Au coup d’envoi, on a trouvait 6 Français dans l’équipe du PSG, une rareté depuis 2 ans, hormis lors de quelques matchs de coupe. Thiago Silva et Pastore étant blessé (l’Argentin a toujours son problème à la cuisse, il n’est pas à 100%), Marquinhos et Ongenda ont débuté, ce qui donnait le onze suivant : Sirigu - Jallet, Alex, Marquinhos, Digne - Ongenda, Matuidi, Rabiot - Lucas, Ibra, Ménez. Si sur le papier le PSG est resté organisé en 4-3-3, donnant l’impression d’une volonté de l’entraîneur d’adapter ses joueurs au système au lieu de faire l’inverse, or faire entrer des joueurs dans des cases leur empêche souvent d’exploiter au mieux leurs capacités. En réalité une nuance de taille a permis d’éviter l’écueil certains écueils. En l’espèce, la nuance a consisté à avoir en quelque sorte 2 organisations, une à la perte du ballon et une en phases offensives. Le replacement défensif se faisait en 4-3-3 (comme d’habitude), en revanche quand il s’agissait d’attaquer on trouvait plutôt un 4-2-3-1 avec Ongenda en véritable meneur de jeu, presque en 2e attaquant. Matuidi était le plus reculé, il faisait office de n°6, Rabiot ayant un rôle de relayeur. Par moments, on s’approchait même d’un 4-1-4-1 avec en bonus la montée d’un latéral (rarement des 2 à la fois, ils y veillent pour éviter de déséquilibrer l’équipe).

Au passage, vous aurez noté le retour de Ménez, donc la sanction suite à PSG-Benfica se sera limitée à être privé de Grande Sardinade. Laurent Blanc a été raisonnable concernant cette "affaire" marginale.

On imaginait voir des Bastiais aussi combatifs que leur tenue le laissait présager… Ils ont passé leur temps à se cacher. Leur 4-2-3-1 a réussi à bloquer le PSG pendant 8 ou 9 minutes après la première occasion parisienne (dès la 2e). Il semblait s’agir d’un round d’observation car les 2 formations ont chacune eu des phases de possession, le rythme est tombé, le ballon circulait lentement, Paris cherchait à passer sur les côtés mais tout était fermé. Les Corses ne s’aventuraient pas à presser dans le camp adverse, leur but premier semblait de rester «solides» comme le veut la tradition footballistique française qui pourtant n’est pas celle de Fred Hantz en général. Au cours du calme précédent la tempête, le déchet technique était très présent dès qu’il s’agissait de tenter un geste permettant de créer quelque chose d’intéressant.

On attendait – pas encore désespérément – un événement déclencheur pour enfin assister au coup d’envoi réel de la rencontre. Il est survenu à la 10e minute. Le mot qui résume le mieux la chose est génie.

3 ou 4 passes après une récupération parisienne au milieu de terrain on a vu Lucas accélérer sur son aile pour se retrouver esseulé face à un Bastiais, avec 2 autres "maquisards" du jour pas loin et un total de 10 Corses sur 11 regroupés dans les 20 derniers mètres où, outre Lucas, on trouvait uniquement Ibra, Ongenda et Ménez. Les 3 cibles potentielles d’une passe ou d’un centre se situaient respectivement devant le but et à l’entrée de la surface, Ongenda près du Brésilien, Ménez face au second poteau. Que faire ? Temporiser puis essayer d’éliminer ? Le Brésilien a essayé avec de "magnifiques dribbles à l’arrêt" grâce auxquels il a fait reculer son défenseur. En voyant Ongenda se lancer dans la surface, Lucas a tout de suite réagi, profitant de la seule opportunité se présentant à lui de transmettre le ballon à un partenaire sans le perdre. En principe, cette action était vouée à l’échec à moins qu’Ongenda ne réussisse un exploit (il aurait dû s’emmener le ballon d’un incroyable contrôle orienté afin d’éliminer le Bastiais présent au marquage juste dans son dos et ensuite centrer en retrait en trouvant Ibra ou Ménez au milieu d’une forêt de jambes plus épaisse que le maquis corse). Le petit génie de 18 piges n’a pas eu l’opportunité de contrôler le ballon, celui-ci lui arrivant de façon assez compliquée, avec un vieux rebond. Dès lors, perdu pour perdu, il s’est contenté de le dévier à l’aveugle en l’envoyant derrière lui d’une aile de pigeon. Le ballon est monté en cloche, il est retombé dans la surface, et là… le grand génie de 32 ans a réussi l’impensable. Un être humain normal est incapable de réaliser ce geste.

