En perdant à Lyon un match qu’ils n’auraient jamais perdu en faisant preuve d’un tant soit peu d’efficacité, les Parisiens ont réussi à se mettre eux-mêmes dans la difficulté. Cette défaite a allumé un début d’incendie. Blanc a jeté de l’huile sur le feu en choisissant délibérément de faire trainer ses histoires de prolongation de contrat. S’il avait réglé cette affaire bien plus tôt, on y aurait beaucoup gagné en sérénité, le titre serait déjà officiellement dans la poche. Au lieu d’être en vacances anticipées, les joueurs sont plongés dans une atmosphère étouffante, tout le monde n’attend qu’une seule chose, en terminer au plus vite avec cette saison éprouvante. Malheureusement, le résultat obtenu à Sochaux a repoussé la fête d’une dizaine de jours supplémentaires. Or toutes ces spéculations connaîtront leur terme uniquement après la célébration du titre. Souhaitons seulement que la situation actuelle ne laissera pas de séquelle. Pourrir l’intersaison et le début de 2014-2015 à cause de ces atermoiements post-Ligue des Champions serait stupide.

Outre cette histoire de prolongation de contrat, je regrette toujours les choix effectués, cette sorte d’alternance entre ses titulaires et les remplaçants habituels. Au lieu de diviser en 2 son effectif avec d’un côté l’équipe type et de l’autre les doublures, ne serait-il pas temps de tenter des choses, de considérer son groupe de 22 ou 23 joueurs dans sa totalité pour y "piocher" les éléments les plus en forme, les plus concernés par cette fin de saison (notamment ceux qui ont des choses à prouver) ? On aimerait les voir sur le terrain à la place des sénateurs, des vacanciers et des bl*nleurs. S’il est vrai que Cabaye n’a pas été brillant ces derniers temps, au moins il a un comportement professionnel, contrairement à Thiago Motta dont le manque d’implication actuel me gave sérieusement, mais surtout Verratti, apocalyptique, grotesque, affligeant, pathétique, insupportable… Ce gars joue encore. Je ne me l’explique pas. A Lyon, il était écarté, on l’a revu ensuite titulaire et toujours aussi c*n. A Sochaux il a replacé un Cabaye transparent histoire de se rappeler à nos mauvais souvenir (il bouffe la feuille, fait tout à l’envers, se comporte encore comme un abruti). Remplacer un fantôme par un boulet, c’est un concept !

Pour ne pas faire encore plus long je préfère ne pas m’attarder sur chaque cas individuel, beaucoup trop de joueurs sont à la rue en cette fin de saison. On en est réduit à attendre le retour de Zlatan Ibrahimovic, alias "Monsieur Plan A, B et C" (je le rappelle, le plan A est d’attendre de lui des passes décisives et de la finition, le plan B est d’attendre ses coups de génie, le plan C de jouer long sur lui pour des déviations à l’arrache). Où sont les hommes frais susceptibles de réveiller cette équipe en pleine sieste ? Où sont les jeunes Ongenda et Coman ? Pas dans le groupe…

Pour rappel, en finale de la Coupe de la Ligue, Blanc a remis exactement la compo du quart de final retour à Chelsea, du moins dans le champ, l’alternance entre Sirigu et Douchez s’appliquant pour les coupes. Ô surprise, le PSG a galéré malgré un scénario hyper favorable, il peut remercier le gardien de l’OL pour sa prestation clownesque. Sans lui et le but inscrit très tôt au terme d’un des rares mouvements collectifs parisiens de la rencontre je n’ose imaginer comment les évènements auraient pu tourner. A un moment il faut être sérieux, «ce sont les joueurs qui jouent», tout le monde le sait, seulement ce lieu commun est incomplet, en réalité «ce sont les joueurs mis sur le terrain par l’entraîneur qui jouent». Depuis déjà longtemps Blanc n’aligne pas les bons, l’organisation est défectueuse, l’engagement est insuffisant, la sérénité est absente. Bref, c’est au mieux bancal, au pire bidon. Heureusement en championnat les points d’avance sont là, le PSG a besoin d’un point en 3 matchs si Monaco fait un carton plein lors des 3 dernières journées, le titre est donc acquis.

Zlatan devrait revenir pour affronter Rennes 4 jours après la finale de la Coupe de France (qui explique ce report), je verrais bien une compo décapante du genre Sirigu - Jallet, Alex, Zoumana Camara, Digne - Ongenda, Cabaye, Matuidi, Pastore - Ibra, .Cavani Ensuite Coman, Rabiot et Lavezzi ou Lucas pourraient entrer en jeu.

PSG-Rennes entre dans le domaine de l’anecdote, regardons plus loin. Concernant la saison prochaine on entend déjà parler transferts (sans prendre en compte les probables sanctions décidées par la mafia de l’UEFA au nom du "fair-play" financier). Il y en aura, il faudra agir sur le marché, c’est évident. Néanmoins, la solution n’est pas dans le recrutement. Arrêtons cette fuite en avant ! Il n’est nullement nécessaire de dépenser toujours plus sous prétexte que quelque-chose ne fonctionne pas correctement. Quand un plomb saute, achetez-vous une maison neuve ou vous attelez-vous à localiser la panne pour remplacer le fusible grillé[1] ? Dans tous les domaines de la vie, il est impératif d’identifier les problèmes pour les régler. Beaucoup peuvent être résolus facilement sans dépenser un rond, la solution est souvent à portée de la main, reste encore à s’en rendre compte et à savoir utiliser le matériel à sa disposition.

Ceci vaut aussi en football. Au sein de son effectif le PSG possède déjà – presque – tout le matériel humain nécessaire pour remporter la Ligue des Champions. Pourtant il a échoué d’une sale manière dans son entreprise. Pourquoi ? Comment peut-on rectifier le tir, éviter de reproduire les mêmes erreurs ? Des problèmes, j’en vois plusieurs. Quelques remises en question s’imposent concernant…
-de la façon de jouer,
-de la gestion humaine des joueurs/de la concurrence/des statuts,
-de la façon de recruter (autrement dit de la direction sportive),
-de la façon de parler du PSG.

Les 2 premiers sujets concernent directement l’entraîneur. Faut-il en changer ? Question difficile. Je suis partagé. Je ne doute pas de son maintien en poste et de sa prolongation, seulement laisser la situation en l’état serait suicidaire. Soit les dirigeants font en sorte de renforcer son autorité, soit il doit partir. A vrai dire j’ai du mal à déterminer la part de responsabilité de Blanc dans cette affaire. Est-il réellement le patron de l’équipe ? Plusieurs événements me font penser que non.

Souvenez-vous de ses difficultés pour obtenir le recrutement de Cabaye. Le peu de temps de jeu accordé au titulaire de l’équipe de France est-elle explicable autrement que par un lobbying en interne au profit de Verratti (on le sait très soutenu par le clan italo-brésilien) ? Les pressions existent, Blanc y a cédé. D’autres événements vont dans ce sens.

L’attitude de Thiago Silva la saison passée était déjà douteuse, depuis l’été dernier il se comporte régulièrement de façon encore plus détestable. On se souvient de l’épisode de l’interview dans laquelle sa préférence pour une association avec son pote Alex était clairement exprimée. C’était en septembre 2012, juste avant Porto-PSG. Non content d’avoir fait reléguer Mamadou Sakho sur le banc, il en a remis plusieurs couches quelques mois plus tard en faisant tout un cinéma pour accepter de rester au club à condition d’obtenir une forte revalorisation salariale. Belle attitude… 1 an après sa signature, en ayant encore 4 ans de contrat, il avait juste à faire profil bas et à respecter ses engagements. Il a également insisté pour que les dirigeants achètent Marquinhos à n’importe quel prix (en attendant David Luiz, qu’il réclame depuis des mois ?). Blanc n’a pas voulu – ou n’a pas eu les c*uilles de – prendre la décision qui s’imposait en début de saison, à savoir faire de Sakho le second titulaire en défense centrale, sans doute pour ne pas froisser son capitaine. Résultat, adieu Mamad. Dans une équipe déjà en manque de guerriers et de leaders son départ a laissé un vide. Attention, ce n’est pas tout ! L’épisode de PSG-Olympiakos a laissé des traces (Thiago Silva avait imposé l’entrée de Marquinhos en faisant convoquer Makélélé derrière la cage de Sirigu, l’Italien devait transmettre le message à l’entraîneur adjoint, ce dernier la rapportant à Blanc… au lieu d’aller lui-même parler à son coach de façon beaucoup plus discrète lors d’un arrêt de jeu… Blanc a exécuté cet "ordre"). En outre, dans ses discours et par sa façon d’engueuler les autres sur le terrain, le Brésilien donne l’impression de ne jamais être responsable de rien, il n’assume jamais rien, hormis les victoires. Je préfère ne pas évoquer le niveau de ses prestations cette saison, particulièrement depuis le début avril, on se demande trop souvent si le capitaine du PSG est bien Thiago Silva ou Santiago Silvain, son sosie franco-chilien licencié dans un petit club de la Nièvre.

