Le onze de départ mis en place par Laurent Blanc reflète le discours tenu avant la rencontre. Il voulait que son équipe joue comme d’habitude, impose son style, refusait toute idée d’adaptation à l’adversaire ou à la situation. Pour agir ainsi, il faut de sacrées certitudes… Les siennes étaient sans fondement. A force d’entendre des éloges, de lire des commentaires dithyrambiques les concernant, l’entraîneur et ses joueurs ont mis de côté toute idée de remise en questions. Ils n’ont jamais cherché à analyser la réalité de la situation, chose pourtant indispensable pour progresser. La responsabilité du phénomène est largement partagée entre eux, les supporters béats et les médias trop souvent incompétents. Depuis des mois, en bons suiveurs, ces derniers rivalisent à coups de statistiques à la c*n pour gagner le prix du champion de France de la turlute ! Il se dit que dans les rédactions des journalistes et consultants s’éclipsent aux toilettes avec des feuilles de statistiques de matchs comme PSG-Nantes afin de se vidanger les bourses. Pour eux, une feuille de stats avec 5 Parisiens à plus de 100 ballons joués lors du même match, c’est plus efficace que n’importe quel magazine pour adultes… Les ballons joués, le nombre de passes, c’est bien gentil, seulement ça ne veut strictement rien dire, qui plus est face à des fantômes (en l’occurrence Nantes était pathétique). Ces statistiques grotesques ont été utilisées pour monter des théories fumeuses reposant sur du vent.

Combien de fois a-t-on pu lire ou entendre l’expression «meilleur milieu de terrain d’Europe» – parfois «un des meilleurs milieux de terrain d’Europe» – pour qualifier le trio formé par Marco Verratti, Thiago Motta et Blaise Matuidi ? Des centaines ! Sur quoi ce jugement reposait-il ? Sur absolument rien. Le comportement de trio avait-il déjà été observé lors d’une rencontre de très haut niveau ? Jamais. Il n’en a jamais eu l’occasion.

Que sait-on réellement des membres de ce trio ?

Matuidi est un vrai taulier, y compris de l’équipe de France, il a montré contre des sélections de très haut niveau ce dont il est capable, il l’a aussi fait avec le PSG depuis bientôt 3 ans… mais seulement 3 ans. C’est le leader d’effort, le seul à être systématiquement dans l’intensité. Sans lui ou s’il n’est pas bien, l’équipe a beaucoup plus de mal à tourner correctement.

Motta est un intermittent, il tient enfin le coup physiquement cette une saison… mais en sprintant environ une fois par mois. Ça aide. En équipe d’Italie, son statut varie entre titulaire et remplaçant, il ne fait pas partie des tauliers. Au cours de sa carrière il n’a jamais mérité et encore moins obtenu le statut de star internationale, n’a jamais fait partie de la caste des grands milieux de terrain du football mondial ayant évolué à ce poste ces dernières années (Pirlo, Yaya Touré, Busquets, Xabi Alonso, etc.). La saison passée, il a joué seulement 2 matchs de Ligue des Champions[1], cette saison 9 dont une prestation à la limite du scandaleux quand on lui a demandé d’endosser le rôle de cadre à Lisbonne et seulement 2 rencontres de top niveau face à Chelsea… en ne se montrant pas franchement à son avantage. En tant que cadre présumé il aurait au moins dû essayer de tirer les autres vers le haut. Raté.

Verratti est le fils de Monsieur Quinze-Touches-De-Balle et de Mme Avant-De-Lever-La-Tête… Comment ose-t-on lui faire croire qu’il est formidable ? Il était tout le temps appelé en équipe d’Italie en tant que grand espoir, on l’a qualifié de "nouveau Pirlo"… Et il y a cru ! Seulement, à force de prestations décevantes voire carrément mauvaises, il a perdu ce statut, sa présence dans le groupe des 23 pour la Coupe du monde est désormais très hypothétique. Ce garçon devrait faire du football freestyle, éventuellement du futsall, mais pour le vrai football, du moins celui de très haut niveau, il lui manque trop de choses, à commencer par un cerveau ! Le sens tactique, la maîtrise de soi, l’intelligence de jeu, la vitesse de réflexion, l’humilité, la capacité à apprendre de ses erreurs… Il n’a rien de tout ça[2]. Après un match aller globalement calamiteux – contrairement à ce qu’on a pu lire et entendre sa prestation en seconde période ne méritait pas la moindre louange, elle a juste tranché avec ses 45 premières minutes honteuses – et des déclarations particulièrement maladroites dans la presse italienne[3], il n’aurait jamais dû débuter au retour. Suspendu pour accumulation de cartons – son autre spécialité avec la prise de risques stupides – il n’aurait de toute façon pas joué contre Reims. Etait-ce une raison pour l’aligner à Stamford Bridge sans même envisager de remettre en cause sa place de titulaire ? On le fait passer pour un super cador en raison de prestations face à des équipes de L1 complètement soumises. Il se prend pour un génie, sa réputation s’est essentiellement construite grâce à des dribbles dans ses 30 mètres (la zone interdite pour dribbler). J’aimerais beaucoup le voir progresser, seulement si au bout de 2 ans il reproduit sans cesse les mêmes gestes débiles, les mêmes attitudes insupportables, s’il refuse de suivre les consignes de ses entraîneurs (Ancelotti, Prandelli et Blanc ont tous essayé de provoquer la prise de conscience nécessaire, sans parler de leurs nombreux adjoints), pourquoi soudain changerait-il ? Il pourrait chi*r sur la table, une grande partie de la presse, Blanc et certains supporters – trop nombreux – applaudiraient son «audace». Ils sont manifestement aussi bêtes que lui. Oui, là, je suis énervé, ça se remarque ?

Blanc a mis tous ses œufs dans le même panier en misant exclusivement sur son 4-3-3 reposant essentiellement sur Zlatan. Blessé, le Suédois a fait le déplacement, mais assis derrière le banc de touche, il ne sert à rien. Evidemment, quand on a omis de prévoir des alternatives en ayant eu 9 mois pour le faire, on se retrouve dans une situation très compliquée. Depuis le début ce 4-3-3 me sort par les yeux, il est déséquilibré vers l’arrière, j’ai toujours réclamé la réhabilitation du 4-4-2 classique en présence d’Ibra et de Cavani et du 4-2-3-1 en l’absence de l’un ou de l’autre. J’étais convaincu du retour de ces organisations en cours de saison car elles correspondent beaucoup mieux aux qualités des joueurs de l’effectif, permettent de beaucoup mieux quadriller le terrain. Malheureusement, ce retour en arrière salvateur ne s’est pas produit, ou de façon trop marginale.

