Si tout n’a pas été parfait, notamment en raison d’une pelouse dégueulasse, beaucoup d’enseignements positifs peuvent être tirés de cette rencontre.

  • Le premier concerne l’animation offensive.

En attaque vous me mettrez… le 10 (Iba)… le 9 (Cavani)… et le numéro complémentaire… le 27 (Pastore). Appeler le 29 (Lucas) en remplaçant – dit "impact player" – est très bien pour le moment. (Ménez est entré en fin de match, Lavezzi est resté sur le banc.)

Laurent Blanc avait décidé de débuter avec ces 3 joueurs pour former son trio offensif. Si à la perte du ballon l’Uruguayen et l’Argentin devaient se replacer sur les côtés, leur placement était beaucoup plus naturel quand l’équipe était en possession de la gonfle. Pastore pouvait alors exprimer ses qualités de meneur de jeu grâce à la liberté dont il jouissait, Cavani retrouvant quant à lui l’axe (la plupart du temps). Dans cette configuration, "El Flaco" a créé un nombre impressionnant de décalages, "El Matador" a obtenu un péno (appel en profondeur dans l’axe, servir par une louche d’Ibra) et marqué un but refusé pour un HJ de Zlatan au premier poteau (un des 11 HJ signalés contre le PSG… certains ayant été fantasmés par les assistants, pas celui-ci… perso je n’avais jamais vu ça, 11 HJ à 0 !), Zlatan a marqué 3 buts dont 1 sur péno et un sur un centre de Lucas. Car Lucas a été décisif sur son premier ballon en décidant de déborder au lieu d’aller s’empaler dans la défense centrale comme à son habitude.

En décrochant moins que d’habitude pour laisser Pastore mener le jeu, Zlatan a fini le match avec 11 tirs, 6 cadrés et un triplé. Il aurait vraiment pu en planter d’autres. Ibra est trop fort, même quand il rate un truc il le fait de façon exceptionnelle ! Il en est déjà à 50 buts en rouge et bleu ! Phénoménal !

Seul bémol, Cavani a bien débuté puis a semblé frustré – l’arbitre assistant l’a éteint plus efficacement que le meilleur des défenseurs – et pas au top techniquement. Il voulait marquer, Ibra a d’ailleurs réellement essayé de lui permettre d’y arriver. Sans succès. Il a passé sa frustration en multipliant les efforts défensifs. J’ai été étonné de le voir sortir, j’imaginais plutôt qu’Ibra cèderait sa place, d’autant plus qu’en marquant son premier but le gardien l’a percuté, on a eu très peur de Paris jusqu’en Suède en croyant son genou touché.

  • Le deuxième concerne le milieu.

En l’absence de Verratti, blessé, Blanc a opté pour un milieu à 3 (comme d’habitude) composé de… 3 gauchers. Forcément, il ne lui restait qu’eux (sauf s’il avait mis Pastore dans les 3, ce que je déteste). Matuidi a été handicapé par un accident survenu en première période, le ballon lui est arrivé en plein dans le pif, presque à bout portant transformant son nez en fontaine à sang… C’était impressionnant ! Surtout, ça l’a obligé à sortir 3 fois du terrain pour se faire soigner, ça ne s’arrêtait pas, c’est presque devenu un sketch, surtout quand M. Delerue l’a laissé poireauter sur la touche alors que tout le stade réclamait sur retour sur le terrain. En seconde période, on a retrouvé une machine de guerre, le Matuidi habituel, omniprésent grâce à ses courses de mutant, énorme… très… saignant. Mais plus du nez. (^^) Avant la double confrontation face à l’Ukraine, ça ne peut pas faire de mal. A l’inverse, j’ai trouvé Thiago Motta bien meilleur lors des 45 premières minutes, il essayait de jouer vers l’avant.

Le plus positif dans cette affaire est la démonstration de Rabiot. Face aux Aiglons, il m’a vendu du rêve. Evidemment, il devra poursuivre sa progression, apprendre à exploiter son talent en gommant ses défauts – donc en évitant de copier Verratti – et éviter les accidents (son interception avec les parties intimes vers la 65e aurait pu le transformer en eunuque). A l’heure actuelle je considère que le PSG possède un milieu plus jeune et surtout meilleur Verratti. Meilleur car plus complet (supérieur en défense et dans les 25 derniers mètres). Bien sûr, Pogba entre dans une autre catégorie, si Rabiot pouvait s’en approcher dans les 2 ou 3 ans… Bref. Le milieu, c’était très bien, même si on pourrait chercher la petite bête en mettant en exergue quelques pertes de balle évitables.

  • Le troisième concerne la défense.

