Mikhail Ryzhov et Ivan Noskov ont décidé d’attaquer sans attendre, une stratégie pas toujours suicidaire en marche athlétique. Diniz a été le premier à s’extraire du peloton pour tenter d’aller les chercher, ce qu’il n’a pas complètement fait, du moins pas tout de suite, il est resté en chasse-patate, rejoint dans un 2e temps par Jared Tallent, qui a pris une mise en garde en voulant aller trop vite. Diniz est resté un peu plus sage, il n’a pas suivi l’accélération du double vice-champion olympique australien, pourtant il a pris une première mise en garde au bout d’à peine 5km. L’Océanien a rejoint le duo des seuls représentants du pays hôte (les autres ont étrangement déclaré forfait), Diniz a alors légèrement ralenti sans toutefois réintégrer le peloton, on n’en était qu’au 7e kilomètre.

Tallent a pris un premier carton jaune au bout d’une grosse demi-heure, un véritable problème si tôt dans la course. Pendant ce temps, Diniz a été rejoint par le peloton mais voyant que ça n’avançait pas (il avait alors 20 secondes de retard) et que personne ne voulait prendre la tête des opérations pour rejoindre le trio d’échappés, il est reparti seul en chasse-patate en gardant son propre rythme. Connaissant ses difficultés passées à accepter de suivre l’allure imposée par un peloton, on ne pouvait mettre en doute la pertinence de cette stratégie, d’autant qu’il a gagné la Coupe d’Europe en adoptant la même avec déjà un départ des Russes très tôt (selon les informations données par les spécialistes).

Noskov a tenté d’accélérer au 13e kilomètre, ce qui semblait très prématuré, il n’a pas insisté la première fois puis a réessayé un peu après. Diniz maintenait l’écart à 15 ou 16 secondes devant comme derrière lui, il était intercalé entre les 2 groupes, ce qui l’exposait à la vue des juges, on l’a alors vu recevoir une autre mise en garde (14e kilomètre).

Tallent a commencé à galérer, il s’est fait lâcher par les Russes suite à une nouvelle accélération de Noskov, parti seul en tête. L’Australien a donné des signes de gêne physique, c’était plutôt bon signe pour Diniz. Toutefois le Français a commencé à prendre un peu plus de retard, son avance sur le peloton s’est réduite. Au bout d’une petite heure et demie de course les Russes ont à leur tour commencé à faiblir, Tallent a donné l’impression d’exploser, Diniz est revenu rapidement sur le duo de tête, le peloton a réduit son retard… La configuration de la course a radicalement changé, on n’en espérait pas tant au sein de l’équipe de France d’athlétisme.

Au bout de 100 minutes de course Diniz était passé en tête devant les Russes, il a aussi pris un premier carton, pas de quoi s’alarmer… mais dans la foulée, un autre. Avant la mi-course, c’est terrible pour le moral. Cet événement a complètement sorti le Rémois de la course, il s’agit du déclencheur de toute la suite de sa course.

Pendant ce temps l’Irlandais Robert Heffernan (4e aux JO) et le Polonais Grzegorz Sudol revenaient. Diniz prenait beaucoup de risques en restant à l’avant, il a fini par rentrer dans le rang. Derrière le quintette de tête, un autre quintette (avec Tallent) a était en chasse. Entre le 25 et le 30e kilomètres, le groupe a fortement accéléré, Diniz a légèrement décroché, il semblait déjà à souffrir tout en craignant la disqualification… Au bout de 2h30, on l’a retrouvé dans le groupe de Tallent, il s’est arrêté à sa table pour changer sa casquette, s’arroser, boire, il était manifestement énervé, plus du tout lucide. Bien sûr, il a essayé de continuer, mais il n’y était plus.

L’Irlandais et Ryzhov ont ensuite lâché l’autre Russe et le Polonais, puis l’Irlandais est parti seul au bout d’environ 2h50. On ne l’a pas revu, il est allé gagner. Tallent, qui s’était caché après son début de course à l’avant, a eu les ressources pour en remettre une couche et aller batailler pour la médaille, il s’est installé à la 3e place, le classement est alors resté figé jusqu’à la fin de la course remportée en 3h37’56.