Pour affronter Chelsea, la seule alternative éventuelle au sempiternel 4-3-3 était le 4-2-3-1 testé 2 fois avec les succès à Bordeaux en CdL et samedi contre Reims, mais avec des joueurs différents. On imaginait mal une improvisation totale à l’occasion d’un quart de finale retour de Ligue des Champions. La seule incertitude concernait la compo car Cabaye et Pastore étaient membres de l’équipe des titulaires lors du dernier entraînement. Malheureusement, il s’agissait d’un leurre. De solides arguments plaidaient en faveur du Français, à commencer par sa connaissance de Chelsea (les joueurs, le stade, le public), son habitude des rencontres très intenses, mais aussi son profil de milieu complet capable de défendre, de vite sortir le ballon, de participer à la construction et de conclure les actions offensives. L’Argentin aussi était un candidat très sérieux à la titularisation, tout allait dans ce sens, à commencer par son but magique à l’aller, sa bonne prestation contre Reims, sa capacité à briller dans les grands moments, sa relation technique avec Lavezzi et Cavani, sa forme actuelle, et son efficacité dans les 20 derniers mètres (très supérieure à celle du duo Lavezzi-Lucas). Les faire débuter se justifiait d’autant plus quand on sait avec qui ils étaient en balance. Le cas Verratti a suffisamment été évoqué, tout indiquait la reproduction de son comportement de l’aller. Lucas avait toutes les caractéristiques du joker idéal pour ce genre de rencontres. On le sait très bien, s’il peut profiter des décalages créés par ses partenaires, il est rarement leur initiateur. En résumé, Lucas est un attaquant dribbleur, rarement buteur, rarement créateur. A l’occasion du récit de la rencontre il sera question de l’incohérence de cette composition d’équipe dépourvue de lien entre les attaquants et leurs partenaires.

Malheureusement, avec Blanc comme avec Ancelotti, le statut est privilégié sur toute autre donnée utile pour composer l’équipe. Sans – bonne – surprise, le PSG a donc débuté avec Sirigu - Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell - Verratti, Motta, Matuidi - Lucas, Cavani, Lavezzi. Plus Douchez, Marquinhos, Digne, Van der Wiel, Cabaye, Pastore et Ménez sur le banc. Du coup Rabiot, Ongenda et Camara ont fait le voyage pour rien.

En face, pas plus de surprise. Privé de Ramires (suspendu), de Salah et Matic (non-qualifiés), Mourinho a récupéré Eto’o, annoncé incertain après 2 grosses semaines d’absence, mais en réalité capable de tenir tout le match. Fort de son expérience, Lampard formait la première ligne de milieux avec David Luiz, le défenseur central chevelu beaucoup plus souvent utilisé en numéro 6. On retrouvait donc Cech - Ivanovic, Cahill, Terry, Azpilicueta - Lampard, David Luiz - Willian, Oscar, Hazard - Eto’o. Et sur le banc Schwarzer, Cole, Kalas, Obi Mikel, Schürrle, Torres, Ba.

De part et d’autres pas mal de joueurs risquaient une suspension pour la prochaine rencontre, surtout côté parisien (Alex, Motta, Matuidi et Cavani). Cette donnée pouvait avoir son importance car M. Proença est réputé pour distribuer les cartons comme Floyd Mayweather distribue les pains sur un ring. Il a la main lourde. D’ailleurs, le choix de désigner un arbitre portugais pour un match très important d’une équipe de Mourinho n’était pas très judicieux, l’UEFA aurait pu s’abstenir, éviter de s’exposer à des polémiques néfastes pour le football. La demi-finale de finale aller Inter-Barça il y a quelques saisons constituait un précédent (il s’agissait d’un autre arbitre portugais), heureusement que cette fois le déroulement de la rencontre n’a pas prêté lieu à débat. La meilleure équipe ayant justement obtenu sa qualification sans être aidée par un des 5 hommes munis d’oreillettes, toutefois pas nécessairement bien inspirés et cohérents.

J’étais confiant car le seul score réellement imaginable susceptible d’éliminer le PSG était 2-0, or le PSG n’avait perdu qu’un seul de ses 110 derniers matchs par 2 buts d’écart et avait toujours marqué à l’extérieur cette saison (sauf à Annecy sur pelouse gelée en croquant des occasions monstrueuses). Bien sûr, on peut toujours trouver des statistiques pour se redonner espoir dans une situation très compromise, en l’occurrence les pro-Chelsea mettaient en valeur une défense assez imperméable à domicile ces dernières semaines, l’invincibilité en championnat sous le règne de Mourinho ou encore les 7 qualifications de ce dernier en 7 participations aux quarts de finale de la LdC. Néanmoins, la tendance en faveur du PSG était lourde. Obligé ni de gagner, ni même de faire match nul à Stamford Bridge (où le FC Bâle a gagné lors de la phase de poules), il lui suffisait d’un but pour se mettre définitivement à l’abri. Si vous prenez en compte les précédents accordant 76 à 78% de chances[4] de passer à une équipe ayant remporté le match aller 3-1 à domicile, difficile d’être terrorisé. On pourrait aussi évoquer l’état de fatigue avancée des Blues en seconde période au Parc des Princes (Blanc a presque entièrement fait tourner samedi contre Reims, Mourinho partiellement une heure plus tard).

Le seul souci était de jouer le retour à l’extérieur. Pour cette raison il fallait absolument ouvrir le score ou au pire résister très longtemps, histoire d’éteindre le public, d’empêcher les Blues de prendre confiance et de se mettre à l’abri d’un BALC assassin. L’histoire s’est écrite de la mauvaise façon.

Le récit de la rencontre.