A 6 mètres du but, serré de près par François Modesto et Fethi Harek, avec Gilles Cioni pas loin, "Ibracadabra" a mis le talon là où personne ne l’avait jamais mis pour frapper dans un ballon. Cet objet sphérique retombait derrière lui, dans son dos. Se retourner ? Pourquoi ? Le bonhomme a une réputation à tenir. A partir de rien il peut créer un chef-d’œuvre. Il peut plier un match dès la 10e minute grâce à une poussière d’occasion. Le geste en lui-même est dingue, en direct j’ai cru avoir mal vu tant cette "Zlatan" – ce nom me semble encore être le plus approprié – est invraisemblable. En recevant les images via le nerf optique, mon cerveau a renvoyé un message d’erreur «attention les yeux, vous avez mal vu, ça n’a pas pu se produire, il a dû marquer autrement». Au bout de 2 ralentis, mon cerveau a envoyé un message d’excuse à mes yeux : «désolé, vous aviez bien fait votre travail, c’est de ma faute, je n’avais pas bien pris la mesure d’une donnée, c’est un but de Zlatan, un type capable de l’impossible.»

Cette reprise aérienne complètement dingue l’est à plus d’un titre, penser à la tenter est dingue, la réussir est encore plus dingue, la réussir exactement comme il voulait la faire est stratosphériquement dingue. Des gars qui marque en se jetant n’importe comment, qui tentent des volée improbables qui finissent au fond par l’opération du Saint-Esprit, on en voit régulièrement. Avec tout le respect que j’ai pour Charles-Edouard Coridon, son but contre Porto était un gros coup de bol ! Le centre de Pichot arrivait derrière lui, il a plongé vers l’avant en voulant réellement essayer de frapper du talon, il a attrapé le ballon à moitié de la cheville, bim, le gardien s’est fait surprendre, il a plongé trop tard, but. Un heureux accident.

Là, c’est bien différent. Zlatan est resté debout tout du long pour aller chercher le ballon dans son dos à 1m70 du sol malgré le marquage, c’est une volée directe[1] sur un ballon qui tombe du ciel (les plus difficiles). Pour le reprendre au bon moment il faut un timing hyper précis, il l’a eu, et assez pour vraiment frapper, ce qui nécessite une préparation du geste, on le voit bien lever la jambe puis effectuer ce fouetté de la cheville. C’était totalement contrôlé, le gardien n’avait aucune chance. Rien n’a pu être travaillé à l’entraînement, pourtant ce geste spontané a été si bien réalisé et a semblé si naturel qu’on pourrait presque le croire ! Le taekwondo et un gabarit de 2e ligne de rugby, ça aide en football…

J’ai mal à décrire et à définir ce but. Un coup du scorpion ? Non. Pour moi le coup du scorpion c’est à la Higuita, avec les 2 jambes.

Des talonnades, on en a vu des centaines de sortes différentes, de multiples variantes de Madjer existent, en mettant simplement le pied en opposition ou en frappant réellement, parfois réalisées de façon très aérienne et spectaculaire. Le point commun est toujours de reprendre le ballon avec le pied arrière en le faisant passer derrière le pied avant. Zlatan a donc réalisé une sorte de Madjer inversée, il s’agit bien d’une reprise avec le talon du pied arrière en passant derrière… non pas la jambe d’appuis mais le dos ou la tête (ou un peu des 2). La définition ne correspond donc pas.

Une "simple" aile de pigeon ? Zlatan est le roi du genre (plus souvent il s’agit en réalité de but de taekwondoïste, plus sur des bases de coups de pied retournés ou ce genre de choses), mais aucune réalisée par le passée ne ressemble à celle qui doit lui valoir le titre de but de la saison en Ligue 1, voire le prix FIFA du plus beau but de l’année… Son plus beau but en aile de pigeon classique reste celui marqué lors de l’Euro 2004.

