Si Michel Platini est un politicien de la pire espèce, constat jamais démenti depuis de nombreuses années, il a le mérite d’être très intelligent ou entouré par des têtes pensantes très malines (dans tous les sens du terme). Il est parvenu à se donner une image de défenseur du football et d’avocat des petits opposé aux gros, ouvertement diabolisés, mais dont il est en réalité le serviteur. La situation est édifiante, l’UEFA est plus que jamais une machine à amasser de l’argent, encore et toujours plus d’argent. Platini rêve de pouvoir, il est prêt à tout pour l’obtenir, même à devenir le fossoyeur du foot. J’ai presque envie de le qualifier de tumeur maligne du football européen. Pour accéder au poste qu’il ambitionne, la présidence de la FIFA, il a échafaudé un plan imparable. Au détriment de ce sport et de ses amateurs. Il nous prend pour des c*ns.

Afin de succéder à Lennart Johansson, Platini a promis 3 choses :
-l’ouverture de l’Euro à 8 pays supplémentaires ;
-une réforme des compétitions européennes censée redonner leur place aux petits qui n’étaient plus invités à la table des gros depuis déjà pas mal d’années ;
-le fair-play financier. Ce mécanisme passait comme étant l’arme ultime pour empêcher les gros d’écraser les petits grâce à leur pouvoir financier, donc de permettre aux petits clubs de venir les concurrencer en travaillant bien.

C’est bien connu, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Et ceux qui croient à vos promesses votent pour vous. Le plus fort dans cette histoire est que Platini a mis en œuvre les mesures annoncées. Seulement elles n’ont jamais eu pour but de rétablir l’équilibre au sein du footballeur européen. Les fédérations dont il a eu le soutien lors de son élection à la tête de l’UEFA n’avaient rien vu venir. Elles continuent à se voiler la face, refusent de l’admettre, elles sont cocues.

Comprenez-le, Platini ne pourrait être à la tête du football européen sans le soutien des gros clubs déjà en place, lesquels forment un cartel œuvrant activement à préserver leur pouvoir oligarchique. En réalité, la réforme Platini est faite pour protéger leurs intérêts, tout comme l’est le fair-play financier.

Il leur a offert tout ce dont ils ont besoin pour rester en haut de l’affiche. Vous souvenez-vous du G14 ? Entre 2000 et 2008, cette association – remplacée depuis par l’Association Européenne des Clubs, infiniment plus discrète et ouverte à beaucoup plus de membres, dont le président est Karl-Heinz Rummenigge, aussi dirigeant du Bayern Munich – exerçait un intense lobbying auprès de l’UEFA et de la FIFA pour faire entendre leur voix. Le G14 a été dissout en février 2008, environ 1 an après l’élection de Platini. Normal, son existence ne se justifiait plus avec un président aussi dévoué à la défense de leurs intérêts.

Pour rappel, la réforme Platini assure 3 places directes en Ligue des Champions aux 3 pays (championnats) les mieux classés au coefficient UEFA[1], plus une en barrages. Auparavant, c’était 2 places plus 2 en tours préliminaires. L’idée pour l’UEFA est de s’assurer de la présence en phase de groupes d’un maximum de gros club, donc de stars, et de pouvoir vendre ce spectacle aux télés le plus cher possible. Avec ce nouveau système, il devient difficile pour les cadors de ne pas participer à la plus rémunératrice des compétitions de clubs. Des entités comme le Barça, le Real Madrid, le Bayern Munich ou encore Manchester United doivent presque le faire exprès pour rester sur le bord de la route. La saison prochaine, à cause d’un changement de cycle raté, MU ne sera pas de la fête[2], un véritable exploit négatif à nuancer car en Angleterre on trouve 2 des ennemis intimes des membres du cartel, à savoir Chelsea et Manchester City.

Arsenal avait son fauteuil lors des réunions de cette société secrète mais paie le contraste entre sa politique (une politique de pinces, dépenser le moins possible, agir comme un petit club obligé d’acheter pas cher/former pour revendre, se limiter à investir dans les infrastructures) et celle des milliardaires prêts à ouvrir le chéquier. Arsène Wenger s’est affublé d’une image de manager manquant d’ambition, il ne parvient pas à garder ses meilleurs éléments, du coup le dernier trophée du club est recouvert d’une épaisse couche de poussière, on ne signe plus à Arsenal pour remporter des titres mais pour se montrer aux yeux des géants ou… faute d’avoir le niveau pour s’imposer chez ces mastodontes (exemple, Özil). Le Milan AC était membre de cette "famille", il a payé sa gestion désastreuse, son sauvetage financier grâce à l’OPA parisienne sur Ibra et Thiago Silva a eu pour corolaire son effondrement sportif. La Juventus tente de retrouver sa place après ses déboires, elle craint de devoir céder Pogba ou Vidal et voit d’un très mauvais œil l’argent du PSG. D’autres clubs sont ou ont été assis sur des chaises pliantes quand les dirigeants se mettaient à table pour discuter. C’était notamment le cas de l’OL. Jean-Michel Aulas essayait de se faire adouber, il s’est vu trop beau, s’est pris pour un membre permanent, a commencé à dépenser son argent n’importe comment. Résultat, il a plombé son club juste avant de voir débarquer QSI au PSG et Rybolovlev à Monaco.

Les membres du cartel ne sont pas nécessairement amis, tant s’en faut, en revanche face à un ennemi commun, l’entente est cordiale. Comment empêcher ces "invités non désirés" de leur piquer leurs joueurs et les places en Ligue des Champions ? Et s’ils y participent malgré tout, comment les empêcher d’y briller de façon trop éclatante ? Grâce au fameux fair-play financier bien sûr ! Ce mécanisme n’a aucun sens, il interdit à une entreprise d’investir l’argent qu’elle a, elle est seulement autorisée à dépenser en fonction de ses recettes. Magique ! Les seuls investissements permis concernent les infrastructures, essentiellement le stade, comme si le football n’était pas avant tout une industrie de main d’œuvre. Avoir un super stade ne sert à rien sans équipe de haut niveau à y faire évoluer. C’est grâce à votre équipe que vous pouvez remplir et donc rentabiliser une enceinte neuve. Demandez aux Manceaux et aux Grenoblois si tout mettre dans les infrastructures est une stratégie pertinente. On va y revenir.

Le mécanisme du fair-play financier a déjà prouvé son efficacité, les gros ont déjà eu la peau de Malaga, club émergeant de la famille dite des nouveaux riches. Malheureusement pour eux, concernant Chelsea, c’est trop tard, il fallait tuer les Blues dans l’œuf il y a 10 ans. Manchester City et le PSG n’ont pas encore percé sur la scène européenne, il est urgent d’agir. Monaco devrait être une proie facile faute de ressources suffisantes (petit stade, socle populaire très limité, donc perspectives de développement économique réduites) que les avantages fiscaux compensent seulement en partie.

Ces clubs qui dépensent beaucoup d’argent pour construire une équipe capable de rivaliser avec les meilleures formations du continent posent en réalité un triple problème aux membres du cartel:
-ils augmentent les prix sur le marché et préemptent les meilleurs joueurs disponibles (à l’image de Thiago Silva, Cavani, Falcao, et j’en passe), les obligeant à mettre des sommes dingues pour récupérer des vedettes (les transferts de Gareth Bale et de Neymar en sont l’illustration parfaite) ;
-ils les emm*rde dans l’obtention des places européennes puis au cours de ces compétitions où ils viennent se mêler à la distribution des revenus, empêchant de fait le cartel de se tailler la part du lion ;
-ils renflouent et/ou enrichissent des clubs qui mécaniquement deviennent eux-mêmes des concurrents gênants (à l’image de Naples ou Tottenham).

J’en conviens, le football a besoin de régulation, notamment sur le marché des transferts, mais certainement pas celle-ci. Empêcher un club de dépenser l’argent dont il ne dispose pas réellement ou seulement grâce à des emprunts qu’il ne pourra jamais rembourser, voilà à quoi devrait servir le fair-play financier. On a trop souvent vu la FC Valence en haut de l’affiche malgré une dette abyssale. C’était la fuite en avant, le club empruntait pour rembourses ses emprunts, tout le monde était au courant, personne n’agissait.