Le début de match n’est pas été mauvais, au lieu de la tornade anglaise attendue on a assisté à 8 premières minutes assez équilibrées avec un PSG en apparence solide, bien organisé, capable de maîtriser le ballon. Quand Verratti a dégagé loin devant à la 6e minute après un CF généreux offert par l’arbitre à Chelsea, j’ai même cru qu’il avait enfin retenu les leçons de ses erreurs. Il s’agissait en réalité d’un mirage.

Dès la 9e minute les Parisiens ont commencé à subir, sans être réellement mis en danger, je vous l’accorde, mais on sentait déjà les prémices de la suite, à savoir une incapacité récurrente à utiliser le ballon correctement. Les visiteurs n’ont quasiment jamais mis le feu dans la défense des locaux hormis sur un bon travail de Lavezzi conclu par un centre de Lavezzi (15e). Soit le ballon était vite rendu, soit il était gardé mais finalement perdu à force de reculer en se faisant peur comme sur une passe en retrait hyper risquée de Verratti pour Sirigu, chassé par Eto’o (13e).

Au bout d’un quart d’heure Hazard est apparu blessé, il a dû céder sa place à Schürrle (entré à son meilleur poste cette fois) à la 18e minute. Bonne nouvelle ? A priori, on pouvait le penser, la suite a montré que non (l’impact de l’Allemand n’a pas été immédiat).

Après la sortie du Belge, le PSG a repris le dessus, a commencé à pratiquer son jeu habituel avec beaucoup de circulation de balle. Une accélération très latérale de Lucas – pendant tout le match il s’est systématiquement lancé dans des tentatives de percées solitaires vouées à l’échec, des initiatives généralement conclues par une perte de balle au lieu d’une passe ou autre geste utile, une démonstration de football avec œillères – a donné lieu à un très bon CF à 24m pour droitier (plus le premier jaune du match pour Willian). Cavani a tiré dans le mur (25e). On venait d’assister au lancement de la soirée noire de l’Uruguayen. Et au premier ses 2 tirs parisiens de la première période, 2 tirs non cadrés.

Une faute grotesque de Verratti sur le côté gauche a signé le coup d’envoi de la grande marée bleue. Verratti a pris son jaune et a continué à contester, Lampard a tiré, la tête de Verratti a dévié le ballon, une manchette fantastique de Sirigu a repoussé l’échéance, il aurait facilement pu être pris à contrepied (28e). Chelsea a continué sur cette lancée, une frappe lointaine de David Luiz a été captée par le gardien italien après un rebond vicieux (29e), une autre d’Eto’o, contrée, a subi à peu près le même sort (31e), mais c’est surtout l’attitude des Parisiens qui inquiétait, ils défendaient de plus en plus bas. Très rapidement cette reculade a provoqué une catastrophe (32e). Une catastrophe à cause d’une erreur défensive individuelle. L’erreur d’un attaquant de surcroît. Encaisser un BALC aussi grotesque sur une touché longue à peine déviée par le dos de David Luiz a plombé le PSG. Cet événement a aussi réveillé le public, l’équipe de Mourinho et surtout son auteur, Schürrle, l’entrant imprévu, devenu soudain un poison. Lucas n’avait pas le droit de s’endormir dans la surface, il a complètement oublié le marquage de l’Allemand, absolument seul au point de penalty pour frapper dans le ballon arrivé à lui tel un cadeau tombé du ciel.

Mené 1-0, le PSG était en sursis, Chelsea n’avait plus qu’un but à inscrire pour reprendre la main. Pour celle qui la subit, cette position est extrêmement délicate, épuisante psychologiquement. Vous ne savez pas quelle attitude adopter, chercher à marquer et risquer d’encaisser en contre le but de l’élimination, ou penser avant tout à tenir le coup face à une équipe boostée psychologiquement. En réalité le mal était déjà fait, il fallait penser dès le coup d’envoi à ouvrir le score, essayer d’y parvenir avant d’être mis sous pression en concédant un pion, a fortiori un BALC. Dans une double confrontation de ce genre, prendre 2 buts d’avance à l’aller a pour principal intérêt de vous permettre d’attaquer d’entrée au match retour. Si vous y parvenez l’affaire est entendue, si vous échouez dans votre entreprise il n’y a pas péril en la demeure, les adversaires doivent vous en coller 2 pour faire basculer la situation en leur faveur. Perdre la moitié de votre avantage sans même avoir tenté de l’augmenter est désolant, les joueurs doivent être hantés par un sentiment de culpabilité terriblement difficile à surmonter.

Revenons-en au jeu. Chelsea aurait pu tuer le suspense dans la foulée si Schürrle s’était vu octroyer un penalty (il a trop cherché le contact, l’arbitre était très proche de l’action, heureusement pour Verratti qui avait mordu dans la feinte et est passé près d’une exclusion sur ce coup, 33e) ou si Cahill n’avait pas dévissé sa frappe dans un ballon mal – ou pas – dégagé par la défense parisienne suite à un nouveau CF sur le côté (36e). Par la suite et jusqu’à la mi-temps, la pression imposée par les Londoniens a été moins constante, ils ont attaqué par à-coups, notamment à base de contres supersonique, finissant la première période en mettant une dernière fois à contribution la défense de leurs visiteurs. Hormis un CF côté droit dégagé des poings par Cech (45e), le PSG ne s’est procuré aucune opportunité de lui rendre la pareille.

Je ne m’explique pas certaines décisions de l’arbitre au cours de cette première période. Ne pas mettre de carton à Eto’o pour sa semelle ultraviolente sur Thiago Silva (37e), tout comme il l’avait oublié pour Lampard, auteur d’un dangereux tacle par derrière sur Lucas (7e), c’est du mauvais arbitrage. D’autant que Lampard a remis un tacle par derrière, cette fois à Lavezzi, de quoi prendre un carton qui aurait dû être son 2nd jaune[5] (42e). Quand David Luiz a exprès tiré sur Cavani un CF sans intérêt dans son camp uniquement pour le faire sanctionner, l’arbitre n’a pas hésité à lui mettre ce carton ridicule synonyme de suspension au prochain match (40e). Un peu de psychologie b*rdel !

