Sur 100m haies, la Française a un excellent PB (12"96) et un SB assez moyen pour elle (13"46). Après un très bon départ elle a été doublée par 3 filles, finissant en 13"36 (-0.6m/s), soit 1071pts. Résultat, une 4e place au général derrière Brianne Theisen-Eaton (13"17, 1099pts), femme d’Ashton Eaton[1] et accessoirement KKC (Kes-Kella-Changé) Kristen Bell, Ganna Melnichenko (13"30) et Dafne Schippers (13"31), grande spécialiste du 200m. Ce n’est pas le début rêvé, ça reste très correct.

Les séries du 3000m steeple étaient un piège (3x3Q+6q), surtout en cas de course lente. Mahiedine Mekhissi-Benabbad était dans la première course avec un Kenyan, un Ougandais au nom Kenyan, un Kenyan acheté par le Bahreïn… Il lui suffisait d’être sérieux pour passer. L’Ougandais a décidé de jouer les lièvres, il n’a pas tout de suite était suivi, l’écrémage s’est fait, un Espagnol est passé devant, un Canadien a attaqué à 500m de l’arrivée, MMB s’est contenté de contrôler, il est revenu progressivement pour aller battre le Canadien tranquillement. 8’15"43 avec beaucoup de facilité et de relâchement… Très prometteur ! Abel Mutai a pris la 3e place, soit il n’a pas forcé en se sachant qualifié, soit il n’était pas dans sa meilleure forme.

Nouredine Smaïl n’a pas eu beaucoup de chance, il est tombé dans une série où figuraient plusieurs garçons très rapides, à commencer par Ezekiel Kemboi, le n°1 mondial depuis des années, l’Ethiopien Roba Gari, l’Italien Jamel Chatbi (c’est à relativiser, son PB date de 2009), l’Ougandais Jacob Araptany (au PB équivalent au sien), et l’Américain Evan Jager. La course a été beaucoup plus lente que la précédente, on n’éliminait personne, le peloton est resté groupé pendant 6 bonnes minutes, l’Ougandais a alors tenté d’accélérer, puis Smaïl a pris ses responsabilités à environ 600m de l’arrivée, un quintette s’est détaché avec les garçons cités (le Canadien à la place de l’Italien). A la fin ils n’étaient plus que 4, Smaïl a connu quelques problèmes sur les passages de barrières… il a même failli tomber sur la dernière mais il a eu suffisamment de gaz pour retrouver l’équilibre et finir à fond malgré le retour de 3 garçons juste derrière lui. 8’23"76 pour le Ricain tout en contrôle avec Kemboi qui a fini en marchant au couloir 4. Quelle frayeur ! La surprise est l’élimination de Roba Gari, 6e en 2009, 5e en 2011 et 4e aux JO, il a complètement sombré, 8’45, personne n’a fait pire !

Yoann Kowal a quant à lui affronté 2 Kenyans (le jeune Conseslus Kipruto et le – relativement – vieux Paul Kipsiele Koech[2]. Pardon, 3, j’oubliais le Kenyan transformé en Turc (Tarik Langat Akdag). Ajoutons-y le Marocain Hamid Ezzine. Il y avait de la marge pour passer au temps à condition d’aller relativement vite. Kowal est resté calmement dans le peloton, il s’est replacé au bon moment, 3e derrière les Kenyans, à la corde presque en permanence… Ils étaient encore nombreux quand les 2 favoris ont commencé à accélérer à 700m de l’arrivée, le peloton s’est alors scindé en 2, ils n’étaient plus que 5 devant. Aux 300m, les Kenyans en ont mis une belle, Kowal a voulu suivre, il n’a pas pu tout de suite mais a accéléré après la rivière pour larguer le Marocain qui a très mal passé cet obstacle. 3e, très belle course, enfin une qualification en finale, Kowal peut être heureux. Cette série n’a pas été beaucoup plus rapide que la précédente (8’22"31).

3 Français tous qualifiés à la place… La classe ! Les Kenyans encore kenyans et les Français seront tous de retour sur la piste dans quelques jours, hormis Jager éventuellement dangereux (j’y crois peu), on tient là les principaux protagonistes de la finale.

Les séries du 400m haies ont aussi eu lieu ce matin, il était en principe difficile de ne pas se qualifier (5x4Q+4q, on en éliminait seulement 13 pour 24 qualifiés), en fait non. Yoann Décimus a terminé dernier de sa série, on ne s’attendait pas à une telle densité, il a explosé dans la dernière ligne droite après être parti correctement. Il fallait courir en 49"66 pour passer, chose tout à fait dans ses cordes avec un record à 49"52, il n’a su faire mieux que 50"21 (au couloir le plus intérieur). Décevant.