Dans la forme conçue par l’UEFA on peut qualifier ce mécanisme de supercherie. Il ne prend aucunement en compte les disparités phénoménales concernant la fiscalité et la législation d’un point de vue plus général (nationalité des joueurs, droit du travail, charges sociales, organisation des spectacles, etc.). A partir du moment où les règles ne sont pas les mêmes pour tous les clubs participants aux compétitions européennes, évoquer la notion de fair-play est de fait une vaste fumisterie.

La légitimité accordée au fair-play financier repose en effet sur un mythe savamment entretenu : le travail et une bonne gestion seraient les clés de la réussite des grands clubs, investir de grosses sommes serait un raccourci honteux qui priverait les méritants du fruit de leur dur labeur.

Foutaises ! On nous prend pour des demeurés.

Ce mythe se heurte violemment à la réalité : pour un club de foot, atteindre durablement le top 10 européen – candidat crédible à la victoire en Ligue des Champions – en travaillant bien sans investir de très grosses sommes est strictement impossible.

Le comprendre est simple. Si vous réussissez à construire une équipe très forte en formant des joueurs et en en recrutant d’autres pour pas très cher, vous allez rapidement faire face à plusieurs problèmes majeurs. Il existe une règle immuable dans le football : les revenus pérennes se développent toujours plus lentement que les dépenses. Pour conserver votre ossature et la renforcer afin de continuer à grandir, il vous faut investir des sommes très conséquentes qui risquent fort de vous mettre dans le rouge.

L’exemple du LOSC est presque d’un cas d’école. Lille n’est pas un village, le bassin de population est important, Lens a fait un long séjour en L2, Valenciennes n’a jamais fait figure de concurrent direct, la Wallonie est à côté, elle est presque sevrée de football de haut niveau, les dirigeants lillois ont d’ailleurs mené une politique visant à attirer le public belge… En résumé, le club jouissait d’un fort potentiel de développement économique. L’édification d’un grand stade tout neuf se justifiait parfaitement, elle a mis longtemps à se concrétiser. Restait à bien travailler en coulisses car sans une excellente équipe, point de croissance possible.

Force est de le reconnaître, le LOSC a bien bossé, notamment au niveau de la formation, sortant des Makoun, Debuchy, Cabaye, Digne, Hazard et j’en passe. Concomitamment, le recrutement a souvent été intelligent, les Lillois ont pris de joueurs inconnus ou presque, ne coûtant pas cher, parfois à relancer ou à forte plus-value potentielle, et en ont fait des tauliers. On peut citer entre autres – et dans le désordre – les Bodmer, Gervinho, Mavuba, Basa, Sow, Balmont, Bastos, Lichtsteiner, Abidal, Rami ou encore Chedjou. Nombre d’entre eux qui ont ensuite été vendus, pas toujours assez bien (quand le club n’était pas en position de force de par son statut ou à cause du contrat du joueur, je pense à Rami, Cabaye et Debuchy), souvent en rapportant beaucoup d’argent (quand Seydoux avait un pigeon, mon exemple préféré étant celui du sanguinaire Kader Keita, ou pouvait imposer son prix, j’ai même envie d’évoquer Thauvin… le coup du siècle^^). L’équipe se construisait, le club grandissait, avait un bon entraîneur ayant la particularité de proposer un jeu attrayant grâce auquel le LOSC bénéficiait d’une image très positive. Tout allait bien… Pourtant le club est aujourd’hui en grandes difficultés financières, au point d’avoir été contraint de céder plusieurs joueurs l’été dernier (Chedjou, Payet, son meilleur jeune en la personne de Lucas Digne). Malgré le départ surprise de Thauvin moyennant une indemnité farfelue (une plus-value record pour un jeune acheté 6 mois plus tôt qui n’a jamais porté le maillot lillois), la situation financière des Lillois a conduit la DNCG à refuser l’arrivée de Corchia en janvier. Il ne coûtait pas bien cher. Comment expliquer cette situation ?

Le LOSC a été victime de son succès. Pour conserver saison après saison une ossature lui permettant de continuer à progresser sans devoir tout reconstruire chaque été, il a fallu accorder des prolongations de contrat et des augmentations de salaires conséquentes. Les meilleurs éléments de l’effectif ne pouvaient rester indéfiniment car le modèle économique du club repose sur la vente de joueurs, indispensable pour renflouer les caisses périodiquement. Il s’agit surtout de compenser la hausse des dépenses.

Quand un joueur majeur s’en va, il faut le remplacer. Vous avez rarement aussi fort à disposition, à moins d’avoir réussi à préparer ce départ en formant ou un faisant progresser quelqu’un d’autre dont le niveau individuel va éviter une trop forte baisse du rendement de l’équipe. Si tel est le cas, il risque aussi de vouloir partir assez rapidement, c’est donc reculer pour mieux sauter. Et à vrai dire avec cette politique de recrutement malin et de formation vous avez une seule certitude, celle qu’un jour ou l’autre elle ne fonctionnera pas. Sur un poste, ça peut aller, on peut trouver une solution ou investir un peu plus pour rectifier. Sur plusieurs postes en même temps, c’est la catastrophe. C’est toute l’histoire du second passage du MUC72 (rebaptisé Le Mans FC) en Ligue 1, les filières de recrutement étaient formidables, permettait d’avoir de super joueurs pour pas cher, puis un jour la filière s’est épuisée, le club a coulé. Lorient a failli vivre la même mésaventure.

La plupart du temps, il vous faut recruter ce remplaçant à l’extérieur, vous vous exposez donc à tous les écueils habituels d’un transfert. C’est aussi le cas quand vous cherchez à renforcer et à régénérer votre groupe grâce à l’arrivée de nouveaux éléments, chose indispensable (1 à 3 par intersaison, c’est l’idéal, sinon la stagnation ou pire, la sclérose vous guète). L’élévation de votre statut vers celui d’"européen" ou de récent champion, la cession de joueurs moyennant des indemnités de mutation élevées et la qualification en poules de la LdC synonyme d’une entrée d’argent de 15 millions d’euros vous affublent immédiatement de l’étiquette de club riche. Dès lors, vos interlocuteurs se montreront toujours plus gourmands. Vos recrues vous couteront donc de plus en plus cher en rapportant de moins en moins, sauf exceptions. Et bien sûr, les anciens demanderont à toucher des émoluments réévalués à la hausse en fonction de ceux des nouveaux. L’addition s’alourdit très vite. A fortiori si le joueur régresse après avoir apposé sa signature au bas du contrat. Des footballeurs qui veulent doubler leur salaire après 3 bons matchs, vous en trouverez des centaines, en revanche si vous connaissez un footballeur nul 30 matchs de suite qui va voir son président pour lui demander de diviser son salaire par 2, présentez-le moi ! Pour un club de cette dimension tout raté dans le recrutement – parfois le choix semblait pertinent, seulement la greffe peut ne jamais prendre, on se sait après – est catastrophique. Intrinsèquement Marvin Martin est un très bon joueur, en pratique depuis son arrivée au LOSC il n’a quasiment rien apporté, son transfert (indemnité+salaire) a donc plombé les comptes du club. On l’a aussi constaté à Lyon avec Gourcuff, seulement dans son cas le choix d’Aulas était lunaire, on n’engage pas des sommes stratosphériques sur une longue durée à un joueur qui cherche à se relancer !