De la psychologie, un entraîneur doit savoir en faire preuve, notamment à la mi-temps. Blanc aurait dû remettre ses joueurs sur le droit chemin en leur faisant passer le bon message (en l’occurrence quelque chose du genre «Nous sommes toujours en position de qualifiés, c’est sur eux qu’est la pression, à vous de le leur rappeler en leur montrant qui vous êtes, que vous n’avez pas peur d’eux. Regardez-les dans les yeux ! Restez calmes, appliquez-vous, arrêtez de reculer, défendez en avançant et n’hésitez pas à aller vous-mêmes mettre la pression chez eux. N’oubliez pas qu’ils ne peuvent se permettre d’encaisser un but, à la moindre incursion dans leur surface vous allez les faire paniquer. Ils sont faibles psychologiquement, la semaine dernière, dès qu’on a mis le feu, ils ont craqué.»). Il était en effet absolument impératif de retourner sur le terrain avec un autre état d’esprit, d’arrêter de rendre trop vite le ballon, de mieux l’utiliser en attaque en jouant ensemble.

L’autre impératif était de modifier l’équipe. Devant mon écran j’espérais que Cabaye remplace rapidement Verratti et que Pastore vienne vite suppléer Lucas si ce dernier ne se reprenait pas très rapidement. Les 2 plus jeunes titulaires étaient vraiment trop mauvais. En plus de multiplier les erreurs grossières et pertes de balle horripilantes, ils n’ont JAMAIS donné le moindre ballon à exploitable à Cavani, obligé de passer son temps à défendre. Le seul avant-centre valide de l’effectif n’a jamais pu pénétrer dans la surface au cours de la première période, hormis sur CPA, et encore il n’y a pas touché une fois la gonfle ! Le PSG avait besoin de joueurs capables de porter le jeu – et pas seulement le ballon – dans le camp adverse, de surprendre la défense de Chelsea. Car c’est tout de même à signaler, dans ce 4-3-3, il n’y a AUCUN MILIEU OFFENSIF. Quand Ibra est présent, il décroche et joue le rôle de meneur de jeu. En son absence, les seuls à pouvoir remplir ce rôle primordial sont Pastore, Cabaye et Ongenda… Les 2 premiers étaient sur le banc, le 3e… assis derrière le banc. Lucas et Lavezzi sont des attaquants de côté, des agitateurs, des dynamiteurs, tout ce que vous voulez mais absolument pas des créateurs, pas des garçons capable en moins de 3 touches de balle de créer un décalage décisif. Tout ce qu’ils font est prévisible ! Pour ne rien arranger ils sont terriblement maladroits. Verratti devrait être un des meneurs de jeu remplaçants de l’équipe, il passe pour un formidable n°6-8. Le garçon ne sait pas défendre, il fait de temps en temps une passe décisive mais uniquement quand il est en position de numéro 10[6], et est totalement incapable de marquer le moindre but (sans parler des risques stupides dont il est friand).

En résumé, avec l’équipe de départ, hormis sur CPA, à condition d’en obtenir, les Parisiens n’avaient à peu près aucune chance d’en planter un à une équipe du niveau de Chelsea.

Il est vrai qu’à l’aller, après de multiples errances en première période, le PSG s’était repris en seconde. Cette fois, l’effet de la mi-temps n’a pas sauté aux yeux. Lavezzi et Lucas ont chacun tenté un raid solitaire au milieu de la défense jusqu’à perdre le ballon en s’écroulant. L’arbitre n’a pas bronché, les attaquants parisiens n’ont simplement pas bien joué le coup. A vrai dire, ils n’ont quasiment jamais bien joué les coups. Même obtenir des CPA devenait très compliqué. En réalité la mi-temps a eu des effets visibles sur certains joueurs. Ainsi, si Matuidi est revenu à son véritable niveau après 45 premières minutes inhabituellement discrètes, Verratti a encore régressé. Une de ses nouvelles pertes de balles stupides a permis aux Blues de développer une contre-attaque parfaite conclue d’abord par une puissante frappe de Schürrle sur la barre (52e) puis l’obtention d’un CF pour droitier avec au passage un jaune idiot pour Lucas, revenu défendre à contretemps. Il s’est fait piéger comme un bleu par un Blue qui n’est pas un bleu (Eto’o). Son pote Oscar a tiré ce CF pour droitier situé aux 20 mètres. BIM ! Sur la barre (53e).

Blanc était obligé de réagir en remplaçant Verratti, il a enfin lancé Cabaye (55e). Les minutes qui ont suivi ont été les meilleures du PSG, avec comme sans ballon. Collectivement, on retrouvait enfin un Paris Saint-Germain plus serein et plus entreprenant. Matuidi a obtenu un CF juste à l’extérieur de la surface en poussant Ivanovic à la faute (carton jaune, suspendu au prochain match), Lavezzi l’a tiré enroulé vers le second poteau, obligeant Cech à le détourner d’une manchette (57e). Enfin une occasion parisienne ! Pendant ce temps fort d’autres CPA ont été obtenus, Cavani a tenté sa spéciale au premier poteau sur corner sans la cadrer (59e). En évoluant plus haut, gêner Chelsea devenait enfin possible. On a même vu Lucas finir une action individuelle par une bonne frappe – contrée par Terry – au lieu d’une perte de balle, c’est dire le progrès !

Le coup de coude de Schürrle qui a ouvert la pommette de Maxwell m’a agacé (61e). Après avoir oublié de sortir le carton qu’il avait pourtant facile, l’arbitre a attendu un corner défensif pour obliger le Brésilien à aller se faire stopper le saignement signalé par David Luiz, champion du monde de fair-play. C’est se moquer du monde ! Si cet épisode assez scandaleux n’a pas eu de conséquence directe, il a permis à Chelsea de se remettre dans le bon sens, d’inverser la tendance qui se dessinait depuis l’entrée de Cabaye.

