Après une matinée sur le thème des obstacles verticaux, les organisateurs ont fait une sorte de rappel en débutant par les demi-finales du 110m haies, car oui, pour une fois il s’agissait bien de demi-finales (2x3Q+2q) et non de tiers de finale. Notre première histoire de frères déçus s’est jouée dans cette épreuve, mais plus tard, ça avait même très bien débuté pour Thomas Martinot-Lagarde, le rescapé de la famille, dont le petit frère, Pascal Martinot-Lagarde, a été éliminé dès les séries à cause de sa blessure au dos. Venir en tant que candidat légitime au podium et se retrouver à commenter la course de son grand frère moins fort que soi, P.M.L. ne s’y était sans doute pas préparé, il aurait même pu imaginer l’inverse. A vrai dire, leur but était sans aucun doute de disputer ensemble la finale, ils étaient convaincus d’y parvenir après leurs performances du début d’été, et si un des 2 avait dû être éliminé avant l’autre, en principe c’était Thomas.

L’ainé a eu sa chance, il a su la saisir tant en séries qu’en demi-finales. Engagé dans la première des 2 courses, il a été capable de se sortir d’un énorme piège, celui du posé par… le starter, dont l’incompétence a sauté aux yeux. Cette demi-finale a été complètement dingue. On a d’abord dû reprendre les ordres à cause du bruit. Premier contretemps. Tout le monde se replace dans les blocks mais une fois de plus les ordres sont tellement lents que plusieurs concurrents bougent très clairement. Le coup de feu retenti, les hurdlers, les commentateurs et le public s’attendent tous à un rappel, à la surprise générale il n’a pas lieu, il faut finir la course. A ce petit jeu le Français s’en est très bien sorti car il a réussi à rester concentrer et à ne pas paniquer malgré un départ extrêmement moyen (0.270 de temps de réaction). En revanche Aries Merritt a failli sauter, il est parti environ une semaine après les autres ! 0.327 de temps de réaction sur un 110m haies, normalement à ce niveau c’est rédhibitoire… sauf pour le champion olympique et recordman du monde. L’Américain a réussi à arracher la 3e place de façon hyper impressionnante (dans un tiers de finale, il dégageait). Les problèmes au départ expliquent les temps médiocres : Jason Richardson vainqueur en 13"34 (-0.3m/s) devant TML (13"39) et Merritt (13"44).

Remarquez, il y a eu pire. Ryan Brathwaite est sorti des starting-blocks (0.387 !) quand les autres étaient déjà sur le point de franchir la première haie. Hansle Parchment et Konstantin Shabanov ont vu la piste de très près, ils ont joué à Pouf le cascadeur.

La seconde demi-finale s’est déroulée de façon plus conventionnelle à un détail près : compte tenu des incidents de la première, on s’attendait à ce que 5 concurrents sur 8 passent, ce qui n’a pas manqué, ils sont tous allés plus vite que Richardson. Les 2 repêchages au temps ont été obtenus par Andrew Riley et William Sharman. Même Artur Noga, premier éliminé, est allé plus vite que TML (en 13"35, à 1 centième de la qualification). Devant, David Oliver a impressionné, il aurait gagné facilement sans une perte d’équilibre en fin de course dont a profité Sergey Shubenkov pour passer la ligne d’arrivée en vainqueur (13"17). Ryan Wilson aussi était dans le coup.

Pour l’équipe de France, le gros morceau de la journée était la finale du saut à la perche avec Renaud Lavillenie et son petit frère Valentin. Ce dernier a commencé son concours à 5m50. Renaud, auteur des 6 MPM de la saison, a dû attendre un long moment de débuter son concours. Valentin a raté ses 3 essais… pas de barre passée, premier éliminé. Il était difficilement consolable… Je ne crois pas à la thèse selon laquelle ça aurait déconcentré Renaud. Au contraire, en toute logique cette mésaventure devait avoir pour conséquence d’éviter toute perturbation extérieure pendant sur son propre concours.

