Ibra est l’incarnation du charisme et de la puissance, mais aussi de la technique et de la créativité. Il est le seul au monde à réussir des gestes que les autres n’auraient même pas l’idée de tenter. Cet individu est une anomalie du genre humain, il n’est pas fait comme nous, ne pense pas comme nous, simples mortels. Ibra, c’est Odin, le dieu nordique le plus craint. Dans la mythologie scandinave, et entre autres fonctions, Odin est à la fois dieu de la victoire, de la poésie, de la magie et de la chasse. C’est un dieu créateur à la personnalité complexe, à la fois sombre et méchant, fourbe et rusé, sage et intelligent… Tout pareil !

Cette saison, le n°10 du PSG en est à 16 buts validés en 18 matchs en comptant ses réalisations très importantes en sélection. Dans le lot, plusieurs chefs-d’œuvre dont celui de samedi contre Bastia et encore 2 inscrits à Bruxelles contre Anderlecht dont sa volée de mutant… Anderlecht n’a pas été seulement zlatané mais carrément zlatanasié[1]. Après Zlatan le Renard, on a vu Ibracadabra marquer d’une Madjer, puis Ibradaboum envoyer ce missile de loin et enfin Ibraquemart finir de démonter ces pauvres Belges dont le public a applaudi la démonstration éblouissante à laquelle il assistait. On ne voit pas tous les jours son équipe se faire broyer par un géant, les gens qui ont payé leur place sont rentrés chez eux avec des étoiles plein les yeux.

Je pourrais écrire des chapitres entiers le concernant, mais il me faut aussi disserter à propos du match et des autres joueurs utilisés, donc je vais couper court à cet accès de zlatanisme – à ne pas confondre avec le satanisme même si Zlatan est passé pour un démon au pays des Diables rouges – en affirmant ceci : en ce moment, le meilleur joueur du monde, c’est lui.

Mais en ce moment, la meilleure équipe du monde… n’est pas celle du PSG. Peut-être dans quelques mois. Pour le moment le club de la Capitale française enchaîne les victoires, 6 de rang depuis le nul contre Monaco, 10 lors des 11 dernières rencontres, il pourrait même être assuré de finir en tête de son groupe au soir de la 4e journée des poules de la LdC[2]. On se doit toutefois d’apporter quelques réserves à tout ceci :
-l’adversité rencontrée jusqu’ici n’a jamais été de nature à permettre au PSG de s’étalonner par rapport aux meilleures formations européennes ;
-l’équipe type qui semble se dessiner dans l’esprit de Laurent Blanc n’a toujours pas livré un match plein en étant au taquet de la 1ère à la dernière minute ;
-certaines victoires ont été obtenues de façon très poussives (Nantes, Valenciennes, Toulouse), voire presque miraculeuses (Guingamp, Marseille);
-l’association Ibra-Cavani reste un gros point d’interrogation ;
-plusieurs joueurs sont victimes de blessures musculaires ;
-certains joueurs sont extrêmement irréguliers.

Bien sûr, on peut m’objecter que le PSG prend les adversaires qu’on lui donne et que les résultats sont au rendez-vous malgré tous les soucis rencontrés et les défauts qu’a l’équipe. J’en conviens, l’important est de faire le taf d’août à février et d’être au taquet ensuite. D’ailleurs, dans cette optique, les événements actuels sont une bénédiction, ils ont permis à des joueurs comme Marquinhos, Rabiot ou encore Ongenda de prendre leurs marques en équipe première, certains éléments très importants de l’effectifs ont des occasions de souffler, Thiago Silva peut prendre son temps pour revenir, il n’est pas obligé de précipiter les choses (espérons que la blessure d’Alex n’influence pas le staff à prendre des risques). On peut également s’attendre à du turnover contre Olympiakos et/ou Benfica pour mettre l’accent sur le championnat tout en permettant aux jeunes de s’aguerrir. S’il est possible de prendre de l’avance au classement de la Ligue 1 avant d’aborder la période des matchs à élimination (en C1 comme en coupes où le PSG se doit de briller cette saison), il est très important de le faire pour s’octroyer des jokers en championnat, ce qui permet ensuite de donner la priorité aux autres compétitions.

Je redoute une conséquence possible, si ce n’est probable, de cet enchaînement de matchs faciles, à savoir que les Parisiens soient mal préparés à affronter des cadors lors de la seconde phase de la Ligue des Champions. Depuis le début de la saison on constate certains défauts grossiers pour partie hérités de l’ère Ancelotti. Il faudra absolument les corriger. Blanc va devoir lutter contre l’acquisition de mauvaises habitudes (tomber dans la facilité en jouant à la baballe derrière, ne pas se donner à fond, vouloir trop gérer au lieu de prendre les choses en main, trop compter sur Zlatan, prendre des risques idiots, commettre des erreurs de déconcentration), autrement dit s’atteler à ce que ses hommes évitent de tomber dans le piège de l’excès de confiance ou pire, de la suffisance chronique.

