L’exemple type de ce qui peut s’apparenter à de la bêtise ou à de l’incompétence est la promotion actuelle du 4-3-3. Selon la presse et nombre des consultants de différents médias, Laurent Blanc aurait trouvé l’équilibre de son équipe, son milieu à 3 serait fantastique, il ne faudrait surtout pas y toucher. Ces gens sont soit des individus non douées d’une capacité de réflexion digne de l’espèce humaine, soit des victimes d’un syndrome d’amnésie chronique, soit des charlatans. Rendez-vous compte de l’incohérence récurrente dans les propos de ces gens. Il y a quelques mois les mêmes ont commencé par louer la "patte Ancelotti" quand ce dernier tentait d’imposer son sapin de Noël – une variété de 4-3-3 – pourtant minable. Puis quand l’Italien a ENFIN fini par abandonner son milieu à 3 pour passer en 4-4-2, ils se sont mis à louer son intelligence tactique, l’équilibre de l’équipe était trouvé par ce génie… Le gars avait juste mis 11 mois à comprendre un truc à la portée de n’importe qui et réclamé de leurs vœux par des dizaines de milliers de supporters (dont moi, vous le savez si vous me suivez ici ou sur Facebook). J’ajoute que le PSG de Kombouaré jouait en 4-2-3-1 avec un Pastore flamboyant en 9 ½ (ce qui revenait presque à un 4-4-2). Cette saison, par rapport à la précédente, une seule recrue est arrivée pour jouer titulaire – un des meilleurs avant-centres du monde – ce qui a un corolaire : les 10 autres sont les mêmes que lors des 6 derniers mois… Pourtant, selon ces fabuleux spécialistes le 4-4-2 ne peut pas fonctionner, le 4-3-3 de Blanc est fantastique, c’est LA solution. Pourquoi ? Parce qu’avec une équipe remaniée à l’issue d’une trêve internationale ayant empêché de réellement préparer de la rencontre, le PSG s’est imposé en jouant bien chez les morts-vivants de Bordeaux.

Autrement dit, de l’avis de ces "spécialistes", si vous prenez le PSG brillant – tout le monde était d’accord sur ce point – contre le Barça en quart de finale de la Ligue des Champions (et à Valence au tour précédent), que vous replacez Lavezzi sur un côté et ajoutez Cavani en pointe au poste alors occupé par l’Argentin dont les qualités de finisseur sont très moyennes, vous obtenez une mauvaise équipe incapable de gagner un match de L1. Bah voyons ! Cette logique est implacable… à l’hôpital Sainte-Anne. Pourtant ils n’en démordent pas, un 4-4-2 ne serait absolument pas une option viable, 3 milieux considérés comme défensifs sont indispensables pour assurer un équilibre.

Le pire est peut-être l’incapacité de ces gens à appréhender les bases du football. Non, la possession du ballon n’est pas une fin en soi. Le temps de jeu est une chose, le temps de jeu à son poste ou dans des conditions permettant de montrer ce dont on est capable en est une autre. Il faudrait le leur faire comprendre, une équipe a besoin de joueurs ayant des profils complémentaires pour fonctionner. Quand on voit une équipe type dans un journal, on s’en rend bien compte, pour le journaliste sportif lambda il y a seulement 3 catégories de joueurs de champ : les défenseurs, les milieux et les attaquants[1]. Non, les choses ne sont pas si simples.

Illustrons ceci avec un cas concret. Combien de fois avez-vous lu ou entendu que le 4-3-3 de Bordeaux-PSG était un système sans Cavani ? Vous l’avez lu sur ce blog, mais en ce qui me concerne je ne crois pas avoir constaté d’allusion à cette donnée majeure dans un média quelconque. La complémentarité entre les 3 attaquants ayant tous un profil différent a été escamotée dans 99% des analyses, comme si un avant-centre pur, un ailier dynamiteur ou un meneur de jeu étaient interchangeables sans modifier l’animation offensive de l’équipe.