Renaud a décidé de débuter à 5m65, il était 19h47, il n’a pas engagé, on a même eu peur qu’il retombe à côté du tapis. Les Allemands sont passés au premier essai, Renaud devait répliquer, il a mis une valise… non, à ce niveau il y avait toute le contenu de la soute à bagages d'un A380. Impressionnant ! On pouvait légitimement croire que l’Auvergnat était lancé vers la victoire, il nous manquait une donnée dont on a pris connaissance plus tard. En réalité, il a bel et bien été perturbé par un élément extérieur, mais il ne s’agissait pas de son frère. Le premier champion olympique d’athlétisme français du XXIe siècle a été troublé par la conception du stade. Le sautoir a été placé dans le virage et non à l’extérieur de la ligne droite opposée, jusqu’ici rien de très anormal, seule il a été conçu avec une piste d’élan inhabituellement courte. Conséquence de la chose, Renaud et quelques autres étaient obligés de partir de la piste de course quelques mètres derrière la ligne d'arrivée où ils ne pouvaient poser leurs marques comme ils le font sur des sautoirs classiques. Ce détail peut sembler anodin, il ne l’est pas pour un athlète de très haut niveau. On parle ici d’une mécanique de grande précision, avoir des problèmes de repères est perturbant. L’ainé des frère Lavillenie n’a pas su passer outre ce petit souci imprévu, il s’était préparé à tout sauf à ça, faute d’avoir déjà rencontré ce cas de figure. Il a dû composer avec cet inconfort psychologique. Excuse ? Non, il s’agit d’une explication du caractère assez chaotique de ce concours. Après cette valise à 5m65 (une barre passée par 10 perchistes), on n’a pas vu le Renaud habituel, même les sauts réussis semblaient clocher.

Renaud a fait l’impasse à 5m75, se réservant pour 5m82. Raphael Holzdeppe l’a imité. En revanche Björn Otto a voulu passer cette barre, il y est parvenu… au 2e essai. Et encore, on lui a compté un essai raté car il n’a pas sauté dans les temps. Lui aussi a une course d’élan plus longue que la moyenne, contrairement à son jeune compatriote.

Devant la barre à 5m82, ils étaient encore 7, dont certains ont eu de la chance, ils ont touché la barre précédente, elle n’est pas tombée. Cette fois, l’écrémage promettait d’être plus sérieux, le Tchèque Jan Kudlicka et le Japonais Seito Yamamoto (un jeune de 21 ans auteur d’un nouveau PB) allaient probablement s’arrêter à ce stade de la compétition, d’autres allaient certainement continuer, notamment les Allemands.

Holzdeppe a réussi un énorme saut pour son premier essai à 5m82… il a donc pris la tête. Renaud le savait déjà, pour obtenir le titre il allait probablement devoir sauter plus haut que le plus jeune des 3 Allemands, celui-ci n’ayant encore connu aucun échec. La situation a empiré quand il a manqué son premier saut à cette barre puis quand Otto (facilement) et Walker (en touchant) ont réussi leur première tentative…

Renaud y est alors allé de sa valise (il était très haut au-dessus de la barre), pourtant techniquement, c’était assez étrange, il s’est déporté sur la droite en sautant. En direct, la raison la plus plausible de ces échecs m’apparaissait être une perte de repères due à la longue attente entre les sauts à 5m65 et 5m82. Le problème principal était alors sa position : 4e. Même 5m89 ne lui garantissait pas forcément la médaille.

Malte Mohr, qui a fini par rejoindre ses compatriotes, Renaud et Brad Walker grâce à son 3e essai à 5m82 (en rasant la barre), n’a pu faire mieux, il était le premier à sauter, il a été le premier éliminé. Entre-temps, un homme avait réussi à franchir ces 5m89. Holzdeppe avait la chance de pouvoir mettre la pression sur ses adversaires grâce au tirage au sort l’ayant placé avant Renaud et Otto, il n’a pas manqué l’opportunité. Son concours se résumait désormais à 3 sauts tous réussis. Renaud devait désormais passer au moins 5m96 pour gagner. Il aurait pu faire l’impasse à 5m89 – au passage, vous aurez remarqué la différence de hauteur entre chaque barre, en général on monte de 5 centimètres, pas de 7 – mais aurait alors pris le risque de ne même pas rapporter de médaille à la maison. Il lui a fallu s’y reprendre à 3 fois pour se replacer en 2e position du concours, la première tentative a été ratée (les 2 genoux dans la barre), la suivante aussi (en retombant, on y a cru), la dernière a donné lieu à une nouvelle valise. Même en ayant déjà réussi 25 concours à 5m89 ou plus depuis le début de sa carrière, il faut une sacrée paire de c*uilles pour sortir un saut comme ça à ce moment d’une finale mondiale !