En règle générale Blanc est faible avec les forts et fort avec le faibles. Lors de sa signature j’étais habité par l’espoir fou de voir émerger une concurrence saine au sein de l’effectif. Cet espoir a fait long feu. Au PSG, les statuts et les jeux d’influence prédominent toujours sur l’apport réel et le niveau sportif. Ainsi, un joueur étranger a presque toujours l’avantage sur un Français, particulièrement s’il a les bons amis (ou le bon agent). Se faire adouber par les cadres étrangers (essentiellement les 2 Thiago et Ibra) passait sans doute par l’application de cette préférence étrangère. Du moins, c’est sans doute la façon dont le remplaçant d’Ancelotti, débarqué avec une étiquette de choix par défaut, a perçu la situation. Probablement pensait-il avoir besoin de se détacher de son image d’entraîneur français pour être pris au sérieux. Si vous regardez qui a trinqué depuis le début de la saison, hormis Sakho et les autres partants (Gameiro, Chantôme), las de devoir jouer avec des dés pipés, vous trouvez (sans classement particulier) :
-Jallet, le fusible utilisé par Blanc après 2 résultats médiocres en début de saison, qui a payé le fait d’être clairement snobé par certains partenaires décidés à ne pas lui passer le ballon quand le décalage était fait (et de ne pas avoir Mino Raiola comme agent ?) ;
-Digne, sous-utilisé et jamais entré en jeu depuis le début de la saison, même pendant les périodes difficiles de son concurrent brésilien, Maxwell, à la fois proche de Thiago Silva – qui l’a pistonné pour être pris en sélection – et d’Ibra ;
-Ménez, placardisé par Blanc au moment où il fallait l’aider à retrouver de la confiance et lui donner sa chance après sa hernie discale (Blanc préférait Lucas et Lavezzi, supposés supérieurs en talent ou en efficacité, pourtant depuis leur arrivée au club les stats et les prestations des Sud-Américains cités parlent… pour Ménez, ou du moins elles ne parlent pas en faveur des 2 attaquants en question) ;
-Rabiot, presque toujours utilisé et régulièrement titulaire lors de la phase aller, souvent hors des 18 depuis sa blessure au genoux (moins grave que prévu), ou comment passer en 2 jours du statut d’immense espoir du football français à celui de 5e roue du carrosse ;
-Cabaye, milieu récupérateur… du rôle de remplaçant attribué à Rabiot d’août à mi-janvier, d’office décrété inférieur à un Italien insupportable malgré ses excellentes prestations en Premier League et le coût de son transfert (c’est bien connu, entre un titulaire en équipe de France et un simple remplaçant potentiel du remplaçant en équipe d’Italie, le plus fort est forcément le Transalpin^^) ;
-Ongenda, révélation en début de saison – il a même sauvé la mise de Blanc au Trophée des Champions – puis disparu à partir de son match fantastique contre Bastia le 19 octobre, on l’a seulement revu en fin de rencontre face à Montpellier le 22 janvier puis contre Reims le 5 avril… ce qui justifie parfaitement de lui avoir refusé le prêt demandé dans le but de progresser en disputant des rencontres de L1 (^^) ;
-Coman, entrée en jeu contre Bordeaux au Trophée des Champions puis le 13 septembre en championnat… sans doute devenu trop jeune lors des 7 mois suivants (^^) ;
-Camara, encore dans l’effectif, mais il faut le savoir ! En pratique c’est un entraîneur adjoint délégué au dialogue avec Zlatan. Sauf cataclysme ou match sans aucun enjeu, il n’est pas sur la feuille, alors sur le terrain… Pourtant lors de ses rares apparitions il s’est montré nettement plus rassurant que Marquinhos.

Depuis le début de l’ère Blanc, 2 étrangers auraient des raisons de se plaindre du traitement dont ils ont été victime : Pastore et Cavani. Ce dernier n’a pas manqué de le faire dans L’Equipe au plus mauvais moment de la saison. Leur point commun est leur utilisation à un poste qui n’est pas le leur dans une configuration où exprimer leurs qualités est très difficile.

L’Argentin est trop gentil, trop discipliné, il ne fait jamais de vague, se plie aux décisions de l’entraîneur. Blanc a peu fait appel à ses compétences (beaucoup plus jusqu’à sa blessure en septembre puis de façon très irrégulière ensuite), la plupart du temps en l’alignant au sein de la ligne des 3 du milieu dans un rôle de récupérateur relayeur, absolument pas en meneur de jeu/milieu offensif/2e attaquant. Par conséquent Pastore était tenu éloigné des abords de la surface adverse, la zone où il sait faire la différence, celle où sa magie opère. Cette mauvaise utilisation d’"El Flaco" a donné lieu à des prestations très laborieuses suivies – souvent aussi précédées – de critiques insultantes provenant d’individus incapables de faire la différence entre les profils techniques de Matuidi (véritable 6/8), Verratti (10 dans une position de 6-8 qui se prend pour Pirlo) et de Pastore (milieu offensif, voire 9 ½). Même quand Lavezzi, Lucas et Ménez ne donnaient pas satisfaction, Pastore n’avait pas sa chance dans un rôle OFFENSIF.

Je ne m’explique pas le refus obstiné de Blanc de s’adapter aux caractéristiques de ses joueurs quand il en avait l’opportunité, notamment quand il faisait tourner son effectif. Où est le problème à passer en 4-2-3-1 ou en 4-4-2 quand Pastore est titulaire ? Ah pardon, je sais, ça fait un joueur de moins pour faire circuler le ballon dans son propre camp… En réalité, Blanc a modifié son organisation en de rares occasions, presque toujours en cours de match pour tenter de sauver les meubles, généralement avec réussite. L’exemple le plus parlant est celui du dernier PSG-OL, une rencontre débutée avec Verratti, Motta et Pastore au milieu, Lucas, Ibra et Cavani devant. Après environ une demi-heure dégueulasse au cours de laquelle le pressing haut de l’OL empêchait complètement les Parisiens de franchir la ligne médiane, l’improbable 4-3-3 a été délaissé au profit du 4-4-2 qu’imposait naturellement la compo. Grâce à cette modification tactique l’équipe a trouvé un équilibre, Pastore et Cavani ont pu s’exprimer, aidés après la mi-temps par l’entrée de Matuidi. Le 0-0 s’est transformé en 4-0 humiliant ou jubilatoire selon le point de vue.

Troquer le 4-3-3 dès le coup d’envoi au profit d’un autre schéma directeur a été chose très rare. Bordeaux-PSG en Coupe de la Ligue est longtemps resté le seul match lors duquel Blanc a construit l’équipe spécialement pour mettre Pastore dans les meilleures conditions (un 4-2-3-1). L’équipe a marqué 3 fois, les 3 fois grâce à lui (un but, une passe décisive, une avant-dernière passe qui aurait même pu être comptabilisée en passe décisive). On a ensuite dû attendre PSG-Reims 3 mois plus tard pour revoir cette organisation.

Enfin, rappelons une autre exception observée au course de la saison en une unique occasion, le PSG-Nice remporté 3-1 avec un triplé de Zlatan. Le relatif[2] classicisme apparent sur l’infographie présentant la composition de l’équipe parisienne était trompeur. En pratique, en phases défensives, "El Flaco" se replaçait côté gauche et Cavani à droite. En revanche, en phases offensives, il était n°10 derrière les 2 attaquants. A l’époque, la formule a convaincu au point de faire penser à beaucoup de monde que Blanc avait enfin trouvé la solution idéale pour faire évoluer ensemble les 2 anciens meilleurs buteurs du championnat italien. Entente, complémentarité, optimisation des capacités/compétences, cette configuration d’équipe semblait promise à un grand avenir. L’expérience n’a pourtant jamais été renouvelée[3]. Malheureusement pour Cavani.