La saison passée, le PSG était équilibré en 4-4-2, l’intersaison a été utilisée dans l’optique de conserver la même équipe en améliorant juste un poste, celui d’avant-centre, car le PSG a souvent manqué d’efficacité quand Lavezzi ou Ménez était associé en pointe à Ibrahimovic (Ancelotti aurait dû beaucoup plus utiliser Gameiro). Ceci explique pourquoi l’effectif comprend seulement 4 milieux, Blanc voulait doubler les postes, il en voulait donc 4 afin de pourvoir 2 postes. Déjà qu’en jouant en 4-4-2 il en faut 5 si on ne veut éviter les problèmes liés aux blessures et suspensions, alors tenir une saison complète avec 4 joueurs pour 3 postes… Si en plus parmi ces joueurs vous avez un international appelé à disputer à peu près chaque match de sa sélection en intégralité, un de 18 ans et 2 habitués des suspensions dont un patient régulier de l’infirmerie, la pérennité de votre milieu à 3 est extrêmement douteuse… Sans parler du fait d’avoir 3 gauchers sur 4 et un seul véritable n°6.

L’effectif a été construit pour évoluer en 4-4-2 ou en 4-2-2-2, pas en 4-3-3 avec 3 récupérateurs/relayeurs, un système déséquilibré vers l’arrière qui gâche le talent d’éléments majeurs de l’équipe. Et pourtant, après avoir clairement expliqué que «quand tu as deux attaquants qui s'appellent Cavani et Ibrahimovic, tu joues avec deux attaquants axiaux» en répondant à une question sur la mise en place d’un 4-4-2 lors des matchs de préparation, Blanc a décidé d’abandonner cette organisation à 4 joueurs offensifs après… un nul 1-1 contre Ajaccio arraché au terme d’une rencontre totalement dominée par son équipe. On ne comprend pas bien la logique du bonhomme, au lieu de rectifier ce qui avait péché, il a tout changé. Bien entendu, pour installer son 4-3-3, il s’est mis à… bricoler. Comme Ancelotti en somme.

A Valenciennes, Blanc a tout fait à l’envers, l’équipe a donc joué à l’envers. Enfin quelque chose de logique ! Privé de Thiago Silva, contrait par l’enchaînement des rencontres à faire tourner son effectif – quand on peut se le permettre, pourquoi s’en priver ? – avant d’affronter Toulouse, Benfica puis l’OM, il a opéré 4 changements par rapport à l’équipe alignée contre Monaco, 3 choisis et 1 contraint. Thiago Motta, Maxwell et Van der Wiel ont pris place sur le banc, Alex a retrouvé une place de titulaire, il revenait d’une blessure musculaire… et s’est refait mal en première période, d’où l’entrée de Zoumana Camara à la mi-temps pour le suppléer. L’effectif ne compte plus aucun défenseur central remplaçant, à moins d’aller en piocher un en CFA… Youpi.

Le onze de départ était le suivant : Sirigu - Jallet, Alex, Marquinhos, Digne - Pastore, Verratti, Matuidi - Cavani, Ibra, Lavezzi.

En prenant connaissance de cette liste de 11 joueurs dont 4 offensifs, on pensait assister à la mise en œuvre de la volonté affichée par Blanc d’avoir 2 organisations en magasin au lieu d’être enfermé dans une. En réalité, non, il ne s’agissait pas de ça. La situation était pourtant idéale, l’adversité faible aurait dû encourager l’entraîneur d’un club champion en titre à être ambitieux, à vouloir jouer haut, mettre le feu, étouffer une équipe classée 19e après 5 défaites consécutives (1 but marqué – sur péno – pour 11 encaissés lors de cette série), de surcroît privée de plusieurs joueurs importants dont Jean-Christophe Bahebeck, prêté par le PSG mais blessé en EdF Espoirs. Au lieu de mettre en place un 4-4-2 ayant permis à peu près aux mêmes joueurs de coller un 4-0 aux Valenciennois chez eux en décembre dernier, Blanc s’est entêté avec son 4-3-3. C’était l’occasion ou jamais de relancer Pastore et Jallet, de mettre en confiance Cavani et Digne mais aussi de soigner la différence de buts (qui peut être importante en fin de saison si le duel avec Monaco reste très serré). Elle n’a pas été saisie.

J’en ai marre de ces entraîneurs qui veulent absolument faire entrer des carrés dans des ronds. Si un cuisinier n’a pas de riz, il ne va faire ni paella, ni sushis. Pour optimiser le rendement de son effectif, un entraîneur doit adapter son organisation et sa façon de jouer aux gars dont il dispose, pas l’inverse. Blanc n’a ni riz, ni poisson, en revanche il dispose de tous les ingrédients pour faire une pizza, il veut quand même se faire des sushis. Forcément, il se crée des soucis.