La valise de Renaud a eu pour conséquence de faire passer Walker 4e, d’assurer – sauf catastrophe – une 2e breloque à l’équipe de France et de mettre la pression sur les 2 derniers à pouvoir le doubler. Walker et Otto ont bloqué, au 2e essai ils étaient tous les 2 proches du but mais ont touché la barre, Mohr a vécu la même chose au 3e. Le classement s’est figé quelques minutes plus tard avec les derniers échecs de l’ancien champion du monde (en 2007) et de l’habituel dauphin de Renaud (3 fois en 2012 aux ChM en salle, aux ChE en plein air et aux JO).

Il était 21h30 à Moscou quand le duel final a débuté, l’heure de l'épilogue du 110m haies. Les raisons d’y croire étaient nombreuses, la principale était celle-ci : un seul des 2 derniers protagonistes en lice avait déjà franchi 5m96 ou plus. Et plusieurs fois de surcroît (8 dont beaucoup cette année). Renaud a sauté 6m07 cet hiver (saut non validé de façon très injuste), il a gagné presque à chacune de ses sorties, a amélioré son record de France en plein air il y a quelques jours à Londres, autrement dit il avait les cartes en main pour décrocher l’or. Désormais fois il ne dépendait plus vraiment de la performance d’Holzdeppe, ce dernier ayant atteint ses limites (son record est à 5m91). D’ailleurs à aucun moment il n’a donné l’impression de pouvoir passer. Par conséquent, chaque tentative de Renaud était une balle de match. Le premier saut a manqué de profondeur, le 2e a été complètement manqué. Avant le dernier, la tension était extrême, tout comme sa concentration. Bien parti, le Français est retombé trop près, encore un problème de profondeur, pas de hauteur, il était bien au-dessus. Pas de toute, tout était question de réglages…

Champion olympique, champion d’Europe et de France en salle et en plein air, champion du monde en salle, il ne manquait qu’un titre à notre homme volant pour réaliser le grand Chelem. Il aurait pu détenir tous les titres possibles au même moment. La déception est légitime, le scénario l’atténue un peu dans le sens où il lui a fallu aller chercher sa médaille avec les tripes. Un peu seulement car 2e en ayant sauté la même barre que le premier et en étant clairement le plus fort, c’est dur à avaler. Il est juste tombé sur un Allemand en très grande forme ayant su profiter d’une incroyable opportunité. Holzdeppe a fait un concours hyper propre et solide, il n’y a rien à dire, son titre n’est pas volé, il n’a rien loupé avant 5m96.

Soyons un peu positifs, regardons l’aspect positif des choses : cette médaille d’argent, la première de sa carrière, est sa 10e médaille internationale depuis 2009, il a loupé un seul podium depuis (aux ChM en salle 2010) et reste sur 8 souvenirs métalliques rapportés de ses 8 dernières grandes compétitions. C’est monumental, personne ne peut se targuer de confirmer concours après concours comme il le fait depuis plus de 4 ans.

VIDEO à venir

Détour par le lancer du poids de l’heptathlon. Antoinette Nana Djimou a réussi la 2e perf de toutes les concurrentes (14m54, elle a fait 3 jets très proches), ce qui lui a rapporté 830pts et permis de passer de la 10e à la 6e place (2842pts) à quelques points du podium dans un classement extrêmement serré (Sharon Day 2e avec 2882 unités, Nafissatou 3e avec 2867). En principe Antoinette aurait dû lancer presque au niveau de l’Allemande Julia Mächtig (15m48, 893pts, ce qui ne lui a pas permis de s’approcher des cadors), son PB est une marque à 15m41 en salle cette saison. 3 épreuves, 3 résultats inférieurs à ses capacités…
L’Ukrainienne Ganna Melnichenko a gardé la tête au général malgré des jets moyens.

Les tiers de finales (3x2Q+2q) du 100m féminin ont débuté vers 19h35 heure locale. Il n’y avait pas vraiment de star dans la première si ce n’est Blessing Okagbare qui a bougé dans les starting-blocks à cause de la lenteur du starter, elle a donc raté son départ mais a pu revenir grâce à son placement pour gagner d’un souffle devant Octavious Freeman (11"08 chacune, -0.4m/s). Physiquement, la Nigériane me fait penser à… Bolt. En plus musclée. C’est un morceau de viande qui court. C’est aussi le cas d’Allyson Felix me répliqueront certains. Si la championne de 200m ayant été baptisée "Chicken Legs"" en raison de son gabarit très fin, Okagbare serait plutôt "Buffalo Body""…

Dans la 2e demi-finale on trouvait une densité nettement supérieure avec English Gardner, aux attitudes – mais pas au gabarit – de Maurice Greene (elle s’entraîne désormais avec John Smith^^), Murielle Ahouré et Carmelita Jeter mais aussi Sheri-Ann Brooks et Ezinne Okparaebo pour ne citer que les plus familières des grandes compétitions.