  • Résumé et commentaire du match.

Blanc n’a surpris personne avec sa compo : SiriguVan der Wiel, Alex, Marquinhos, MaxwellVerratti, Thiago Motta, Matuidi – Cavani, Ibra, Lavezzi (Thiago Silva, Jallet et Pastore étaient blessés, VdW incertain). Je persiste à penser que pour optimiser l’utilisation de ses joueurs et faire du PSG une véritable machine de guerre capable de taper les meilleures équipes d’Europe, il faudra la modifier. Face à Anderlecht, équipe extrêmement jeune et inexpérimentée, ça allait forcément être facile, même avec 7 ou 8 remplaçants la victoire était certaine contre cette formation de surcroît privée de certains titulaires (qui, c’est logique, est en difficultés en championnat belge). Rendez-vous compte de la folie du truc, Youri Tielemans, milieu axial, a… 16 ans ! Une bonne partie de l’équipe choisie par John van den Brom aurait même pu jouer en UEFA Youth League jeudi.

Pour l’arbitre espagnol, M. Fernandez Borbalan, a eu droit au match idéal, aucune décision difficile à prendre. Ses assistants ont été bons sur les HJ.

Le PSG a tout de suite montré sa volonté de garder le ballon, et, pour une fois, d’aller vers l’avant. Seulement en face les Bruxellois étaient bien organisés et encore frais, si bien que rapidement le jeu parisien s’est résumé à jouer long vers Ibra ou Cavani. Au bout de 5 minutes Ibra commençait à décrocher au milieu pour compenser l’absence de milieu offensif. Le PSG avait du mal à franchir la ligne médiane, ses premières actions construites ont été gâchées par énormément d’imprécisions et une longue série de pertes de balles idiotes a débuté pour se terminer… au coup de sifflet final (lors de cette rencontre les prises de risques inutiles ont été légion, il en sera question plus tard). Anderlecht récupérait beaucoup trop facilement le ballon, les Mauves gagnaient souvent les duels (pas seulement lors de l’entame du match), ce qui leur a permis de se procurer 2 occasions quand leurs visiteurs attendaient d’enfin être dangereux au moins une fois.

Ainsi, après avoir éliminé Verratti sur son côté gauche, Fabrice N’Sakala a pu centrer dans un fauteuil en direction d’Aleksandar Mitrovic. L’avant-centre a gagné son duel aérien avec Marquinhos, son coup de tête a envoyé sous la barre. Heureusement, Sirigu veillait, il lui a suffi de sauter pour capter le ballon à 2 mains (5e). Le gardien italien a ensuite dû plonger pour détourner une frappe très lointaine cadrée par Matias Suarez, sur lequel aucun Parisien n’était monté. Le ballon filait au pied du poteau (8e). Décomplexés, les Belges ont continué tenter, ils faisaient encore illusion.

Le PSG, lui, jouait toujours à 2 à l’heure, sans rythme, ses très rares opportunités de contre-attaquer et ses tentatives d’accélérations en passes – dont une selon le même schéma que l’ouverture du score intervenue quelques minutes plus tard – ont été avortées. Erreurs techniques, manque de timing, il fallait se réveiller. Pour déstabiliser la défense locale il ne restait que les ouvertures en profondeur. A la 13e, lancé à la limite du HJ (mauvais alignement) par Motta qui se trouvait dans son camp, Ibra s’est enfin créé une occasion. Alléluia ! Le Suédois a eu du mal à s’emmener le ballon, celui-ci lui arrivant de derrière avec un rebond très haut, ça l’a déporté sur la droite, il a finalement tiré dans le petit filet.

A partir de cette action les débats ont alors commencé à s’animer. Si les approximations restaient légion, le ballon circulait beaucoup plus vite d’un camp à l’autre, provoquant de la désorganisation, des espaces commençaient à s’ouvrir. Après un nouveau ralentissement du jeu, Ibra a planté la première seringue de produit zlatanasiant. Un but d’avant-centre pur au terme d’une action de 30 secondes et 11 passes dont 7 inutiles dans le camp parisien. Le décalage s’est créé uniquement grâce… à une passe ratée par Motta. Suarez a pensé pouvoir l’intercepter, il a lâché Van der Wiel pour monter sur Verratti mais a été devancé par ce dernier à qui il a tout de même été nécessaire de se jeter pour tacler le ballon en direction de Cavani. Dès lors, Van der Wiel a pu faire son appel sans être gêné par personne, l’Uruguayen a fixé l’unique défenseur (N’Sakala), a servi le Batave au bon moment, ne restait qu’à mettre le ballon devant la cage où Zlatan était seul, abandonné au milieu de plusieurs adversaires dont aucun n’a jugé bon de le serrer de près. A 2m50 sans opposition, Ibra aurait dû le faire exprès pour ne pas couper ce centre au sol (17e). On avait déjà vu sensiblement la même action un peu plus tôt, la réédition a été réussie grâce à plus de justesse technique et de coordination. Quand les adversaires défendent comme ça, la vie est plus facile.