Se qualifier pour la Ligue des Champions – et passer les poules – chaque saison est impératif pour ce genre de clubs en construction, faute de quoi ils sont condamnés à dégringoler. Les revenus supplémentaires assurés grâce à la participation aux poules de la LdC peuvent permettre de retenir les meilleurs jeunes plus longtemps, de ne pas les vendre tout de suite (attention car en cas de titre, les primes promises aux joueurs engloutissent souvent une grande partie des sommes perçues par le club). Seulement il n’y a pas de place pour tout le monde et des concurrents beaucoup plus puissants vous attendent hache à la main pour vous couper la tête si la vôtre dépasse de la meute des figurants. C’est la méthode Bayern (on va y revenir). Comment convaincre vos meilleurs joueurs de résister à l’attrait de clubs plus prestigieux, plus ambitieux, capables de proposer un projet plus intéressant et des garanties nettement supérieures ? Ils offrent plus d’argent, plus de visibilité, des chances supérieures de remporter des titres, l’assurance de disputer des compétitions plus relevées (un championnat plus fort), d’évoluer avec de meilleurs coéquipiers, dans un cadre de très haut niveau.

Même en disposant plus rapidement du nouveau stade, il était impossible pour le LOSC d’accroitre suffisamment vite ses revenus pour conserver plus longtemps les Hazard, Cabaye, Gervinho, Sow, Chedjou, Digne, Debuchy et compagnie, sans oublier de renforcer ce groupe avec des internationaux comme Lloris, Matuidi ou Gameiro, plus quelques jeunes à fort potentiel comme Griezmann et Thauvin (qui auraient voulu rester^^). Imaginez cette équipe dirigée par Rudi Garcia : Lloris – Debuchy, Chedjou, Basa, Digne – Cabaye, Mavuba, Matuidi – Gervinho, Griezmann ou Gameiro, Hazard. Sur le banc Enyeama, Béria, Balmont, Gueye, Sow, Thauvin, Gameiro ou Griezmann. Vous les faites bosser ensemble pendant plusieurs saisons en apportant simplement une retouche par-ci par-là à l’intersaison (un grand défenseur central, un buteur comme Negredo ou Llorente), je suis persuadé que vous pouvez durablement viser le titre même face au PSG et au Monaco en version budget illimité.

Les mécanismes décrits en exposant l’exemple du LOSC s’appliquent à tous les clubs hormis à la catégorie très restreinte de ceux qui peuvent se permettre de refuser une offre peu importe son montant. Avec 250 millions d’euros de budget[3], construire cette équipe sur la durée aurait éventuellement pu se faire, et encore, je n’en suis même pas sûr car rien n’aurait pu convaincre un garçon comme Hazard de ne pas partir pour Londres, Madrid, Manchester ou Barcelone. Pour un club d’un championnat peu réputé, aligner des stars du niveau du Belge – ça vaut pour Zlatan, Thiago Silva, Cavani et les stars de l’ASM, mais aussi pour Hulk en Russie entre autres exemples – nécessite de pouvoir leur offrir des conditions financières largement au-dessus du prix du marché. Les grands clubs anglais ou espagnols seront toujours perçus comme supérieurs car ils disposent d’atouts dont ne peuvent se targuer leurs homologues de L1. Surpayer lourdement est le seul moyen de compenser. Si l’argent n’est pas le seul facteur à entrer en compte, l’argument peut s’avérer très convaincant.

En France, les prélèvements sociaux et la fiscalité atteignent un niveau si élevé qu’à moins de 300 millions d’euros de budget un club est à la merci des fameux "grands d’Europe". Il lui en faut 400 ou plus pour les regarder les yeux dans les yeux. Ces sommes sont astronomiques, avoir l’assurance de les réunir n’est pas chose facile, d’autant qu’en football les revenus d’un club fluctuent fortement en fonction du classement en championnat et du parcours dans les autres compétitions (au moment où le budget prévisionnel est décidé, avant la saison, tout reste très hypothétique). La puissance financière des très grands clubs est due à leur capacité à ne pas dépendre des indemnités de mutation et des primes liées à ses résultats sportifs. Avoir un grand stade – car il faut le remplir – et de confortables revenus grâce aux droits audiovisuels – il y a toujours une part variable en fonction des résultats – ne suffit pas. La clé est de posséder une marque très forte, autrement dit une image prestigieuse et une base de fans très importante (du point de vue du marketing on parlera d’une clientèle fidélisée). En plus de son pouvoir attractif sur les joueurs, elle va vous permettre de générer beaucoup d’argent grâce au triptyque billetterie/marchandising/sponsoring. Ces 3 types de revenus ont pour avantage d’être nettement moins dépendants des aléas de la saison car les contrats avec les sponsors, l’équipementier et les marques sous licence sont généralement signés pour plusieurs saisons (avec des bonus éventuels), les abonnements et loges sont vendus à l’avance. En outre, notons que le montant des droits audiovisuels perçus dépend souvent de la popularité du club, donc de la marque (c’est évident dans les pays où chacun négocie individuellement ses droits, dans d’autres comme la France ça se fait indirectement de par le critère de notoriété calculé en fonction des matchs décalés, sans parler des clubs disposant de leur propre chaîne de télévision, même s’ils y diffusent rarement leurs matchs en direct).

De quoi le développement de cette marque très forte – à l’échelon international car il faut vendre dans le monde entier pour atteindre des revenus de la dimension requise – résulte-t-elle ? Presque toujours d’une longue période passée au plus haut niveau au cours de laquelle le club a "vendu du rêve" et de l’émotion au public (grâce à des grands joueurs, des valeurs, des épopées/grandes victoires, un style, tout ce qui peut être facteur d’identification ou générateur de fierté). Fidéliser des millions de supporters/clients – traduisez ça par "acquérir la puissance financière permettant de ne pas être à la merci de ses concurrents" – nécessite du temps. Avant d’avoir pu y parvenir, un club respectant les règles du fair-play financier aura dû surmonter trop d’embuches, il sera presque immanquablement rentré dans le rang. En résumé, si vous respectez les règles vous avez besoin de beaucoup plus de temps pour vous installer au sommet, mais plus vous respectez les règles, moins on vous laisse de temps pour y arriver. C’est le serpent qui se mord la queue. En pratique il est impossible de s’incruster dans le gratin du football européen en se contentant de bien travailler. Eventuellement, il peut y revenir après l’avoir quitté si son histoire passée a marqué l’imaginaire collectif. Et encore, même dans le cas d’un géant endormi, comme l’Ajax ou les Rangers, le doute est permis.

Regardez le FC Porto et Benfica. On entend souvent des louanges à propos de leur façon de travailler, ils ont beaucoup de mal à ne pas se qualifier pour la Ligue des Champions compte tenu de la structure de leur championnat, ont une histoire, leurs fans se comptent pas millions, ils disposent chacun d’un stade moderne. Malgré tout ils ne sont plus invités à la table des très gros, ils ont été rétrogradés au niveau Europa League. Ces 2 cadors portugais sont plombés par un championnat faible et peu attirant, les droits télé trop maigres, le pouvoir d’achat limité de leurs supporters les empêche de tirer de la billetterie et du marchandising les recettes nécessaires pour conserver leurs meilleurs joueurs sur la durée. Ils sont contraints de vivre de la cession de leurs vedettes, conserver la même équipe assez pour gagner la Ligue des Champions leur est devenu quasiment impossible. La finale Monaco-Porto de 2004 paraît bien loin.

On ne va pas se mentir, pour s’incruster dans le carré VIP du football européen sans se faire rapidement jeter dehors par les videurs, la recette la plus efficace est encore de bien… dépenser les millions – beaucoup de millions – mis à disposition par un mécène richissime (pas seulement un propriétaire milliardaire, il faut une volonté de délier les cordons de la bourse). Ainsi, vous construisez une équipe très forte en recrutant des stars, ce qui attire l’attention du public donc celle des sponsors. Si votre équipe est séduisante, remporte des titres et vend du rêve elle va rapidement gagner des supporters, en particulier chez les jeunes[4] et dans les pays qui vivent essentiellement le football de haut niveau à la télé (particulièrement en Asie). Ceci a pour conséquence directe un accroissement important de vos revenus.