Gardner est partie au quart de tour (0.128 de temps de réactions), elle a pris de l’avance mais n’a pu résister au retour d’Ahouré, puis dans un 3e temps Jeter est venu les griller toutes le deux. L’étrange phénomène du sprint US – pour rappel avant l’âge de 27 ans elle avait un niveau très moyen, niveau finale des Championnats de France, pas forcément mieux, et est subitement devenue un monstre physique capable de s’approcher du record du monde établi par une légende américaine à l’éclosion aussi douteuse que la sienne – a manifestement assez bien récupéré de sa blessure du début de saison, ce dont on ne doutait pas car elle est capable de tout, elle a des médecins et une pharmacopée de… très haut niveau. Ceci dit, 10"95 (-0.4m/s) n’est pas un temps exceptionnel, c’est celui réalisé par les 2 premières. 3e, Gardner était déjà presque sûre de passer, elle a en effet été repêchée (11"00). Les autres ont été nettement moins rapides.

Myriam Sourmaré, au couloir 2 (personne au 1) de la 3e course, n’avait strictement aucune chance de se qualifier. La première place était promise à Shelly-Ann Fraser, la concurrence était trop rude pour décrocher l’autre billet direct, même la 3e position était préemptée par une autre sauf énorme surprise. Myriam a fait un départ de mutante (mise en action comprise) mais n’a pu résister aux Jamaïcaines avec une Fraser en 10"87 (-0.1) et une Kerron Stewart en 10"97. En salle, Myriam gagnait le 60 mètres… Seulement ces championnats sont en plein air et il y a 40 mètres de plus à courir. Alexandria Anderson a obtenu le dernier ticket de repêchage au temps (11"01), Ivet Lalova en est restée là malgré un 11"10, alors 11"31 pour Myriam… Elle n’a pas réussi à atteindre son meilleur niveau cette saison. Espérons qu’il en soit autrement sur 200m et dans le relais.

Allez, tant que nous y sommes, restons dans le sujet, on passe directement à la finale, elle a eu lieu en fin de programme.

Le moment le plus intéressant de cette finale ? Il a eu lieu avant la course, au moment de la présentation. Les sprinteuses au départ (4 Américaines, 2 Jamaïcaines, 2 Africaines de l’ouest) ont sorti la panoplie complète de toutes les attitudes possibles en partant de l’agressivité pour aller à la minauderie en passant par la concentration et la décontraction, je vous laisse observer par vous-mêmes dans la vidéo.

La plupart des observateurs imaginaient Fraser gagner, le doute concernait le nom des 2 autres médaillées, elles étaient 3 à réellement y prétendre : Jeter et Okagbare en favorites, Ahouré arrivait juste après dans les pronostics.

Comme prévu Fraser – déjà suspendue pour dopage au cours de sa carrière, il est toujours bon de le rappeler – a réalisé un très gros départ, personne n’a pu revenir, le chrono s’est arrêté à 10"71 (-0.2), MPM. La surprise est venue… de la Nigériane. Okagbare s’est loupée, seulement 6e en 11"04 (par conséquent elle ne sera pas médaillée à la fois sur 100m et au saut en longueur dont elle est vice-championne du monde, il lui reste le 200m). Entre elle et Fraser, il y a eu baston pour le podium, Ahouré a décroché l’argent (10"93) devant Jeter (10"94), Gardner et Stewart ayant échoué à quelques centimètres de la caisse (10"97). 2 des filles les plus suspectes de ces championnats ont donc pris l’or et le bronze… mais à mon avis l’argent est leur grande motivation.

Les tiers de finale du 400m masculin (3x2Q+2q) ont été cruels pour la 3e fratrie du jour, une fratrie belge bien connue.