Est-ce que quelqu’un a le souvenir d’une volée en arrière en restant en appui sur une jambe ? Mine de rien, c’est un coup à se blesser sérieusement. En ce qui me concerne, j’ai un seul souvenir de ce genre. Pauleta en Coupe de France contre Auxerre (c’était l’autre cage). Sur la barre. Tout aussi hallucinant.

En revanche, l’an dernier à Brest lors de la victoire 3-0 du PSG, Zlatan avait tenté une Coridon en plus spectaculaire.

J’en reviens à ce PSG-Bastia. Ibra a marqué ce but dont on ne dira jamais à quel point il est magique, il s’est ensuite lamentablement étalé en sautant les panneaux publicitaires… 2 ou 3 minutes plus tard, après avoir marqué d’une tête-épaule sur un CF très bien tiré côté gauche par Lucas, il a évité de reproduire son erreur. Ce second but du Suédois est aussi laid que l’autre était beau, l’autre différence édifiante est le marquage. Serré de près lors de l’ouverture du score, Zlatan était cette fois complètement seul à 5m50 de la ligne de but, s’il avait manqué le ballon 2 coéquipiers abandonnés au second poteau aurait fini le travail. J’allais oublier une précision importante… Ibra a inscrit un doublé grâce à sa 2e puis à sa 3e touche de balle… Effarant. Qui plus est, il était incertain en raison d’un problème subi en sélection, une blessure concernant le genou et/ou la cuisse, il a manqué le match de qualif (sans enjeu) contre l’Allemagne[2].

Menés 2-0 dès la 13e minute face à un PSG largement supérieur techniquement qui n’aura même pas eu besoin d’accélérer pour se procurer une avance si conséquente, les Bastiais ont ensuite bu la tasse. On a assisté à une démonstration parisienne. J’ai pris mon pied lors de certaines phases de jeu magnifiques. On sentait des garçons comme Lucas, Ongenda et Rabiot totalement libérés de toute pression, ils jouaient en prenant du plaisir, en osant, en allant de l’avant. Le ballon circulait dans le camp corse avec une véritable volonté de construction, pas seulement de conservation. La première manifestation de ce jeu «surkiffant» s’est produite au quart d’heure de jeu. Une action de 27 passes avec des renversements, on avance, on revient en arrière, on change de côté, on remonte, on redescend en alternant jeu court et jeu long, jeu au sol et dans les airs pour finir par une splendide passe d’Ongenda pour Rabiot, lancé au duel face à Mickaël Landreau. L’ancien gardien rouge et bleu a gagné ce duel. Dommage. A eux deux, les 2 gamins ont à peine plus que son âge.

Les Bastiais, manquant singulièrement d’agressivité, ont très rarement pressé, préférant regarder jouer les Parisiens. Ceux-ci ont réussi à se procurer de nouvelles occasions, ils ont tenté quelques frappes, ont obtenu des corners plutôt bien tirés par un Lucas très actif privé d’un but par une main volontaire de Julian Palmieri (21e). Il s’agissait à nouveau d’une action à 20 passes donc beaucoup de véritable construction avec pour terminer une ouverture en profondeur magistrale – cette fois d’Ibra vers Ongenda, auteur d’un très bon appel croisé – conclue non par un duel mais par un centre parfait du joueur le moins expérimenté présent sur le terrain. Ongenda a pris tout son temps pour regarder et ajuster son offrande à Lucas, posté au second poteau. La tête était cadrée, la main du Corse a évité le 3-0 au bout de 20 grosses minutes. M. Varela aurait dû siffler et sortir le rouge, Zlatan aurait très probablement réalisé un coup du chapeau.

