Si au cours de leur déroute les Broncos ont tout de même établi 2 records offensifs, leur attaque, la meilleure de la saison, a été complètement étouffée par la défense adverse. Dans les sports US on entend souvent l’adage selon lequel «offense wins games, defense wins championships[1]», il s’est vérifié. On a également pu le comprendre, dans le foot US – comme dans beaucoup d’autres disciplines de ballon – la meilleure attaque est souvent la défense (celle des Seahawks était la meilleure de toute la NFL cette saison).

Récit de ce match hors norme.

On annonçait un froid glacial, les conditions de jeu étaient finalement très convenables, surtout pour un début février à New York (le MetLife Stadium n’est pas couvert). Ceci n’a pas empêché les Broncos de succomber à une vilaine broncopneumonie[2].

Y a-t-il pire manière de débuter un match de foot US qu’en concédant un safety grotesque au bout de 12 secondes ? Bien sûr, si on donne le coup d’envoi, on peut toujours se prendre un touchdown sur le retour de coup d’envoi – voir la seconde période (^^) – mais à la limite, ce sont des choses qui arrivent. Une boulette aussi gigantesque et ridicule que celle des Broncos ne se produit jamais… Ils ont réussi à l’effectuer lors du Super Bowl. Magique ! La première action annonçait de la fébrilité ou un manque de lucidité, on a vu les joueurs du Colorado tenter un retour de coup d’envoi foireux au lieu de mettre un genou à terre dans la end zone, où était arrivé le ballon, ce qui leur aurait permis de débuter aux 20 yards. Mis sous pression par leur propre faute, ils ont fait n’importe quoi lors du shotgun. Sans doute un manque de communication puisque le joueur au centre de la ligne offensive chargé de faire la première passe à Manning pour lancer l’action a balancé le ballon directement dans l’en-but, le QB ne s’y attendait pas (il s’était déplacé). Une erreur incroyable… Un joueur de Denver a récupéré le ballon mais a été plaqué dans l’en-but. 2 points pour les Seahawks.

Match à handicap, coup de marteau sur la tête des Broncos… et formidable dopage moral pour leurs adversaires. Environ 50 secondes après ce choc psychologique le clou a failli être enfoncé plus profondément encore. Percy Harvin a préservé le suspense quelques minutes de plus en mettant le pied hors du terrain en partant seul au touchdown. Ceci dit, l’affaire était déjà pliée, on l’a compris ensuite, les spirales de la défaite et de la victoire n’ont jamais pu être inversées.

Le début de rencontre a été par beaucoup de tension et de fébrilité avec ce safety stupide mais aussi des fautes (pas mal de flags), un début d’échauffourée ou encore un joli raté à la réception. Seattle s’en sortait beaucoup mieux, notamment grâce à une maîtrise collective et une intelligence de jeu bien supérieures. Avoir un quarterback capable de courir – et de le faire intelligemment, vers la touche pour ne pas se prendre des taquets trop violents – rend l’attaque beaucoup plus imprévisible. Russell Wilson a d’ailleurs réalisé une quasi sans-faute, il a joué juste tout le match.

Après 4’35 de jeu, ayant déjà bien avancé dans le camp de Denver, le head coach de Seattle, Pete Carroll, a utilisé son premier challenge. Risqué et pas forcément très pertinent, ça se jouait à quelques centimètres, il fallait être sûr pour l’utiliser. Du coup les Seahawks ont dû tenter un field goal… Malgré des yards perdus à cause d’un faux départ, le putter a marqué.

Dans la foulée, sur le renvoi, nouvelle pénalité contre Seattle, cette fois pour virilité excessive… La défense des faucons pêcheurs a fait preuve de beaucoup d’agressivité, ça a fonctionné, Denver n’a pas fait 10 yards, il a déjà fallu dégager.