Le choix tactique de Mourinho, sortir Lampard pour faire entrer Ba, un 2e avant-centre, était logique. A 25 minutes de la fin, il lui fallait agir, il n’a pas hésité. Après le match, Blanc a donné son sentiment. Selon lui ça ne s’est pas joué à grand-chose. Selon lui Paris – il débute souvent ses phrases par «Paris…» ou «Paris Saint-Germain…» comme s’il était extérieur au club, suis-je le seul à être choqué par cette façon de s’exprimer ? – a encaissé un but au moment où on s’y attendait le moins. C’est faux. Le premier but est intervenu en plein temps fort de Chelsea, le second était presque inéluctable. Certes, il est super moche, extrêmement chanceux (frappe ratée, détournée par Alex, le remplaçant traité comme une m*rde toute la saison par Mourinho surgit, reprend du tibia, ça tape son autre tibia, le ballon finit au fond, une horreur), mais ce «pas grand-chose», matérialisé par une bonne dose de réussite en fin de match, s’explique aisément. Mourinho l’a reconnu honnêtement, Chelsea a eu, je cite, «du cul». Il l’a eu parce qu’il a fait le nécessaire pour l’avoir. Oh, rien de fabuleux, rien de génial, juste ce qui s’imposait pour provoquer la chance.

Pendant ce temps Blanc se contentait d’observer. C’est bien le problème, Blanc n’est pour ainsi dire jamais acteur des matchs, ses remplacements sont généralement effectués par obligation (blessure, joueurs cramés, trop proches du rouge ou cataclysmiques) ou juste pour faire tourner l’effectif comme prévu avant la rencontre. Sa passivité aurait pu le faire passer pour un génie. Par exemple si Lucas avait sauvé sa prestation en réussissant sa tête à la réception d’un CF (67e). Mais honnêtement, qu’il la rate était infiniment plus probable, non ? Lucas ratait tout avec les pieds, alors avec la tête…

Mourinho, lui, a failli pouvoir immédiatement passer pour un magicien, déjà grâce à Ba. Très rapidement après son entré, le Sénégalais natif de la région parisienne a dévié de la tête un ballon arrivé de loin, offrant une belle occasion à Schürrle, parti de la droite pour se retrouver dans l’axe en position de frappe. Pas complètement éliminé, Maxwell a pu le gêner, peut-être même a-t-il dévié la frappe arrêtée par Sirigu (68e).

Ne nous y trompons pas, c’est pendant cette période que le PSG a perdu le match et laissé échapper la qualification, pas à la 87e minute. Avant le coup de poignard quelques opportunités presque inespérées d’égaliser ont été gâchées horriblement par des ratés individuels. L’erreur la plus terrible est collective. Il était impensable de laisser Chelsea imposer un rythme effréné, enflammer la rencontre ! Les visiteurs, forts de leur but d’avance, devaient absolument chercher à calmer le jeu, frustrer les locaux, obliger leurs défenseurs à aller au contact pour récupérer le ballon… donc à commettre des fautes synonymes de CF, de cartons, de perte de temps. C’est ce dont le PSG aurait eu besoin pour enrayer la machine londonienne. Au lieu du match haché souhaitable, on assistait à une rencontre d’une intensité dingue, du non-stop, ça partait dans tous les sens, rien de commun avec un match de Ligue 1 classique.

Peu habitués à défendre, pratiquement jamais au taquet pendant plus de 45 minutes au cours du même match depuis le début de la saison (je le répète, s’ils l’avaient voulu, ils auraient pu s’interdire tout relâchement du début à la fin de certains matchs, notamment PSG-OM, ça leur aurait fait un entraînement grandeur nature), les hommes de Laurent Blanc risquaient de craquer à tout instant. Une simple erreur individuelle pouvait avoir des conséquences désastreuses pour toute l’équipe. L’odeur du 2-0 commençait à se faire sentir de façon de plus en plus insistante.

Il a fallu attendre la 73e minute pour assister au 2e changement parisien. Pastore aurait dû débuter, il est entré en jeu à la place de Lavezzi ! POURQUOI LAVEZZI[7] ? Lucas aurait dû sortir depuis bien longtemps, il était nul, Lavezzi était de loin le moins mauvais des 3 de devant, il était aussi le plus à même d’apporter de la profondeur en fin de match. Après ce changement 100% argentin, Cavani aurait pu égaliser (il en avait déjà eu l’opportunité juste avant en reprenant de volée une longue ouverture de Matuidi, malheureusement sa surpuissante reprise croisée – un geste difficile dans une position pas idéale – est passée un peu au-dessus). L’Uruguayen a été privé d’une énorme occasion à cause d’un retour défensif d’Ivanovic venu de justesse lui retirer un super ballon adressé par Pastore. Le latéral serbe a eu de la réussite car son intervention a failli se transformer en passe décisive pour Maxwell, qui avait suivi l’action. Ce dernier n’a pu cadrer sa volée (76e). Tout était parti d’une récupération du ballon dans le camp anglais. Une passe, une action de Pastore dans son rôle de meneur de jeu – nouvelle illustration de l’importance des milieux offensifs pour alimenter les attaquants – et la défense de Chelsea s’est retrouvée en danger. Si seulement les Parisiens avaient pu comprendre la nécessité de défendre en avançant, de mettre la pression au milieu dépeuplé des Blues… La solution s’y trouvait.

Avec David Luiz, Willian, Oscar, Schürrle, Eto’o et Ba devant une défense à 4, Chelsea n’avait pas trop intérêt à s’éterniser au milieu, l’équipe était coupée en 2. Quelques minutes plus tard, Torres a remplacé Oscar (81e), Mourinho a donc fini avec 3 véritables n°9 après avoir joué une très grande partie de l’aller sans en mettre un seul et s’être plaint de n’en avoir aucun à disposition. Il a tenté le tout pour le tout, ça a fonctionné grâce à un coup de chance. Seulement vous avez plus de chance de marquer en attaquant même de façon désordonnée qu’en passant votre temps à défendre. Mais on n’en est pas là. Le dernier changement anglais s’est produit à un moment où la pièce jetée en l’air hésitait à retomber côté pile ou côté face. Le match était déjà complètement fou, les joueurs s’affranchissaient de toute tactique, en particulier les locaux. Sauf bien sûr si on considère comme une tactique le fait d’envoyer systématiquement le ballon dans la surface d’une façon ou d’une autre et de frapper peu importe comment.