Personne ne pouvait imaginer une rencontre si déséquilibrée. L’intensité était celle d’un match amical. Le public regardait et encourageait en conséquence. Fatalement, la tentation de tomber dans le piège de la facilité était grande. On a commencé à voir de plus en plus de choix douteux, d’attitudes agaçantes, l’équipe avait tendance à tomber dans l’approximation et le refus de jeu. Je n’ai aimé ni la tentative de dribble de Rabiot dans sa surface façon Verratti (25e), ni les séries de passes derrière et en arrière jusqu’à obliger Sirigu à rendre le ballon en dégageant (ça s’est produit plusieurs fois). A force de s’endormir sur leurs lauriers et de rendre facilement la gonfle aux Corses, les Parisiens ont été mis en danger, notamment par une tête de Gianni Bruno passé entre les défenseurs centraux brésiliens (juste au-dessus de la barre, 26e). Le CF lointain cadré par Wahbi Khazri n’a posé aucun souci à Sirigu (28e), les incursions bastiaises ont rarement été tranchantes, un centre un peu chaud de temps en temps mais rien de bien dangereux avant les 5 dernières minutes de la première période. Bastia a alors eu de nouvelles opportunités de réduire l’écart, d’abord quand un tir de Khazri a été contré par les mains d’Alex qui se retournait (ça aurait pu être sanctionné d’un penalty), puis quand Romaric a frappé de loin, voyant un partenaire manquer de peu de transformer cette tentative en passe décisive en la détournant.

Les visiteurs auraient eu besoin de plus de mouvement et de nettement hausser le rythme pour réellement bousculer ce PSG bien organisé. 2-0 à la mi-temps était finalement un score très flatteur pour les maquisards. En effet, pendant qu’ils tentaient de sortir la tête de l’eau, Lucas et ses partenaires, pourtant en pleine gestion, ont multiplié les occasions. Le jeune Brésilien en a eu 3 (tir contré à la 29e après un départ en profondeur depuis la gauche pour repiquer dans l’axe, puis à la 32e un CF à 25m dans l’axe frappé directement en enroulant bien vers le pied du premier poteau mais pas assez pour empêcher la parade de Landreau, et enfin une reprise du gauche ratée sur une passe parfaite d’Ongenda avec qui il avait joué un long une-deux en contre, ceci à la 37e). On a aussi vu un Bastiais mis sous pression par Digne réussir une improbable remise de la poitrine pour son gardien à la retombée d’un bon centre de Jallet (38e) et Ongenda choisir un geste beaucoup trop compliqué face à Landreau qu’il était parti défier grâce à une nouvelle passe en profondeur de Rabiot (41e).

En résumé, la boucherie a été évitée uniquement en raison du manque d’efficacité de certains Parisiens devant le but.

A la mi-temps, Zlatan est allé prendre sa douche, il a cédé sa place à Cavani. Matuidi en a profité pour récupérer le brassard.

Les Corses ont tenté de réagir, ils ont poussé, sans succès. Dans les rangs du PSG, grâce à une grande sérénité, on a laissé passer l’orage (pas très violent) et repris le contrôle du ballon pour exercer de nouveau la domination observée en première période. Et au passage, Digne a mangé une belle semaine. De toute façon, depuis sa signature, quand il joue, il a toujours droit au minimum à un coup violent ou une chute impressionnante ! J’ai kiffé. La possession ambitieuse, le jeu vers l’avant, la récupération du ballon dans le camp adverse, en cherchant à créer des décalages pour marquer des buts, c’est tout ce que j’aime ! Pourquoi a-t-on droit si sporadiquement à ce spectacle ? Les joueurs sont capables de reproduire ce type d’actions des dizaines de fois par match, ils ont les qualités pour, seulement ils le font peu, préférant en général la possession conservatrice, la chiante, qui consiste à faire tourner derrière en osant rarement attaquer.

Cavani aurait dû inscrire son premier but du jour à la 53e en reprenant de la tête un excellent centre de Lucas. Raté. 2 minutes plus tard, on reprend les mêmes, le centre du Brésilien étant cette fois repris à la Madjer par l’Uruguayen, contré par Modesto.