La phase d’investissements lourds est transitoire, elle induit des déficits extrêmement importants au cours de la phase de montée vers les sommets, puis une fois stabilisée en haut de la hiérarchie, le budget doit s’équilibrer progressivement. Comprenez-le, la politique parisienne si violemment critiquée par les porte-parole du cartel – à commencer par les dirigeants du Bayern dont le mythique Uli Hoeness, l’homme qui cachait des dizaines de millions au fisc allemand et aura tout le temps en prison pour écrire un bouquin sur son combat[5] – est d’abord un moyen d’accélérer le processus de mondialisation de la marque PSG. Si les millions sont mal dépensés, l’ascension risque fort de s’éterniser, l’affaire peut se transformer en un gigantesque gouffre financier. En revanche si elle est bien menée dans quelques années le contrat décrié liant le club à QTA ne sera plus nécessaire. En attendant, il s’agit de la meilleure arme trouvée par QSI pour lutter contre l’entrave à la concurrence mise en place par l’UEFA avec l’appui des membres du cartel.

Dépenser plus d’argent que les autres, même sur vos fonds propres, ce n’est pas fair-play. Bah voyons. Dès lors qu’il ne s’agit pas d’argent sale, où est le problème ? On sait d’où vient celui du Qatar (de gigantesques gisements de gaz naturel), dont les investissements à Paris font partie d’une stratégie politique connue et assumée. L’origine de la fortune des oligarques russes est nettement plus douteuse, la façon dont ils ont monté leur business est… trouble. Dans le cas de Roman Abramovitch, si des critiques ont été entendues, elles n’ont jamais eu aucune conséquence, tout le monde a laissé faire et a encaissé les chèques.

Grattons un peu pour voir ce qui se cache sous la couche de peinture la plus reluisante. Comment les fameux "grands d’Europe" ont-ils acquis leur statut ?

En dépensant à gogo grâce à des emprunts monstrueux ou à des mécènes, en abusant à volonté de leur position dominante pour avoir les meilleurs joueurs, en profitant d’appuis politiques pas toujours honorables… Quand Chelsea a commencé à claquer des centaines de millions en 2003, ce qui lui a permis de devenir un club reconnu mondialement plusieurs fois finalistes de la LdC jusqu’à remporter la LdC en 2012 et l’EL en 2013, beaucoup ont été choqués. En réalité, les recettes étaient assez classiques, la seule nouveauté était l’échelle de leur application. Abramovitch a repris des Blues dans le rouge mais qualifiés pour la C1 (ce qui a porté son choix sur Chelsea), il a recruté le top des joueurs disponibles en payant largement au-dessus des prix pratiqués à l’époque. Ses succès ont été jugés artificiels, les comportements du propriétaire ont souvent été moqués à juste titre (le club était sa danseuse, ses choix n’étaient pas nécessairement sportifs, ils ressemblaient souvent à des caprices, d’où quelques fiascos), ce qui en fait un club assez détesté en Angleterre… mais beaucoup plus suivi ailleurs. Ne l’oublions pas, Chelsea n’est pas un club construit de toutes pièces du jour au lendemain, il avait par exemple remporté la Coupe des Coupes et la Supercoupe d’Europe en 1998. Au passage vous remarquerez que les "nouveaux riches" dépourvus de toute dimension historique et populaire sont rares. Malaga et Anzhi Makhatchkala constituaient les contre-exemples, ils sont partis de rien, ils ne sont déjà plus rien. Chelsea, le PSG et Monaco ne sortent pas du néant, Manchester City s’appuie sur un socle populaire local qui préexistait à la reprise par les Emiratis (toutefois le club n’avait aucune envergure, en plus de ses moyens il a bénéficié du prestige de la Premier League pour attirer ses premières stars, remporter des trophées et gagner en crédibilité).

C’est indéniable, sans un afflux massif d’argent et de stars, ces clubs n’avaient aucune chance de venir combattre dans la catégorie des géants du football européen. Pourquoi les stigmatiser alors qu’avant eux d’autres ont utilisé la même méthode ? Certes, ils l’ont fait à une échelle moindre car les sommes en circulation à l’époque n’avaient rien à voir. Et encore. Le Real Madrid est devenu le plus grand club d’Europe en recrutant plein de stars dans les années 1950/60, il a ensuite alterné les bonnes et mauvaises périodes, mais son retour dans l’élite et le développement de la marque Real Madrid qui fait recette aujourd’hui a débuté à partir de la fin des années 90 et pendant la célèbre ère des "Galactiques"… grâce à de très gros chèques (on se souvient des transferts de Figo, Zidane, et toute la troupe). Lors de son retour Florentino Pérez en a remis quelques couches, dépensant 240 millions d’euros en un été pour Cristiano Ronaldo, Kakà, Benzema, Xabi Alonso et d’autres, il a poursuivi lors des marchés suivants avec des Coentrão, Modric, Illararmendi ou encore Bale en claquant 25, 40 ou 100 millions pour chacun. Les Meringues n’ont pas agi grâce à un mécène mais à coups d’emprunts faramineux. Bien sûr, les dettes n'entrent absolument pas dans le champ du fair-play financier, lequel s'intéresse uniquement au déficit sur 1 ou 2 exercices financiers.

Faire le forcing pour récupérer les meilleurs joueurs de ses concurrents dans le double objectif d’améliorer son propre effectif et d’affaiblir celui de des concurrents devenus trop dangereux est un classique. Le Bayern a toujours agi ainsi pour rester au sommet en Bundesliga. Le plus célèbre des clubs bavarois a encore fait le coup dernièrement en piquant Robert Lewandowski au Borussia Dortmund.

Ces procédés sont-ils plus honorable et respectueux de l’éthique car il s’agit du Real ou du Bayern ? Un club est-il légitime à s’affranchir des règles morales imposées aux autres s’il a des C1 à son palmarès ? Avoir le droit de dépenser quasiment sans compter en évitant toute critique est-il un privilège octroyé en fonction de l’ancienneté ou du palmarès ? A-t-on atteint un numerus clausus qui justifierait de couper l’unique voie d’accès réelle au top niveau ? Le fair-play financier a principalement ce rôle de herse déposée sur la route, de grillage électrifié, de checkpoint avec barrière baissée et agents de sécurité armés. Si tu n’habites pas les beaux quartiers, tu n’as même pas le droit d’aller y visiter un appartement malgré un compte en banque assez garni pour y acheter tout un pâté de maisons.

Les fédérations des petits pays devenus progressivement des laissés pour compte ont cru en Platini, elles voyaient en lui le messie. Platini devait ressusciter leur football, le ramener en haut de l’affiche aux côtés des plus grands. Elles ont été bernées. Pas seulement par le fair-play financier.

La réforme Platini est une arnaque d’une ampleur au moins aussi importante. Faisons un bilan rapide. C’est accablant.

Dans les faits, si quelques "petits" clubs ont une chance légèrement accrue de s’immiscer en poules de la Ligue des Champions, c’est en réalité pour mieux se faire démonter et assurer aux gros clubs bien installés d’accéder au tableau final. N’attendez pas de revoir des finales avec des Belges, des Néerlandais, des Serbes ou des Ecossais, et encore moins les voir soulever le trophée. En plus de réaliser un parcours exceptionnel il faudrait que tous les 18 clubs espagnols, allemands, anglais, italiens et français se ratent la même année. Impossible.

Depuis l’édition 2009-2010, date d’entrée en vigueur de la réforme Platini, soit 5 éditions, 4 équipes qualifiées par la voie des champions[6], censée favoriser les petits, ont réussi à passer les poules : Olympiakos la première année, le FC Copenhague la 2e, APOEL Nicosie la 3e, le Celtic Glasgow la 4e, aucune cette saison. L’APOEL Nicosie, une équipe totalement artificielle, est la seule à avoir atteint les quarts de finale, uniquement grâce aux défaillances de l’OL, incapable de profiter du cadeau. Et ces clubs auraient à peu près tous eux leurs chances avec l’ancien mode de qualifications, ils ont donc faussement profité de la réforme Platini. Notons aussi que par la "voie de la ligue", les surprises sont rares, sur 25 confrontations lors des barrages, on trouve uniquement l’élimination du Zénith Saint-Pétersbourg par Auxerre, voire, mais c’est discutable, celles de l’OL par la Real Sociedad et du FC Séville par Braga. Aucun club réellement présent sur la scène européenne lors des éditions précédentes n’a été éliminé. On devrait appeler ça la voie royale pour les gros obligés de passer par la fenêtre à défaut d’avoir pu passer par la porte.