Anderlecht a renté de réagir, enchaînant les centres côté droit – où ça passait trop facilement – jusqu’à réussir à trouver un des leurs. Le Mauve, ayant pourtant réussi à devancer Alex, n’a toutefois pu cadrer sa reprise (19e). En réponse, les Parisiens ont essayé de remettre le pied sur le ballon par séquences, une s’est encore achevée en balançant loin devant, la suivante est en revanche allée dans le bon sens. On a cru assister au tome III de l’action Cavani-VdW-centre car le Batave était encore tout seul sur son aile, abandonné par N’Sakala, l’Uruguayen a préféré l’option Matuidi, une nouvelle fois monté apporter le surnombre dans l’axe. L’international français me semble avoir voulu chercher Lavezzi qui trainait dans la zone, l’Argentin revenait d’une position de HJ, il a laissé passer le ballon, permettant ainsi à son coéquipier néerlandais d’en hériter. Un mauvais contrôle l’a obligé à tenter une frappe au lieu de pouvoir s’emmener le ballon pour centrer vers le second poteau où Ibra était encore à l’affut. Cette frappe avec opposition a été détournée par le défenseur, le gardien belge a néanmoins dû plonger sans quoi le ballon aurait fini au fond (20e).

La faiblesse d’Anderlecht était clairement identifiée, il s’agissait du côté gauche défensif. A vrai dire, j’en suis convaincu, la consigne du staff était d’insister dans cette zone. Il suffisait systématiquement d’accélérer grâce à une ou 2 passes pour décaler Van der Wiel, en permanence seul, totalement démarqué (chose logique car le couloir droit d’Anderlecht était occupé par 2 latéraux, en revanche l’entraîneur des Belges avait aligné un latéral offensif et un avant-centre dans le couloir droit). Le 2e but a été une nouvelle fois inscrit de cette façon, les Parisiens ont fait quelques passes derrière et à hauteur du rond central, puis la passe de décalage pour VdW monté dans le dos du son vis-à-vis, puis le centre dans un fauteuil pour le but de Zlatan. On a juste changé quelques 2 ou 3 petites choses :
-Matuidi a occupé le rôle du passeur et non plus Cavani, il s’était positionné en 8/10 axe droit à 35 bons mètres de la ligne de but, n’a même pas eu besoin de fixer un défenseur pour lancer le Néerlandais car les défenseurs ont eux-mêmes fait le travail en restant figés ou en tentant l’interception (ce qui n’ôte rien à la qualité de la passe entre 3 adversaires) ;
-au lieu d’aller se placer le derrière tout le monde, Ibra est venu couper au 1er poteau pour tenter une Madjer – un geste incroyable, hors du commun… sauf quand il le réalise, car Ibracadabra rend ordinaire l’extraordinaire – devant le défendeur afin de placer le ballon entre le poteau et le gardien…
2-0, affaire définitivement entendue (22e). La 2e piqure de la zlatanasie produit des effets irréversibles.

Si quelqu’un peut m’expliquer la façon de défendre d’Anderlecht… Parce que se retrouver quasiment avec une défense à plat à 6 derrière sans occuper convenablement la largeur du terrain, permettant ainsi au latéral adverse de systématiquement circuler sur une autoroute, c’est assez fabuleux ! En réalité à la base ils jouaient en 4-2-3-1. Dans les faits, ils ont énormément reculé malgré un Lavezzi particulièrement médiocre, un Maxwell peu offensif et des milieux parisiens qui à l’exception de Matuidi ne venaient pratiquement jamais créer le surnombre. Les Bruxellois ont sans doute été perturbés par le placement de Cavani, son attirance naturelle vers l’axe a mis leurs défenseurs dans la difficulté, ils avaient le séant entre 2 chaises, l’ont souvent suivi au lieu de rester dans leur zone, d’où l’existence de cette autoroute à 3 voies sur l’aile (lors du premier quart d’heure ça a aussi profité à N’Sakala qui pouvait attaquer sans être gêné). Sans oublier bien sûr le rôle de Zlatan qu’ils ne savaient pas du tout comment prendre… et qu’ils n’ont donc jamais pris. J’ai bien aimé leur façon aléatoire de jouer le hors-jeu. Allez, j’arrête de me moquer.