Le cas de l’Uruguayen est particulier car il ne jouit au PSG d’aucun avantage lié à son statut de joueur le plus cher de l’histoire de la L1 (64 millions d’euros). Normalement, quand vous déboursez une telle somme pour faire venir un attaquant, c’est pour en faire la star de l’équipe ou du moins ce n’est pas pour en faire un simple lieutenant mis au service de LA star du club, ou encore le remplaçant de celle-ci[4]. En principe tout est fait pour lui faciliter la vie hors du terrain et pour l’aider à briller sur le "rectangle vert". Et pour cause : sa réussite est indispensable aux responsables de sa venue pour justifier leur décision d’investir autant sur sa personne. Seulement, en l’espèce, on parle d’un recrutement voulu et "négocié" par un directeur sportif se sachant sur le départ. André Rieu[5] a agi selon sa propre vision de l’équipe, en pensant à la façon dont il aurait lui-même utilisé Cavani (ce qui a été présenté au joueur). Problème, l’entraîneur ne partageait manifestement pas réellement cette vision des choses. Dans son discours, l’arrivée de ce nouveau buteur vedette l’obligeant à mettre en place un 4-4-2 semblait intégrée et acceptée, néanmoins, rapidement après le départ d’André Rieu, Blanc a décidé de s’affranchir des plans initiaux du Brésilien en décalant Edi sur un côté, presque systématiquement le droit. Pour tenter de légitimer ce choix, il a évoqué la façon dont il est utilisé en sélection, mais aussi son goût pour les efforts défensifs. Peu importe la véritable raison de cette décision (il en sera question plus loin), en pratique, ça ressemblait fort à du "tout-pour-Ibra". "El Matador" se sacrifiait, ou plutôt était sacrifié. Surtout, il se sentait sacrifié. A court terme ça passe, à moyen terme, ça pèse, à long terme, ça casse. D’ailleurs, l’interview polémique du bonhomme avait uniquement pour objectif de mettre la pression à son entraîneur – une pratique très en vogue au club – avant la fin de la saison et le début de la prochaine en l’incitant fortement à relancer le 4-4-2 annoncé (abandonné avant d’avoir été réellement testé dans la configuration prévue, Cavani venait à peine d’intégrer l’équipe suite à une préparation retardée). On lui a vendu la possibilité de jouer AVEC Ibra (et en pointe), pas POUR Ibra (et à l’aile). Pour sûr, il ne s’attendait pas à être traité tel un jeune à peine sorti du centre de formation à qui on demande de faire ses preuves sur un côté et d’attendre son heure pour avoir sa chance dans l’axe.

L’impact de cette sortie médiatique a été décuplé par la blessure imprévisible de Zlatan survenue au match aller contre Chelsea, soit quelques dizaines d’heures après la publication de l’interview prêtant à pollémique. L’ancien Napolitain s’est soudain retrouvé propulsé dans un rôle d’avant-centre avec le statut de dernier joueur valide de l’effectif susceptible de marquer régulièrement. Fatalement, les attentes le concernant devenaient lourdes à porter, surtout après ces déclarations dont, à tort, on a seulement retenu sa volonté insistante de «jouer en pointe». Seulement, évoluer en pointe seul ou associé à Ibra est très différent, a fortiori si l’entraîneur omet de compenser l’absence du meilleur passeur décisif du club.

Récapitulons. Vous avez un buteur gêné depuis des mois par des problèmes privés (son divorce, l’impossibilité de voir régulièrement ses enfants), pas encore revenu au top après une blessure musculaire, en perte de confiance à cause de son utilisation à un poste où il ne peut s’épanouir, et habitué uniquement à évoluer dans ce rôle. Compte tenu des circonstances, devait-on raisonnablement s’attendre de le voir retrouver instantanément toutes ses facultés en retrouvant sa fonction d’origine, celle d’avant-centre ? Les raisons de répondre non sont nombreuses. Sa défaillance à Londres peut s’expliquer en partie. Je vais exposer 6 éléments à prendre en considération avant de le juger.
1. Le manque de repères individuels et collectifs – les fameux automatismes, la capacité à anticiper les déplacements et passes des uns et des autres – dans cette configuration très peu travaillée ces derniers mois.
2. Le fait d’être esseulé devant et de n’être aidé par aucun pourvoyeur de ballons pendant la majeure partie de la rencontre.
3. L’absence d’Ibra, à la fois meneur de jeu et point de focalisation pour la défense adverse.
4. La charge d’évoluer au sein d’une équipe qui jouait très bas et subissait, ce qui l’incitait à descendre pour aider ses défenseurs en souffrance ou ses milieux incapables de franchir la ligne médiane. Pendant ce temps il manquait devant.
5. L’adversité, car pour l’empêcher d’être bon il y avait "juste" des gars comme Terry, Cahill, Ivanovic ou David Luiz et plus globalement une équipe d’un niveau très supérieur à toutes celles affrontées dans les compétitions domestiques françaises (L1, CdL, CdF).
6. La pression inhérente à un quart de finale de Ligue des Champions a touché la plupart des Parisiens, pas seulement lui.

Le raté sur l’ouverture de Cabaye est dur à avaler, il me reste en travers de la gorge, l’opportunité de revenir à hauteur de Chelsea était trop belle… Malgré tout, sans l’excuser, j’ai du mal à lui en vouloir. Cavani a la tête dans le seau depuis décembre, on ne fait rien pour l’aider, on lui demande de se dépouiller, de courir partout en servant de bouche-trous en défense, on le met seul en pointe, il ne reçoit pas un ballon correct pendant des plombes, puis finalement on lui en adresse 1 ou 2 une fois déjà bien entamé physiquement, il se rate. La perte de lucidité – donc d’efficacité – de l’attaquant qui défend trop est un grand classique du football. En faire un bouc-émissaire suite à cette faillite collective généralisée serait scandaleux. Les responsabilités sont largement partagées.

Depuis, qu’a-t-on constaté ? A Lyon, dès la 3e minute il a vu Lopes détourner sur le poteau une reprise de la tête. Ensuite, il a manqué une tonne d’occasions. En finale de la CdL, son but très rapide a eu un effet libérateur, il a transformé un péno… a aussi croqué et donné du travail au gardien. Je préfère ne pas évoquer PSG-ETG et passer directement à PSG-Sochaux. Là aussi il y a eu du très bon à l’image d’une frappe surpuissante repoussée par Pelé – il tente beaucoup de choses – et de son but magnifique, mais aussi pas mal de ratés et de mauvais choix assez troublants. Il est efficace, on aimerait qu’il le soit encore plus, on a surtout tendance à retenir les loupés. A vrai dire, il me rappelle… Gameiro quand ce dernier était encore parisien. Y compris concernant le traitement auquel il a droit.

En outre, il est difficile d’oublier l’impact de la Coupe du monde au Brésil, pays voisin du sien, sur sa fin de saison. En ayant le titre presque officiellement dans la poche, la motivation baisse, l’objectif suivant, particulièrement énorme, prend de plus en plus de place dans son esprit. Plusieurs joueurs du club sont concernés par ce phénomène, à commencer par le capitaine, Thiago Silva, plus dans le coup depuis déjà un bout de temps.

Pour la saison prochaine, si Cavani et Ibra restent au club, un des gros chantiers sera clairement de travailler leur association. Lors de la phase aller, ils ont plus brillé l’un sans l’autre qu’ensemble. L’Uruguayen vivait comme une récréation les rares fois où il était aligné en pointe, généralement quand Ibra était mis au repos sur une seconde période ou une fin de match. Ses qualités étaient alors unanimement louées. Lors de la phase retour, Ibra a été le seul à briller, particulièrement au moment où Cavani était sur le flanc. Après son retour il a dû attendre la blessure de son coéquipier pour retrouver la lumière, une lumière assez… clignotante. Pourquoi ce duo ne fonctionnerait-il pas ? Si avant de mieux connaître le jeu du dernier nommé j’avais de gros doutes, ils ont été dissipés. Ces deux attaquants sont parfaitement complémentaires, Cavani est très mobile, il aime prendre la profondeur, aller sur les côtés, c’est aussi un opportuniste. Ibra peut prendre la profondeur mais adore décrocher, donc être derrière une véritable pointe qui lui offre des possibilités de passe dans le dos de la défense, son jeu en pivot est aussi très intéressant dans cette configuration. Les profils sont à peu près les mêmes que la fameuse doublette Hoarau-Erding… mais en version candidats au Ballon d’or au lieu de candidats occasionnels au Trophée du joueur du mois UNFP. La version luxe contre low cost (Hoarau fait plus d’efforts défensifs qu’Ibra, c’est son seul plus… par contre Erding n’a que des moins par rapport à Cavani dont il est une version promo dans une enseigne de hard discount).