La mode – une mode débile – est de faire reculer les milieux offensifs à des postes de relayeur, voire de 6. Pour un footballeur, évoluer à un autre poste que le sien est possible dans une certaine mesure, tout dépend de ses caractéristiques propres. Vouloir absolument faire de Pastore un n°8 est affligeant. Imaginez un peu si Aimé Jacquet avait décidé de faire jouer Djorkaeff dans rôle de Karembeu… C’est exactement la même chose. Pastore en 8, ça a déjà été tenté, ça a toujours échoué, pourtant Blanc recommence, ce n’est pas la première fois, il a déjà essayé à Nantes et contre Guingamp, 2 échecs, pourquoi s’obstiner encore et encore ? Il était si facile de le relancer dans un rôle de milieu offensif ! C’est à se demander si l’ancien capitaine de l’OM ne se croirait pas doté de pouvoirs magiques… Pour tout dire, ça me rappelle ses choix pendant ses 2 saisons en tant que sélectionneur de l’équipe de France, il a pris des boulets en toute connaissance de cause en se croyant capable de gérer la situation, de les transformer en types respectueux… Non Laurent, tu ne peux transformer radicalement un joueur par ta simple volonté.

C’est le moment de placer un autre exemple concernant ces fameux "spécialistes". Enormément de ces individus ont critiqué le choix de Chantôme de quitter le PSG afin «d’avoir plus de temps de jeu», alors qu’il en avait déjà beaucoup à Paris. Seulement il a parlé de temps de jeu A SON POSTE. Avec Ancelotti, à partir de janvier, il est devenu d’autorité le milieu offensif droit remplaçant – en raison de l’arrivée d’un Anglais un peu connu à qui il fallait faire de la place – et n’a été titularisé dans l’axe qu’une seule fois en raison d’une série de suspensions. J’ai souvenir d’avoir vu Manu Petit se ramasser au Barça où son entraîneur ne le faisait pas jouer à son poste[2] (des cas de ce genre, on pourrait en citer des tas comme Bodmer à l’OL). Qu’un journaliste sportif et a fortiori un consultant ne comprenne pas l’importance pour un footballeur d’avoir la possibilité d’évoluer à sa véritable place, là où il a ses repères et où il peut montrer le meilleur de lui-même, ça me dépasse. Si du jour au lendemain le journaliste sportif était désigné reporter de guerre – ça fonctionne aussi pour spécialiste judiciaire ou politique, voire responsable de la page jardinage – par son rédacteur en chef sans en avoir été prévenu préalablement, vous pensez qu’il serait à l’aise ? Ça reste le même métier, ce n’est pas le même poste, pas les mêmes compétences ni les mêmes connaissances. Idem le consultant, envoyez-le commenter du patinage artistique ou même du hockey sur gazon (ça ressemble au foot), on verra s’il est bon. Blanc aussi semble avoir du mal avec ce concept, sans doute en raison de son parcours personnel, il fait partie de ces joueurs ayant été réinventés en changeant de poste avec succès, la différence est qu’il avait des prédispositions pour jouer derrière. Pastore est un super joueur dans les 35 derniers mètres, pas dans les 70 autres[3], l’obliger à passer 80% du match dans la zone où il apporte peu est contreproductif au possible, on voudrait le griller, on s’y prendrait exactement de cette façon.

Je le dis, je le répète et je le répèterai encore, IL NE PEUT Y AVOIR DE BON PSG SANS PASTORE DANS SON VERITABLE ROLE (ou un joueur ayant les mêmes caractéristiques, le seul de l’effectif étant Ongenda, on l’a vu à Bordeaux). Alors bien sûr, tout dépend ce qu’on entend par «bon PSG», si seul le résultat brut compte, alors mon affirmation est fausse dans le mesure où l’équipe est invaincue cette saison. Si on s’intéresse aussi au contenu, à la façon de construire ces résultats, de créer ses occasions et de les convertir, il n’y a aucun doute, Pastore est indispensable dans un rôle offensif. Mine de rien on l’a encore vu contre Valenciennes, l’Argentin a été impliqué dans la plupart des rares phases de jeu parisiennes dignes d’être relevées. Il a très bien débuté la rencontre en se procurant 2 occasions lors des 4 premières minutes. Par la suite il a eu beaucoup de mal car le jeu se cantonnait beaucoup trop dans la moitié de terrain parisienne. A partir de la 64e minute, grâce au remplacement d’un Lavezzi médiocre par Rabiot – le titulaire logique dans un milieu à 3 si Matuidi ou un des 2 Italiens est absent ou au repos – lui ayant permis de changer de ligne, la première grosses recrue de l’ère QSI a retrouvé ses marques, on a vu un joueur plus à l’aise avec et sans ballon. Le frein était desserré, il pouvait aller de l’avant sans avoir peur de s’aventurer trop loin de son camp où on lui demandait un gros travail défensif.