On ne s’attendait pas à la victoire du Saoudien Youssef Masrahi à la bagarre dans la première course… Pour l’occasion il a claqué un record national (44"61). Ce concurrent a surpris tout le monde (après avoir stagné depuis 2010, en un an il a juste mis 8 dixièmes à son record perso^^), peut-être est-ce ce qui a crispé Kevin Borlée qui était 2e derrière l’Américain Tony McQuay (44"66) à l’entrée de la dernière ligne droite. Non seulement il n’a pu le rattraper, mais il a été doublé par 2 concurrents supplémentaires, le Saoudien et le Brésilien Anderson Henriques, parti très vite et apparemment largué après avoir trop donné trop tôt. Le Sud-Américain (44"95, PB) est pourtant revenu pour doubler le Belge juste avant la ligne. 4e place en 45"01… On n’a pas fait semblant dans ce tiers de finale !

Le jumeau Borlée, Jonathan, était dans la course suivante, celle de LaShawn "tite bite" Merritt. L’Américain s’est baladé, comme d’habitude. Je préfère éviter d’aller trop loin dans les commentaires concernant cet ancien (?) dopé ayant un faible pour l’auto-humiliation… On va se contenter du temps : 44"60. Le Belge, sorti en tête du second virage, a réussi à tenir pour prendre la 2e place directement qualificative (44"85, SB).

Kirani James a géré avec ses grandes foulées déliées mais comme ça bataillait dans la dernière ligne droite – il a regardé à sa droite – il lui a fallu en remettre une petite pour gagner en 44"81. Le Tchèque Pavel Maslak, pourtant parti très vite, s’est accroché. Si Luguelin Santos l’a battu sur la ligne pour la 2e place (44"83 contre 44"84, record de République Tchèque), l’Européen s’est tout de même qualifié au temps… au détriment de Kevin Borlée, éliminé pour 6 centièmes. C’est une surprise, on imaginait déjà Maslak craquer sur la fin, il a tenu. Au bout du compte les 8 finalistes sont les 8 à avoir couru en moins de 45 secondes lors de ce tour.

Un frère qualifié, son jumeau éliminé de très peu en ratant sa fin de course, donc avec de gros regrets, le tout avec le père entraîneur pour commenter – avant, entre et après les courses, pas pendant – au micro de France 2 et parler à ses fils dans ce moment assez difficile pour la famille, ça m’a fait une drôle d’impression. Comment être content pour l’un sans dégoûter l’autre ?

Lançons-nous dans les lancers.

En finale du lancer du marteau masculin, Pawel Fajdek a tout de suite mis la pression à ses adversaires. Le jeune Polonais a réussi ni plus ni moins que la MPM (81m97). Il n’a été inquiété à aucun moment, son 2e essai lui a même permis d’enregistrer la 2e meilleure marque du concours (80m92). Le Hongrois Krisztian Pars a été le seul autre concurrent à envoyer son marteau derrière la ligne des 80 mètres (80m30 au premier essai). Dans cette finale des Championnats d’Europe (10 Européens plus un Japonais et un Tadjik), le Tchèque Lukas Melich a devancé le Slovène Primoz Kosmus de seulement 14cm (79m36 contre 79m22, chacun au 4e jet). Ce dernier n’avait manqué aucun podium mondial ou olympique depuis son premier en 2007. Hormis l’inversion entre le 6e et le 5e, il ne s’est rien passé lors des 2 derniers tours.

La finale du lancer du poids féminin a sans surprise donné lieu à une nouvelle victoire de Valerie Adams, cette fois 20m88 ont suffi à la Néozélandaise. Il s’agit de son 4e titre mondial consécutif, de sa 39e victoire de rang. L’identité de sa dauphine était moins prévisible. L’Allemande Christina Schwanitz, 8e en 2005, n’avait jamais mieux depuis que des 10e places aux JO et ChM, hormis une 5e aux Europ’ en plein air (ce qui revient au même), elle avait seulement décroché une médaille d’argent à Bercy en salle en 2011. Depuis 2005, au mieux, elle stagnait, et soudain cette année à 27 ans, titre européen en salle, explosion de son record personne passé de 19m31 à 20m20 puis 20m41 au dernier essai – après une série de jets entre 19m22 et 19m74 – pour devenir vice-championne du monde… Rien ne vous choque ? La 3e, la Chinoise Gong Lijiao, semble à sa place (déjà 3e à Berlin et à Londres, 4e à Daegu). La grande malheureuse est Michelle Carter, battue d’un centimètre par Gong (19m95 contre 19m94 après avoir lancé à 19m92).