A 35 ans, Heffernan n’avait encore décroché aucune médaille internationale, il avait beaucoup de places d’honneur en grands championnats dont 3 places de 4e à Barcelone en 2010 (sur 20 et 50km) et à Londres (sur 50km), il s’est mis au 50km sur le tard, il aurait peut-être dû le faire plus tôt. Tallent a remporté sa 5e médaille internationale (dont 3 aux JO), il n’a toujours aucun titre… mais a seulement 28 ans. Pour Ryzhov, c’est une première… à 21 piges. Cette fois le 4e est un Ukrainien, très heureux de son résultat manifestement.

Qu’est devenu Yohann Diniz dans tout ça ? On a cru à un abandon après le 35e kilomètre, en réalité il a repris sa marche après plusieurs arrêts, l’encadrement et certains de ses proches venus le soutenir à Moscou l’ont poussé à ne pas lâcher. Il ne pouvait se le permettre pour 2 raisons principales. D’une part, une place parmi les 12 premiers lui était indispensable pour ne pas risquer de perdre les contrats grâce auxquels il peut se consacrer à son sport[1], d’autre part il se devait de franchir la ligne par respect pour lui-même et tous les gens qui le soutiennent. Le Français a fini 10e en 3h45’18, 7 grosses minutes de plus que le vainqueur, arrivé nettement moins fatigué. Le double champion d’Europe était épuisé, en fin de course il devait ressembler à un zombie branché sur pilotage automatique, il s’est effondré. Doit-on parler de leçon de courage ? J’emploierais plus volontiers les termes de leçon de survie en milieu difficile. Lui et le Japonais ayant terminé juste devant lui sont les seuls parmi les 20 premiers à n’avoir battu ni SB, ni PB, ni record national (32 des 46 qui ont franchi la ligne d’arrivée en étant classés – 6 abandons, 8 disqualifications – ont établi un SB ou mieux, y compris le dernier classé, un Américain, lequel a dû connaitre un grand moment de solitude sur la route, il a mis près de 4h35 à parcourir les 50 bornes, le 45e a mis 4h12 et quelques).

A mon sens, on aurait dû ne disputer aucune épreuve sur le stade pendant le 50km marche et organiser une session du soir, ces étranges organisateurs en ont décidé autrement.

On demandait 73 mètres pour la qualification directe au lancer du marteau féminin. Les Russes ont été les premières à composter leur billet pour la finale. Betty Heidler a connu de grosses difficultés, elle a tout joué sur son dernier essai… et a envoyé le marteau dans la cage. Les 4 Russes sont passées (la dernière a sauvé sa peau au 3e essai dans le 2e groupe, les autres ont eu leur Q), pas la Rousse allemande détentrice du record du monde à plus de 79 mètres. Les 2 Chinoises aussi seront présentes. La Polonais Anita Wlodarczyk a dominé les qualifications.

Sophie Duarte a pris part à la première série du 5000m féminin (2x5Q+5q) avec 10 autres concurrentes dont 2 Kenyanes, une Ethiopienne officielle (Almaz Ayana) et 3 autres naturalisées (une par la Belgique, une par le Bahreïn, une par les Emirats arabes unis). La course a débuté en footing, une mauvaise nouvelle pour la Française dans l’optique des repêchages au temps. L’Ethiopienne a décidé d’accélérer l’allure, Sophie restait à la corde, on a ensuite perdu une Kenyane sur blessure, ce qui laissait un peu plus d’espoir. Par la suite les 2 dernières représentantes des pays d’Afrique de l’est ont fait exploser le peloton, Sophie n’a pu rester dans les 5 premières, elle a couru seule en 6e position presque jusqu’à l’arrivée mais la Belge a pu la passer dans la dernière ligne droite où Mercy Cherono a tenu à battre Almaz Ayana au lieu de finir tranquillement. Duarte devait désormais espérer un hypothétique repêchage au temps peu probable compte tenu du début de course extrêmement lent (15’34"70 pour la victoire, 16’05"14 pour la Française).