Vous connaissez sans doute l’argument classique – et ridicule – des anti-4-4-2, le célèbre «avec 2 attaquants qui ne défendent pas, c’est très compliqué»… Dans notre cas, seul un individu extrêmement malhonnête intellectuellement oserait l’avancer, car Cavani passe son temps à défendre ! Il le fait plus – et mieux – que le latéral droit (Van der Wiel) et qu’un des 3 milieux (Verratti), tous deux incapables de protéger l’aile où Blanc a décalé son avant-centre. Dans ces conditions, expliquez-moi en quoi le 4-3-3 désormais habituel serait plus équilibré qu’un 4-4-2 avec Ibra et Cavani devant une ligne de 4 milieux dont 2 offensifs effectuant leur travail de replacement sur les côtés.

Le seul argument hypothétiquement recevable dans le dossier de l’abandon du 4-4-2 après 3 ou 4 matchs serait le manque de solution de remplacement fiable dans l’axe en cas d’absence d’une des 2 stars (Ménez et Lavezzi peuvent être associés en pointe à Ibra ou Cavani, toutefois l’efficacité devant le but n’est pas leur fort). Ajoutons-y les lacunes tactiques de Lucas, à qui on peut difficilement confier sereinement le côté droit lors d’une rencontre de haut niveau. Ceci dit, si vous pensez pouvoir tenir toute une saison en 4-3-3 avec 4 joueurs – dont 3 gauchers et un boulet incapable de défendre – pour les 3 postes du milieu, l’argument de l’inadéquation du système par rapport à l’effectif ne tient plus. Rappelons-le, le recrutement de Cabaye s’explique surtout par la blessure de Rabiot en janvier, avant cette tuile le PSG s’apprêtait à terminer la saison ainsi, sans élément ajouté pour apporter de la profondeur de banc dans ce secteur sous-peuplé. Il ressort de tout ceci que la composition de l’effectif ne permettait pas d’adopter une organisation unique et immuable, elle imposait d’en préparer plusieurs. A l’avenir, il serait bon d’avoir tout ceci à l’esprit au moment de construire le groupe, de penser aux profils, à leur compatibilité et leur complémentarité. Ainsi, un milieu offensif de type ailier polyvalent et un 3e attaquant capable de marquer sa quinzaine de buts par saison combleraient 2 manques réels.

Ancelotti avait mis 11 mois à trouver la bonne formule, pourtant évidente, son successeur a mis beaucoup moins de temps pour en trouver une faussement bonne et la figer. La figer y compris dans sa composition. Une erreur monumentale dans l’optique d’être performant en Ligue des Champions. Pour mémoire, Sir Alex Ferguson, s’est construit un palmarès d’entraîneur fantastique en n’alignant quasiment jamais 2 fois de suite le même onze de départ pendant des années. L’Ecossais passe pour le modèle de l’ancien sélectionneur des Bleus. Blanc serait bien inspiré de réellement… s’en inspirer.

Si vous pensez avoir trouvé une formule efficace, rien ne vous empêche d’en tester d’autres. Vous n’êtes pas à l’abri d’en trouver une encore meilleure. A Bordeaux, il en avait plusieurs, avec 1 ou 2 attaquants selon le lieu, la compétition, l’adversaire. A Paris, il s’est contenté d’une seule. Pourquoi ? L’hypothèse la plus plausible, si elle devait se vérifier, confirmerait que Blanc n’est pas le véritable patron de l’équipe. Cette hypothèse est celle de pression ou carrément de contraintes relatives à la composition de l’équipe. Si on vous impose de mettre simultanément sur le terrain Thiago Silva (normal), le défenseur central qu’il a choisi pour l’accompagner (Alex), son pote Maxwell, le latéral droit représenté par Raiola[6] (Van der Wiel), Thiago Motta, le protégé du clan italien (Verratti), le joueur le plus indispensable de l’effectif (Matuidi s’impose tout seul^^), le joueur le plus cher de l’histoire de la L1 (Cavani), le joyeux luron qui a beaucoup de potes dans le vestiaire (Lavezzi), et bien sûr Ibra, vous n’avez pas 36 solutions. Le résultat est forcément bancal et déséquilibré, au moins un joueur doit évoluer à un poste qui ne lui sied pas. Dans le cas improbable où Blanc aurait sincèrement cru aligner la meilleure équipe possible dans la meilleure configuration possible sans se laisser influencer par quiconque, je militerais activement pour le dégager au plus vite. Il se trouve que ces jeux d’influences en interne ne relèvent pas du fantasme, ils sont réels. Il en sera encore question par la suite au cours de mon développement.

En principe un entraîneur a le droit de se donner le choix, de s’adapter pour profiter des points faibles de l’adversaire. S’y refuser de son propre chef est criminel. Le PSG s’est fait éliminer de la Ligue des Champions, ses espoirs de la remporter cette saison sont donc morts. Pourquoi ? Parce que Blanc a rejeté tout pragmatisme pour s’enferrer dans un dogmatisme désastreux.

Certains semblent l’oublier, mourir pour des idées – ou en l’occurrence mourir avec ses idées – c’est avant tout mourir. Comme le chantait Brassens «s’il est une chose amère, désolante, en rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater, qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée, mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente, d’accord, mais de mort len-en-en-te»…

Avant le mois de septembre, il ne serait venu à l’idée de personne de classer Blanc parmi les ayatollahs du 4-3-3. Qu’a-t-il pu se passer en l’espace de quelques semaines ? Il s’est obstiné avec son idée de possession pour la possession, oubliant l’essentiel : avoir le ballon est une chose, savoir s’en servir en est une autre, mettre ce savoir en pratique en est encore une autre. De plus, pour garder la gonfle, il faut commencer par la récupérer, autrement dit savoir quoi faire quand on ne le détient pas. Rien n’a été fait pour gommer les défauts de ce PSG. Pour déceler ces défauts, il suffisait d’observer. Or observer est une démarche volontaire qui demande de prendre un peu de recul. Trop peu de gens ont pris l’initiative d’effectuer cette démarche. Blanc semble en avoir fait l’économie, chose assez terrible dans sa position.

Se serait-il laissé aveugler par les résultats obtenus contre des adversaires au mieux de niveau correct, souvent faibles ? La chose parait improbable tant il était difficile de passer à côté des multiples alertes déclenchées tout au long de la saison par les équipes agressives systématiquement capables de bouger sérieusement sa présumée "dream team". A-t-il à un moment où l’autre voulu voir ? A-t-il fermé les yeux sur les défauts de son équipe par confort, par paresse, par incompétence ou faute de pouvoir changer les choses ? Oui, l’équipe gagnait. Il faut voir contre qui et comment. Avant d’affronter Chelsea le PSG n’a affronté AUCUNE grosse équipe, il a pris de très mauvaises habitudes, notamment celle de mettre peu d’intensité dans le jeu, de multiplier les passes dans son propre camp, de compter essentiellement sur le talent d’Ibra et finalement de très peu attaquer (donc de se procurer très peu d’occasions). Tout ceci n’était certainement pas reproductible face à des cadors européens. Seul un entraîneur ayant perdu toute lucidité aurait pu se laisser prendre au piège de ces succès faciles. Même en étant mauvais comme à Lorient, la victoire était au bout !

A sa décharge, il avait plutôt intérêt à ne rien modifier, ceci à cause de la popularité d’un adage d’une stupidité sans nom, le fameux «on ne change pas une équipe qui gagne». Reconduire exactement la même formation après une ou plusieurs victoires vous épargnera presque toute critique en cas d’échec, on vous pardonnera aisément d’avoir simplement appliqué ce précepte. Avoir «trouvé son équipe type» serait forcément une vertu, si vous n’en cherchez pas, on vous jette l’anathème, comme si avoir une équipe type était la panacée ou une étape indispensable vers le succès. Si vous avez le malheur d’en voir une se dessiner pour une raison ou l’autre, y toucher (à la compo ou à l’organisation) – même de la bonne manière, en l’améliorant nettement – devient très risqué, vous êtes soumis à une obligation de résultat. Si vous ne remportez pas votre rencontre après avoir tenté de la modifier, y compris en cas de nul 3-3 à l’extérieur en encaissant 2 frappes surpuissantes plus un but HJ et en ayant été privé de 5 occasions franches à cause d’un arbitre assistant chef de gare, beaucoup de gens vous attaqueront pour avoir osé changer une équipe qui gagnait. Manifestement, dans l’esprit de ces personnes, battre des formations du niveau d’Ajaccio, ETG, Guingamp, Reims ou encore Valenciennes, même sans la manière, est révélateur de votre véritable valeur, de votre capacité à vaincre une top team.