Heptathlon, épisode 4, le 200m.

Antoinette Nana Djimou a couru au couloir 2, elle avait absolument besoin d’approcher ou de battre son record (24"36, un peu moins bien cette saison) pour se relancer. Après un très bon départ et super virage… elle n’a pas tenu. Sur la fin elle était quasiment à l’arrêt, d’où une performance très inférieure à ce dont elle avait besoin : 24"95 (-0.2m/s), 891pts. Sans casser de surcroît. OK, ça n’aurait rien changé. 17e de l’épreuve, la première Dafne Schippers (spécialiste du 200m) qui fait tout exploser (22"84, un temps de demi-finaliste du 200m et même de finaliste européenne, 1095pts à la clé), Katarina Johnson-Thompson qui prend 1042pts avec un nouveau PB (23"37), Ganna Melnichenko, leader de la compétition, qui en prend 993 (23"87), c’est catastrophique pour Antoinette.

A la fin de la première journée l’Ukrainienne vire en tête avec 3912pts, elle devance la Néerlandaise (3837), l’Américaine Sharon Day (3836) et Brianne Theisen-Eaton (3810). Antoinette n’est pas totalement larguée, 7e (3733), mais à moins de réussir une seconde journée à la Kevin Mayer (mais avec seulement 3 épreuves au lieu de 5, il lui faut un super saut en longueur et un énorme javelot car le 800m est un handicap), Antoinette a de fortes chances de passer à côté de sa chance de médaille. C’est vraiment dommage, cette année il y a de la place.

La finale du 400m féminin a eu lieu quand les perchistes débutaient les sauts à 5m89. Si la victoire dans ce concours ne s’était pas jouée à la même barre, l’écart entre Christine Ohuruogu et Amantle Montsho aurait probablement été le plus minime des championnats. Il a fallu la photo-finish pour départager la Britannique – déjà suspendue pour infraction à la législation antidopage – et la Botswanaise classée dans le même centième de seconde, en 49"41 (record de Grande-Bretagne). Le meilleur temps de réaction de la musculeuse Londonienne n’est pas ce qui a fait la différence. Montsho a tout bonnement offert le titre à son adversaire en décélérant avant la fin et en ne cassant pas sur la ligne – elle avait même le buste en retrait ! – au terme d’une course folle. Les positions ont changé un nombre de fois assez fou, la Britannique avait course perdue mais s’est arrachée pour revenir et emporter le morceau en se jetant sur la ligne épaules en avant (elle a les épaules très larges). La Russie, les Etats-Unis et la Jamaïque avaient chacun 2 cartouches, seul le pays hôte s’en est sorti avec une breloque, celle d’Antonina Krivoshapka (49"78), la seule des 3 filles montées sur le podium à ne pas avoir le bodybuilding comme 2e passion…

Pour finir, retrouvons notre première fratrie, celle des Martinot-Lagarde. Un mot s’impose : regrets. La finale du 110m haies a eu lieu juste après les sauts à 5m89, l’équipe de France était donc déjà certaines d’obtenir sa 2e médaille, la 3e pouvait revenir à Thomas Martinot-Lagarde, dont le frère commentaire la course. L’outsider français était presque idéalement placé, au centre de la course, entre Jason Richardson et Sergey Shubenkov, très soutenu par son public.

Il y avait 4 Américains au départ (dont 3 étaient côte à côte aux couloirs extérieurs), ils ont failli réussir un triplé mais la petite erreur de l’un d’eux en fin de course (Richardson s’est mal réceptionné après avoir sauté la dernière haie) a ouvert la porte au Russe, lequel a su en profiter pour décrocher le bronze en 13"24, un temps tout à fait à la portée de chacun des 2 frères Martinot-Lagarde. La médaille d’argent de Ryan Wilson en 13"13 n’était pas inaccessible à un PML apte à courir, en revanche David Oliver était manifestement intouchable : victoire en 13"00 (+0.3m/s), meilleure performance mondiale de la saison.

Malgré un temps de réaction pas exceptionnel, Thomas était super bien en début de course… puis il a sombré suite à une perte l’équilibre en milieu de course (7e en 13"42). Pas sûr que les mots de son petit frère aient été d’un grand réconfort.

Ces championnats, je le dis depuis le début, je ne les sentais pas. Pour le moment, je garde le même état d’esprit. Ça ira peut-être mieux demain. On compte sur PAB.