On a ainsi vu Ba réclamer un penalty pour une intervention litigieuse de Thiago Sivla (une obstruction avec contact à l’intérieur de la surface). Il aurait pu avoir gain de cause à un autre moment, pas si prêt de la fin d’un quart de finale retour de Ligue des Champions, pas dans une situation critique susceptible de faire basculer la qualification en faveur de l’équipe jusqu’ici éliminée. Presque dans la continuité, Cavani a mangé la feuille malgré un contrôle splendide sur une ouverture non moins splendide de Cabaye (77e). Il s’agissait alors de la plus franche occasion parisienne de la rencontre. Cavani n’avait pas le droit de tirer au-dessus. Le minimum était d’obliger Cech à réaliser un exploit. Ce raté a sans doute eu des répercussions psychologiques sur tous les joueurs, il a dû renforcer les Blues dans leur conviction d’être destinés à se qualifier et mettre un coup sur la tête des visiteurs passés tout près de la délivrance. Les Parisiens n’ont pas eu le temps d’encaisser car c’est reparti de plus belle.

Quelques poignées de secondes plus tard Maxwell a pris un jaune hyper sévère (79e). Cet arbitre est un grand malade, quelque-chose ne tourne pas rond dans sa tête, il a sorti 8 cartons dont certains dignes de M. Chapron tout en oubliant de sanctionner les simulations et la plupart des – rares – gestes violents. Coller un jaune à David Luiz pour s’être agrippé longuement à Matuidi était logique (82e), ne rien dire à Mourinho quand il est parti en sprint pour faire son show sur le terrain après le but de Ba est anormal. Bien sûr, ça n’aurait rien changé au résultat. Au moins, ça l’aurait remis en place.

Un de mes regrets concernant cette rencontre est lié au choix de presque toujours privilégier le jeu long quand Sirigu avait le ballon. Qu’il s’agisse de CF ou de sorties de but, il l’envoyait systématiquement dans le camp adverse quitte à le rendre à Chelsea. De deux choses l’une, soit il a suivi les consignes de l’entraîneur et il n’aurait pas dû, soit les joueurs ont décidé ça de leur propre chef, signe d’un manque d’autorité de Blanc, et ils n’auraient pas dû. Dans les 2 cas on touche du doigt une grosse erreur tactique particulièrement évidente en fin de match. A chaque fois, le ballon ainsi rendu à Chelsea générait une déferlante bleues dans les 7 ou 8 secondes. A l’inverse, quand le PSG posait le jeu, il pouvait vraiment être dangereux. En voyant la longue séquence de possession de la 80e minute conclue par une bonne frappe cadrée de Lucas, comment ne pas avoir de regrets ? Faire circuler le ballon dans le camp de Chelsea jusqu’à créer un décalage et/ou une situation de frappe, les Parisiens en étaient parfaitement capables… à condition d’essayer. Ils ont très peu essayé.

Pire, Blanc a tout bonnement décidé d’arrêter de tenter le coup. A 10 minutes de la fin, contrairement à ce qu’on pouvait anticiper, les Bleues avaient encore les ressources physiques nécessaires pour mettre le feu. Paris subissait de plus en plus, il fallait réagir. Mais bien réagir. Blanc s’est fait dicter son changement par Mourinho. Il a fait entrer un 3e défenseur central, Marquinhos, pour s’occuper du 3e avant-centre de Chelsea, tâche dont Motta aurait très bien pu se charger. Surtout, il a remplacé un jeune Brésilien par un autre. Sortir Lucas s’imposait… longtemps avant ! Plus à ce moment de la rencontre ! Ou alors il fallait lancer un autre joueur offensif car désormais, il était suicidaire de se priver de la vitesse d’un garçon capable d’aller chercher les ballons dégagés à l’emporte-pièce (d’autant plus avec un Cavani pratiquement défenseur), de le garder dans le camp londonien pour empêcher les adversaires d’assiéger la surface parisienne, mais aussi pour obtenir des CF. En voyant ce changement 90% des supporters du PSG ont pleuré, ceux de Chelsea y ont encore plus cru. Surtout, le message envoyé aux joueurs était terrifiant : «les gars, on va subir jusqu’à la fin, on serre les fesse et on prie».

Comme par hasard, 2 minutes après une séquence miraculeuse au cours de laquelle le ballon aurait déjà dû finir au fond de la cage de Sirigu sans plusieurs contres improbables et un coup de sifflet très généreux sanctionnant une faute bidon sur le gardien parisien (en réalité Ba a été poussé par Motta, raison pour laquelle il a heurté Sirigu), Chelsea a inscrit le second but de la soirée (87e). Comme par hasard, Ba a profité d’un tir – foireux – du latéral gauche des Bleues, c’est-à-dire le joueur qui défendait dans la zone de Lucas… Azpilicueta aurait-il pu se permettre de monter si Lucas était resté sur le terrain ou avait été remplacé par Ménez ? Impossible de l’affirmer. On est en droit de le penser.

Le moment (87e minute) et la mocheté du but génèrent cette illusion de qualification manquée de très peu. Oui, il fait partie des plus dégueulasses de la saison. Seulement, dans cette configuration, c’est assez classique. Plus il y a de monde dans la surface, plus les tirs, les passes et autres centres ont des chances d’être déviées ou contrées, plus l’engagement et la réactivité font la différence. Ce BALC de Ba l’illustre parfaitement : le PSG subit, défend très bas, est acculé dans ses 20 mètres, un Londonien joue long, Jallet essaie de dégager de la tête (dans un duel), le ballon revient à Eto’o, première frappe contrée, Azpilicueta hérite à son tour du ballon et tente une frappe – moisie – depuis l’extérieur de la surface, Alex tente de dégager mais dévie seulement la trajectoire de ce tir pourri, sans quoi le ballon serait sorti sans pouvoir être intercepté par quiconque, malheureusement Ba se montre plus prompt que Maxwell, il se jette devant le Brésilien pour intercepter le ballon d’une sorte de tacle dégueulasse absolument pas maîtrisé… tibia droit, tibia gauche, but. Paris crucifié, Paris éliminé.