Au cours de cette période, à l’issue des huitièmes de finales on a dénombré 11 qualifications espagnoles, 8 anglaises, 7 allemandes, 5 françaises, 4 italiennes, une russe, une ukrainienne, une chypriote, une portugaise et une turque. 87,5% des équipes qualifiés pour les quarts lors des 5 dernières saisons (dont celle en court) sont issues de 5 championnats. Quelle diversité ! Dans le dernier carré, c’est pire sur les 4 éditions dont on connait la fin on a retrouvé 4 fois le Barça, 3 fois le Real et le Bayern, 2 fois un autre club allemand (Schalke 04, Dortmund), 2 fois un club anglais (MU, Chelsea), seulement 2 fois un club non espagnol, allemand ou anglais (l’Inter et l’OL). Cette saison on aura 2 à 4 pays différents mais aucun d’exotique avec 3 espagnols, 2 allemands, 2 anglais et 1 français dans le lot.

Si on regarde les saisons qui ont précédé l’entrée en vigueur de la réforme, on peine à trouver une évolution positive. Entre les saisons 2003-2004 et 2008-2009, la formule était déjà celle utilisée actuellement mais seulement à partir des poules (pour la première fois en 2004 la seconde phase de groupes a été remplacée par les huitièmes de finale). En revanche la qualification était différente : la moitié des équipes présentes en poules étaient issues des tours de qualifications. Au lieu d’avoir presque systématiquement 4 anglais[7], 4 espagnols et 4 italiens, on pouvait n’en avoir que 2.

J’ai bien bossé le dossier et fait des tableaux. Les premiers concernent la représentation des différents pays en quarts de finale puis dans le dernier carré. Je vous laisse juger par vous-mêmes.

Représentation par pays dans le top 16 de la LdC entre 2004 et 2014 Avec la réforme Platini on est passé d’une moyenne d’un club non anglais, espagnol, italien, allemand ou anglais par saison à… une moyenne exactement similaire. Sauf que maintenant pour s’inviter en quarts de finale sans être dans un des 5 principaux championnats européens mieux vaut être très riche (comme le Zénith et le Chakhtior Donetsk). En réalité avant la légère modification du format 3 championnats se détachaient (Espagne, Angleterre et Italie, 70,8% des qualifiés) et 4 suivaient (France, Portugal, Pays-Bas, Allemagne) essentiellement grâce à 1 club chacun (OL, Porto, PSV Eindhoven, Bayern). Depuis, 3 championnats se détachent de plus en plus (Espagne, Angleterre, Allemagne), 2 suivent difficilement (Italie et France), les autres font ce qu’ils peuvent pour tenter d’exister (la France serait dans cette catégorie sans le retour du PSG sur le devant de la scène).

Représentation par pays dans le dernier carré de la LdC entre 2004 et 2014 Dans le dernier carré la tendance s’alourdit. Depuis le PSV Eindhoven en 2005 le seul club non issu de Liga, Bundesliga, Premier League et Série A à s’être qualifié pour les demi-finales est l’OL, ceci par la grâce d’un tirage au sort ayant voulu faire s’affronter Lyon et Bordeaux en quart. Cette saison le PSG peut le faire… grâce à sa politique d’expansion rapide par la voie de l’investissement massif. On remarque aussi la disparition de l’Italie, présente une seule fois à ce stade de la compétition en 7 ans (avec au bout la victoire de l’Inter sans un seul Italien titulaire en finale).

Il y a bel et bien une confiscation de la Ligue des Champions par quelques clubs.

Légende des tableaux de parcours en LdC Afin d’approfondir le sujet, je suis allé regarder le parcours européen de chaque club qualifié au moins une fois en huitièmes de finale au cours de la période pris en compte. 11 éditions, 53 clubs différents, 583 performances (ou absences) répertoriées… Oui, j’ai galéré.

Parcours LdC (Espagne) 10 clubs espagnols ont atteint le top 16 européen depuis 11 ans. Mais clairement, le Real et le Barça font bande à part, leur permanence à ce niveau est due à leur marque très forte. Leurs revenus les rendent quasiment intouchables par leurs concurrents dont ils peuvent acheter les meilleurs éléments. Une star du Real ou du Barça est inaccessible à un autre club. On tient 2 des membres du cartel. Qu’en est-il des autres ?

Le début de la période considérée correspond à la fin de l’ère du Super Depor. La Corogne a complètement disparu de la circulation depuis. Villarreal a alterné les apparitions marquantes et les explosions en vol (avec un retour en 2e division). Valence a participé 6 fois en 10 ans, toujours en vivant au-dessus de ses moyens. Aucun de ces clubs n’a réellement pu se stabiliser dans l’élite européenne, tout comme les autres qui ont réussi à accrocher la LdC généralement grâce à la 3e ou la 4e place. Cette saison l’Atlético de Madrid tente une percée qui marque l’apogée du cycle Diego Simeone, le plus dur sera de rester au sommet. Malaga n’en a pas eu l’occasion, l’UEFA a eu sa peau dès la première année.

Parcours LdC (Angleterre) Comme les allemands, les italiens et les français, les clubs anglais ont été 6 à atteindre au moins une fois les huitièmes de finale lors des 11 dernières éditions. La situation a ceci de particulier qu’on y trouvait 4 très gros habitués du dernier carré, toujours les mêmes, avant la redistribution d’une partie des cartes. Elle correspond à l’entrée en vigueur de la réforme Platini, seulement la coïncidence est purement fortuite. Liverpool a commencé à partir en sucette, ouvrant la porte à Tottenham – pour un one shot – puis à Manchester City, le nouveau "nouveau riche". Si les Citizens ont du mal à s’installer parmi les grands d’Europe, ils sont en haut de l’affiche dans les compétitions nationales. Leurs difficultés en Europe s’expliquent par un indice UEFA faible générateur de tirages au sort foireux. C’est juste une question de temps, sauf si le fair-play financier fait son œuvre. A vrai dire, le foot anglais a connu ces derniers temps un coup de moins bien en Ligue des Champions, sans doute à cause de la très forte concurrence interne. Elle plombe les clubs, les joueurs doivent être au taquet en permanence d’août à mai, il n’y a plus de match facile ou d’écarts de points suffisants pour faire tourner avant un 8e ou quart de LdC.
Ceci dit, Manchester United et Arsenal sont dans le dur uniquement de par leur faute, ils n’ont pas su agir à temps pour enclencher un nouveau cycle, ont trop voulu prolonger la vie d’une équipe qui s’essouflait, du coup ils subissent à plein la concurrence de Manchester City (et le retour de Liverpool possible uniquement grâce au forcing effectué pour conserver Luis Suarez une saison de plus alors que toute l’Europe essayait de le recruter à coup de millions… dont Arsenal). Grâce à ses moyens Chelsea est devenu le club anglais n°1 sur la scène européenne, son seul échec en poules s’est transformé en succès final en Europa League. Pour rappel, pour gagner la Ligue des Champions, en plus d’une série de miracles lors des différents tours, y compris la finale, il aura fallu aux Blues… une saison galère en championnat. Ils ont terminé à la 6e place, devancés de 25 points par les 2 clubs de Manchester, mais ont eu tout le loisir de se concentrer sur la LdC.

En résumé, la réforme Platini est tout sauf un problème pour Manchester United, Arsenal et Liverpool, bien au contraire. Pour eux, le problème est le duo City-Chelsea. Si la plupart des clubs anglais importants appartiennent à des milliardaires, tous n’ont pas les mêmes objectifs et la même politique… C’est ce qui fait la différence.