L’homme de terrain de beIN Sport m’a agacé en insistant en permanence sur les reproches – voire pire – du staff à l’encontre de Pastore, accusé de ne pas assez écarter le jeu. Soit le journaliste en question en a fait des caisses de façon perverse (en suivant la mouvance anti-Pastore dont Jean-Michel Largué est une des têtes d’affiche), soit il a juste répercuté les faits sans rien enjoliver et sans faire le tri entre critiques envers Pastore ou envers les autres. Dans le premier cas, mon commentaire se résumerait à dire «on a l’habitude», dans le second, il y aurait beaucoup à dire car s’il faut chercher le responsable n°1 du sacrifice du côté droit, commençons par nous intéresser au banc de touche.

Sur la partie droite de l’équipe, vous aviez Jallet, Pastore et Cavani. Du moins, c’était le cas sur le papier. Dans les faits, les 2 Sud-Américains ont beaucoup de mal à rester là où ils devraient être, ils ont naturellement tendance à se recentrer, rien de plus logique dans la mesure où il s’agit de 2 joueurs axiaux utilisés sans tenir aucun compte de leurs caractéristiques. Malgré leur bonne volonté évidente, ils ont rarement été d’une grande aide pour Jallet en défense, chacun a même concédé un CF dangereux en essayant très maladroitement d’aider derrière.

Le cas de Jallet est assez désespérant. Il a fait les efforts, s’est souvent retrouvé à 1 contre 2 derrière, a presque systématiquement manqué d’appui pour combiner dans ses montées, a très rarement été servi quand il était seul, que le décalage était fait et que le servir était dans le sens du jeu. L’action du but en est l’illustration parfaite, Ibra l’a snobé, ça s’est bien terminé, si tel n’avait pas été le cas… personne n’aurait rien dit car c’est Ibra, il fait ce qu’il veut. De quoi Jallet s’est-il rendu coupable pour mériter ce traitement de la part de son entraîneur et surtout de ses partenaires ? Contre Guingamp c’était déjà flagrant, ses coéquipiers ont passé leur temps à le snober, ce qu’ils ne font jamais à Van der Wiel, qui pourtant est un fabuleux gâcheur de décalages. Je me demande si avoir Mino Raiola pour agent – comme Zlatan, Matuidi et Maxwell – ne serait pas le petit plus qui fait toute la différence…

Concernant les choix de Laurent Blanc, il y aurait encore beaucoup à dire, je vais aborder quelques points sans les approfondir avant de passer au résumé.
-Le seul des 3 défenseurs centraux valides à être habitué à jouer axe gauche est Camara, il était remplaçant et est entré à la mi-temps car Alex avait un problème, pourtant Marquinhos est resté axe gauche au lieu d’être replacé là où il semble clairement plus à l’aise. Dès lors, comment s’étonner de ses nouvelles erreurs assez grossières ? Pour le moment Marquinhos est très inquiétant, Blanc ne l’aide pas à être bon.
-Verratti a encore montré contre Monaco à quel point il est meilleur en jouant haut dans un rôle de 8/10 qu’en jouant devant sa défense… 3 jours après, on le retrouve donc en 6. Le niveau de Valenciennes lui a empêché de prendre l’eau (on a senti à plusieurs reprises un manque d’entente entre les milieux et les défenseurs), il a réussi quelques relances qui n’ont finalement abouti à rien ou presque rien. Dans l’ensemble le PSG a joué beaucoup trop bas en bonne partie car Verratti jouait trop bas. Si on met de côté sa grosse boulette suivie d’une autre 3 secondes après histoire de prendre un jaune et bien entendu ses troubles du comportement (sur 90 minutes il en passe au moins 11 à parler à l’arbitre), il y a eu pas mal de bonnes choses dans sa prestation, mais presque exclusivement dans la sortie de balle, on l’a très peu vu dans la création. Là aussi, c’est du gâchis.
-Encore une fois, Blanc a fait des changements défensifs (Rabiot pour Lavezzi et Motta pour Cavani) avec pour objectif de de préserver le résultat au lieu de l’améliorer. Subir, flipper jusqu’au bout et attaquer à 2 avec les 8 autres joueurs de champ qui restent derrière car on mène seulement 1-0 contre l’avant-dernier, est-ce digne du PSG actuel ? Quand Le Guen ou Kombouaré l’ont fait, on leur tombait dessus. Ils auraient rêvé de disposer du groupe dont Blanc est l’entraîneur. Ancelotti a souvent agi de la même façon – avec lui subir était presque la règle – en étant rarement critiqué pour cette raison. Avec Blanc on attaque en général à 3, si on mène on finit à 2 ou 1 attaquant(s). Ça va finir par se voir.