A 2-0 c’est devenu extrêmement facile, aussi facile que prévu, presque plus, car les joueurs d’Anderlecht ont quasiment arrêté tout pressing. Plus rien ne s’opposait à la circulation du ballon, alternativement dans un camp ou dans l’autre, le tout sur un rythme peinard avec une accélération de temps en temps. En raison de l’attitude assez pathétique des locaux, quelques sifflets sont descendus des tribunes, des sifflets vite relayés par des chants de soutien venant de la partie majoritaire du public ayant compris la situation des jaunes Mauves. Impuissants, leur seul espoir se résumait à limiter les dégâts, éviter de prendre trop cher.

Sans Ibra, on se serait bien fait chi*r. Heureusement, il était là pour décrocher, pour réaliser des gestes géniaux, pour régaler. Le PSG a continuer à l’envie de créer des décalages sur les côtés, Matuidi lancé par une talonnade de Zlatan, encore Van der Wiel cette fois décalé par Lavezzi selon le schéma récurrent de cette première période (son 3e bon centre en 30 minutes !!), c’était beaucoup trop facile ! Si les Parisiens ne cherchaient pas à mettre beaucoup de rythme, ils évitaient de trop en faire, jouaient en contrôle-passe, voire en une touche… du moins pendant un temps. Les gestes superflus vus lors du premier quart d’heure ont fait leur retour petit à petit en commençant par une tentative de passe de Maxwell derrière son pied d’appui (perte de balle). Il y a aussi eu de la déconcentration à l’exemple d’un contrôle facile loupé par Matuidi au milieu qui lui a valu de prendre un coup.

Il ne se passait plus rien quand le diable est ressorti de sa boîte pour la 3e piqure de la zlatanasie (qui accélère le cœur pour bien diffuser le produit dans tout le corps). Ayant décroché à 40 mètres du but belge afin de créer un peu de mouvement et impulser une attaque, chose faite en décalant Maxwell sur l’aile pour un centre de ce dernier, Zlatan ne s’attendait pas à réussir un coup du chapeau, du moins pas à ce moment. Le centre de son vieil ami brésilien, trop court, a été repoussé par un Belge qui croyait avoir efficacement repoussé le danger… BOUM ! 28 mètres, aucune hésitation, puissance maximale (100km/h), volée en lucarne, supporters et commentateurs en transe, public debout, gardien dépité, image gif animée mise en ligne, vidéo sur Youtube dans 12 langues… On venait d’entrer dans la 36e minute, il a ouvert le score à la 17e, ça nous fait un hat-trick en 19 minutes avec 3 buts nous montrant tous des facettes du phénomène : d’abord l’efficacité et le sens du placement, puis la finesse technique et la créativité, enfin la puissance et la confiance en soi. Oui, pour tenter ce geste et a fortiori pour le réussir, il faut avoir une sacrée confiance en soi, la plupart du temps le ballon fini au dernier étage des tribunes quand ce n’est pas en touche côté opposé.

Que le public se soit levé pour applaudir n’est pas si étonnant. Il me semble avoir vu ça au Parc des Princes le jour où… Sergueï Semak avait mis un triplé contre le PSG en Ligue des Champions quand il était venu avec le CSKA quelques temps avant de signer à Paris. Ironie du sort, c’est à peu près la seule fois de sa carrière qu’il a été applaudi au Parc.^^

Après ce nouveau but d’anthologie, le retour des travers, un CF bêtement concédé dans l’axe par Verratti, une nouvelle "biscouette" de Maxwell suivie d’une perte de balle de Lavezzi… Heureusement, les Belges n’avaient ni le niveau, ni la fraicheur mentale pour exploiter ces erreurs, le festival de Zlatan leur a fait très mal. Le Suédois aussi s’est permis de faire des talonnades, au moins 5 en première période, mais qui irait lui reprocher ? Sa louche ratée en réponse à l’appel d’un une-deux par Cavani (43e) a néanmoins été un des seuls moments de football de cette fin de première période, le PSG n’attaquait quasiment plus, il gérait.

Pour une fois les statistiques reflètent parfaitement le match (du moins la première période). 5 tirs parisiens dont 4 d’Ibra pour 3 buts (le 4e tir étant celui de Van der Wiel contré), efficacité quasiment maximale. Anderlecht aussi a tiré 5 fois, a cadré 3 fois (et s’est procuré des occasions), mais a laissé le PSG dicter son rythme en ayant le contrôle du ballon (68% de possession, le triple de passes), tant en raison d’une différence de niveau technique (89% de passes complétées contre seulement 74%) que d’un manque d’agressivité (seulement 3 fautes belges).