J’ai beaucoup de mal à croire que Blanc ait pu se laisser bercer d’illusions par les commentaires dithyrambiques concernant le jeu de son équipe, qu’il ait pu se laisser endormir comme un débutant. Je crois plus à la thèse du confort. En conservant la même équipe type, il a choisi la sécurité, s’évitant les critiques et contentant les joueurs les plus influents de l’effectif. Et à partir du moment où tant de gens se disaient contents du spectacle, où on le félicitait d’avoir donné cette "identité de jeu" – expression à la mode – à l’équipe, son intérêt était de ne toucher à rien.

Le confort… A vrai dire, s’il s’agit bien ça, il y a de quoi flipper. Quand l’entraîneur renonce à ce qui pourrait faire progresser son équipe, il y a un gros souci. En l’espèce, le souci a été identifié… On en revient au manque d’autorité et à la précarité de l’emploi de Blanc dus à son contrat de courte durée. C’est pourquoi le concernant la notion de confort doit être nuancée par la situation. L’instinct de survie a pu prendre le dessus, agir ainsi était probablement l’expression d’une sorte de pragmatisme déguisé en dogmatisme. Pourquoi se mettre en danger en prenant des décisions l’exposant à la critique ou à se créer des inimitiés ? Néanmoins, peu importe la cause, la conséquence est ce confort dont jouissent certains joueurs.

Or au plus haut niveau, la différence se fait sur les détails, sur l’engagement, sur la concentration, tout relâchement est interdit, à l’entraînement comme en matchs[7]. L’exigence fait la différence. Le confort est l’ennemi de l’exigence. Au PSG, on refuse encore de se montrer réellement exigeant. Sans doute est-ce lié à un problème fondamental de références. Quand on essaie de gravir une montagne, on regarde en direction du sommet vers lequel on se dirige, pas vers le fond de la vallée, d’où on vient. Depuis l’arrivée des Qataris, la mise à jour du logiciel d’appréciation des performances parisiennes n’a pas été effectuée chez tout le monde. Certains ont cru l’installer, en réalité ils ont chopé un virus. Systématiquement, quand vous osez critiquer un joueur recruté après la signature d’Ancelotti, quelqu’un vous tombe dessus et vous sort des noms tirés de la pire époque de l’histoire du club. Est-ce que succéder à Hugo Leal et Dhorasoo excuse le comportement de Verratti ? Doit-on se satisfaire des prestations de Lucas car il y a quelques années Pancrate occupait son poste ? Verratti dit avoir Pirlo pour modèle ? Comparons-le à Pirlo ! Lucas est attaquant côté droit ? Comparons-le à Messi ou même, pour ne pas lui demander de monter l’Everest, à Giuly, qui au sommet de sa carrière[8] était nettement supérieur du jeune Brésilien.

Bizarrement, le passé est considéré de façon binaire, très manichéenne. Il semblerait qu’avant le Qatar tout était pourri, hormis quelques joueurs emblématiques. Par extension, les rescapés de l’ère pré-QSI sont généralement mésestimés. Je pense ici aux Jallet, Douchez, Chantôme et même Sakho que beaucoup jugeaient et jugent encore inférieur à Alex et Marquinhos ! Parfois le bouc-émissaire du moment en prend aussi plein la gueule gratuitement. Pastore, Ménez et récemment Cavani ont eu droit à ce traitement. A eux, on refuse toute excuse, il est presque interdit de chercher à comprendre les raisons pour lesquelles ils ont du mal à s’exprimer[9]. Les autres pourraient chi*r sur le point de penalty ou passer 95 minutes à marcher en position de hors-jeu, ils resteraient intouchables grâce aux peu glorieux anciens du club évoqués après la formule «c’est sûr, tu préférais…».

De même, suite aux nombreuses périodes au cours desquelles les Parisiens se contentaient de "gérer", quand j’allais à contrecourant des torrents de louanges entendues à leur sujet, on me reprochait d’être trop exigeant, de ne jamais être satisfait, d’avoir oublié la situation du club il y a quelques saisons. Mea culpa. J’ai eu la faiblesse de croire que le fast-food américain de Colony Capital avait été vendu à un fond d’investissement qatari décidé à en faire un palace doté d’un restaurent 3 étoiles. Je ne m’attendais plus aux hamburgers industriels froids accompagnés de frites molles. Honte à moi. D’autant qu’ils sont servis à volonté. L’exemple le plus marquant de ces festins indigestes est le fameux PSG-Benfica remporté 3-0 face à des adversaires alors en plein doute dont l’attitude au Parc méritait d’être qualifiée de pathétique (aucun pressing, pas du tout d’engagement). A écouter les commentaires pendant et après la rencontre, c’était fantastique, une démonstration de football. En réalité, on avait dû se farcir au moins une heure de purge intersidérale pour quelques minutes de football. Mais vous comprenez, face à la stat des 253028 passes[10] réalisées par les Motta, Verratti et autres, il fallait la fermer et se prosterner. Vive le lavage de cerveaux ! Vive l’endoctrinement ! L’absence de tir pendant les 27 premières minutes de la seconde période me paraissait être une stat infiniment plus pertinente… A quoi sert d’avoir le ballon si c’est pour ne jamais frapper au but ? Faire payer les gens au plein tarif pour les obliger à se contenter du service minimum relève presque de l’escroquerie ! Pour un club dont le slogan actuel est «Rêvons plus grand» on se satisfait trop facilement de la médiocrité pourvu que le résultat soit là. Sauf si proposer un spectacle soporifique a pour but de nous faire rêver. On rêve plus facilement pendant son sommeil. Au niveau marketing en revanche c’est assez fantastique, réussir à faire croire à des centaines de milliers de personne qu’elles en ont eu pour leur argent relève de l’exploit. Dans un vrai grand club, quand on peut en claquer 6 ou 7, on n’arrête pas de jouer dans la foulée du 2 ou 3e but. C’est une question d’état d’esprit.

Désormais, Blanc est à un carrefour de sa carrière, le PSG est à un carrefour de son histoire. Il est toujours possible de continuer tout droit malgré le panneau signalant une impasse, tout comme il est possible de revoir son plan pour repartir dans la bonne direction.

Il est en effet urgent d’instaurer une véritable concurrence au sein de l’effectif. Comment tirer tout le monde vers le haut dans la situation actuelle ? Si on vous autorise à systématiquement vous contenter du minimum et à jouer au c*n sans risquer de perdre votre place, vous continuez, vous finissez par croire votre comportement acceptable et par ignorer l’existence de vos faiblesses. Pourquoi forcer votre nature ? Pourquoi vous faire violence ? Pour progresser ? On vous répète sans cesse que vous êtes fantastique, que vous êtes indispensable, inamovible, intouchable, vous n’avez donc pas besoin de progresser ! Du moins vous en êtes convaincu.

Pour obliger tout le monde à se donner systématiquement à fond, à l’entraînement comme en matchs, la concurrence est la clé. A condition qu’elle soit réelle et non biaisée. Or actuellement la hiérarchie ne dépend ni du niveau sportif, ni de l’investissement personnel sur et en dehors du terrain. Le titulaire peut être bidon plusieurs semaines consécutives, son remplaçant reste son remplaçant, il n’a donc rien à gagner à se battre pour prouver qu’il est le meilleur. Assainir la concurrence est certainement ce qui peut faire passer à l’équipe le palier restant à franchir pour atteindre le top niveau, car ses vertus sont immenses, elle empêche les uns de s’endormir sur leurs lauriers et motive les autres en leur ouvrant des perspectives.