  • LE RESUME.

Comment résumer le néant ? Difficile. Hormis le but Cavani en contre lors du temps additionnel de la première période et la reprise de volée de la semelle de Zlatan à la 67e sur un centre de Digne qui aurait dû donner lieu au 2nd but (ce but aurait été le copié-collé de celui du Suédois contre Monaco le week-end dernier), le PSG n’a pas cadré. 2 tirs cadrés sur… seulement 6. Pour un total de 4 occasions, 2 demi-occasions et quelques situations chaudes. La première a eu lieu au bout d’environ 45 secondes, un contre mené par Pastore parti de loin suite à une récupération de Matuidi, l’Argentin a joué le une-deux avec Ibra mais n’a pu cadrer sa frappe du gauche, bien gêné par un défenseur. La première demi-occasion s’est produite à la 3e minute, Pastore s’est encore infiltré dans la surface, cette fois en jouant avec Cavani, seulement, en position excentrée sur la droite et en déséquilibre, il n’a pu redresser pour cadrer. Il a ensuite fallu attendre la 39e minute pour assister à la seconde demi-occasion, un corner de Lavezzi très mal repris par Marquinhos. Le hold-up s’est alors produit : 47e, Ibra récupère le ballon à environ 70 mètres du but en profitant d’une mauvaise passe valenciennoise, il élimine un premier joueur en puissance, remonte tout le terrain, doit décaler Jallet mais ne le fait jamais. Profitant du décrochage du Suédois, Cavani s’est placé plein axe afin d’effectuer un appel en profondeur en partant VERS la droite et non DE la droite, Zlatan l’a vu et le sert après avoir éliminé un second défenseur. La passe décisive est encore une fois de très grande qualité, la finition d’une reprise croisée l’est également, 0-1, petit miracle, 100% de réussite.

Entre-temps, rien, si ce n’est une tendance prononcée à faire tourner derrière pour finir par balancer faute de mouvement, une incapacité à mettre du rythme, un manque de poids devant (d’autant plus qu’Ibra et Lavezzi décrochaient souvent et que les milieux restaient en place), beaucoup d’imprécisions, énormément de déchet technique, une inefficacité problématique au milieu, presque aucune créativité… Non seulement le PSG ne construisait rien mais pire, il laissait les Valenciennois jouer au ballon. Ces derniers ont pu se procurer des situations potentiellement dangereuses, voire très dangereuses, heureusement ils n’ont pas su les convertir, eux aussi ont très peu cadré, Eloge Enza Yamissi l’a fait sur CF à la 17e, Rudy Mater de loin en contre-attaque à la 23e, deux arrêts faciles. Les CPA et centres dans le jeu ont été sans conséquence. A vrai dire, cette première période a surtout été marquée par des chocs et des interventions des soigneurs, Mater a d’ailleurs dû céder sa place peu avant la mi-temps.

En première période, on s’est bien fait chi*r, en seconde on a en plus réussi à se faire peur.