Blanc et ses hommes ont mis 88 minutes à le comprendre, il leur fallait attaquer. Ils ont fini par s’y mettre. Ça a failli fonctionner. Comme Deschamps, son successeur à la tête de l’équipe de France, le champion du monde 1998 est un gros chatt*rd, on le sait tous. Seulement cette fois les dieux du football lui ont fait un doigt d’honneur. Du côté de Chelsea, on ne s’embarrassait plus de rien, on gagnait du temps à l’ancienne (pseudo crampes d’Azpi et compagnie), on balançait n’importe comment. Dans cette fin de match très brouillonne, les Parisiens ont eu 2 occasions, une tête cadrée absolument pas dangereuse d’Alex (91e) et surtout une énorme de… Marquinhos, l’adolescent qui n’aurait pas dû entrer (94e). Dans la foulée du corner a priori de la dernière chance, Maxwell a été décalé côté droit et a pu servir son jeune compatriote en retrait pour une reprise en direction du premier poteau. Marquinhos a visé à peu près là où Pastore avait glissé le ballon à la 94e minute du match aller, surprenant Cech, incapable d’intervenir à temps. Cette fois, le Tchèque a détourné le tir.

A quelques centimètres près on aurait entendu parler d’un coaching exceptionnel. On a donc évité une blague. L’équipe qui méritait la qualification disputera les demi-finales. Et je parle bien d’équipe, pas d’entraîneur, car aucun des 2 entraîneurs n’a été impressionnant lors de cette double confrontation. Le show Mourinho ne masque pas la réalité des faits. En plus de l’extrême réussite déjà commentée plus haut, il a eu la chance qu’Hazard se blesse, c’est ce qui a provoqué l’entrée de Schürrle, un des hommes du match. Il s’est ensuite contenté de lancer les derniers joueurs offensifs présents sur son banc, en l’occurrence des avant-centres, dans une situation où son équipe devait absolument marquer. Tu parles d’un coup de génie ! A l’aller, Blanc avait eu la même chance, sans la blessure d’Ibra on n’aurait pas vu Lucas si rapidement et Pastore ne serait jamais entré en jeu. En outre, après une défaite 3-1 à l’aller, tout coach normalement constitué aurait rappelé la base à ses gars : si vous marquez en première période, vous serez à seulement 1 but de la qualification, vous aurez jusqu’à la dernière minute du temps additionnel pour l’inscrire. Grosso modo, c’était le message adressé par le Portugais à son effectif. Si ça fait de lui un visionnaire, quelques centaines de millions de génies circulent sur la surface de notre planète. Le vrai génie de Mourinho est de faire croire qu’il est la principale raison de la qualification de son équipe. Certes, la statistique du 8/8 à ce stade de la compétition est impressionnante, mais hormis la première fois avec Porto, il partait toujours favori.

Résumé version britannique.

La version française de PSGZINE (héritier de PSGMag, très bon site qui n’est plus actif).

Je récapitule.

Excellent, Sirigu a repoussé l’échéance tant que possible. Sans être parfaits Jallet et Alex ont fait le travail correctement en manquant de réussite. Maxwell, trop faible défensivement, aurait pu se rattraper grâce à une de ses rares montées, souvent efficaces. Thiago Silva a manqué de leadership, comme Thiago Motta, qui a été médiocre. Verratti… calamiteux n’est pas assez fort pour qualifier sa façon de plomber son équipe. Matuidi discret en première période puis bon en seconde. Lucas désespérant, il y a 95% à jeter sur ce match, en attaque comme en défense où il a coûté un but puis presque un second. Lavezzi assez inutile malgré les efforts fournis. Cavani volontaire mais terriblement maladroit et mal inspiré. Cabaye et Pastore n’ont pas fait des entrées fracassantes, ils n’ont pas été mauvais pour autant, les conditions leur étaient défavorables.

Au final, alors que le PSG était censé jouer la possession et craindre les contre-attaques, il a été incapable de garder la gonfle hormis au cours d’une partie du match aller et a encaissé 3 buts facilement évitables sur des erreurs idiotes (un péno pour une faute bête, une touche longue foireuse, une action confuse à l’arrache), aucun en contre. Blanc s’est complètement trompé dans son approche du match et dans ses choix d’équipe, dans son coaching en cours de rencontre. Tout a été fait à l’envers.

Seulement tout a été fait à l’envers depuis des mois, l’équipe n’a pas été – et ne s’est pas – préparée pour disputer ce genre de rencontres. Elle a failli tactiquement, structurellement, mentalement. A force de gagner en faisant le minimum, d’avoir la vie trop facile, de faire preuve de légèreté sans en subir les conséquences, ils ont adopté un faux-rythme de croisière qu’ils ont été incapables d’abandonner pour passer à la vitesse supérieure. Les leviers de rigueur et d’intensité sont restés coincés au minimum, il fallait pourtant pousser les machines à fond.

Matuidi est le moteur de l’équipe[8], Ibra est l’arbre de transmission[9], sans l’un ou l’autre le PSG reste une Ferrari, seulement il ne s’agit plus d’une Formule 1, on se retrouve avec une Testa Grossa, un modèle qui ne roule pas et a même du mal à passer les portes du garage… En l’occurrence, sans le Suédois, point de salut car point de leader. Matuidi a essayé de montrer l’exemple, les 2 Thiago ont failli, incapables de faire remonter le bloc, de secouer leurs coéquipiers pour lancer la révolte… ou même de hausser leur propre niveau. Blanc n’a ni préparé, ni tenté d’improviser pour sauver le coup, il a juste subi les événements, son équipe évoluait infiniment trop bas, il s’est enfoncé en fin de rencontre en acceptant d’encore plus subir en remplaçant un attaquant par un énième élément défensif. Une ineptie.

Affirmer que le PSG est passé près de la qualification est un déni de réalité. Bien sûr, encaisser si tard le second but et avoir une grosse occasion à la dernière minute peut créer cette illusion chez qui refuse de regarder les choses en face.
Tout le monde était au courant de la durée du match, au moins 90 et non moins de 87 minutes. Jouer en apnée est dangereux, on finit souvent par se noyer. Combien de temps de temps les Parisiens croyaient-ils pouvoir retenir leur respiration sans boire la tasse ? Le second but de Chelsea semblait inéluctable. L’échéance, plusieurs fois repoussée, est tombée.
Vous avez 3 attaquants sur le terrain mais vous n’attaquez quasiment pas contre une formation obligée de se découvrir, puis vous vous réveillez à 7 minutes de la fin (temps additionnel compris) une fois vos attaquants remplacés par des joueurs plus défensifs, il vous faut impérativement marquer un but face à des gars tous regroupés derrière qui donneraient leur vie pour protéger leur cage. La probabilité de planter ce pion salvateur est-elle assez élevée pour réellement imaginer tel retournement de situation ? Etait-on censé croire que Cech allait encore s’en prendre un en étant si peu sollicité ?