Hantz a cherché des solutions sur son banc, il a lancé Claudiu Keserü à la place de Gianni Bruno (56e), il y a eu du mieux, on a senti les Corses un peu plus entreprenants, plus agressifs, chose facilitée la manifestation des premiers signes du relâchement coupable auquel ont progressivement cédé des garçons comme Rabiot. Le PSG n’aurait pas dû permettre aux Bastiais d’enchaîner plusieurs centres, CPA et tirs (dont un lointain de Ryad Boudebouz contré par… le Roumain, ce dernier envoyant ensuite une frappe enroulée dans les bras de Sirigu), en l’espace de quelques minutes, ceci imposait une réaction. Il était impératif de remettre l’église au milieu du village, de montré qui c’est Raoul, d’écraser la révolte des maquisards. Cavani l’a fait en solo. Un gran’ gran’ numéro de soliste (l’équipe attaquait à 3, en réalité un seul suffisait). Il s’est échappé côté gauche, a éliminé un premier défenseur d’un crochet, puis Landreau d’une roulette, ceci avant de marquer dans un angle proche de 0° en trouvant un trou de souris où glisser le ballon. Les défenseurs revenus défendre sur la ligne de but sont demeurés impuissants, spectateurs de ce tour de magie ayant même fait se lever et applaudir Ibra. On disputait la 62e minute de cette rencontre dont le résultat était déjà connu. Même en cas de circonstances improbables, les 3 points étaient assurés. Le score pouvait néanmoins évoluer.

Le 3-0 inscrit au tableau d’affichage aurait dû changer bien avant la 89e minute, moment où Cavani a transformé le péno du 4-0. En effet, entre-temps le PSG a multiplié les occasions, ses 3 attaquants ont régalé, surtout Ongenda. Bastia a souvent été sauvé par Landreau, des coups de chance ou la maladresse de Lucas devant le but. J’ai noté une opportunité à la 66e (Cavani lancé en profondeur par Matuidi, ça s’est terminé par un centre en retrait pour Ongenda devancé par un défenseur), puis à la 69e un enchaînement exceptionnel d’Ongenda à l’entrée de la surface (demi-tour roulette juste devant la surface enchaîné avec une frappe très difficile à arrêter, Landreau a dû s’employer pour y parvenir) suivi dans la foulée d’un gâchis de Lucas, lancé au but plein axe grâce à une sorte de pick and roll footballistique magnifiquement réalisé grâce au relais d’Ongenda (Lucas a raté sa conduite de balle, permettant la sortie du gardien). Peu importe si Lucas s’est trompé en voulant mettre le pied au lieu de la tête à la retombée d’un CF de Digne (76e), si quelques dizaines de secondes plus tard Cavani a tiré sur le poteau puis dans le petit filet – l’angle était aussi fermé que lors de son but, seulement il était à droite cette fois, pas à gauche, ce qui accroissait nettement la difficulté pour un droitier – en ayant pourtant gagné son duel avec Landreau (fautif, sa mauvaise relance a engendré un mauvais contrôle de Romaric, permettant la récupération de Lucas, rampe de lancement de l’ancien Napolitain), l’important est ailleurs : les Parisiens ont pris du plaisir et en ont donné en tentant une multitude de beaux gestes, en se lâchant. Le football est un sport, le football est aussi un jeu. Le PSG a joué.

A toutes ces occasions il faut y ajouter les excellents appels de Lucas Digne, signalé HJ à tort au terme d’une action à 1238 passes (environ) avant d’être récompensé de ses efforts en obtenant le penalty à la 87e minute quand Landreau, son ancien partenaire au LOSC, a eu le réflexe stupide de lui accrocher le pied à retardement. Le jeune latéral gauche avait sauté au-dessus du gardien, il ne cherchait pas à le piéger, le péno lui a été gracieusement offert.

Les Bastiais ont tenté à plusieurs reprises de sauver l’honneur en mettant sous pression la défense parisienne, leur seule véritable occasion à 3-0 aura été un tir de Khazri passé juste au-dessus (79e). Keserü a aussi mis la tête sur un corner sans cadrer (83e). L’entrée d’Ilan à la place de Milos Krasic – qui à une époque a failli signer au PSG – (74e) et de Maoulida – très aimé par le public du Parc depuis son passage à l’OM – à celle de Khazri (83e) n’ont pas ou peu impacté positivement la fin de rencontre des Corses.

Aujourd’hui le grand format dure 40 minutes. Si vous aimer le football quand il allie qualités individuelles et collectives, vous allez vous régaler !

  • Evaluations individuelles.

Sirigu a bien fait son travail, allant notamment chercher quelques fois le ballon dans les airs. Très peu sollicité.

