2 Russes sont revenues vers la mi-course, on aurait dit des jumelles à une coiffure près. Au bout d’environ 1h05 (un peu avant le passage aux 15km), Elena Lashmanova et Anisya Kirdyapkina sont parties, lâchant les 2 échappées du début de course, peut-être ont-elles choisi ce moment en sentant revenir le duo Chinois (qui a facilement rattrapé la Tchèque et l’Italienne). Pendant ce temps Vera Sokolova commençait à produire son effort, la 3e Russe a mis un seul tour de la bouche à combler tout son retard et à larguer les 4 filles du quatuor. Elle mesure une tête de moins que la Tchèque, quand elle est passée à côté – brièvement – l’image était assez étonnante. Accélérer de cette façon est toujours dangereux, on risque de prendre des avertissements et de se faire disqualifier. En l’occurrence, elle en a pris 2, ce qui l’obligeait à se calmer. La Chinoise Liu Hong (2 fois médaillée de bronze aux ChM, 2 fois 4e aux JO) y a cru jusqu’au bout… et a fini par obtenir la médaille de bronze grâce à la disqualification de Sokolova. La 3e Russe a été disqualifiée ou du moins a appris sa disqualification après ses premiers pas dans le stade.

La jeune Lashmanova, déjà championne olympique alors qu’elle n’a que 21 ans, a naturellement lâché Kirdyapkina, femme de Sergey Kirdyapkin, grand champion de la marche russe (2 titres mondiaux, un titre olympique). Dans le stade, il n’y avait très peu de monde mais beaucoup de bruit, comme toujours quand la Russie brille. La Russie est aussi passée tout près d’un nouveau couac. Après l’affaire des sièges vides, celle de l’hôtel[1], celle du marathon en plein cagnard, on a donc assisté à cette élimination à l’entrée du stade et à une scène assez cocasse – pour ne pas dire ridicule – lors de laquelle Lashmanova a cru la course terminée en passant la ligne… avant de voir que son adversaire continuait, alors elle a continué… mais a recommencé en s’arrêtant à 200m de l’arrivée (pour le coup on se demande vraiment pourquoi). Heureusement pour elle, il lui restait quelques mètres d’avance, elle a donc pu repartir et gagner avec un écart toutefois nettement réduit, on a même imaginé sa défaite au sprint. Plus très lucide la gamine.

Rigaudo a tenu le coup, elle a fini 5e derrière une autre Chinoise, Sun Huanhuan. Drahotova a pris la 7e place.

Sur le stade, la première épreuve du jour était le saut en longueur de l’heptathlon. Antoinette Nana Djimou a peut-être perdu une médaille mondiale à cette occasion. Ses 3 essais ont tous été mesurés, seulement le meilleur n’a pas atteint les 6 mètres, elle en est restée à 5m97 (+0,8m/s). Pour le moment son changement de technique de saut lui coûte très cher. Pourvu que ça paie à l’avenir ! Pour rappel son record est 6m44, 6m32 cette saison (en salle dans les 2 cas).

19e de la longueur, seulement 840pts (avec son SB elle terminait 6e avec 110 points de plus, son PB la classait dans les 4 premières avec environ 980 points), ça pique, surtout quand 4 des 6 filles qui vous devancent avant l’épreuve finissent dans le top 5 de l’épreuve en prenant entre 959 et 1027pts, le meilleur saut (6m67, PB) ayant été réalisé par une fille avec qui vous étiez ex-aequo à l’issue de la première journée (en l’occurrence l’Allemande Claudia Rath)… Katarina Johnson-Thompson 2e avec 6m56, ça ne me semble pas excellent, dans mes souvenirs cette spécialiste a déjà atterri à plus de 6m80, pourtant on annonce un PB. L’Ukrainienne Ganna Melnichenko a conservé la tête au général avec 4916pts (6m49 SB, 1004pts), Dafne Schippers est restée 2e (4796) en ayant sauté à 6m35, Rath est passée 3e à une unité de la Batave, Brianne Theisen-Eaton a aussi préservé sa position, 4e (4775, dont 965 à la longueur grâce à un PB à 6m37) juste devant la jeune Britannique (4766). Antoinette a rétrogradé en 10e position (4573pts).