En début de seconde période les Belges ont obtenu 3 corners consécutifs, les Parisiens ont connu une frayeur sur le 1er (joué en combinaison avec un centre rentrant du nouvel entrant[3], Frank Acheampong, jeune Ghanéen vu contre la France lors de la dernière Coupe du Monde U20, Alex a détourné le ballon du dos, à 1 ou 2 mètres près c’était un csc), ils semblaient pourtant très sereins à en voir leur façon de sortir le ballon. Trop sereins, trop confiants, déconcentrés, ils ont repris leur série d’erreurs stupides. Sirigu s’y est mis en ratant une passe pourtant simple en voulant relancer court vers Marquinhos, situé à sa gauche dans la surface. Guillaume Gillet a profité du cadeau, Sirigu a néanmoins pu corriger son énorme bévue en plongeant pour arrêter le tir sur sa ligne (48e). Dans la foulée, le PSG s’est remis à faire tourner dans son camp au lieu d’avancer, attaquer était désormais en option, c’est pourquoi ces phases de possession, parfois longues, se terminaient tantôt par une boulette, tantôt par une accélération de qualité variable.

La rencontre prenait une tournure laissant envisager un seconde période totalement bidon façon PSG-Benfica. Gérer leurs efforts en vue du déplacement à Saint-Etienne n’aurait pas été reproché aux joueurs comme quand ils ont décidé de faire le minimum à quelques jours de la dernière Grande Sardinade. C’était sans compter sur l’extrême fébrilité des Belges. Matuidi est monté très haut au pressing, il le fait souvent, le latéral droit (Chancel Mbemba, officiellement 19 ans) a glissé, s’étalant comme une bouse, Blaise était là pour se servir et servir Cavani, totalement seul devant le gardien en position d’avant-centre. Contrôle du droit, but du gauche (52e). Trop facile.

Finalement, le match tournait à la blague belge, Verratti s’est cru à la fête du slip, il s’est offert un véritable slalom spécial dans sa propre surface (53e). Cette… "facétie" a duré au moins 10 secondes – une plombe… qui aurait paru une éternité s’il avait joué au c*n dans d’autres circonstances – et s’est bien terminée (une bonne contre-attaque, un CF à l’entrée de la surface et un carton jaune à l’encontre d’N’Sakala), néanmoins recevoir le ballon à une trentaine de mètres de la cage, reculer jusqu’à l’angle de la surface de but pour repartir vers l’avant alors que 5 adversaires sont montés pour tenter de le lui piquer, on peut vraiment s’en passer (il a recommencé dans la même veine à la 82e). En cas de perte de balle c’est le but quasiment assuré. A 4-0 c’est moins impardonnable, j’en conviens, seulement je vous poste une question : Verratti a-t-il tenu compte du score où aurait-il agi de la même façon à 0-0 ? Oui… Il est tout à fait capable de tenter la même chose à 0-0 à l’Allianz Arena en demi-finale de la Ligue des Champions.

L’enjeu était désormais très limité. Les Belges pouvaient soit s’atteler à limiter la casse, soit tenter de sauver l’honneur. Pour le PSG, hormis garder sa cage inviolée et éviter le triptyque fatigue/blessures/cartons (d’où la sortie d’Alex, victime d’un coup en fin de première période, pas hyper à l’aise au cours de cette rencontre, Zoumana Camara l’a suppléé à partir de la 56e minute), le dernier objectif était de faire encore plus briller leurs 2 stars. Thomas Kaminski, le remplaçant de Silvio Proto, blessé, aurait aimé pouvoir éviter la boucherie le jour de ses 21 ans. Avant la rencontre il avait déclaré «Imaginez si nous perdons 0-5 face au PSG. Cela gâcherait sérieusement mon anniversaire. C'est pourquoi je lance un appel : "Ibrahimovic s'il te plaît, épargne-moi d'un but de classe mondiale" !»… Désolé garçon ! Déjà triplement victime de Zlatan avec déjà 2 buts de classe mondiale, battu déjà 4 fois à près de 40 minutes de la fin, le tout en n’étant responsable d’aucun des 4 buts encaissés, il pouvait difficilement sauver son anniversaire. Même en évitant le 5-0. De ce côté aucun reproche ne pourra lui être adressé car ce jeune portier a fait de son mieux pour limiter l’ampleur du massacre.