La situation de ces derniers s’est fortement dégradée depuis le début de la nouvelle vague d’invasion brésilo-italienne. Ceux qui se dépouillent à l’entraînement finissent par se rendre compte de la réalité de leur conditions : ils ont beau travailler comme des dingues, se donner à fond quand ils jouent, rien ne leur permet d’envisager une évolution positive de leur statut, ils ne seront pas plus utilisés, et surtout pas lors des gros matchs. Au bout d’un moment même les plus solides mentalement lâchent. Perte confiance, perte de motivation, envies de départ, déclarations ou attitudes négatives… L’absence d’une concurrence saine est un véritable fléau. Personne ne devrait avoir envie de quitter le PSG ! Pourtant, en raison de cette gestion défectueuse de l’effectif, les aspirations à changer d’air sont nombreuses, on en déplore à chaque période de mutations, parfois même plusieurs semaines avant, ce qui pollue l’atmosphère dans des moments où l’équipe n’a pas besoin de ça. Il n’est jamais bon d’avoir au sein de son effectif des garçons démotivés par la sous-considération dont ils sont victimes, perdus pour la cause car ils souffrent de servir de bouche-trous ou carrément d’être exclus du projet collectif et même du fameux "projet ambitieux" dont on nous fait la pub depuis 3 ans. Au lieu de faire le nécessaire pour qu’ils se sentent concernés, on les met au placard avant de les dégager. Dans la liste des joueurs importants ou extrêmement utiles qui ont pu se sentir ou ont clairement été poussés dehors, on peut citer Nenê, Gameiro, Sakho, Chantôme, peut-être bientôt Rabiot ou encore Cavani… A ce propos je l’ai toujours dit et je le répète, l’effectif du début de la saison 2012-2013 était supérieur à celui à disposition de Blanc actuellement[11] (c’était flagrant avant l’arrivée de Cabaye), ce dont il est en partie responsable.

Pour une compétition d’un mois, débuter avec une hiérarchie préétablie est concevable. Sur une saison complète, non. Elle doit impérativement être évolutive. L’entraîneur doit avoir les c*uilles de s’affranchir du copinage, de l’influence de certains tauliers dont les désidératas vont souvent à l’encontre des intérêts du club. La concurrence saine, c’est ça : le mérite doit supplanter le statut. Si croire possible de mettre totalement de côté le statut serait illusoire, ne tenir aucun compte du mérite et la forme du moment pour déterminer qui joue est particulièrement néfaste. Pour tout le monde. Et pas seulement à long terme. Les conséquences sont immédiates.

Depuis 2 ans ½ l’ascension du PSG est freinée par ce manque d’émulation, l’absence d’une exigence permanente d’engagement et de sérieux (en principe jouer pour soi, faire le c*n, ne pas suivre les consignes, se donner à moitié, c’est se condamner à des sanctions sportives… sauf à Paris) et par le peu de cas fait des aspirations de certains. Le club a perdu gros et sur tous les tableaux car le rendement des titulaires a tendance à baisser, celui des remplaçants chute immanquablement, le niveau général de l’équipe n’atteint pas les sommets espérés, bien au contraire, on observe au mieux une stagnation, au pire, un effondrement, les performances qualifiables de moyennes, mauvaises ou carrément scandaleuses[12] se multiplient, on est obligé de reconstruire une partie non négligeable de l’effectif à chaque intersaison.

Mettre en place une concurrence saine nécessite à la fois de repenser la gestion humaine de l’effectif et le recrutement. Ne serait-il pas bon d’arrêter de dépenser de sommes complètement dingues pour faire signer des jeunes en raison de leur seul "potentiel" ? Pour rappel, en quelques mois le PSG a dépensé près de 90 millions pour recruter un jeune Italien n’ayant encore jamais évolué à un niveau supérieur à la Série B, un Brésilien de 19 ans dont le seul fait d’arme était d’avoir surnagé pendant une demi-saison au sein de la pire défense de Série A, et un autre jeune Brésilien présenté comme un cador dont l’adaptation au jeu européen était incertaine et allait au mieux demander du temps[13]. Ça fait cher pour 3 joueurs dont la supériorité par rapport à Rabiot, Sakho et au trio Ongenda/Coman/Bahebeck[14] est au mieux incertaine. Surtout, ça fait cher pour des jeunes ayant les défauts de leur jeunesse et un rendement forcément pas à la hauteur de celui des joueurs aguerris au haut niveau auxquels ils vont être opposés, notamment en Ligue des Champions. Au PSG on paie le potentiel plus cher que des valeurs sures ! Pour acquérir un poulain on débourse une somme qui permettrait de s’approprier le vainqueur du Prix de l’Arc de Triomphe ou du Prix d’Amérique ! Ou pour être plus précis, on estime la valeur des choses non pas en fonction de ce qu’elles sont mais de ce qu’on espère en obtenir dans le futur. Attention, analogie horticole : si, pour accepter de vous céder un citronnier en pot[15] qui commence à peine à donner quelques fruits, je vous demande 100 euros en vous disant que dans 5 ou 6 ans il produira probablement un plein panier de citrons chaque saison et pourra être revendu 120 euros, vous me le prenez ? Pour 20 euros de bénef et des kilos d’agrumes, c’est tentant, qu’en pensez-vous ? Sachant que vous pouvez avoir le même en jardinerie pour 39,90 euros, qu’il a des chances de ne pas bien se développer entre-temps – voire de claquer à cause du gel ou d’une maladie – et que pour le faire grandir il vous faudra acheter un nouveau pot, un sac de terreau et de l’engrais, vous dites toujours oui ? Si votre but est de récolter les fruits de votre investissement, ne serait-il pas plus intelligent d’acheter directement un citronnier de taille supérieure qui vous garantit une production conséquente ?

Si vous n’avez rien compris à cette analogie, laissez-moi vous proposer un œuf au prix d’un poulet de Bresse et quelques kilos de raisin à celui du grand cru classé qu’il pourrait éventuellement devenir un jour. Les Qataris sont-ils bons commerçants ? Disons que leur sens de l’investissement est… particulier. Vous l’avez compris, en achetant un défenseur de 19 ans à l’avenir incertain moyennant plus de 30 millions d’euros, les chances de gains sont très inférieures aux risques de pertes et les sommes investies excèdent nettement les gains potentiels.

Seul le temps permettra de dire si ces "paris sur l’avenir" extrêmement risqués ont été concluants ou… foireux. Ce temps, pour le moment, on le leur donne, on continuera sans doute à le faire, mais jusqu’à quand ? Sauront-ils profiter de ce qui leur est offert, à savoir à la fois le temps de jeu et le maintien au sein de l’effectif professionnel pendant des mois, voire des années ? J’aimerais pouvoir poser la même question concernant les jeunes issus du club, malheureusement, ils ne se voient pas allouer les mêmes opportunités. On a tendance à facilement prêter ou vendre ceux dont le potentiel pour intégrer durablement la rotation est au moins égal à celui de ces recrues coûteuses. Quand on ne les prête pas, on ne les utilise pas pour autant. Si on ne fait jamais confiance à ces jeunes en les lançant dans le grand bain, comment peuvent-ils prouver leur valeur ? Comment peut-on apprécier leur niveau, leur marge de progression et leurs limites ? Pire, quand Blanc a fait appel à eux, ils ont eu beau répondre présent en impressionnant tout le monde, ça n’a servi à rien. Pour un joueur formé au club saisir sa chance ne signifie pas en obtenir une autre. Pour un jeune recruté à prix d’or, être nul est sans conséquence. Quand Lucas a été bidon, il a presque toujours joué le match suivant. Idem quand Verratti a joué au c*n de façon éhontée, voire revendiquée. Après sa prestation ultra-flippante à Athènes et ses cagades grotesques à Sainté, Marquinhos a encore été préféré à Camara pour les réceptions de Monaco et Lorient.

Rappelons-le, sur la liste UEFA, les "espoirs" achetés à l’étranger occupent des places qui pourraient être dévolues à des cadors, des tauliers, des stars. Si celles réservées aux joueurs formés au club étaient dévolues à des garçons expérimentés (depuis la vente de Sakho, le dernier "historique" sous contrat – mais prêté – correspondant à ce profil est Chantôme), un équilibre globale serait respecté entre ceux qui représentent le présent et ceux censés incarner l’avenir. En d’autres termes, on éviterait une situation où faire entrer des jeunes pas forcément fiables est une obligation au lieu d’être une option. Cette saison, avec Digne, Marquinhos, Verratti, Rabiot, Lucas, plus Traoré (l’intrus), Maignan et Ongenda, la liste A du PSG[16] regorgeait de jeunes, plusieurs ayant le statut de premier remplaçant dans une rotation à 2, 3 ou même à 4 pour respectivement 1, 2 ou 3 places. Fatalement, pour tourner, l’équipe a absolument besoin que ces jeunes soient immédiatement excellents.