Parcours LdC (Allemagne) En Allemagne on ne retrouve pas cette densité. Le seul club à avoir pu s’installer durablement au plus haut niveau est le Bayern, un des membres éminents du cartel, grand promoteur du fair-play financier. Schalke 04 s’en tirer assez bien sur la période avec un quart et une demi-finale mais on le constate, la constance manque cruellement. De même, le retour de Dortmund après les succès des années 90 a été compliqué (comme pour Manchester City l’indice UEFA était un gros handicap), on peu douter de la capacité de ce club à se maintenir dans le top 8 compte tenu des attaques du Bayern.

Parcours LdC (Italie) L’AC Milan était un des gros cadors européens, il ne lui manque qu’une chose pour le redevenir : de l’argent (et bien le dépenser). Là aussi, avoir voulu faire durer trop longtemps une équipe à bout de souffle faite de vieux a amorcé la descente, de très mauvais choix ont fait empirer les choses. L’Inter a explosé juste après avoir remporté le titre européen, Mourinho a tiré le maximum de ce qui restait au club et a laissé un effectif épuisé. Remettez de l’argent pour reconstruire une équipe de haut niveau, le club pourra vite remonter la pente. La Juve a disparu en raison des magouilles de ses anciens dirigeants, elle redevient progressivement la patronne du foot italien. Sans un accident de parcours sur terrain impraticable à Istanbul elle serait probablement déjà réinstallée dans le top 8, à la même table que le Real, le Barça, le Bayern et compagnie. Le cas de la Roma de Rudi Garcia est intéressant, je demande à voir sur plusieurs saisons. Idem pour le Napoli. N’oublions pas que la perte par l’Italie de sa 3e place au classement UEFA lui a fait perdre un ticket en Ligue des Champions. Il n’y aura pas de place pour tout le monde. Ces 5 clubs ont tous un gros potentiel car ils ont une histoire, une identité, ont – ou ont – eu des joueurs marquants, mais actuellement la Juve est très en avance, elle n’a donc pas vraiment intérêt à voir débarquer des milliardaires capables d’investir pour relancer sportivement leurs concurrents.

Parcours LdC (France) L’OL a longtemps dominé le foot français en appliquant les méthodes vertueuses mises en avant pour promouvoir le fair-play financier mais aussi celles beaucoup plus discutables du Bayern. Aulas a tout fait pour limiter le développement des autres clubs, notamment le LOSC, qu’il a renfloué tout en l’obligeant à être dans la reconstruction perpétuelle. Il a aussi beaucoup attaqué le PSG, l’OM ou encore Bordeaux en contactant leurs joueurs pour obliger ces concurrents potentiels à surpayer pour les garder. Résultat, si l’OL a survolé la L1 pendant des années, il a plombé sa propre croissance et celle du football français. Il a fallu attendre l’arrivée d’investisseurs prêts à dépenser des centaines de millions pour retrouver un club ayant des perspectives réelles d’installation permanente dans le top 8 européen.

Parcours LdC (Portugal) Le Portugal rencontre de plus en plus de difficultés à être présent en Ligue des Champions à la sortie de l’hiver. La réforme Platini n’a manifestement pas eu d’effet positif pour Porto et Benfica.

Parcours LdC (les exclus) J’ai regroupé les 16 autres clubs (3 russes, 2 néerlandais, 2 écossais, 2 grecs, 2 turcs, 1 ukrainien, 1 chypriote, 1 tchèque, 1 danois et 1 suisse) dans la catégorie des exclus. Seulement 5 d’entre eux ont réussi à passer les poules plus d’une fois depuis l’entrée en vigueur de la réforme Platini, et on parle principalement de qualifications pour les huitièmes de finale, pour aller au-delà il faut un accident. Ils ont un point commun, celui de bénéficier d’un soutien financier conséquent de leur propriétaire, hormis le club turc qui est coté en bourse et dont les résultats des 2 dernières saisons s’expliquent par le recrutement de quelques stars.
-Le CSKA Moscou peut remercier Abramovitch.
-Le Zénith Saint-Pétersbourg est financé par Gazprom, gros sponsor de la Ligue des Champions.
-Le Chakhtior Donetsk appartient à un milliardaire.
-L’Olympiakos est détenu par un armateur grec aux poches pleines.

La disparition du PSV Eindhoven est presque caricaturale. Les Pays-Bas ont été une grande nation de football, ils ont toujours une équipe nationale très forte, leurs clubs ne sont plus invités. Ne parlons même pas des clubs belges et d’ex-Yougoslavie. Rien n’est fait pour permettre un rééquilibrage du football européen pour retrouver une diversité disparue.

Outre cet enfumage concernant la relance des contrées exclues de l’élite européenne, la réforme Platini, c’est aussi…

-La finale de la Ligue des Champions désormais programmée un samedi. C’était soi-disant pour que les familles puissent aller au stade soutenir leur équipe. On a vu le prix des places… Un scandale !

-Toujours plus de dates piquées aux fédérations et ligues obligées de composer avec un calendrier déjà surchargé pour organiser les compétitions domestiques (dont le samedi pris pour la finale de la LdC, il aurait pu servir pour les finales de coupes ou une journée de championnat). La FIFA se sert en premier mais n’est pas trop gourmande (quelques dates FIFA pour les matchs internationaux et la Coupe du monde des clubs, plus la Coupe du monde et la Coupe des Confédérations 2 étés par cycle de 4 ans), puis l’UEFA se gave, elle bouffe un maximum de dates : Super-Coupe d’Europe, multiples tours préliminaires, barrages, matchs de poule, matchs aller-retour. Ces dernières saisons, pour avoir encore plus de soirées à vendre, elle a étalé les 8e de finale de la LdC sur 4 semaines au lieu de 2 (le sujet sera abordé au point suivant). Pire, pendant 2 ou 3 saisons elle avait décidé de procéder de la même façon pour les 2 dernières journées de la phase de groupes malgré l’absence d’intérêt sportif de la plupart des rencontres, celles-ci opposant des clubs déjà qualifiés ou éliminés qui n’hésitaient pas à faire tourner. Heureusement, elle a dû arrêter cette c*nnerie.

-Tout est pensé pour favoriser la LdC. L’Europa League est de plus en plus déconsidérée, l’UEFA fait en sorte que les seuls gros clubs à y participer soient les losers sortis de la C1. Il y a quelques années, j’ai écrit un article concernant cette façon d’agir en parlant de l’art d’accommoder les restes. La Coupe de l’UEFA (devenue l’EL) était déjà une sorte de hachis parmentier dans lequel on mettait tout ce qui n’entrait pas dans le festin de la Ligue des Champions, les restes du buffer en somme, et nous était servi après, une fois déjà bien rassasiés. C’est de pire en pire car si les principes de réversion des recalés des tours préliminaires, des barrages puis des poules de la LdC – on exploite la notoriété de ces clubs en poules puis on essaie d’en tirer encore un peu d’argent en les recasant en EL – sont toujours les mêmes, si le choix du jeudi pour faire disputer cette compétition est toujours aussi néfaste à son rayonnement, les matchs sont de plus en plus mal exposés. Etaler les huitièmes de finale de la LdC sur 4 semaines différentes (avec une semaine internationale au milieu) a un seul but, multiplier les soirées Ligue des Champions à vendre aux télés. Après 2 huitièmes de finale aller de LdC le mardi, 2 autres le mercredi, vous avez 16 seizièmes de finale aller de l’EL en un seul jeudi… Puis une semaine après, on remet ça en finissant le jeudi avec les 16 seizièmes retour de l’EL. Par la suite, le rapport passe de 1 à 4 (2 huitièmes retour de LdC les mardis et mercredis pour 8 huitièmes de l’EL le jeudi) puis de 1 à 2 pour les quarts et demi-finales. La mutualisation des droits de la seconde coupe européenne aurait dû avoir pour origine une volonté d’améliorer cette exposition et de décupler les dotations offertes aux clubs, les motivant ainsi à la jouer à fond. En réalité, elle a surtout pour conséquence de donner plus de contrôle à l’UEFA.