S’il n’a rien pu faire contre la volée croisée d’Ibra lancée en profondeur par Motta suite à une sortie de balle collective parfaite – encore un but magnifique, l’appel de grande qualité en profitant de la énième absence d’N’Sakala, le contrôle orienté de la tête, la volée hyper bien équilibrée et diablement précise (poteau rentrant)… du grand art ! – à une petite demi-heure de la fin (62e), il a repoussé, détourné ou arrêté :
-un CF à 17m pour gaucher tiré en force par Ibra (54e) ;
-un lob de Cavani bien lancé en profondeur (61e) ;
-une frappe cadrée d’Ibra qui était arrêté dans l’axe à 17m (81e) ;
-une double opportunité offerte par Cavani à Zlatan seul face à lui – le gardien – à 15 mètres dans l’axe puis quasiment au corps à corps (86e) ;
-un puissant tir croisé de Lucas lancé côté droit de la surface grâce à un une-deux avec Zlatan (87e).
Kaminski a aussi vu Zlatan manquer le cadre à angle très fermé après un énième appel en profondeur (76e), il a été très heureux de voir le Suédois manquer sa dernière passe en cherchant à servir Motta qui nous avait fait une montée magnifique plein axe (78e), et s’en est sorti dans le temps additionnel grâce à l’arbitre assistant quand Cavani a marqué grâce à un très bel enchaînement (il y avait bien un léger HJ). La 4e piqure de la zlatanasie a donc été la dernière. Le décès d’Anderlecht a été prononcé à la 62e minute.

Je plains ce pauvre gardien. Il n’a vraiment pas été aidé. L’inexpérience a clairement plombé son équipe. Ainsi, le 5e but a été inscrit en contre-attaque en profitant d’un accès de folie bruxelloise. A 4-0, ne valait-il mieux pas limiter les dégâts ? Pourquoi ont-ils décidé de soudain presser très haut et en nombre ? Au moment où Motta a fait son ouverture dans le rond central 5 Mauves étaient déjà effacés rien que par la sortie de balle, il en restait seulement 5 plus le gardien pour défendre face à 6 Parisiens. La passe en profondeur a suffi à éliminer tous les autres.

Peut-être s’agit-il de la fameuse "insouciance de la jeunesse"…

Victime d’un coup juste avant le 3e but, Matuidi était toujours très motivé en seconde période, il continuait à aller au pressing, montrait toujours la même envie d’attaquer. La seule façon de le faire se calmer était de le sortir. Adrien Rabiot a donc pris sa place à la 63e minute. Après la sortie de Matuidi le PSG a donné l’impression de vraiment se reposer sur ses lauriers. L’entrée de Lucas à la place du fantôme de Lavezzi (72e) ne pouvait faire de mal, il fallait redynamiser un peu l’équipe. Le résultat de ce changement a été mitigé (j’ai trouvé le Brésilien brouillon, trop enclin à recherche le 1 contre 1, à se lancer dans des raids solitaires dont seulement 2 ont été relativement réussis), on a continué à "déplorer" – enfin… c’est tout relatif – la même absence d’intensité, des sautes de concentrations et quelques excès de facilité. A la décharge des Parisiens la situation s’y prêtait désormais furieusement, il était dur de lutter contre l’endormissement. Il s’agissait d’un garbage time géant.

Les faits sont là, la victoire sur le score de 0-5 a été obtenue malgré une prestation constellée de scories. Je ne vais tout de même pas faire la liste des erreurs et imprécisions défensives du PSG en seconde période, ni celle des passes ratés ou relances mal assurées (régulièrement dans l’axe). Sirigu, Maxwell, Motta, Verratti, Rabiot et d’autres dans une moindre mesure ont semblé faire un concours… Faire de la passe à 10 dans ses 25 derniers mètres… Si on faisait la compilation de tout ceci en enlevant les buts et qu’on la présentait à quelqu’un n’étant au courant de rien, il ne parierait jamais sur ce résultat. On dit souvent qu’en Ligue des Champions chaque erreur se paie cash, cette rencontre est la preuve du contraire. Certains de ces ratés ont donné lieu à des situations dangereuses, on a ainsi assisté à des centres plus ou moins bien repoussés et la plupart du temps à des tirs contrés ou détournés dont un a obligé Sirigu à effectuer une super parade (74e, la boulette était de Rabiot). Sirigu a une dernière fois dû s’employer pour repousser une tentative de Cyriac Gohi Bi[4] qui avait profité d’une mauvaise anticipation de Marquinhos pour se retourner et frapper à l’entrée de la surface (89e).

  • Les joueurs.