Après la mi-temps, on a cru pendant quelques instants que les Parisiens avaient enfin décidé de jouer haut, de presser pour récupérer le ballon dans le camp valenciennois. En réalité, pas du tout, bien au contraire, ils ont subi de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps. VA a pu faire tourner, a pu prendre confiance et se montrer dangereux. Dès la 47e minute, placé au premier poteau, Verratti a repoussé sur sa ligne un coup de tête de Lindsay Rose, une nouvelle preuve si elle était nécessaire que placer un joueur au poteau sur corner est extrêmement utile, on devrait même en mettre un au pied de chaque montant (ça ne se fait pas au PSG). Derrière, on a assisté à plusieurs accès de fébrilité, devant il s’agissait de maladresse, de manque d’application ou de coordination.

En attaque placée, les visiteurs ne présentaient aucun danger. En contre, ils auraient pu. D’ailleurs les Parisiens ont presque exclusivement joué en contre ou du moins en attaques rapides même après certaines phases relativement longues de possession stérile et sans rythme dans leur camp. Dans ces situations il ne se passait rien et d’un coup une longue ouverture où une initiative individuelle de percée balle au pied était tentée, en général vainement, afin de créer quelque chose au milieu du néant. La grosse occasion de Zlatan sur centre de Digne a suivi ce schéma, tout est parti d’une transversale de Rabiot, Digne a couru quelques mètres balle au pied, a envoyé un long centre précis, l’action a duré 8 secondes, tout ce qui a précédé ne méritait pas la qualification de "construction" (67e).

Je n’ai pas compris pourquoi Daniel Sanchez a sorti Maor Melikson pour le remplacer par Anthony Le Tallec (65e). L’Israélien me semblait être un des meilleurs de son équipe, il s’était procuré une occasion peu de temps auparavant (Camara est bien revenu pour le contrer, Marquinhos s’était fait éliminer, 62e), était très actif (notamment 9 centres en une grosse heure). Ce changement, concomitant avec l’entrée de Rabiot et le replacement de Pastore en attaque, a fait du bien à ce PSG très peu convaincant, cet ajustement a ainsi généré les 2 occasions d’Ibra (pour la seconde il a été servi directement par l’Argentin dans un petit espace mais a raté sa frappe du gauche ; 69e).

Paris se contentait de plus en plus de faire tourner quitte à se mettre en danger, réussir le break n’a pas semblé être la priorité. Heureusement, Valenciennes a beaucoup gâché. Oui, comme une équipe 19e de son championnat. S’ils étaient efficaces, les Nordistes ne seraient pas déjà au bord du précipice au bout de 7 journées. L’exemple le plus criant a été un CF pour droitier à environ 22 mètres concédé par Rabiot (avec le jaune en malus), il a été tiré en le décalant pour faire frapper un défenseur. L’exécution a été si minable que Jallet, le voltigeur, a eu le temps d’avancer d’au moins 5 mètres pour le contrer (76e).

A mesure que le temps s’écoulait, la domination des locaux s’est intensifiée, au lieu d’attaquer à 3, ce qui est déjà très peu, les visiteurs n’y allaient plus qu’à 2, on en était réduit à serrer les fesses en attendant le coup de sifflet final. Le PSG ressemblait à une équipe réduite à 10 tentant, lors de la 38e journée du championnat, de préserver un match nul salvateur chez son concurrent direct pour le maintien. Le monde à l’envers ! Les alertes et frayeurs diverses ont été nombreuses (77e, 84e, 89e, 92e, plus toute une série de CPA, Penneteau est monté dans la surface pour les derniers). L’occasion de la 89e était énorme, Dossevi est parti de la droite pour s’ouvrir l’angle et frapper du gauche, son tir, détourné par Verratti, a failli devenir une passe décisive pour Le Tallec, un poil trop court ou pas assez prompt pour pousser le ballon au fond. Celle de la 92e était en réalité un centre transformé en lob en touchant Digne. Vigilant, Sirigu a capté le ballon avant qu’il ne retombe sous sa barre.

Et voici donc la vidéo de 29 minutes grâce à laquelle vous pouvez vous épargner plus d’une heure de visionnage du match sans rien louper. Pourquoi est-elle si longue alors qu’il y a eu si peu de choses intéressantes à voir lors de cette rencontre ? Regardez et écoutez les commentaires de Josse et Di Méco, vous pourrez mesurer la grande qualité de ce match. J’ai mis à peu près toutes les actions se voulant offensives, les CPA, les cartons, etc.