Chelsea, privé de plusieurs joueurs importants, n’a même pas eu besoin de réussir un grand match en ayant pourtant un 3-1 à remonter. Jamais les Blues n’auraient pu passer si les Parisiens avaient fait le nécessaire afin de les empêcher d’y croire. On attendait une réaction après une première période cataclysmique, on a été déçu.

L’ironie du sort pour le PSG de se faire éliminer par le but d’un de ses supporters. Demba Ba est rouge et bleu de cœur depuis toujours. Normalement, ce genre de détails, ça pique ! A vrai dire, je suis trop blasé pour m’attarder sur ce genre de détails. Remarquons seulement l’absence d’un 3e buteur dans l’effectif du PSG.

Et maintenant ?

Pour les joueurs, le staff et les dirigeants parisiens, le coup est rude. Ils ne s’attendaient pas à ça, d’où une sévère gueule de bois. On peut réellement parler d’échec car si prendre Chelsea avec retour à l’extérieur était un sale tirage, le piège par excellence, le PSG était bien installé dans le siège du conducteur à l’issue du match aller. La prestation de l’équipe à Stamford Bridge est indigne, elle s’est sabordée. L’an dernier l’élimination sans perdre contre un faible Barça était rageante, le score cumulé était déjà de 3-3, la décision résultant du nombre de buts inscrits à l’extérieur, comme cette saison, seulement les Parisiens avaient malmené les Catalans à l’aller puis au retour. L’engagement, l’intensité et l’envie d’aller de l’avant, rien ne manquait. Les joueurs avaient presque tous donné le sentiment de se dépouiller pour aller chercher leur qualification, d’abord en s’arrachant pour égaliser 2 fois au Parc, une semaine plus tard au Camp Nou pour marquer le but dont ils avaient absolument besoin. Par rapport à la désolation de Stamford Bridge, c’est le jour et la nuit. A Londres, on a vu un PSG fébrile, seulement décidé à conserver l’avance obtenue à l’aller, incapable de hisser son niveau, d’envoyer du pâté.

Si on parle simplement de football sans être supporter d’un des clubs en cause, le constat est le suivant : contre le Barça on a vu 2 grands matchs globalement équilibrés, contre Chelsea aucun, le spectacle était très décevant (même au niveau de la qualité des buts… 5 offerts sur 6). Le PSG a été supérieur pendant la seconde période du match aller grâce à la fatigue des visiteurs, il est passé totalement à côté des 3 autres périodes. La victoire 3-1 était flatteuse, le but magique de Pastore a faussé la perception des choses.

La saison n’est pas encore terminée, il faut se concentrer pour bien la terminer avec les 2 matchs contre l'OL (surtout le second, la finale de la Coupe de la Ligue). Ensuite, il serait bon de préparer la Coupe du monde et la saison prochaine. Ça veut dire : Digne titulaire, Cabaye aussi, maximum 55 minutes par match pour Matuidi, Ongenda au moins 30 minutes à chaque fois, Pastore milieu offensif titulaire, Verratti sur le banc pour lui faire comprendre qu’il joue pour le PSG et non pour lui ou les adversaires. Concernant les autres mondialistes, certains peuvent être préservés s’ils le demandent.

"Une fois la saison terminée, il va falloir changer beaucoup de choses. Pas forcément les hommes, mais tout le reste. Je suis en train d’écrire la suite. Elle paraîtra prochainement… "

Notes

[1] Moins d’une heure lors du retour face à Valence, sa sortie a sauvé l’équipe (il a été remplacé par Gameiro, dont l’impact a été énorme, et Chantôme a pu repasser dans l’axe où il a été excellent alors qu’à droite il avait plus de mal), et à Barcelone où il était à la rue au cours du premier quart d’heure – un des plus atroces de l’histoire du club – avant de bien se reprendre, néanmoins le PSG a été éliminé.

[2] Dans La Gazzetta Dello Sport il a parlé de Prandelli, le sélectionneur de l’Italie, qui, je cite, lui «demande de jouer plus vite en attaque et de défendre sans tacler. Il sait mieux que personne ce que je peux donner et sait que je peux lui donner satisfaction»… Prandelli lui fait donc les mêmes constats que moi et en a manifestement marre que Verratti ne réponde pas à ses attentes, sinon il l’utiliserait.

[3] Je me fous de ce qu’il a dit concernant Pogba ou la Juve, en revanche je suis outré par le reste… «Si vous m’enlevez le plaisir du risque, mieux vaut que je rentre à la maison. Laurent Blanc me rappelle à l’ordre. Contre Chelsea, j’ai perdu quelques ballons évitables, c’est vrai. Mais c’était un adversaire coriace, qui a un grand entraîneur comme Mourinho. Toutes les leçons sont utiles.» (Propos tenus dans La Reppublica.) D’une part il n’a absolument pas retenu la leçon, d’autre part il se fout complètement de l’équipe, il pense uniquement à son plaisir personnel.

[4] Selon les sources, on a vu 2 stats différentes.

[5] Mais aurait-il commis cette faute en se sachant déjà averti ? Probablement pas.

[6] Le seul poste auquel il devrait évoluer car ses qualités sont uniquement susceptibles de s’exprimer dans un rôle de passeur très avancé dans une équipe installée dans les 30 derniers mètres de l’adversaire. On l’a vu en début de saison face à Monaco, son unique vrai très bon match avec le PSG face à une formation ayant les armes pour rivaliser. Dès qu’il est plus reculé sur le terrain ses défauts prennent le dessus.

[7] Je l’ai écrit en majuscules car c’est un cri du cœur.

[8] Celui qui fait fonctionner l’équipe grâce à sa capacité à faire le taf de récupération au milieu, à casser les lignes, à apporter le surnombre. Il joue le rôle de 4e joueur offensif.

[9] Sans lui il n’y a pas de mouvement, les roues non munies de freins que sont Lucas et Lavezzi ne servent à rien.