La première série du 5000m masculin (2x5Q+5q) a vu la chute d’un Kenyan à 800m de l’arrivée, le pauvre John Kipkoech est revenu en sprintant sur 200m, malheureusement pour lui ils étaient encore 11 à la cloche à pouvoir se disputer les 5 places directement qualificatives, il a explosé dans les 300 derniers mètres, a terminé 10e de cette course et 2e non-repêché de l’ensemble des concurrents. Devant lui la logique a été respectée, Hagos Gebrhiwet et Yenew Alamirew représenteront l’Ethiopie en finale de même que Thomas Longosiwa pour le Kenya. Le vieux Bernard Lagat (38 ans et quelques mois) participera à la fête 13 ans après avoir décroché sa première médaille internationale, il s’agissait du bronze sur 1500m aux JO de Sydney (entre Hicham El Guerrouj et Mehdi Baala).

Galen Rupp et Mo Farah étaient les stars de la 2nde série, on y trouvait aussi des Kenyans et un Ethiopien. Un quintette s’est détaché naturellement au train dans une course plus rapide que la première (logique, pourtant on en a finalement repêché 2 contre 4 dans la précédente), les 2 Kenyans (Edwin Soi et Isiah Koech) et l’Ethiopien (Muktar Edris) ont sprinté pour gagner, ce qui n’avait strictement aucun intérêt. Les 2 compères anglo-saxons ont préféré discuter lors de la dernière ligne droite… Les gars se parlaient en trottinant ! Il ne leur manquait que le gobelet de café et la touillette. En même temps, pourquoi se fatiguer pour rien ? Leur attitude était peut-être un peu too much si on veut vraiment chercher la petite bête.

3 Ethiopiens, 3 Kenyans, 3 Etatsuniens… mais probablement une victoire britannique. Sans leur infaillible spécialiste du demi-fond et du fond pas trop long, je pense que l’athlétisme britannique aurait un bilan sensiblement équivalent au nôtre à la fin des championnats du monde, c’est quasiment 2 titres assurés à chaque fois.

Intéressons-nous à une des compétitions les plus attendues de ces Mondiaux, le saut en hauteur masculin. Cette année, 2 hommes ont franchi 2m40, ce n’était plus arrivé depuis des lustres, on retrouve un niveau et une densité assez phénoménaux après une période creuse au cours de laquelle les titres et les médailles semblaient presque à la portée de n’importe qui. En réalité la densité était parfois présente mais la constance, la lisibilité et surtout le charisme faisaient terriblement défaut alors que chez les filles, tout était réuni, on avait même en bonus les "qualités physiques" de certaines des têtes d’affiche les plus en vue.

On a perdu des semi-têtes d’affiche, en commençant par le vice-champion du monde en titre, le Russe Aleksey Dmitrik, dégagé dès 2m22. Ça pique. Le champion du monde en titre, l’Américain Jesse Williams, a failli connaître le même sort, il s’en est sorti en franchissant cette barre en l’effleurant au 3e essai. Ce n’était que partie remise, il a échoué à 2m26, reprenant ainsi ses habitudes dans les championnats internationaux. Jaroslav Baba, spécialiste des places d’honneur (médaillé aux JO d’Athènes) et encore 4e il y a 2 ans a confirmé son déclin, il a été recalé malgré un saut à 2m26, tout comme Mickaël Hanany, seul Français engagé (2m31 à Charléty lors des ChF). En passant au premier essai, il y avait moyen d’être repêché au temps, c’est ce qui s’est produit pour Erik Kynard, le vice-champion olympique, sauvé miraculeusement. Un des 3 médaillés de bronze des JO, le Canadien Derek Drouin, s’est retrouvé dans la même situation qu’Hanany, il a su sortir le saut nécessaire à 2m29 pour s’éviter l’élimination.

Un autre bronzé olympique a dû s’y reprendre à 3 fois à 2m29 (il a réussi sa dernière tentative en touchant), ceci dit, n’ayant rien loupé auparavant, on ne peut pas dire que Mutaz Essa Barshim se soit réellement fait de frayeur. Pour avoir le concours de la qualité espérée en finale on aura besoin du Qatari en grande forme, il était exceptionnel en début de saison puis une blessure au dos et le ramadan ont entamé son physique, il a peut-être eu le temps de s’en remettre. L’autre sauteur à plus de 2m40 cette saison, l’Ukrainien Bohdan Bondarenko, a sauté 2m22 et 2m29 sans aucun problème. En finale il tentera d’imiter son compatriote Yuriy Krymarenko, sacré en 2005 (ensuite, il évitera de faire la même carrière de quidam absolu… le gars a encore été dégagé dès les qualifications, c’est presque systématique).