  • APPRECIATIONS INDIVIDUELLES.

Sirigu : cette fois Salvatore Sirigu n’a pas eu besoin de justifier son prénom, il a seulement eu besoin de rester éveillé, une tâche pas si facile en observant ce spectacle de désolation. L’Italien a simplement fait le travail et a bien été suppléé par Verratti sur le corner de la 47e minute.
Jallet : j’ai déjà bien abordé son cas, il n’a pas pu se mettre en valeur mais les circonstances rendaient sa tâche particulièrement ardue. Pour rappel, il restait sur 5 grosses semaines sans disputer le moindre match officiel, ça n’aide pas.
Alex : parfait techniquement dans le changement de pompes pendant un corner offensif. Ni spécialement brillant, ni spécialement mauvais, j’ai surtout souvenir de ses 2 pertes de balle évitables qui auraient pu être très dangereuses. Etait-il nécessaire de faire appel à lui contre Valenciennes ? N’aurait-on pas précipité son retour[4] en paniquant un peu suite à la blessure de Thiago Silva ?
Camara : en 6 mots… Il s’en est bien tiré.
Marquinhos : il a éprouvé des difficultés à se situer axe gauche, a commis quelques erreurs grossières (effacé facilement 2 ou 3 fois dont une avant de se reprendre en contrant de la hanche, une grosse faute à côté de sa surface, devant l’attaquant au lieu d’être derrière sur un centre en direction du 1er poteau, un combo tête en retrait manquée+mauvaise conduite de balle+ corner concédé au lieu de dégager en touche…).
Digne : très actif et entreprenant sur son aile, il a été performant offensivement (lui aussi a plusieurs fois été oublié par ses partenaires, nettement moins que Jallet). Défensivement, le constat est plus mitigé, il a été tantôt très efficace, tantôt assez "léger" en mordant à des feintes ou en s’engageant trop vivement, d’où son carton jaune pour une intervention aérienne jambe en avant, il n’a pas vu Mater arriver (41e).
Verratti : encore un cas déjà largement abordé précédemment. Devant la défense, autrement en dit en pointe basse d’un trio de milieux, on met en valeur ses défauts tout en gâchant ses qualités. Il a joué beaucoup trop bas et n’a donc quasiment rien apporté dans le jeu (qui s’arrêtait aux environs de la ligne médiane). Il a pris son jaune, comme d’habitude (suspension contre Bastia après la trêve internationale) et en a provoqué un (Ducourtioux, 65e).
Pastore : son dernier match officiel remontait à la fin du mois dernier, rien n’a été fait pour lui permettre d’être bon, pendant les 25 dernières minutes – une fois redevenu joueur offensif – on l’a senti plus libéré, malheureusement pour lui l’équipe s’est vite totalement arrêtée d’attaquer. Dans les médias qui notent il va se faire descendre, à moins d’avoir inscrit les 3 buts d’une victoire 3-0 ce sera toujours le cas, les critiques le concernant sont écrites à l’avance.
Matuidi : Zlatan porte le brassard en l’absence de Thiago Silva, c’est usurpé, Matuidi le mérite. Cette fois, on l’a un peu moins vu que lors des rencontres précédentes, il a continué à presser, a parfois tenté de se projeter vers l’avant, les circonstances lui permettaient moins de sortir de son rôle, il avait beaucoup de travail à la récupération. En début de rencontre, il était au taquet, la suite a été plus compliquée, il fatigue, c’est bien normal.
Rabiot : dans l’ensemble une bonne entrée, à noter toutefois ce jaune doublé d’un CF dangereux concédé pour une intervention en venant de derrière. Je l’attendais titulaire, ça devrait être le cas samedi contre Toulouse.
Cavani : en permanence tenté d’aller dans l’axe, il se forçait à rester sur le côté où il n’est pas efficace. Il a marqué une des rares fois où on l’a vu en tant que véritable avant-centre (il sautait sur chaque opportunité de se recentrer, en général quand Ibra décrochait). Le but sauve sa prestation entachée d’erreurs techniques anormales à l’image de son contrôle de l’épaule sur une ouverture de Pastore (ça devait se finir seul face au gardien) et de la perte de balle à l’origine de son carton jaune. L’Uruguayen est sacrifié, en a conscience mais fait de son mieux en se dépouillant. On l’a même vu défendre côté gauche, c’est dire ! Son langage corporel parle pour lui, sa joie après avoir ouvert le score était à la hauteur de sa frustration et de son dépit le reste du temps.
Lavezzi : on l’attendait dans la percussion, on l’a souvent vu reculer balle au pied, il jouait à l’envers, n’était pas dans son match. Son apport sur le terrain a été négligeable, hormis des CPA plutôt bien tirés, 2 ou 3 centres corrects et quelques broutilles, il n’a rien fait de positif. M. Buquet lui a même collé un carton jaune pour contestation suite à une pseudo-faute sur Nicolas Penneteau, venu volontairement le bousculer dans sa surface de but pendant un corner afin d’obtenir un coup de sifflet en sa faveur (29e). L’international argentin s’est fait avoir comme un bleu.
Zlatan : il a passé son temps à dézoner, à décrocher très loin de la surface adverse, un comportement payant puisque le but a été généré grâce à ça. Sa prestation a été entachée par une tonne de déchet, à quelques centimètres près il marquait sur le centre de Digne, il aurait au moins dû cadrer du gauche sur un service de Pastore (69e). Environ 24h après l’officialisation de sa prolongation de contrat avec revalorisation salariale – alors qu’il a presque 32 ans, c’est très risqué – il a donc été décisif bien que très moyen. En principe il devait sortir en fin de rencontre, à la dernière seconde Blanc a décidé de plutôt sortir Cavani car non, on ne sort pas Zlatan si Cavani est encore là, sauf demande du Suédois.
(Motta : entré trop tardivement pour avoir un impact.)