Titulaire pour la première fois depuis PSG-Monaco (le 22 septembre, il y a 7 semaines), Thiago Silva s’est signalé rapidement (3e) par une intervention salvatrice et extrêmement compliquée devant Dario Cvitanich, servi juste devant le but par un centre de Christian Brüls. Bien sûr, vous l’aurez remarqué, la cage reste rarement inviolée quand le capitaine est titulaire, une fois de plus les adversaires ont fini par planter un pion. Les Niçois ont eu beaucoup de réussite sur ce but, Thiago Silva n’est pas fautif, on peut donc le qualifier d’anecdotique. En outre, j’ai trouvé Alex très bon lors de cette rencontre, il se sentait bien, ce qui explique sans doute sa montée façon libéro à l’ancienne suite à une interception dans son camp, le gardien a capté le ballon devant lui, sinon le lourd brésilien aurait peut-être marqué de la tête tel un avant-centre !

Qui dit défense dit gardien. Sirigu est actuellement le meilleur gardien de Ligue 1, ça fait un moment que ça dure et ce n’est pas prêt de changer ! Une fois de plus, il a très bien fait son travail. Sur le but encaissé, il a plongé du mieux possible pour intercepter le centre, malheureusement pour lui la trajectoire déviée par Cavani – qui défendait en tant que latéral gauche après des CPA – a fait passer le ballon juste dans le trou de souris entre lui et les défenseurs. Pejcinovic en a profité pour pousser le ballon au fond.

Et comme il y a aussi du négatif et de l’énervant, il convient de l’aborder également.

  • Honte aux blaireaux de Canal+.

Essayer de charger Pastore sur le but encaissé est affligeant… Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, et quand des commentateurs ou consultants veulent défoncer un joueur gratuitement, ils prennent une action isolée ou insistent sur une partie d’une chaîne de responsabilités en masquant les erreurs de tous les autres éléments en cause. En l’occurrence, si on reproche à Pastore de ne pas être se coller à la ligne pour marquer Brüls, il faut parler des autres, de ceux qui ont perdu le ballon ayant donné lieu au corner, du dégagement dans l’axe, du manque de présence et d’agressivité pour empêcher Didier Digard de décaler le Belge, du replacement très lent de tous les Parisiens présents dans la défense pour ce CPA et de l’oubli défensif du désastre du jour… qui va faire l’objet du prochain point.

(Les images et commentaires de mon résumé vidéo proviennent de la rediffusion sur beIN, donc vous ne subirez pas ces stupidités. C’était assez grotesque.)

  • Le désastre du côté droit.

Hormis une passe décisive, que peut-on mettre au crédit de Van der Wiel ? Et encore, la passe décisive était en réalité un centre raté, il a envoyé le ballon dans une zone où ne se trouvait aucun coéquipier, c’était un cadeau pour Luca Veronese, le gardien. Mais, jeune, inexpérimenté[1] et pas très bon, celui de Nice a mal évalué sa trajectoire, il s’est troué pour ses débuts en L1. Ibra a flairé le bon coup. A partir du moment où tu comprends que Van der Wiel adore faire des passes aux gardiens (passe en retrait pour le sien ou centre pour l’autre), tu sais ce qu’il y a à faire : anticiper une boulette éventuelle.

Le Néerlandais a été impressionnant en seconde période. Il a dû tenter 2 centres en 90 minutes, n’a pris quasiment aucun risque, ce qui ne l’a pas empêché de perdre un tas de ballons bêtement, d’offrir du corner gratos, il a en outre complètement lâché le marquage de Pejcinovic sur le but, laissant le défenseur central libre de pousser le ballon au fond. C’était un affolant. Aucune concentration, manifestement pas plus de motivation. Maxwell n’a pas fait un grand match, il a assez peu mais plutôt bien apporté offensivement (son centre raté aurait fini lucarne opposée sans une claquette du gardien, un centre réussi a donné lieu au but refusé à Cavani), néanmoins il a fait le métier correctement, lui.

  • Blanc s’écoute-t-il parler ?

Blanc nous dit que l'équipe est fatiguée mais remet les mêmes latéraux. Il aurait aussi aligné les mêmes milieux si Verratti n'était pas blessé. Maxwell est peu convaincant ces dernières semaines, c’était le moment de donner du temps de jeu à Digne, particulièrement avec Pastore aligné en milieu offensif se replaçant à gauche, car cette paire est très complémentaire. Mais non, Blanc use encore plus les joueurs usés, il ne profite pas de son banc (seulement 2 changements à la 75e puis à la 79e), ne redonne pas leur chance à ceux qui ont été très bons contre Lorient le week-end dernier, préférant récompenser ceux qui ont galéré en milieu de semaine face à Anderlecht. Cette conception de la "concurrence" m’agace.

Evidemment, le fameux Jonathan Calderwood ne fait pas tomber la pluie (pendant presque toute la journée, avec une accalmie un peu avant et pendant une partie de la rencontre avant de reprendre). Mais en tant que jardinier importé d’Angleterre à grands frais, il ne la découvre pas. Et pourtant, la surface de jeu du Parc des Princes a des allures de centre aéré pour sangliers. Rabiot parlait déjà de son piteux état à la mi-temps, c’est devenu de plus en plus criant par la suite.