La barre de qualification directe à 2m31 n’a même pas été tentée, on en avait déjà 12, dont 2 Russes, Ivan Ukhov et Aleksandr Shustov, ou encore le 3e bronzé de Londres, Robbie Grabarz, ainsi que Donald Thomas, le champion surprise de 2007. Ils ont tout passé du premier coup sauf l’ancien basketteur des Bahamas obligé de sauver sa peau à sa 3e tentative à 2m26.

Antoinette Nana Djimou jouait son heptathlon à quitte ou double au lancer du javelot, son épreuve la plus forte, il lui fallait tout exploser. A ce propos, je me pose une question : comment a-t-elle fait pour être 2 fois championne d’Europe du pentathlon en salle alors qu’en salle il n’y a pas de javelot ? Il y a 2 jours je me posais sensiblement la même question à propos de Kevin Mayer.

La championne d’Europe en titre a commencé par un jet à 52m47 (908pts), elle a ensuite totalement manqué son 2e essai, il lui fallait donc nettement améliorer sa marque au dernier, son SB supérieur à 54m50 devait exploser, approcher ou battre son PB de 57m27 n’aurait pas été du luxe, il s’agissait même d’une nécessité. Antoinette n’a pas imité Kevin Mayer, elle n’a pas amélioré sa situation au dernier essai, ne parvenant même pas à dominer son groupe (Sofía Yfantidou a lancé à 53m66), ce qui la classait seulement 2e provisoirement derrière Theisen-Eaton (5551pts), mauvaise au javelot mais capable de réaliser son SB le jour J (45m64, 776pts), et surtout plus rapide au 800m. On se serait aussi passé des 47m17 de Sharon Day au 3e essai (805pts), elle avait failli être éliminée de la course au podium, elle reste dans le coup (je doute toutefois de sa dangerosité).

Sachant que la plupart des filles les mieux classées au général étaient dans le groupe B, le classement provisoire signifiait une seule chose, la fin des espoirs de podium de la Française. On en a eu la confirmation à l’issue du concours du second groupe. Voici le classement :
1. Melnichenko 5619pts (41m87, 703pts)
2. Theisen-Eaton 5551pts (45m64, 776)
3. Schippers 5492pts (41m47, 696)
4. Nana Djimou 5481pts (52m47, 908)
5. Johnson-Thompson 5450pts (40m86, 684)
6. Rath 5444pts (39m04, 649)
7. Day 5427pts (47m17, 805)
8. Klucinova 5404pts (45m76, 778)

Antoinette étant nettement moins rapide sur 800m que la plupart – pour ne pas dire la totalité – de ses concurrentes, il n’y a vraiment rien à espérer.

A noter qu’une Russe s’est blessée en lançant son javelot, son genou a dû se bloquer, elle est tombée. Aïe.

J’en termine avec le triple saut féminin. On demandait 14m30 pour la qualification directe pour la finale, 7 filles ont atterri assez loin, à commencer par la Colombienne Caterine Ibargüen, retombée à 14m52 dès le premier essai. La seule autre à n’avoir sauté qu’une fois est une Russe, Irina Gumenyuk (pile 14m30, même marque que sa compatriote Ekaterina Koneva, à qui il lui a fallu 2 tentatives). Olha Saladuha a dominé les qualifs avec 14m69 au 2e essai, elle n’a pas eu peur, contrairement à d’autres, notamment une ancienne coéquipière ukrainienne passée depuis sous la bannière israélienne. Hanna Knyazyeva-Minenko a en effet sauvé son concours à la dernière tentative (14m46) après avoir mordu 2 fois. Anna Pyatykh aussi a également eu besoin d’un 3e essai pour éviter la catastrophe, elle a pu s’en sortir, si bien que les 3 Russes ont toutes obtenu leur billet pour la finale (2 avec 14m30, une avec 4cm de plus).

Franchement, il y a du niveau aussi en triple saut ! Exemple parmi d’autres : Irina Ektova, Kazakhstan… 18e sur 21, mais pas à tous les classements...

Notes

[1] La plupart des délégations, les moins riches surtout, sont logées dans le même hôtel qui se trouve loin du stade, le temps de trajet peut varier de 45 minutes à 2 heures quand les navettes ne sont pas déjà bondées.