De nouveaux leaders ont pris le pouvoir pour mener la révolte, ils ont permis à Didier Deschamps de comprendre certaines choses. Chacun était placé devant ses responsabilités. Ceux qui ont pris conscience de la nécessité de monter dans le bon wagon pendant que l’opportunité leur était donnée ont eu raison. Les autres sont restés à quai. Deschamps a tenté quelque chose de farfelu en confiant à Yohan Cabaye un rôle inédit de récupérateur/meneur axial devant la défense, derrière un duo formé par Paul Pogba et Blaise Matuidi. Ajoutée au changement de défense centrale – il fallait absolument arrêter avec Eric Abidal et j’ai toujours des craintes avec Koscielny, trop prompt à craquer en prenant un carton à la c*n ou à concéder un penalty idiot – cette idée a permis de trouver un équilibre d’équipe, des certitudes, et donc de voir les joueurs se lâcher. Avec le onze qu’a en tête le sélectionneur, les meilleurs éléments de l’équipe peuvent au mieux exprimer leurs qualités, les défauts des maillons faibles sont moins exposés car leurs collègues compensent (par exemple, quand vous avez Abidal pour couvrir Patrice Evra, vous courez à la catastrophe, ça ne pouvait plus durer).

Contre les Pays-Bas on a vu des Bleus sereins, sûrs de leurs capacités. On peut facilement l’expliquer : tout le monde connait son rôle et sait ce que Deschamps veut faire. L’identité des 3 gardiens est connue (on connaît même le 4e en cas de blessure d’un des 3 premiers, il s’agit de Ruffier), celles de 6 des 8 défenseurs est certaines, les 2 derniers avaient l’occasion de gagner leur place face aux Bataves, pour ce qui est des milieux c’est la même chose, 3 sont certains d’être du voyage et 3 sont en ballotage hyper favorable. Le secteur où demeure une incertitude est l’attaque, 4 ou 5 noms sont gravés dans le marbre, il reste une ou 2 places, Antoine Griezmann partant avec une bonne longueur d’avance, comme l’atteste sa sélection face aux Néerlandais.

Sauf blessure ou changement de hiérarchie de dernière minute due à une fin de saison exceptionnellement bonne ou mauvaise, les Bleus débuteront la Coupe du monde avec cette équipe : Lloris - Debuchy, Varane, Sakho, Evra - Pogba, Cabaye, Matuidi - Valbuena, Benzema, Ribéry. L’idée est certainement de remporter les 2 premiers matchs de poule, d’aligner au 3e match une équipe ressemblant à ça : Mandanda - Sagna, Koscielny, Mangala (ou un autre), Digne - Sissoko, Mavuba, Grenier - Rémy, Giroud, Griezmann… Et de remettre ensuite l’équipe type pour aller le plus loin possible dans la compétition. Le tout avec Mickaël Landreau pour distribuer les boissons à la mi-temps (ce qui préparerait sa reconversion, en principe ce Mondial doit marquer la fin de sa carrière).

Dans ces 2 équipes, certains noms piquent un peu les yeux, on peut se dire qu’un autre mériterait plus d’y être, mais à l’exception d’un titulaire, Evra, dont le remplaçant est peut-être capable de piquer la place si Deschamps s’en tenait strictement à la valeur des joueurs sur le terrain, aucun ne peut susciter un vrai débat. On peut ne pas aimer Ribéry, Benzema et Valbuena, mais sportivement leur place chez les Bleus est incontestable. Quant à la présence de Mandanda, Landreau, Mangala, Sissoko ou encore Rémy, dont je suis tout sauf fan, comment s’en insurger dans la mesure où il s’agit de simples remplaçants ? Dans un groupe de 23 les remplaçants appelés à très peu jouer ne sont pas choisis uniquement en raison de leur niveau, leur rôle est aussi d’apporter une certaine sécurité aux titulaires en… étant moins bons qu’eux. J’espère toujours que Loïc Perrin et Rémy Cabella seront du voyage, je ne doute pas que Dimitri Payet sera coupé (il était dans la liste des 24 retenus par Deschamps pour affronter les Pays-Bas, tout comme Guilavogui, remplaçant de Mavuba, blessé), mais à vrai dire peu importe. Les 14 ou 15 joueurs de base sont primordiaux, les autres sont des compléments dont le comportement en groupe doit être irréprochable. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Nasri a été écarté, non titulaire il aurait foutu la m*rde, titulaire il aurait voulu tirer la couverture à lui. Des membres du groupe lui ont demandé de le laisser sur le quai. De même, Gourcuff ne peut pas retourner en équipe de France, ça se passerait mal.

Maintenant que la formule est trouvée, que le onze de départ ne fait plus débat, que tout a été intégré en interne, les Bleus ne sont plus en phase de construction mais bel et bien de préparation. Quand vous voyez l’équipe des Pays-Bas, la différence saute aux yeux. Leur sélectionneur, Louis van Gaal, a fait quelques tests. Son équipe n’avait pas été défaite depuis un match amical d’août 2012, soit 17 rencontres. Contrairement aux Bleus, les Oranjes n’ont pas connu la difficulté, tout s’est trop bien passé pour eux depuis l’Euro lors duquel ils ont été minables et vérolés en interne par les traditionnelles guerres de melons. Avoir l’obligation de se remettre en question est souvent plus profitable que de se forger de fausses certitudes. Marcher au bord du précipice a forcé Deschamps et ses hommes à faire le tri en chassant les boulets, à tout remettre à plat, cette mésaventure a été décisive dans la construction de cette génération qui a aussi en ligne de mire l’Euro 2016 organisé en France.