Dans leur intérêt de comme dans celui du club, la meilleure attitude à adopter avec ces espoirs est de ne rien précipiter, de les lancer progressivement de façon délibérée. Il convient de ne pas les soumettre trop vite à une forte pression, notamment en évitant les situations où la moindre erreur est susceptible d’avoir des conséquences importantes, donc de leur coller à la peau… Quand on s’y risque, on a toutes les chances soit de les inhiber, soit de les plomber, soit, et c’est peut-être encore plus dangereux, de leur faire croire qu’ils ont le niveau correspondant à leur prix d’achat ou pire, que le club a fait une bonne affaire ! Cette précaution n’a été prise ni avec Lucas (à peine arrivé, déjà propulsé titulaire par Ancelotti, ce qui a créé une énorme attente, donc une grosse déception, il ne s’en est pas encore complètement remis, a perdu sa place en équipe nationale), ni avec Marquinhos (carrément lancé titulaire à l’extérieur en Ligue des Champions dans un stade réputé bouillant, il s’en est sorti par miracle avec un but sur CPA qui a maquillé sa prestation flippante), ni avec Verratti (qui a rapidement pris le boulard).

En agissant ainsi avec ses jeunes et ceux recruté chez les autres, le PSG gâche ses talents et se crée des problèmes à court ou moyen terme. Pour mémoire, cette saison, le seul joueur formé au club inscrit sur la liste A de l’UEFA et utilisé par Blanc en Ligue des Champions aura été Rabiot[17] (6 matchs). Si Rabiot – très courtisé en Europe – est l’exception, il doit son utilisation régulière lors de la phase aller au manque de concurrence à son poste. Depuis la signature de Cabaye il a été remis dans le placard où sont rangés les joueurs formés au club. Ne serait-il pas intéressant de tester les autres ? Quand vous menez 3-0 face au Benfica au bout d’une grosse demi-heure, que vous ne foutez rien en seconde période, vous appelez un jeune assis sur le banc, vous le faites entrer à l’heure de jeu. Et bien non, pas au PSG. Rabiot est entré (pour les raisons expliquées précédemment), Lucas aussi, Marquinhos et Verratti étaient titulaires, Coman et Ongenda devaient être en Youth League. Il y a plein d’exemples comme ça. Au retour contre Benfica, match qui ne servait à rien, Blanc a fait tourner, il a laissé beaucoup de monde à Paris mais a pris Ongenda et Coman dans le groupe alors que les U19 avaient besoin d’eux pour se qualifier pour les 8es de finale de leur compétition. Ils sont restés sur le banc, il s’est limité à 2 changements, ne réagissant absolument pas au 2nd but portugais. Soit ils étaient aptes et DEVAIENT avoir leur chance, soit ils ne l’étaient pas et n’avaient rien à faire sur le banc.

Sans temps de jeu, sans recevoir un traitement équivalent à celui de garçons du même âge bénéficiant de la hype générée par leur indemnité de transfert, il est impossible pour les purs produits du club de nous apporter la confirmation – chose faite pour Sakho, malgré tout il a été éjecté – ou l’infirmation de leur capacité à tenir un rôle important au PSG. Du coup, l’espèce de présomption de médiocrité du centre de formation perdure malgré les faits : il sort de plus en plus de professionnels, seulement ces derniers sont obligés de s’exiler pour éclore ailleurs. Sans parler de ceux qui quittent prématurément Paris en constatant la fermeture de l’accès à l’équipe première. Ces garçons demandent simplement la possibilité de combattre à armes égales pour leur place.

Remarquez, au PSG, depuis l’arrivée du Qatar, on préfère toujours se fournir dans des boutiques lointaines et/ou de luxe quand on a déjà l’équivalent ou mieux chez soi. C’est comme si, pour sa consommation personnelle, un producteur savoyard de lait bio descendait de sa montagne et allait jusqu’à Paris pour… acheter du lait 5 fois plus cher dans une boutique spécialisée en épicerie bio. Soit le gars n’a pas du tout confiance en sa propre production, soit il est complètement c*n ! L’un n’exclut pas l’autre. Les jeunes ne sont pas les seuls concernés. Plus généralement, ceux dont le statut ne correspond pas aux standards exigés – car ils n’ont pas le bon agent ou le bon passeport, n’ont pas été recrutés par les dirigeants actuels ou n’ont pas été achetés au Barça, à Chelsea ou au Milan – sont victimes de la présomption d’infériorité dénoncée sur ce blog depuis un bail.

Si on fait la liste des joueurs dégagés depuis l’arrivée de QSI et qu’on met à côté le nom, le prix et l’apport réel de leurs remplaçants, on prend peur ! Citons 3 exemples parmi tant d’autres.
-On avait Cearà, un latéral droit expérimenté, très fiable, efficace, complet, stabilisateur de vestiaire, intégrateur de recrues… mais ni international, ni clinquant. André Rieu le pousse dehors pour le remplacer par Van der Wiel, payé 6 à 7 millions plus un gros salaire. Ça fait cher le boulet ! Pour rappel au même poste le club a sous contrat 3 jeunes prêtés en L1 (Youssouf Sabaly[18] et Antoine Conté[19]) et L2 (Ikoko[20]).
-On avait Sakho, on le pousse dehors, le gars est juste titulaire à Liverpool et en équipe de France, possible futur champion d’Angleterre, on tire 17 à 23 millions selon les sources et les bonus… juste après avoir engagé Marquinhos, 1m32 et 25 kilos tout mouillé (qui ressemble à tout sauf à un défenseur central), des problèmes dentaires, malade au moment de sa signature, pratiquement aucune expérience du haut niveau, des attitudes prévisibles de défenseur de 19 ans (sautes de concentration et compagnie)… mais payé 31,4 millions.
-Nenê était le taulier du PSG, l’homme qui a rendu le club de nouveau attractif, un des grands artisans de son redressement sportif. Lavezzi arrive hors de forme, seulement il a été recruté moyennant une indemnité d’environ 31 millions… et hop, le gars qui a porté l’équipe pendant 2 ans disparait des plans de l’entraîneur malgré une attitude très positive pour le collectif (contrairement aux critiques injustes faites à son encontre il jouait pour l’équipe, ne cherchait pas à briller en solo, à faire de l’ombre à Zlatan, bien au contraire, il avait compris que son intérêt était de se mettre au service du Suédois). Quelques semaines plus tard quand arrive Lucas, Nenê se fait carrément foutre dehors. Résultat, plus de 70 millions déboursés pour 2 joueurs qui en l’équivalent de 3 saisons ½ (2 pour Lavezzi, 1 ½ pour Lucas) ont marqué 24 buts et fait 25 passes décisives à 2 quand Nenê a planté 47 buts et fait 19 passes décisives lors de ses 2 premières saisons à Paris (ses 2 saisons avant d’être mis de côté).

Ou l’art de payer beaucoup plus cher des joueurs beaucoup moins forts que leurs remplaçants.

Pour la route je vais donner un exemple un peu différent, l’achat de Cavani, le nouveau second véritable n°9 de l’effectif. La balance entre lui et son prédécesseur est saisissante : 64 millions pour acheter l’Uruguayen, une dizaine obtenu en vendant Gameiro à Séville… Est-ce que sur une seule planète de l’Univers Cavani vaut vraiment 54 millions plus Gameiro ? Ce dernier plante de partout en Liga et en Europa League – dont il est finaliste – pour sa première saison à l’étranger, il en est à 21 buts (1 toutes les 125 minutes de jeu), Cavani en a mis 25 pour le PSG (1 toutes les 133 minutes en ayant tiré plus de pénos). Et Gameiro a été écarté 2 fois des terrains suite à des blessures, Cavani une fois.

Qui plus est, l’ancien Napolitain, étiqueté 64 millions, a été acheté rubis sur l’ongle sans négocier… pour se retrouver à jouer côté droit. Quelle cohérence ! On touche ici une des multiples raisons pour lesquelles le club a besoin d’un entraîneur fort : il doit être associé à la construction de l’effectif pour éviter ces incohérences. L’en tenir à l’écart puis le mettre devant le fait accompli revient à se tirer une balle dans le pied.

D’autre part, l’entraîneur doit être revêtu de l’autorité nécessaire pour se faire respecter par ses joueurs (chose plus facile s’il est à l’origine de leur venue). Actuellement, Blanc n’a rien d’un entraîneur fort, à commencer par le contrat (sur le papier d’une durée de 2 saisons car c’est obligatoire, en réalité tout le salaire est concentré sur la première année, la seconde ressemblait à du bénévolat). Si tout le monde avaient la certitude de le retrouver au même poste la saison prochaine et le sentiment de prendre un risque concernant son propre statut en prenant ses consignes à la légère ou en se comportant mal de façon générale, les attitudes observées seraient bien différentes. Sauf problèmes psychologiques graves de type verrattiens, ça va sans dire. Verratti peut se faire pourrir par n’importe quel entraîneur (souvenez-vous d’ETG-PSG en L1 la saison passée, Ancelotti et son adjoint voulaient l’étrangler), il s’en cogne totalement.