Jallet puis Van der Wiel (67e) ont occupé le poste faible du PSG. Le remplacement a été effectué en raison d’une blessure, Jallet avait jusqu’alors réussi une prestation plus que correcte avec des choses intéressantes offensivement (mais peu de centre), on l’a même vu tirer au but dès la 2e minute. Défensivement, il a fait son travail là aussi assez correctement mais n’a pu empêcher certains centres. En résumé, une prestation dans la bonne moyenne, il peut être nettement meilleur (quand on joue peu, il est plus difficile d’entrer dans l’équipe, le rythme et les repères manquent). Les 25 minutes jouées par le Bataves ont été marquée par une Verratti… Le gars a voulu dribbler dans ses 20 mètres, il nous a fait la glissade, la perte de balle, a aussi offert un CF dangereux bien stupide… Son apport offensif a… mais quel apport offensif ?

Digne a évolué avec les Espoirs pendant la trêve, ça lui a fait du bien, du coup il était prêt à jouer, il l’a très bien fait, une véritable machine de guerre. Son apport offensif est énorme, l’obtention du péno en est la juste récompense, il provoque beaucoup, propose en permanence des solutions sur son côté. En réalité il a quasiment évolué ailier gauche (d’où les 2 HJ signalés à son encontre dont un erroné). J’admire aussi sa capacité à prendre des taquets, à se relever et à continuer en serrant les dents. Défensivement, quand il faut intervenir, il est là. L’avenir c’est aujourd’hui. Lucas Digne est déjà le meilleur Français à son poste. Nettement de surcroît.

Alex est probablement le joueur que j’ai le moins observé, je me souviens de sa main dans la surface en se retournant (ça peut se siffler comme ça peut passer pour une main involontaire), il a aussi été piégé par Bruno en première période sur l’action de la tête du Belge (tout comme Marquinhos d’ailleurs). Bon ou correct, je ne saurais donc le dire sans revoir une nouvelle fois la rencontre, ce que je ne compte pas faire, d’autant que la défense a été peu sollicitée.

Marquinhos m’a semblé propre et solide, il a bien défendu en plusieurs occasions, n’a pas été embêté au niveau de la relance. Par contre il m’a fait très peur à la 23e. Invectiver l’arbitre assistant incapable de signaler un contrôle du bras effectué juste devant lui n’était pas une bonne idée. Continuer à se plaindre quand M. Varela l’a convoqué annonçait un carton jaune. Mettre la main sur l’épaule de l’arbitre principal m’a fait retenir mon souffle… et finalement rien, hormis un grand sourire de M. Varela – dont le dossier est pourtant lourd – comme Marquinhos était le fils de son voisin et qu’il l’avait vu naître ! On a donc surtout appris une chose : M. Castro est bien le seul arbitre au monde à sortir un rouge direct à un joueur non agressif dont la seule action a été de lui toucher l’épaule.

Matuidi a occupé la fonction de n°6, chose inhabituelle, mais ça ne s’est pas vu (qu’il n’a plus l’habitude d’évoluer à ce poste). Excellent.

Rabiot a impressionné… et agacé par moments. Le syndrome de l’excès de facilité l’a atteint lors de cette rencontre, il a eu des comportements "verrattiens" à plusieurs reprises en voulant se compliquer la vie avec des gestes à la c*n en zone dangereuse (dont une a donné lieu à l’occasion de Khazli à la 79e) ou simplement en oubliant de lever la tête pour savoir quoi faire du ballon. Néanmoins le positif l’emporte car le positif a été très très positif. Ses passes, ses déplacements, sa technique… Pfiou… ça fait rêver ! Le gamin a 18 ans, gardons-le en tête, l’excuse de la jeunesse vaut encore le concernant.

Ongenda est la révélation ultime. On le savait très prometteur grâce à ses prestations depuis des années avec les différentes équipes du centre de formation, capables de se mettre au niveau des pros grâce aux rencontres de préparation de cet été, capable d’apporter un vrai plus à l’équipe première suite à son but au Trophée des Champions, à sa passe décisive contre Ajaccio puis à son excellente prestation à Bordeaux. Cette fois, il a eu 90 minutes pour tout montrer. Et il a tout montré : technique (passes comme dribbles, technique arrêtée comme en mouvement), culot, intelligence (lecture du jeu, déplacements), créativité mais aussi efficacité dans les 20 derniers mètres (son retournement avec roulette enchaîné avec une frappe détournée magistralement par Landreau), sans oublier ses qualités physiques (vivacité, vitesse, dureté… il est en effet capable d’aller au charbon pour récupérer des ballons, capable d’encaisser des coups, d’en mettre si nécessaire). Eblouissant !