Si Ibra et Cavani sont pour la première fois parvenus à marquer lors du même match en étant en même temps sur le terrain, les problèmes rencontrés pour accorder leurs violons n’ont en rien disparu. Ils ont rarement essayé de se trouver dans le jeu, une seule connexion entre eux a réellement fonctionné, c’était à la 86e minute quand Cavani a trouvé son collègue pour lui offrir l’opportunité de réaliser un improbable quintuplé.
Ibra été fantastique, il s’est occupé de tout, y compris sur les corners défensifs. Il a parfaitement alterné les appels en profondeur et les décrochages pour servir de meneur de jeu. Son bilan est de 4 buts pour 10 tirs dont 8 cadrés, pourtant il aurait pu être encore plus efficace, notamment grâce à plus de précision dans ses tentatives de passes décisives. Notons que la faiblesse de l’adversité n’est pas la cause de ses buts, du moins pas les 3 derniers.
Concernant Cavani, le bilan est plus mitigé. L’Uruguayen a été irréprochable du point de vue de la combativité, il a inscrit un but, était déjà impliqué sur l’ouverture du score, a offert à Ibra l’occasion du 6-0, toutefois une quantité non négligeable de déchet technique et de mauvais choix a pollué sa prestation.

Sérieusement, face à une formation aussi faible, ne peut-on pas mettre les 2 dans l’axe, revenir à un bon vieux 4-4-2 des familles ou un 4-2-3-1 avec Zlatan en 9 ½ ou en meneur de jeu ? Contre Bastia, une équipe certainement plus forte, ça a très bien fonctionné avec un seul 6, Rabiot en 8/10 et Ongenda en véritable meneur de jeu voire attaquant de soutien. Résultat, le meilleur match du PSG sur le plan collectif (avec un score de 4-0).

Lavezzi a été transparent, une fois de plus. Lucas a été à peine meilleur.

Matuidi a été performant, comme toujours. Il a dû perdre 2 ballons au milieu mais est à l’origine du 2e but, est le principal responsable de celui de Cavani, je trouve sa qualité de passes en nette amélioration depuis 2 ans.

Rabiot a raté son entrée, il semble être arrivé en dilettante, pas concentré, d’où des erreurs grossières et des choix dignes de Verratti. A sa décharge, entrer en jeu quand son équipe mène 5-0 et a décidé de gérer n’est pas forcément un cadeau.

Verratti et Motta, suspendus contre Bastia, n’ont pas livré une prestation très propre, tant s’en faut. S’ils ont chacun à leur crédit un nombre conséquent d’ouvertures souvent précises grâce auxquelles le PSG a bien utilisé la profondeur malgré pas mal de HJ (passe décisive de Motta pour le 4e but d’Ibra), leurs passes – faciles – ratées, duels perdus et prises de risques à la c*n ont été innombrables. Ils ont fait preuve d’une nonchalance très agaçante – manifestée par Blanc – et sont souvent tombés dans le piège de la facilité. Verratti voulait tout le temps dribbler ! En outre leurs montées ont été trop rares (Motta en a fait une magique en seconde période) et les quelques CPA tiré par Motta n’ont jamais été dangereux.

Maxwell m’a beaucoup déçu, il s’est fait passer plusieurs fois sur son côté gauche et a très peu apporté dans le jeu. Je n’ai pas tant été déçu par cette prestation médiocre que par son comportement. Habituellement très sobre, le néo-international brésilien s’est laissé aller à multiplier les biscouettes et les boulettes. Talonnades grotesques, relances dans l’axe… Il avait bu ou quoi ?

Van der Wiel a très bien profité du boulevard devant lui en première période pour réussir 4 montées et surtout 3 centres, soit un de plus en 30 minutes que depuis le début de la saison. Malheureusement pour lui, le 3e a mis fin à une série incroyable : ses 4 premiers centres réussis de la saison ont tous donné lieu à un but. La série a pris fin à la 30e minute, un défenseur a coupé juste devant Ibra. En première période son adversaire direct était un avant-centre placé sur le côté gauche, c’est pourquoi seul N’Sakala représentait un danger. L’ancien Troyen a centré de plus loin, il n’a pas réellement attaqué l’Oranje. En revanche en seconde période, après le changement effectué à la pause (sortie de Suarez), VdW a moins attaqué et je l’ai trouvé pas mal en défense. Et oui, c’est possible ! Contre cet Anderlecht construit de cette façon, être – enfin – bon était obligatoire. A Saint-Etienne, ce sera une autre histoire, on risque fort de retrouver le vrai Van der Wiel.

Quand il est sorti assez loin de sa surface pour aller au pressing au milieu ou pour intervenir, Marquinhos a eu tendance à mettre trop d’engagement ou à mal maîtriser son intervention, il a été sanctionné plusieurs fois. Pour être honnête, je l’avais cru très bon contre cette équipe faible, en faisant mon résumé vidéo j’ai vu pas mal de petites erreurs sans conséquence, la plupart du temps en voulant trop anticiper pour compenser ses limites physiques. Au final, ça donne une bonne prestation, les jaillissements et couvertures réussies l’emportent. A l’inverse Alex, encore sorti blessé, m’avait semblé très moyen pour ne pas dire mauvais, m’a fait moins mauvaise impression grâce à quelques bons jaillissements en seconde période avant de sortir, l’ensemble est correct. Camara aussi malgré un quasi csc.