  • CONCLUSION.

Cavani, Pastore, Marquinhos, Verratti et Jallet. Ces 5 joueurs n’ont pas été mis dans des conditions leur permettant de donner leur pleine mesure et/ou de mettre leurs qualités au profit de l’équipe. En s’entêtant avec son 4-3-3 en alignant un onze qui dictait de passer en 4-4-2, Laurent Blanc a offert au monde une purge au lieu d’un beau spectacle, obtenant une victoire étriquée en se mettant en danger au lieu d’une bran-bran retentissante. On peut difficilement nier que Valenciennes aurait mérité de prendre un point… et que le niveau de cette équipe est extrêmement médiocre. Le PSG n’a jamais pu ou su enclencher la 2e vitesse, au lieu de gérer il a galéré. Ni rythme, ni intensité, ni rigueur. C’était bidon, les champions de France en ont été réduits à blinder en fin de match et a tenter de gagner du temps en s’aventurant à 2 dans le camp de VA pendant que les 9 autres restaient derrière. Qui peut oser parler de maîtrise après une prestation aussi bidon ?

Au PSG en ce moment, c’est le grand flou, le règne de l’incohérence. Ça fonctionne uniquement grâce à la supériorité extraordinaire de son effectif sur ceux de ses adversaires. Collectivement, on est loin du compte. Prendre 3 points est positif, seulement la victoire ne doit pas avoir pour effet de refuser toute remise en cause. Se complaire à joue très bas et à être en possession du ballon – cette fois la domination dans ce domaine n’était pas flagrante – n’a aucun sens. Blanc a des armes de guerre entre les mains, au lieu d’imposer sa loi en envahissant le camp adverse il donne à ses hommes des consignes de casques bleus. Voir le Paris Saint-Germain de Zlatan, Pastore, Cavani, Lavezzi, Lucas et Ménez – ces 2 derniers étaient sur le banc – attaquer à 2 ou 3 contre Valenciennes, j’ai du mal à y croire. J’ai encore plus de mal à concevoir que ça puisse plaire à quelqu’un. Jean Fernandez, sors de ce cooooooorps !

Ce mercredi, sur le terrain, il n’y avait RIEN, même pas d’adversité (je grossis à peine le trait). Dans le jeu, même Guingamp et Nantes sont plus ambitieux que le PSG.

Notes

[1] Avec une variante selon les cas, pour mettre plus de joueurs qui marquent des buts certains transforment des attaquants en milieux.

[2] En l’occurrence latéral gauche au lieu de milieu.

[3] Au haut niveau la plupart des terrains font 105m de long sur 68 de large, les dimensions requises pour tous les matchs internationaux.

[4] Pour rappel Alex a manqué les 2 derniers matchs en raison d’un souci musculaire.