Les Seahawks ont de nouveau essayé d’avancer en variant entre passe et course (dont des courses du QB avec ou sans passes pour un receveur cherchant ou non à avancer après avoir capté le ballon). Parfois, ça a fonctionné, parfois, pas du tout. Ambitieux, ils ont même tenté une play action relativement foireuse. Une réaction intelligente leur a évité de perdre du terrain (jeter le ballon en préférant une passe non complétée et un retour à la case départ au lieu d’un net recul)… pour réussir un gain considérable quelques secondes plus tard avec une longue passe pour Doug Baldwin parti en profondeur sur l’aile gauche. Il a fallu une sorte de grosse cuillère pour l’empêcher de marquer. Une nouvelle pénalité a fait perdre quelques yards à Seattle, rien de bien méchant, seulement, c’était au tour de l’équipe la mieux partie dans ce Super Bowl de faire n’importe quoi. Une nouvelle action trop ambitieuse ou totalement farfelue leur a coûté une belle frayeur. La passe latérale très loin derrière la ligne de scrimmage n’a pas été captée, le ballon a été perdu et recouvert par des joueurs de Denver. La théorie des spirales positives/négatives a trouvé ici une illustration. Quand la réussite vous fuit, elle vous fuit pour de bon. En l’occurrence les arbitres ont jugé la passe légèrement en avant (non captée, ça devenait une passe incomplète), et non latérale ou en arrive (dans ce cas il y aurait eu fumble, donc perte de balle) ce qui a été confirmé après l’appel à la vidéo par le coach des Broncos. Pour le coup, utiliser le challenge semblait très pertinent. Ça s’est aussi joué à rien.

Après cette frayeur, les Seahawks ont réagi, il a fallu une intervention défensive impressionnante de Nate Irving pour venir empêcher Jermaine Kearse de contrôler le ballon dans la end zone à la réception d’une longue passe dans l’axe. Ce dernier avait bien le ballon dans les mains mais uniquement en l’air, jamais en ayant les pieds au sol, il n’a donc jamais contrôlé l’ogive. Tant pis, field goal, 8-0.

Payton Manning a pu faire son retour sur le terrain, il n’avait joué que lors de 3 actions en 13 minutes… Puis, peut-être rouillé, il s’est fait intercepter par Kam Chancellor sur la 3e tentative. Sa passe moisie dans l’axe était un véritable cadeau pour une défense qui n’avait pas besoin de ça pour dominer.

En possession du ballon environ à leurs 40 yards, les Seahawks sont repartis de plus belle exactement comme lors de leur drive précédent. Leur progression n’a été interrompue que par la fin du 1er QT, pas par Denver, encore en vie. Une équipe ayant à ce point perdu ses moyens s’en sort bien en étant menée 8-0 au bout d’un quart d’heure par des adversaires si dominateurs ! Mais à la reprise du jeu, le cauchemar a continué, l’avancée de l’attaque de Seattle n’a en rien été enrayée, bien au contraire, il a fallu une faute pour empêcher le premier touchdown… Restait alors un seul yard à franchir, Marshawn Lynch y est parvenu à la course en rentrant dans le tas à sa 2nde tentative. 15-0 au bout de 18 minutes après la transformation… Normal.

Les choses allant de mal en pis, l’équipe spéciale de Denver a dû faire 12 centimètres sur le retour de coup de pied… J’exagère à peine. Fatalement, à un moment où à un autre, la spirale de la loose devait s’inverser, ou a minima ralentir. Du moins, le membres de la BroncosNation l’espéraient. En effet, à environ 10’30 de la mi-temps ils ont enfin réussi un premier down ! Seulement à la 3e tentative, certes, mais ne faisons pas la fine bouche. Ils ont remis ça dans la foulée, à l’arrache, en jouant gagne petit. A 60 yards de la end zone, Manning a envoyé un saucisson super loin, ça n’a rien donné. Une fois de plus, la 3e tentative a été nécessaire pour s’en sortir, cette fois grâce à une passe plus longue bien réalisée. Commençant à trouver leur rythme, les Broncos ont enchaîné un 5e premier down pour arriver à 32 yards de la terre promise. Les arbitres n’avaient pas eu l’occasion de jeter de drapeau depuis un bon moment, ils l’ont fait contre l’attaque… retour à 42 yards. Que d’erreurs lors de ce match ! Denver a tout fait pour se plomber.