Pour rééquilibrer le football de clubs certaines mesures fortes pourraient être prises : limiter les tickets en LdC à 2 clubs par pays – exceptionnellement 3 en ajoutant le vainqueur de l’édition précédente – pour amener plus de diversité en C1 tout en renforçant l’EL. Pour atteindre ce résultat, la revalorisation de l’autre compétition européenne, il faut :
1. arrêter d’y reverser tout le monde et n’importe qui afin de ne plus en faire une poubelle ou une consolante ;
2. la déplacer au mardi avant la LdC le mercredi et le jeudi ;
3. arrêter les phases de poules ou diviser le nombre de leurs participants par 2 ;
4. mieux répartir les recettes entre les clubs.
Autrement elle doit retrouver ses galons de compétition de très haut niveau. Mais l’UEFA ne veut surtout pas concurrencer son produit le plus rémunérateur, elle n’agira donc pas dans le bon sens.

En principe, une fédération sportive a 2 rôles, organiser et promouvoir son sport. L’UEFA est une fédération, elle organise le foot à l’échelon européen, seulement elle n’agit pas de façon à promouvoir son sport, elle vise uniquement un objectif, la maximisation de ses revenus. A quoi sert tout cet argent ? Certainement pas à la promotion du football. Faute de preuve je ne peux accuser ses dirigeants de se remplir les poches, vous m’excuserez de m’interroger. Les faits sont troublants. Expliquez-moi par exemple pourquoi l’UEFA a tenu son comité exécutif à Astana, au Kazakhstan. N’a-t-elle pas un siège en Suisse où elle pourrait très bien l’organiser ? Ce n’est pas comme si le sport kazakh était souvent lié à des affaires louches (notamment en boxe et en cyclisme)… Est-il normal d’avoir accepté de faire de l’Azerbaïdjan un des sponsors officiels de l’Euro 2016 (organisé en France donc rien à voir), sachant que ce pays est engagé dans les qualifications ? N’aurait-on pas mis le voile sur un énorme conflit d’intérêts pour quelques liasses supplémentaires ?

Il y a quelques jours un des pontes de cette institution a fait une sortie assez comique, expliquant que l’UEFA aimerait voir au moins un match de LdC par journée être diffusé en clair à la télévision française. Pourtant en 2011, quand beIN et Canal+ ont fait le chèque pour avoir les droits de la plus prestigieuse des épreuves de clubs, ça n’a gêné personne, hormis les amateurs de football de l’Hexagone. Les dirigeants du foot européen sont si obnubilés par la multitude de chiffres écrits sur le contrat qu’ils en ont oublié l’importance d’exposer leur compétition et donc leurs sponsors, ils ont oublié à qui s’adresse ce spectacle… le public. Ils ont dévalorisé leur produit pour prendre plus d’argent ! Des génies.

Attention, ne nous y trompons pas, cette dernière illustration des conséquences de la passion qu’ont les dirigeants de l’UEFA pour l’argent n’a rien d’un cas isolé, d’un accident de parcours. La dévalorisation des qualifications de l’Euro et de l’Euro lui-même en est l’autre grand exemple. Seulement, dans ce cas précis, il y a au moins un motif autre que l’appât du gain.

On en revient donc à la Ligue des Nations. Comme le fair-play financier, sa création repose la création d’un mythe : les matchs amicaux internationaux n’auraient aucun intérêt, il serait donc utile voire nécessaire de les remplacer.

L’UEFA propage ce mythe pour justifier la création d’une nouvelle compétition officielle internationale par nations.

Etrange… Plusieurs questions se posent.

Le calendrier international est-il vraiment encombré par les matchs amicaux ? En réalité, ce type de rencontres est assez rare. Depuis l’Euro 2012, la France a joué 9 matchs amicaux : l’Uruguay en août 2012, le Japon en octobre 2012 (un match très utile pour préparer la rencontre en Espagne 4 jours après), l’Italie en novembre 2012, l’Allemagne en février 2013, l’Uruguay et le Brésil lors de la tournée de juin 2013, la Belgique en août 2013, l’Australie en octobre 2013 avant le dernier match des qualifs (qui ne servait à rien, la qualification pour les barrages était déjà obtenue, en réalité il a juste permis à faire marquer Benzema et Giroud), puis les Pays-Bas en mars 2014. Si on prend en compte la disparition de la date FIFA du mois d’août, le nombre se pour l’avenir à 7. De plus les Bleus étaient dans un groupe de 5 et non de 6, autrement dit, ils ont joué 2 matchs amicaux à des dates où d’autres disputaient un match officiel. Ça réduit l’affaire à 5 dates en 2 ans. Si la France avait dû disputer la Coupe des confédérations à la place de la tournée sud-américaine, ça ne faisait que 3 matchs amicaux (ou alors elle aurait disputé 1 ou 2 matchs de préparation).

En se penchant sur le format de la nouvelle compétition, on se rend compte d’une chose : il doit s’agir de groupes de 3 pays se rencontrant chacun 2 fois, puis d’une phase finale de 2 matchs en juin les années sans Coupe du monde ni Euro. Autrement dit, 6 rencontres à caser en une seule saison après la Coupe du Monde 2018… (Quid de la Coupe des Confédérations ?)

Pour si peu de dates, la création d’une nouvelle compétition était-elle pertinente ? Avouez-le, c’est troublant. Il y a forcément anguille sous roche. D'ailleurs si le problème venait d'un encombrement du calendrier, la meilleure solution serait de supprimer des dates. On le sait, des tickets qualifications pour l’Euro doivent être distribués par le biais de la Ligue des Nations. Dès lors, certains pays n’auront pas besoin de participer aux qualifications pour l’Euro. Le nouveau mécanisme est particulièrement nébuleux, incompréhensible, un vrai beau b*rdel comme l’UEFA sait en créer. Vous voyez où je veux en venir. Au bout d’un moment des changements de formats s’imposeront car tout aura été fait pour les provoquer. Si on veut une phase finale à 24, ce sera avec les équipes des 2 premières divisions puisque les équipes sont divisées en 4 divisions de 12. Magique, non ? Les gros l’ont rêvé, l’UEFA pourrait bien le faire…

En effet, depuis des années, dans certains des grands pays dominants, des voix appellent à écarter les petites nations des qualifications en organisant des tours préliminaires. Ceci aurait pour but d’alléger le calendrier et d’arrêter avec les matchs hyper déséquilibrés où les blessures sont infiniment plus nombreuses que les surprises. Ils auraient gain de cause avec ce système… La Ligue des Nations, c’est le football à plusieurs vitesses, la séparation des gros, des moyens, des petits et des minuscules. Un bien bel idéal… à l’opposé de celui vendu par Platini. Ah mais pardon, l’UEFA a assuré à ces minuscules (les 16 derniers au classement UEFA) de se partager une place pour l’Euro par le biais de ce nouvel eldorado. Ou comment acheter des voix en contrepartie de tickets de lotterie. Et le niveau de l’Euro, on s’en fout ?

Platini espère être déjà à la tête de la FIFA quand la Ligue des Nations débutera. L’imposture qu’aura été son mandat sera probablement dévoilée d’ici là. A un moment, les gens vont forcément finir par se rendre à l’évidence, cet homme est uniquement motivé par l’argent et par le pouvoir. Rappelons-le, il a voté pour la Coupe du monde au Qatar en 2022, un choix digne des plus grands défenseurs du football. Pour voir en lui le changement il faut vraiment être aveugle ET particulièrement crédule.

Bref, la Coupe du monde au Qatar n’est pas notre sujet, revenons-en à la Ligue des Nations en se posant la question principale, celle relative au mythe fondateur de cette compétition : les matchs amicaux sont-ils réellement sans intérêt ?

Tout dépend du point de vue, mais aussi – surtout – des circonstances.

