retrait d’Agnel et est arrivé plus frais pour ces Mondiaux).

McEvoy, 3e de cette course, s’est aussi qualifié, les 5 autres sont passés à la trappe car la seconde demi-finale était nettement plus dense. James Magnussen et Vladimir Morozov en étaient les grands favoris, ils n’en ont pas pris les premières places. Le Russe est parti un peu en tête mais pas très vite (22"99), ils étaient nombreux à peu près sur la même ligne, ça s’est donc joué au retour. On pouvait s’attendre à voir l’Australien champion en titre montrer l’aileron pendant 70 mètres puis finir peinard, on l’a vu très moyen, beaucoup trop moyen pour en tirer la moindre conclusion quant à son état de forme. En séries, il a montré ce dont il est capable, en demi-finale il en a très probablement gardé, on peut difficilement mettre en doute ses déclarations après la course, il dit avoir contrôlé parce qu’il connaissait les temps de la première course, s’employer outre mesure s’avérait inutile. Morozov a terminé dans le même temps (48"20), il ne m’a pas semblé si facile, je l’imaginais jouer la gagne il y a encore quelques semaines, j’y crois nettement moins, son pic de forme à Kazan pour les Universiades ne pouvait durer éternellement. Les 2 favoris n’étant pas au niveau attendu, Jimmy Feigen (le maillon faible du relais US) et Marcelo Chierighini (un Brésilien dont je n’avais jamais entendu parler) en ont profité pour prendre les 2 premières places (en 48"07 et 48"11).

Gilot est qualifié avec le 6e temps, il espérait être dans un des 4 couloirs centraux, il sera au 7 à côté de Magnussen. Nikita Lobintsev et Filippo Magnini ont bu la tasse.

Comme annoncé, Missy Franklin a déclaré forfait pour les demi-finales du 50m dos (elle y aurait fait de la figuration, ou du moins elle ne pouvait espérer de médaille). Mercedes Peris, spécialiste de cette épreuve, a remporté la 1ère course en battant son record d’Espagne. Fu Yuanhui a calmé tout le monde dans la seconde avec un très gros chrono, 27"40, soit 3 dixièmes de moins que l’Espagnole et la Japonaise Aya Terakawa. Ne pas entendre l’hymne chinois jeudi soir serait une réelle surprise, même si tout semble toujours possible sur 50m.

Première finale du jour, celle du 200m papillon masculin.

Un Russe, un Brésilien, 2 Américains, 2 Chinois, un Polonais, Pawel Korzeniowski, champion du monde en 2005 car Michael Phelps n’avait pas disputé cette épreuve… et un Sud-Africain, Chad Le Clos, le favori, le champion olympique en titre en battant Phelps, son idole absolue.

Le Sud-Af s’est baladé et a commencé à regarder à droite et à gauche au bout de 110 mètres, il n’aurait peut-être pas dû, le Polonais en a profité pour revenir. Le virage a permis au favori de reprendre en tête, personne ne l’a revu, en revanche il a continué à voir tout le monde puisqu’il passait son temps à tourner la tête à droite et à gauche… Pas banale comme attitude ! Vainqueur en 1’54"32, il a été rejoint sur le podium par Krozeniowski et par le Chinois Wu Peng.

On attendait impatiemment la finale du 200m NL féminin, elle a débuté vers 18h33. Charlotte Bonnet (au 1 pour sa première très grande finale) et Camille Muffat (au 6) représentaient les seuls espoirs de médaille de l’équipe de France de natation lors de cette journée. Le soutien du public était partagé entre les Françaises et Melanie Costa, l’Espagnole. Les lignes centrales étaient occupées par Federica Pellegrini, l’invitée surprise, et Missy Franklin, apparue hyper détendue dans la chambre d’appel.

Contrairement à Franklin, auteur d’un départ médiocre, Muffat est parti vite, elle était obligée de le faire pour ne pas se laisser endormir, elle aurait peut-être dû être un peu plus raisonnable (aller vite au lieu d’aller très vite). Après 50 mètres elle possédait une avance importante sur le record du monde de Pellegrini (établi en combinaison en 2009). La vice-championne olympique de l’épreuve a continué à accélérer – ou a très peu décéléré – mais a été rejointe puis doublée par l’Américaine. A mi-course, le record du monde était toujours en danger. Franklin est alors partie seule, étrangement la Française n’a pas cherché à profiter de sa vague et est passée 2e au dernier virage à 58 centièmes de la superstar de la natation mondiale. Pellegrini, lancée dans un retour dont elle a le secret, a failli pouvoir la rejoindre, il lui aurait fallu un bassin de 55 mètres, elle a échoué d’assez peu (1’55"14 contre 1’54"81), Missy commençant à manquer de jus pour terminer.