On n’était pas à une erreur près… Manning a tardé à jeter son ballon sur une 3e tentative, un défenseur a pu lui taper sur le bras, le ballon est parti dans les airs pour retomber dans les bras de Malcolm Smith... qui a pu aller tranquillement inscrire un touchdown (transformé). La meilleure attaque, c’est la défense. 22-0 à 3’21 de la mi-temps. Ça pique !

Le très bon retour de coup d’envoi des Broncos a failli être gâché par une super défense, laquelle a bien cru provoqué un fumble. Le ballon a été arraché des bras du coureur, heureusement pour ce dernier son genou a touché le sol juste avant. Denver a pu se lancer, recoller au score n’étant pas encore impossible, seulement improbable. Les Broncos ont enfin pu enchaîner. Pas de chance, le temps mort réglementaire à 2’ de la fin du QT a coupé leur élan. Ils ont été bloqués, pas aidés par un faux départ coûteux (5 yards perdus)… Que faire avec la 4e tentative ? Essayant de marquer les 3 points, bien sûr. Non, ils ont voulu jouer pour continuer à avancer. Bonne défense, passe ratée (détournée ?)… interception manquée d’un rien mais tout de même ballon pour Seattle.

A la mi-temps, 22-0. Le MVP de la saison a bu la tasse.

Place aux Red Hot Chili Peppers et surtout à Bruno Mars pour le halftime show.

Bruno Mars a commencé par envoyer du pâté en solo à la batterie avant de chanter ses tubes, puis il a donné dans le grand classique revisité. Je ne sais pas s’il s’agissait de vrai direct ou s’il avait une bande préenregistrée, j’ai plus eu l’impression d’un mélange des 2. Toujours est-il que son numéro avec ses musiciens et choristes a mis le feu, il a passé le relais aux rockeurs tout en restant sur scène avec ses musiciens pour en rajouter une couche. Résumons en 2 mots cet halftime show : du lourd. Allez… 3 mots : du très lourd. La dernière chanson de Bruno Mars précédée de message – a priori de militaires US – était en-dessous. En revanche le feu d’artifice était au-dessus. Etrange choix que de finir ainsi.

Retour au match.

Les Broncos pouvaient-ils revenir en seconde période ? Non. Si quelqu’un y croyait, il a tout de suite été douché. Comment débuter de façon catastrophique une seconde période ? Pas en se mangeant un nouveau safety, cette fois il s’agit de l’autre option, le touchdown sur retour de coup d’envoi. Harvin a traversé tout le terrain dans l’axe avant de partir vers la droite. Il a mis 4 adversaires dans le vent avec sa première accélération, puis 3 autres d’un large crochet et enfin un dernier d’un léger changement de direction. 12 secondes – encore – et 27 à 0, 29 à rien après transformation. Là, ça ne piquait plus, ça brûlait carrément.

Au bout d’une minute de jeu Manning a encore failli se faire intercepter. On a vu de plus en plus de tampons, une pénalité contre la défense et, déjà, une tentative de très longue passe – ratée – suivie d’une autre – mais ça défendait bien – puis… d’une course totalement minable avec une vieille feinte tactique. Il a encore fallu dégager.

De nouveau en attaque, les Seahawks ont continué à se balader jusqu’à une faute idiote leur ayant coûté un gros gain. A leur tour et pour la première fois ils ont dû dégager sans avoir marqué.

Peu importe, très rapidement, leur défense a provoqué un fumble, le faucon marin (Byron Maxwell) a mis la main sur le ballon pour le faire tomber des mains du receveur privilégié de Manning, Demaryius Thomas. Il suffisait alors de la ramasser pour récupérer la possession. Comme si la soirée des Broncos n’était pas suffisamment pourrie, s’y est ajoutée une pénalité pour brutalité. Le pire ? Il restait encore 20 grosses minutes à jouer.