Pour info – peu de journalistes le savent, je ne l’ai ni lui, ni entendu dans les médias – Ongenda a été testé en n°8 il y a quelques mois avec les équipes de jeunes, les entraîneurs du centre de formation l’ont essayé à pas mal de postes différents, donc le voir titularisé au milieu ne m’a pas étonné, ça m’a seulement agacé… Puis je l’ai vu jouer 10 et briller, ça m’a beaucoup plu, d’autant que ça ouvre à la porte à une utilisation de Pastore à son véritable poste quand sa blessure sera devenue un mauvais souvenir.

Quelqu’un a fait une vidéo sur sa prestation. Du coup, je n’ai pas pris la peine d’en faire une, je vous propose de regarder la sienne (trop longue, j’en conviens, il aurait fallu mieux et plus couper, éventuellement ajouter une musique).

Ménez a cédé sa place à Maxwell (71e) après une prestation relativement satisfaisante. Il peut être infiniment meilleur, mais pas en ce moment. Rappelons-le, s’il a joué une cinquantaine de minutes contre Toulouse, sa titularisation précédente remontait à mi-mai. Sa saison débute à peine après des mois passés hors des terrains en raison de divers soucis physiques. Pour quelqu’un qui manque de rythme, sa première période était plutôt probante, il n’a pas rechigné à effectuer le travail défensif, a fait ses appels, a écouté les consignes de Blanc qui le trouvait trop enclin à aller dans l’axe. L’impression laissée à sa sortie est celle d’un joueur n’ayant pas réussi à se lâcher. Attendons de voir s’il retrouve son meilleur niveau avant d’avoir un jugement péremptoire le concernant (les critiques de Dugarry pendant son commentaire sur Canal+ étaient trop sévères, il a complètement oublié le contexte). Maxwell l’a remplacé pour évoluer au milieu dans un 4-3-3 plus classique, Ongenda passé côté gauche.

Lucas a été aussi étincelant dans le jeu qu’inefficace. A son crédit, des accélérations impressionnantes, une passe décisive sur CF qui aurait pu avoir des petites sœurs si Cavani avait mieux exploité certaines offrandes. A son débit, un paquet d’occasions gâchées ! 3 tirs cadrés sur 7 (dont une tête qui aurait dû aller au fond dans une main corse assez évidente), énormément de ratés, de mauvais choix dans le geste de finition, d’imprécisions techniques ! Ongenda a tout fait pour l’aider à briller, il fallait en profiter… Dommage. Il a tenté, s’est beaucoup donné, au final on est entre 2 eaux, on ne sait pas si cette prestation est décevante ou encourageante.

Ibrahimovic n’a rien foutu. Hormis marquer 2 buts sur 2 de ses 3 premiers ballons, de quoi plier le match. Hormis aussi effectuer 2 ou 3 autres gestes de grande classe. Et hormis mettre une semelle à Julian Palmieri en se débrouillant pour obtenir le CF et provoquer le carton jaune (31e). Ce type est magique ! Et à la mi-temps, douche, il ressort pour s’installer sur le banc, taper la discut’ avec Lavezzi, applaudir le premier but de Lavezzi, un peu faire la tronche sur le second (ça fait 6 buts en L1 pour l’Uruguayen, 5 pour Ibra). Son remplacement était sans doute prévu en raison de son souci au genou.