La seconde demi-finale était celle de Meseret Defar, les filles étaient renseignées, une Espagnole a pris les choses en main pour aller plus vite et tenter de passer au temps. Les 3 Africaines de l’est ont sprinté, victoire de Defar en 15’22"94… et les 10 premières (sur 11 participantes) sont passées, les 5 qualifications au temps ont été obtenues grâce à l’avantage de connaître la configuration de la série précédente, 15’45 suffisait, Duarte peut avoir des regrets.

8m10 pour se qualifier directement en finale du saut en longueur masculin, ce n’était pas énorme, on a souvent vu plus en grands championnats, les minimas A (8m25) sont supérieurs à cette marque qui correspondait aux minimas B, pourtant très peu ont réussi à atterrir derrière cette ligne virtuelle. Honnêtement, on ne s’attendait pas à voir Salim Sdiri se qualifier pour la finale (on l’a repêché avec les minimas B), il a fait un très mauvais concours, mieux vaut s’arrêter là à ce sujet. Il y a eu de la casse, on a notamment perdu le champion olympique surprise, Greg Rutherford (7m87) et le champion du monde en salle 2010, l’Australien Fabrice Lapierre (aucune marque). Et pourtant on a repêché jusqu’à 7m89, le Néerlandais Ignisious Gaisah (vice-champion du monde en 2005 puis champion du monde l’année suivant quand il était toujours ghanéen) a été sauvé par son meilleur 2e essai, comme Brittney Reese qui a ensuite remporté la médaille d’or chez les femmes. On a failli perdre Dwight Philipps, le quadruple champion du monde (2003, 2005, 2009 et 2011 avec du bronze en 2007 et de l’or à Athènes) essaiera de créer une énorme surprise à bientôt 36 ans. Personne n’y croit, ça semble impossible.

Au 1500m, Florian Carvalho est tombé dans une série extrêmement relevée avec des tas de médaillés mondiaux, olympiques et autres. Avec 3 séries, 6 qualifiés dans chaque et 6 repêchés au temps, il avait toutefois une réelle chance de franchir ce tour. A la cloche – presque – tout le monde était encore là, le Français se trouvait toujours en fin de peloton comme depuis le début de la course, il a commencé à accélérer à 200m de l’arrivée et s’est bien arraché pour terminer 5e en sprintant comme un dingue. Asbel Kiprop s’est baladé (victoire en 3’38"15). A noter que le Néozélandais Nicholas Willis[2] est passé tout près de l’élimination, il a décroché la dernière place au temps.

Simon Denissel a pris part à la 2e série, il a fait la même course que Carvalho en accélérant un peu plus tôt, aux 300m, seulement il a été bloqué à l’entrée du dernier virage et n’a pas eu le jus pour en remettre une couche en fin de course, il a même complètement craqué. Pourtant la course n’a pas été très rapide, elle a été remportée en 3’39"31 par le Kenyan Silas Kiplagat, Denisel a terminé 10e en 3’42.

Après une longue carrière sur 3000m steeple, Bouabdellah Tahri a essayé de se qualifier sur de plus longues distances (10000m, 5000m) mais il a finalement choisi le 1500m, une distance qui lui plait et sur laquelle il avait l’habitude de s’aventurer pour travailler sa vitesse. On voit rarement des athlètes passer sur des distances inférieures en vieillissant. Bob est resté dans le paquet, ça n’allait pas vite, il fallait passer à la place mais il est resté enfermé presque en permanence, il a cassé sur la ligne pour doubler le Britannique, finissant 7e en 3’38"82, heureusement que, conscient de leur intérêt à accélérer pour profiter des repêchages au temps, les concurrents alignés dans cette ultime série ont mis le turbo en fin de course, ça a sauvé Bob.

C’est fini pour aujourd’hui.

Notes

[1] C’est assez compliqué, il y a des résultats à obtenir pour être rémunéré par la Ligue professionnelle d’athlétisme, or depuis Barcelone il restait sur 2 disqualifications aux ChM et aux JO.

[2] Vice-champion olympique à Pékin, il avait privé Medhi Baala de la médaille de bronze avant la disqualification d’une raclure pour dopage.