Pour un sélectionneur, l’intérêt est réel, ces rencontres permettent de travailler, de tester des choses tactiquement, de faire une revue d’effectif en mettant en situation des joueurs peu habitués au niveau international, de préparer les rencontres suivantes, celles à enjeu. Les 6 changements autorisés favorisent les essais tout en évitant de trop tirer sur les organismes les plus sollicités.

Pour les joueurs aussi ces rencontres ont un intérêt évident, du moins pour ceux qui doivent gagner leur place en équipe nationale et se voit donner une chance de montrer leurs capacités. Lors de matchs officiels il n’y aurait pas forcément eu de place pour eux. De même, l’absence d’enjeu direct en fait des occasions idéales pour relancer un joueur en manque de temps de jeu ou en perte de confiance dans son club.

En revanche, pour un taulier habitué à briller avec sur le dos le maillot de son pays quand ça compte vraiment, un match amical peut vite prendre des allures de repas de famille auquel on n’a pas du tout envie de se rendre. D’ailleurs trouver une excuse aussi bidon soit-elle pour faire l’impasse a été la spécialité de pas mal de joueurs dans différents pays. En général tout dépend de 3 choses : d’abord de l’affiche, ensuite de la date, enfin des objectifs personnels. Afin d’illustrer la chose au mieux, prenons des exemples extrêmes. Un Cristiano Ronaldo qui chasse les records et les trophées individuels sera très motivé pour un Portugal-Brésil en novembre juste avant la fin des votes pour le Ballon d’Or, a fortiori si le Real est déjà qualifié premier de son groupe en Ligue des Champions et a un calendrier facile au cours du mois. A l’inverse, imaginons un Kazakhstan-Italie début mars juste avant un quart ou 8e de finale retour de coupe d’Europe, vous aurez du mal à motiver un pilier de la Squaddra Azzura.

Pour les fédérations, l’intérêt dépend de l’adversaire, pas toujours facile à trouver, surtout pour les petites nations. Si l’affiche est belle la rencontre sera rémunératrice, si elle est moyenne elle le sera moins. Ceci dit, on peut prendre l’exemple des Bleus entre 1998 et 2002, le Stade de France était presque toujours plein peu importe l’adversaire. J’ajoute qu’un match officiel contre une équipe en bois sera toujours moins attractif qu’un amical contre une nation plus prestigieuse.

Quid de l’UEFA ? Son rôle se résume à envoyer des arbitres. Et oui, elle n’est pas impliquée dans l’organisation des rencontres amicales donc ne touche rien. Du moins c’était le cas pendant de très nombreuses années. Depuis quelques temps elle est entrée de force dans le jeu de la cession des droits audiovisuels des rencontres internationales en s’attribuant le rôle de courtier exclusif de beaucoup de nations européenne (rien ne le justifiait, ce n’est pas le rôle d’une fédération internationale, auparavant des sociétés privées comme ISL se partageaient le marché). Néanmoins, beaucoup des rencontres amicales continuaient à lui échapper. Voir une de ses nations affiliées affronter une sélection africaine, asiatique ou américaine dans un cadre amical – quand il s’agit d’une compétition FIFA, elle n’y peut rien – lui posait problème. D’où l’invention grotesque de Platini, placer la France dans un des groupes de qualification de l’Euro 2016 dont elle est l’organisateur qualifié d’office. Les Bleus vont donc se taper des matchs fabuleux, notamment de grandioses déplacements en Arménie et en Albanie, des rencontres pour lesquelles TF1 va devoir payer le prix fort, comme pour la réception de ces 2 sélections qui, avec tout le respect que je leur dois, ne font rêver personne. A la place les spectateurs et téléspectateurs français auraient pu avoir droit à un France-Brésil ou un France-Argentine… Mais non. Merci Platoche !

Nous prend-on pour des jambons ? Oui, c’est une évidence.

C’est bien connu, il n’existait pas encore assez de compétitions officielles de football. Au niveau international vous aviez déjà la Coupe du monde (plus les Coupes du monde U17 et U20), la Coupe des Confédérations (avec laquelle va se heurter la Ligue des Nations une fois sur 2), l’Euro (plus les versions jeunes), les JO…

Avant de créer cette Ligue des Nations, a-t-on consulté les clubs, les sélectionneurs et les joueurs ? L’UEFA se moque de l’intérêt des joueurs et des sélectionneurs. Concernant les clubs, c’est différent. Les plus gros ont un effectif composé presque intégralement d’internationaux qui de fait n’auront plus jamais une intersaison normale pour se reposer. Vous aurez tous les ans des matchs officiels en juin, synonyme de retour plus tardif à l’entraînement pour débuter la préparation estivale, donc de risques de problèmes physiques (si on veut les cramer, il n’y a pas mieux), de difficultés pour préparer d’éventuels tours préliminaires de compétitions européennes. Concernant la possible collision avec la Coupe des Confédérations, je n’ai pas encore de réponse.

Rappelons que même l’été les joueurs sont payés par les clubs. Dans la mesure où ces derniers ont une force de persuasion non négligeable comme on a pu le constater dans l’affaire du fair-play financier, il y aura forcément des concessions à leur faire. C’est pourquoi l’Association Européenne des Clubs ne s’y oppose pas, officiellement parce que le nombre de matchs joués par les sélections n’augmentera pas et parce que ça évitera aux joueurs certains voyages – rares – sur d’autres continents. Peu convainquant. En pratique il faudra compenser l’augmentation du nombre de matchs officiels joués par leurs employés avec les sélections, donc les indemniser et/ou retirer d’autres dates, reformater l’autre compétition internationale qui encombre le calendrier, à savoir… l’Euro et ses qualifications désormais sans intérêt, d’autant plus si elles sont parasitées par la Ligue des Nations, elle-même qualificative pour l’Euro (en principe on saura en plein milieu des qualifications traditionnelles qui sera lauréat des places supplémentaires attibuées par la LdN).

La création de la Ligue des Nations conduira immanquablement à la mort du Championnat d’Europe des nations… En passant de 16 à 24 participants, l’UEFA l’a condamné à mort. L’Euro 2020 sera un enterrement de 3e classe. Il nous manquera. L’argent aura eu raison de lui. La Ligue des Nations s’accaparera l’héritage.

En bref, comme le chantait Elvis, l’UEFA, c’est One for the money, two for the show. J’ajoute three for the power, but nothing for football. ''

Notes

[1] Depuis l’entrée en vigueur de la réforme l’Allemagne a doublé l’Italie, en plein régression faute pour les clubs d’avoir amélioré leurs stades et géré correctement leurs finances/effectifs.

[2] Sauf victoire en finale à Lisbonne dans quelques semaines.

[3] Pour avoir ce budget en répondant aux critères du fair-play financier pour 2013-2014, il faudrait plus de 205 millions d’euros, le reste, 45 millions, correspondant au déficit maximum autorisé au cumul des 2 dernières saisons. Ceci dit, la DNCG aurait demandé des garanties et au bout du compte il aurait fallu régler la note en faisant cracher les actionnaires ou en vendant des joueurs.

[4] Les jeunes sont la cible la plus intéressante car les enfants sont très demandeurs de produits dérivés et une fois fidélisés vous les gardez comme clients pendant des décennies, ils peuvent convertir leurs propres enfants.

[5] Allusion à peine voilée à un type qui a séjourné dans la même prison… Je ne suis pas fou, comparer Hoeness à Hitler serait hors de propos, c’est juste pour souligner que le gars est atteint par une obsession flippante.

[6] En tours préliminaires et barrages de la Ligue des Champions on ne mélange plus les équipes qualifiées en ayant obtenu leur ticket en étant sacrées championnes de petits pays et celles devant leur ticket à une 2, 3 ou 4e place dans un championnat mieux classé au coefficient UEFA.

[7] Une saison particulière a permis à la Premier League d’y engager 5 équipes dont (Everton) a été sortie au dernier tour de qualifications, on a alors retrouvé Chelsea et Liverpool dans le même groupe (les Reds ont été repêchés par l’UEFA en tant que champions en titre et considérés comme s’ils n’appartenaient à aucune fédération).