L’Italienne ne devait pas participer à cette épreuve, elle s’y est inscrite au dernier moment, officiellement parce que sa fédé, en mal de résultats, lui a demandé de le faire. Je reste convaincu qu’il s’agissait surtout d’une façon de ne pas se mettre de pression.

La bonne nouvelle est que Muffat a tenu suffisamment pour obtenir une médaille de bronze, comme à Shanghai. Après avoir été médaillée d’argent l’an dernier aux JO, ça peut sembler moyen, d’ailleurs son temps (1’55"72) n’est pas son meilleur, tant s’en faut. Seulement, compte tenu des circonstances, il est loin d’être bidon. Rappelons qu’en cette saison post-olympique la championne de Londres est complètement à la rue, ça aurait donc pu être bien pire.

On est en droit de se poser quelques questions. La préparation de Fabrice Pellerin était-elle bonne ou au contraire trop dense ? N’aurait-il pas fallu un peu plus couper après Londres ? On pourrait être tenté de répondre que oui, seulement une analyse un peu plus profonde de la situation conduit à répondre non. En effet, quand vous voyez Lotte Friis exploser l’ancien record du monde du 1500m (en étant battue seulement par une mutante), quand vous voyez Charlotte Bonnet battre son record 2 fois lors de ces championnats (8e de la finale en 1’57"56, moins bien qu’en demi-finale mais en raison de l’appréhension de la finale, elle est là pour apprendre), vous vous demandez pourquoi elle serait la seule à avoir été mal préparée par l’entraîneur de Nice. Surtout, quand vous analysez les courses de la Française, vous trouver une série du 400m NL plutôt maîtrisées, idem sur 200m NL avec en plus une bonne demi-finale. Le problème a été mental, elle a été déstabilisée par Ledecky en finale du 400m, c’est ce qui lui a fait perdre pied. On ne sait pas de quoi elle aurait été capable dans d’autres circonstances de course. Après cette déroute, elle a manqué de relâchement pour sa finale du 200m, elle ne pouvait se permettre un nouvel échec, devait donner une autre image d’elle-même et se rassurer, d’où ce changement de tactique et cette difficulté à tenir. Cette médaille de bronze est vraiment une bonne chose pour l’avenir, elle démontre une capacité de réaction que n’avait pas eue Laure Manaudou à Pékin (pour prendre un exemple célèbre).

Reste désormais à savoir si les bonnes capacités de vitesses montrées au cours de cette course vont la décider à aussi se lancer sur 100m NL (séries dès demain matin), une épreuve à laquelle participera Charlotte Bonnet, sachant que donner la priorité au relais 4x200m au programme jeudi pourrait s’avérer utile pour assurer à l’équipe une place sur le podium.

Pas de temps mort, on a enchaîné avec la finale du 50m brasse, une course dont une immense majorité des habitant de cette planète se foutaient pas mal mais bon, elle a eu lieu, il faut bien en parler. S’il y a 2 endroits où cette finale a suscité beaucoup d’intérêt, c’est dans les 2 pays les plus associés aux requins géants.

Je n’aurais pas hésité à mettre un billet sur un succès de Cameron Van der Burgh, autrement dit sur un second titre mondial pour l’Afrique du Sud en l’espace de quelques minutes (et un second titre personnel après celui de Rome, sans oublier ses médailles de bronze en 2007 et 2011 dans cette épreuve)… Il m’a donné raison. Mieux, l’autre Sud-Af, Giulio Zorzi, a pris la médaille de bronze. Toutefois l’Australie a failli décrocher un 2e titre car Christian Sprenger, sacré sur 100m brasse devant Van der Burgh, a manqué la victoire pour 1 centième, il était passé devant mais son dernier passage de bras trop près du mur a permis à Van der Burgh de le sauter juste sur la planche. Les écarts sont ridicules : 26"77 et 26"78 pour les 2 premiers, 27"04 et 27"05 pour les 2 suivants, à 2 ou 3 centimètres près le Slovène Damir Dugonjic montait sur le podium.

Demi-finales du 200m papillon féminin… En voyant ça, je me suis fait une réflexion : la natation, c’est moins sympa quand la journée des Français est terminée et que l’épreuve vous inspire peu.