Seattle a continué son récital offensif. La longue passe était déjà magnifique, mais l’action suivante avec passe laser, double spin move de Kearse pour éliminer les défenseurs les uns après les autres en cassant les plaquages et finir dans la end zone… Splendide ! 36-0 après transformation… à 18 minutes de la fin.

Un miracle s’est produit à la fin du chrono du 3e QT : les Broncos ont réussi à terminer une belle série par un touchdown (D. Thomas). Malgré l’absence de temps ils ont pu tenter la transformation à 2 points (en marquant un nouveau touchdown sur une tentative), ce qui leur a permis de sauver l’honneur : 36-8 à un quart d’heure de la fin.

Un risque de retour ? Absolument pas. Néanmoins, les Seahawks ont continué à enfoncer la tête sous l’eau aux Broncos, leur nouveau drive fait d’une série de passes, déceptions et feintes toutes plus parfaites les unes que les autres ont donné lieu à un nouveau touchdown (Doug Baldwin). 43-8 à 11’45 de la fin. Une humiliation, oui, une démonstration surtout.

Pendant que les Broncos tentaient une nouvelle fois de remonter le terrain tant bien que mal (chaotique, ce drive n’a pas abouti), on a évacué Richard Sherman, une des stars de l’équipe vainqueur. Manifestement blessé, il cherchait peut-être à obtenir un très éventuel titre de MVP de la rencontre… Sortir blessé est un bon moyen d’attirer la sympathie des votants.^^ Wilson, le jeune QB de Seattle, était le candidat le plus crédible, d’autant qu’il a continué à dominer son sujet avec une maîtrise impressionnante (du moins jusqu’à une perte de balle anecdotique en tentant de jouer un 4e down).

A 4 minutes de la fin, Manning a commencé à envoyer des Hail Mary passes[3]… Ratage complet.

Les Seahwks ont pu savourer les dernières minutes en faisant tourner l’effectif et le chrono tout en passant leur temps à se féliciter au bord du terrain. Coachs et joueurs ont pu multiplier les poignées de mains, les hugs… On se foutait totalement de ce qui pouvait se passer sur le terrain. L’entraîneur principal, Pete Carroll, a été arrosé de Gatorade bien avant la fin de la rencontre. D’ailleurs on a envahi le terrain plus de 30 secondes avant l’expiration du temps réglementaire.

Ils ont donné le titre de MVP à Malcolm Smith, le défenseur qui a intercepté et marqué avant la mi-temps. Choix étrange, d’autant que beaucoup pouvaient être élus, en particulier Wilson.

Il s’agit du 1er titre pour la franchise de Seattle après avoir été défaits lors d’un premier Super Bowl (en 2005). Il s’agit aussi du premier grand titre pour Paul Allen, le propriétaire de la franchise mais aussi des Portland Trail Blazers.

Manning, désastreux, a connu son 2nd échec[4] en 3 Super Bowls, son frère en a gagné 2, il est pourtant beaucoup moins fort. Un roi de la passe plusieurs fois MVP mais ayant beaucoup de mal à gagner des titres, il me fait penser à Steve Nash (qui n’a jamais rien gagné, lui, hormis 2 titres de MVP, et n’a jamais disputé de finales NBA). Le Canadien incarne ce fameux adage «offense wins games, defense wins championships», il a également connu pas mal de problèmes de santé, toutefois il a échappé à la broncopneumonie, lui…

Notes

[1] L’attaque fait gagner des matchs, la défense fait gagner des titres.

[2] Oui, bronchopneumonie s’écrit avec un h, mais si on n’a plus de droit de faire des jeux de mots…

[3] Balancer le ballon en faisant une prière pour qu’un miracle se produise.

[4] A 37 ans, il approche de la fin.