Cavani a encore profité de son petit plaisir occasionnel, celui de jouer là où il aime jouer, en pointe. Il a bien croqué 2 occasions assez énormes, n’a pas toujours été au top techniquement… mais a trouvé le moyen de marquer au terme d’une série de feintes et de gestes magiques effectués à une vitesse folle. Folle car très faible, c’était presque fait au ralenti. L’Uruguayen a été si précis et si imprévisible que les Bastiais ont été incapables de contrecarrer ses plans. 2 buts en 45 minutes plus un poteau, ça lui fait 6 buts en L1, dont 5 quand il occupait un rôle d’avant-centre, le 6e lors d’une action au cours de laquelle il avait fait l’appel comme un 9 en profitant du décrochage d’Ibra… Parlant, non ? Il faut l’utiliser dans l’axe !!!!
Au passage, ses retours défensifs à 3-0… Pour tout supporter, observer ce genre de comportements est un plaisir.

  • CONCLUSION.

Le 1000e match du PSG au Parc (en comptant les matchs amicaux, 920 sans) a été un des plus faciles depuis bien longtemps. Le club de la Capitale a rarement aussi bien joué depuis 2 ans. Paradoxalement, cette démonstration collective a donné lieu à des chefs-d’œuvre de solistes et à des buts sur CPA, toutes les occasions créées en détruisant le bloc défensif bastiais en multipliant les passes et déplacements ont échoué d’une façon ou d’une autre (c’est à relativiser car certaines ont permis d’obtenir des CPA). Zlatan et Monsieur Edi’ vont faire les gros titres, ils ont encore joué l’un après l’autre, ont rivalisé de génie pour scorer 2 fois chacun, pourtant des gamins sont les véritables héros de cette rencontre. Le PSG a démonté Bastia – qui n’a toujours pas gagné au Parc dans son histoire et ça risque de continuer ainsi pendant un bout de temps – avec une équipe composée à moitié de garçons ayant l’âge de jouer en CFA (Digne, 20 ans, Marquinhos, 19 ans, Rabiot, 18 ans, Ongenda, 18 ans, Lucas, 21 ans).

Si les Corses n’étaient pas venus en tenue de camouflage en confiant en plus le brassard à Yannick Cahuzac – porteur d’un nom particulièrement évocateur quand il s’agit de camoufler des trucs[3] et accessoirement seule joueur du Sporting pas encore cité depuis le début du récit de la rencontre, c’est dire s’il s’est bien caché ! – ils auraient sans doute morflé quand même. Le PSG est trop supérieur en tout, le manque d’agressivité de ses adversaires a simplement facilité les choses. Ibra leur a détruit le moral en plus de doper celui de ses partenaires, ensuite il a suffi de dérouler.

La clé du jeu parisien a été l’utilisation fantastique de la profondeur grâce aux profils des joueurs utilisés. Les 5 HJ signalés contre les Parisiens sont anecdotique par rapport au nombre de fois où la circulation du ballon a permis de créer un décalage en attirant la défense puis d’en profiter en lançant un joueur dans le dos de la défense. Résultat des courses, pour la première fois de la saison le PSG a réussi à inscrire plus de 2 buts dans un même match de championnat. Du coup, la DDB a tout de suite meilleure allure (+13).

Peut-être vais-je écrire à la FIFA pour demander une multiplication des trêves internationales ! Au lieu d’avoir un effet négatif en fatiguant les joueurs, elles nous permettent de voir jouer les remplaçants et de nous régaler. Ça s’est produit à Bordeaux, de nouveau contre Bastia… Les 2 meilleures prestations parisiennes de la saison pour le moment. Faut-il en tirer des conclusions ?


2 brèves pour finir.
Pour ce qui pourrait être son dernier match au Parc, Landreau a décidé de quitter les spectateurs parisiens sur un bon souvenir. Désolé…

A la fin du match Lavezzi a donné un maillot au caméraman qu’il a fait tomber il y a 2 semaines à Marseille au moment du retour aux vestiaires. La blague avait fait rire beaucoup de monde, mais certainement par le bonhomme en question et les dirigeants de C+ qui ont dû craindre pour leur caméra (elle coûte une blinde).

Notes

[1] Sans rebond.

[2] Il a pris un jaune exprès pour être suspendu et purger ses cartons avant les barrages tout en se ménageant quelques jours de repos, il a donc joué vendredi contre l’Autriche avec une passe décisive et un but hyper important qui ont offert la place en barrage à la Suède, puis seulement samedi contre Bastia.

[3] Faut-il expliquer ? Non quand même, rassurez-moi ! Jérôme Cahuzac, ça vous parle forcément.