Dans la 1ère course, Cammile Adams (USA) a touché devant Katinka Hosszu (Hongrie) et la Chinoise qui était en tête tout du long, Liu Zige. Les 3 filles étaient détachées du reste de la meute. Dans la seconde course, l’autre Chinoise, Jiao Liuyang, à la fois vice-championne olympique à Pékin, championne olympique à Londres et championne du monde à Shanghai, a affronté les 2 Espagnoles dont sa dauphine aux derniers JO, Mireia Belmonte. Ça a bataillé, la star locale a pris les devants dans la 3e longueur, elle a fini loin devant tout le monde. La Japonaise Natsumi Hoshi, qui compétait le podium à Londres, a pris la 2e place devant Zsuzsanna Jakabos. La Chinoise est passée 7e pour seulement 17 centièmes, alors de 2 choses l’une, soit elle a pris le risque énorme de ne pas son donner à fond, soit elle a arrêté la soupe de tortue après les JO… A noter que la seconde espagnole s’est qualifiée dernière en dominant une Allemande à la touche.

Petite respiration avec le podium du 200m NL féminin…

Et on reprend avec le 200m 4 nages masculin, il s’agissait des demi-finales. Conor Dwyer et Thiago Pereira sont partis comme des balles, le premier a pris cher en dos, Pereira est resté devant avec Kozuke Hagino pas loin. En brasse, les longues coulées du Brésilien ont fait la différence, il a pris une seconde pleine d’avance, ce qui lui a permis de gérer en crawl, Hagino est venu toucher en tête en 1’57"38, il participera à une nouvelle finale, j’ai l’impression qu’il est présent dans la moitié des courses ! L’autre Japonais a fini 3e. Quant à Dwyer, il a sombré.

Ryan Lochte a fait la loi dans la seconde demi-finale, un temps bord à bord avec Laszlo Cseh – que je voudrais vraiment voir remporter la médaille d’or, un vœu pieux tant le succès de Lochte semble inéluctable – il a pris une large avance en papillon pour finir presque en chambrant, il a fait son dernier mouvement de bras au moins 3 mètres avant la planche après avoir décéléré de façon grossière… 1’57"07. Il pouvait facilement nager 7 ou 8 dixièmes plus vite sans avoir tout donné lors des longueurs précédentes. L’issue de la finale de jeudi ne fait aucun doute.

Et pour finir, la finale du 800m NL masculin. Alors là, on s’attendait vraiment à du gros poisson ! Le record du monde réalisé par un Chinois en combinaison pouvait exploser comme du popcorn. Yang Sun (ou Sun Yang) est parti vite, les autres n’ont pas lâché tout de suite, Oussama Mellouli, Ryan Cochran et d’autres n’avaient pas l’intention de se laisser faire. Sun a commencé à se détacher, mais pas tant que ça, il a alors manifestement décidé de privilégier le titre à tout le reste afin de continuer à croire au triplé 400-800-1500m. C’est donc allé beaucoup moins vite que prévu.

A mi-course, un seul concurrent était réellement lâché, tous les autres restaient à portée de fusil. On a alors assisté à une course par élimination. Connor Jaeger et Michael McBroom étaient encore là au bout de 500m, les seuls largués étaient les Européens. Le jeune Jordan Harrison (Australien) s’est longtemps accroché mais a fini par craquer au bout d’environ 600m. A 150m de l’arrivée, Sun a commencé à réellement accélérer, Mellouli n’a pu résister (le 5 et le 10km en eau libre lui ont rapporté de l’or et du bronze, sur une course au train ça aurait pu tenir, pas sur une course tactique, il n’a plus la vitesse pour un 800m), en revanche les 3 Ricains (dont un Canadien) restaient sur la même ligne. McBroom a réussi à toucher juste avant Cochrane avec au passage un record national. Le dindon de la farce est Jaeger.

Que vaut vraiment ce Chinois s’il donne tout ? Là, il a nagé facile et n’a accéléré que lors des 200 derniers mètres histoire d’assuré (pour rappel, il est co-vice-champion olympique du 200m), ça a donné un temps de 7’41"36, il a un record à 7’38 "57 mais a établi le record du monde du 1500m lors des JO en 14’31"02, soit 30 longueurs en 871 secondes, ce qui nous donne une moyenne de 29 secondes par longueur (sensiblement identique à celle du 800m d’aujourd’hui). Sachant qu’au cours de cette finale il s’est longtemps contenté de 29" à 29"60 par longueur avant de finir en accélération (28", 27"7 puis 27"15), qu’il a une grosse réserve de vitesse (il vaut 1’45 sur 200 et 3’40 sur 400), que le record du monde est à 7’32, je suis à peu près certain qu’il est capable nager moins de 7’30 à condition de le vouloir.

Aparté : ai-je mal vu où Sun Yang a un appareil dentaire ? Si ce n’est pas le cas, il en aurait besoin d’un parce qu’il a une drôle de dentition.

Au moins une médaille par jour jusqu’à la fin des ChM, pour le moment le pari tient. Jeudi, les relayeuses du 4x200m sont notre meilleure chance, on peut aussi compter sur notre joker Fabien Gilot sur 100m NL.