Sirigu a fait n’importe quoi au pied, aurait dû être plus autoritaire dans les airs, mais sur sa ligne, rien à dire. Mine de rien il a fait un arrêt et 4 parades, pas que des faciles.

Mino Raiola, l’homme de l’ombre, a encore été un des meilleurs Parisiens : l’agent d’Ibra, Matuidi, Maxwell et Van der Wiel a fini avec 4 buts et 3 passes décisives… Le 2e but est 100% pour lui, comme celui de Maxwell à Marseille. Le latéral batave a bien choisi son agent, c’est lui qui l’a refourgué au PSG, et cette saison, comme par hasard, il est presque toujours servi quand il monte et est démarqué alors que quand Jallet joue, monte, est tout seul sur son aile, le ballon lui vient une fois sur 7 ou 8 ? Un hasard, vraiment ?

Petit bonus pour le public.
Quelques «Paris ! Paris ! On n’en*ule !» à une dizaine de minutes de la fin… Euh… Que dire ? Heureusement, on les oubliera, on retiendra seulement la réaction après le 3e but d’Ibra. On ne voit pas tous les jours un stade se lever pour applaudir un adversaire.

Je ne sais pas si à un moment le public a chambré son équipe avec des olé… ou alors si les supporters parisiens en sont les auteurs. Peu nombreux, ils ont été assez bruyants et plus facilement audibles dans un stade zlatanasié.

  • Conclusion (résumé).

Très peu convainquant en début de rencontre, bien bloqué par les Belges, le PSG a concédé les 2 premières occasions de la rencontre avant de prendre le dessus en insistant sur la faiblesse majeure d’Anderlecht, son côté gauche. Le génie de Zlatan a permis de finir les actions, de faire la différence et de mettre une raclée à cette formation très jeune aux allures de réserve de club de L1… Un peu comme l’OL en fait.^^ Si vous ajouté un manque d’agressivité faisant penser à l’OM lors de la dernière Grande Sardinade, ça donne une bran-bran. Après l’ouverture du score, c’était un jeu d’enfant contre des enfants.

A vrai dire, heureusement qu’Ibra était là pour inscrire des buts incroyable car sans lui on se serait probablement ennuyé. En effet, le PSG a beaucoup fait tourner pour finir par joué long (la profondeur a été bien utilisée), le rythme et l’intensité ont été faibles pendant une grande partie de la rencontre, les Parisiens ont subi une sorte d’auto-endormissement. Ceci explique en partie leurs nombreuses erreurs techniques, pas certains gestes suspects ou très superflus, presque irrespectueux pour les adversaires et pour le jeu. Relâchement "normal" ? Signe avant-coureurs d’une melonite ? L’avenir le dira. Une chose est sure, contre des adversaires de haut niveau il ne faudra pas se laisser aller à ce genre de comportements.

Finalement, l’efficacité a une nouvelle fois été l’atout maître des Parisiens (pas sur CPA, ils ont été mal tirés), du moins pendant une heure au cours de laquelle ils ont converti presque chacune de leurs occasions. Les Belges, eux, n’ont jamais su tromper Sirigu, mais ce n’est pas faute de s’être procuré des opportunités d’ouvrir le score ou de sauver l’honneur. Remercions Ibra d’avoir tué le suspense rapidement et d’avoir transformé un banal match déséquilibré en match d’anthologie.

On ne va pas se le cacher, l’OM aurait certainement pu prendre un point à Bruxelles… mais aurait sans doute encaissé au moins 1 but.

En cas de match nul entre Olympiakos et Benfica doublé d'une victoire du PSG – déjà acquise – contre Anderlecht, la 1ère place serait mathématiquement assurée dès le 4e match. Paris aurait 12pts, les 2 autres clubs en auraient 5, Anderlecht aucun. Blanc se permettra-t-il de faire tourner ?

Dimanche aura lieu un des matchs en principe les plus difficiles de la saison. Le Chaudron sera bouillant, les Verts nous mijotent quelque chose, espérons que les Parisiens n’en sortiront pas cuits.

Notes

[1] Administrer une mort rapide – bien que douloureuse, par zlatanage actif. La pratique est légale en Belgique.

[2] S’il gagne contre Anderlecht, ce qui ne fait aucun doute, et si Benfica fait match nul au Pirée.

[3] Il a remplacé Suarez, mauvais en milieu offensif gauche car il ne défendait pas.

[4] Cyriac Gohi Bi Zoro ou Gohi Bi Cyriac, j’ai cherché, j’ai trouvé toutes les versions.