Mickaël François a hérité d’une série a priori beaucoup plus difficile (un concurrent de plus, 3 déjà passés sous les 48 secondes), il s’est très bien battu dans une course étrangement lente au cours de laquelle un Luxembourgeois s’est mangé une énorme gamelle à la corde. Ils étaient 5 à se battre pratiquement au même niveau dans la dernière ligne droite, L.J. van Zyl s’est fait piéger, grillé au cassé par le Français (50"02 contre 50"05). Il s’agit d’une grosse contre-performance pour le Sud-Africain. Les 2 meilleurs ont juste contrôlé.

Grosse surprise dans la dernière série, le Britannique David Greene a totalement manqué sa fin de course et a failli se faire avoir, il a été devancé sur la ligne (départagé au millième) en se faisant surprendre par un retour improbable au couloir extérieur. Il a été repêché au temps, van Zyl était en sursis, il a été sorti. Un médaillé mondial de moins.

Chez les femmes (4x3Q+4q) ont a perdu Georganne Moline, candidate au podium (2e des trials US). Chute ! Chute à l’avant ! La pointe du pied arrière qui tape la haie, et c’est le drame. Et en bonus, Kaliese Spencer a dominé la course avec une grande facilité… avant de se faire disqualifier. 2 favorites en moins. Double coup de tonnerre dès la première série !

Zuzana Hejnova s’est baladée, elle a fini en footing. Si elle ne gagne pas la médaille d'or, je mange un âne entier. Avec les sabots.

Phara Anacharsis (au 7) n’a pas hérité d’une série facile : Natalya Antyukh, Perri Shakes-Drayton et Lashinda Demus aux 3 couloirs intérieurs. Elle a terminé 6e (56"73, à 8 dixièmes de son record réalisé cette saison) dans une course globalement assez faible techniquement.

J’ai complètement zappé les qualifications du lancer du disque masculin, à ma décharge elles sortaient de la thématique de la matinée. Les 3 cadors sont les seuls à avoir lancé à la distance demandée pour obtenir l’accession directe à la finale, vous les connaissez si vous suivez l’athlé : Robert Harting, l’Allemand qui déchire son maillot quand il gagne, Gerd Kanter dont le dossard 1664 aux JO avait fait rire beaucoup de monde, et Piotr Malachowski, à propos duquel aucune anecdote ne me vient.

Finissons-en avec le saut en hauteur de l’heptathlon… Cette épreuve creuse des écarts très importants, il est interdit de s’y louper, or c’est ce qui a failli se produire pour notre Française, elle a failli foutre en l’air son heptathlon dès la 2e épreuve. Antoinette Nana Djimou a en effet eu le chic pour se faire très peur : après une première barre d’échauffement pour éviter le zéro, elle a commencé par rater ses 2 premiers essais à 1m71 (PB à 1m84 en salle, c’est une de ses mauvaises épreuves). Même frayeur à 1m74, barre passée au 3e en touchant. Comme si ça ne suffisait pas, elle a recommencé exactement la même chose à 1m77 (SB). A 1m80, il n’y a pas eu de miracle. 941 points, c’est tout de même assez peu… 14 filles en ont pris plus qu’elle.

Ça s’est d’autant plus mal passé que l’Ukrainienne déjà mieux placée après les haies a réussi 1m86 (PB égalé) malgré une touche avec les mollets. Ça rapporte 1054pts.

En revanche Theisen-Eaton s’est arrêtée à 1m83 (1016pts), tout comme Katarina Johnson-Thompson. Ça aurait pu être pire.

Le Benelux a été à l’honneur puisque 2 filles ont passé 1m89, 2 spécialistes, la Néerlandaise Nadine Broersen, tombée lors du 100m haies, et la Belge Nafissatou Thiam (qui avait Tia Hellebaut pas loin à côté de son entraîneur) Thiam a même battu son record en passant 1m92 en touchant légèrement (c’est colossal, 1132pts), elle s’est ainsi placée 3e au général.

10e (2012pts) après 2 épreuves, Antoinette compte déjà un retard non négligeable sur Melnichenko (2135), Theisen-Eaton (2115) et même Thiam (2092). Il faudra corriger ça dès le lancer du poids.

Terminons avec une preuve d’amour… Mme Theisen-Eaton aime sans doute son mari (qui représente les Etats-Unis), mais elle aime aussi son pays !

Notes

[1] Le nouveau champion du monde du décathlon.

[2] A ne pas confondre avec Paul Kipsilgich Koech, un coureur kenyan de la fin des années 90 et du début des années 2000.