Parlons rapidement de Nice (et insidieusement du PSG).

La blessure de Bodmer à la 25e (remplacé à la 28e) lors d’un contact avec Pastore a changé beaucoup de choses. Il faisait son retour et avait très bien débuté la rencontre. On l’a vu complètement dégoûté de s’être abimé le genou, vraiment dépité. Ça reste un joueur que j’apprécie, donc j’ai été vraiment déçu pour lui. Force est de reconnaître l’influence de ce changement forcé sur la suite de la rencontre. Par la suite, les visiteurs ont eu plus de mal à résister, on a eu l’impression que le match avait vraiment débuté pour Paris malgré encore quelques phases d’endormissement temporaires par la suite. Néanmoins, la première période a globalement été sympa à suivre, il y a eu une occasion au bout de 44 secondes (pour Cavani), une juste avant le coup de sifflet indiquant la mi-temps (tête d’Ibra juste à côté sur un CF de Pastore), un certain nombre entre les 2 dont une transformée, sans oublier 2 buts refusés pour HJ (24e et 28e, les 2 fois à raison), mais aussi de nombreuses interventions arbitrales de nature à chauffer l’ambiance (à l’image de l’affaire du nez de Matuidi ou encore de l’énorme tirage de maillot subi par Ibra qui partait au but, Grégoire Puel devait prendre rouge, tout le monde l’a vu jusqu’à la Station Spatiale Internationale, sauf M. Delerue ou Alarue, on peut se le demander, un membre de la confrérie des arbitres… chauves), quelques retours défensifs assez énormes (de TS à la 3e, de Pejcinovic à la 29e, j’en oublie sans doute). Un match à rebondissements avec un Pastore brillant ne peut que me plaire (sauf si le résultat ne suit pas, évidemment).

Nice a essayé de jouer au ballon au lieu de simplement blinder, d’où pas mal de séquences en essayant de conserver le ballon, de construire, de bousculer ses hôtes. Les opportunités de contre-attaquer ont aussi été relativement bien exploitées. L’ensemble a donné lieu à un nombre non négligeable de CPA.

On a assisté à beaucoup de jeu long côté parisien. Etait-ce voulu par Nice ou par le PSG ? Je pense plutôt par Nice, qui jouait le HJ… souvent avec succès (avec l’aide des assistants, surtout un, celui de la première période). Les Azuréens ont essayé de rester en bloc, souvent assez haut, ce qui laissait comme meilleure – parfois seule – option à leurs adversaires de jouer au-dessus de la défense, donc long. Il aurait dû y avoir d’autres possibilités, notamment sur les côtés, mais les latéraux n’en proposaient que rarement.

Je pensais que Nice allait finir par se faire piéger à force de jouer le HJ, ça s’est produit en seconde période sur le départ en profondeur de Cavani. Il est parti plein axe dans le dos des défenseurs, le gardien est sorti mais l’a fauché. Heureusement pour lui et pour Nice, l’Uruguayen a poussé le ballon avant le contact et il n’y avait plus d’occasion de but, d’où un simple jaune. Ce jeune portier a réussi des arrêts, voire des miracles parfois, seulement il a aussi commis des erreurs grossières et coûteuses (2 buts sont clairement pour lui). Je trouve que Digard a bien surnagé, tout comme Brüls (au moins sur quelques actions).

J’ai tailladé M. Delerue en raison de sa première période calamiteuse, il serait injuste de ne pas mentionner son retour dans le droit chemin après la mi-temps, on l’a vu bien meilleur, faire œuvre de pédagogie (un seul carton sorti).

Le résumé vidéo est plus un condensé du match qu’un résumé.



Que le PSG s’échappe en tête du championnat, c’est bien, qu’il le fasse avec la manière, c’est mieux. Or par moment, on a assisté à du grand football avec un PSG décidé à faire le spectacle tout en étant efficace. Attaques placées ou jeu rapide (dont plus de contre-attaques que d’habitude, surtout en seconde période), utilisation de la profondeur, CPA, c’était assez varié, équilibré, bien organisé par Pastore dans son vrai rôle, sublimé par un Ibra utilisé au mieux, avec des milieux qui vont de l’avant et un Cavani dont la combativité et les déplacements sont très complémentaires de ce que font ses partenaires. J’espère revoir souvent cette configuration d’équipe, c’est la meilleure avec cet effectif. Blanc l’a-t-il compris ? L’avenir le dira.

Note

[1] Veronese – probablement avec des accents sur les e – est habituellement réserviste, il a été prété à Istres la saison passée où il a joué 8 matchs, dont 5 en coupe, il aurait pu faire ses débuts contre Bordeaux sans une suspension de 2 matchs qui, conjuguée aux blessures d’Hassen, le n°2, d’un inconnu n°4 puis d’Ospina, le titulaire, a obligé Puel a faire appel au très jeune Mandréa, 16 ans. J’ajoute que Delle est prêté en Belgique, sans quoi Veronese serait encore un cran derrière dans la hiérarchie.