Pour imposer cette concurrence l’entraîneur doit être fort, capable de résister aux pressions de garçons comme Thiago Silva notamment. Si ces derniers peuvent aller voir le président et obtenir tout ce qu’ils demandent, y compris la prolongation ou le recrutement d’un ami ou d’un poulain, l’entraîneur passe pour un guignol, il ne peut sanctionner, donner la leçon, il a les mains liées, il subit. Au lieu d’être metteur en scène, il en est presque réduit au rang de simple spectateur. D’où, peut-être, dans le cas de Blanc, cette façon de systématiquement parler du club à la 3e personne, jamais à la première, comme s’il était extérieur au PSG. «Paris a mérité sa victoire», «Paris a été solide défensivement», «Paris a réussi une très belle saison»… Ce n’est jamais «nous avons eu le contrôle du ballon», «nous avons fait preuve de sérieux», et encore moins «Je leur avais demandé de mettre beaucoup d’intensité, je n’étais pas du tout satisfait de la première période, j’aurais pu sortir 3 joueurs à la mi-temps, j’ai choisi de faire un exemple avec Verratti dont le comportement a encore une fois handicapé l’équipe. Fort heureusement pour tout le monde le message est passé, j’ai senti mes joueurs beaucoup plus concentrés, concernés, impliqués. On peut dire que sur l’ensemble de la rencontre notre victoire est méritée. Grâce à ce succès nous pouvons envisager le prochain déplacement sereinement. Mais dans leur propre intérêt mieux vaudrait ne pas me refaire une première période comme celle-ci, sauf s’ils aiment regarder les matchs depuis leur canapé.».

Blanc s’est satisfait publiquement durant des mois du – refus de – jeu de "son" PSG, cette fameuse passe à 10 à 2 à l’heure entre la surface de Sirigu et la ligne médiane. Une fois l’avantage pris, parfois même avant, il n’était plus trop question d’attaquer. Hormis Matuidi, Cavani, Digne, Jallet, voire Lucas et peut-être Lavezzi – quand il était sobre – qui avez-vous vu se dépouiller sur le terrain en toutes circonstances ? A défaut d’être toujours bons, ils n’économisent pas leurs forces. Les autres ont parfois suivi le mouvement, notamment en Ligue des Champions. Pour la plupart, dépenser le minimum d’énergie a toujours été la règle. Seulement on ne se prépare pas à disputer un grand prix de Formule 1 en faisant des tours à 25km/h sur un parking de supermarché. Blanc a-t-il tenté d’en faire prendre conscience à son groupe ? J’en doute. En revanche une chose est sure, ces derniers temps son message ne passe pas.

Tout le monde le constate, depuis Chelsea-PSG, les seuls encore au taquet sont les quelques morts de faim permanents. Blanc a beau essayer, il ne parvient pas à motiver et mobiliser ses joueurs, à les pousser à se dépasser, à se "sortir les doigts". Pourquoi obtiendrait-il d’eux maintenant ce qu’il n’a même pas demandé quand la lutte pour le titre battait son plein ? Seul un entraîneur très charismatique pourrait éventuellement y parvenir. Mais avec un véritable meneur d’hommes à sa tête, le football proposé serait sans doute bien différent. Les équipes dirigées par des gourous ont au contraire pour caractéristique de s’affirmer dans l’adversité.

Cette saison le problème a toujours été le même, quand il a fallu changer de rythme, élever son niveau face à une opposition plus coriace, ça coinçait. D’ailleurs depuis Nantes-PSG en tout début de saison le constat demeure sempiternellement le même, les équipes assez agressives et entreprenantes pour empêcher les Parisiens d’être dans le confort ont réussi à les bousculer sérieusement. Sauf exceptions, les sénateurs en rouge et bleu ont peiné à réagir. A Londres, au Stade de France ou encore à Sochaux, c’était flagrant. Pourtant il y avait de l’enjeu. Peut-être l’impression est-elle légèrement faussée par ce mois d’avril indigeste. Je ne le pense pas, j’ai trop souvent eu la même depuis le début de la saison.

Si au moins les joueurs devaient quelque chose à Blanc, ils auraient une raison de l’écouter, de le respecter. Dans les faits, hormis Cabaye, qui peut se dire «il m’a lancé en pro», «il m’a fait confiance», «il m’a donné ma chance» ou «il m’a fait venir» ? Ce serait plutôt l’inverse, pas mal de joueurs doivent penser que Blanc leur est redevable des résultats de l’équipe. Assez régulièrement, en conférence de presse, j’ai plus eu l’impression de voir un attaché de presse qu’un entraîneur, il passe son temps à défendre les joueurs (et dernièrement son bilan), se montre très rarement critique ou exigeant. De temps en temps, il a osé souhaiter publiquement un gain d’efficacité de la part de Lavezzi, Lucas ou Verratti… sans en tirer la moindre conséquence dans ses choix. En résumé, il ne veut froisser personne, semble essayer de se faire accepter par les hommes dont il est en principe le supérieur hiérarchique. Imaginez une PME au sein de laquelle certains employés ont l’oreille du grand patron. Blanc serait dans le rôle d’un nouveau directeur fraîchement recruté en CDD à qui on a demandé de faire ses preuves sous peine de retourner au Pôle Emploi illico. Du coup il essaie de se faire bien voir de tout le monde, de celui à qui il doit rendre des comptes comme de ceux dont va dépendre son bilan, donc la suite de sa carrière. Il se dit qu’au pire, s’il n’est pas conservé, mieux vaut éviter d’entacher sa réputation d’un échec ou à cause de clashs avec les syndicalistes et autres salariés intouchables, le handicap serait lourd à porter au moment de chercher un nouveau poste. En l’occurrence, entretenir des relations tendues avec ces employés privilégiés correspond au fait de se mettre à dos les stars de l’équipe (façon Ranieri à Monaco… adieu Claudio !).

La liste des "risques" pris par Blanc dans sa gestion de l’effectif compte principalement une ligne. Elle concerne Ibra. Contrairement à Ancelotti, "Le Président" a tenté de faire accepter au Suédois de ne pas disputer l’intégralité de tous les matchs. S’agit-il d’un exploit suite auquel il mériterait son diplôme de docteur en psychologie ? J’ai comme un doute… Sa méthode consiste essentiellement à flatter pour se faire accepter ou plutôt pour éviter d’être rejeté, à caresser systématiquement dans le sens du poil non pour apprivoiser mais pour ne pas se faire mordre. Peut-on s’imposer sans jamais imposer ? Je ne vois pas comment. A moins d’être un maître dans l’art de la suggestion[21]. Avez-vous souvenir d’une sanction à l’encontre d’un joueur hormis Ménez, absent à Marseille après avoir quitté le banc lors de PSG-Benfica ? L’attaquant international était déjà marginalisé à l’époque[22], la direction avait été poussée à réagir par le buzz médiatique concernant cette "affaire". Ce cas particulier n’est donc en rien représentatif d’une méthode de management. 99 fois sur 100, au lieu d’utiliser la carotte et le bâton, Blanc donne la carotte, casse le bâton et dit à l’âne : «regarde, je suis gentil, j’aimerais bien que tu avances, mais fais comme tu veux, et sache que je ne te le redemanderai pas afin de ne pas t’importuner.» Ce défaut était déjà apparu en équipe de France quand, au cours de l’Euro 2012, il s’est laissé déborder par des comportements individuels assez terribles après avoir manqué l’occasion de trancher dans le vif en écartant les fauteurs de troubles. A l’époque, j’y voyais l’expression d’un certain orgueil, il semblait se croire capable de se mettre dans la poche les cas sociaux et de réhabiliter les grévistes de Knysna.

Si on lui accorde plus de prérogatives et un contrat de nature à renforcer sa position, verra-t-on un autre Laurent Blanc ? Bien sûr, une mue en entraîneur charismatique est impossible. En revanche il lui est encore possible de devenir un patron respecté qui inspire confiance et respect à ses joueurs, avec qui ils ont l’impression d’apprendre, de franchir des paliers, d’être traités de façon juste. Au cours de votre scolarité ou de vos études, vous avez forcément eu au moins un prof précédé par sa réputation de sévérité et d’exigence. Le jour de la rentrée, en consultant votre emploi du temps, vous ne vouliez surtout pas voir son nom apparaître, vous priiez de pouvoir plaindre vos potes qui allaient en hériter à votre place… Et non, c’était pour vous. Néanmoins, à la fin de l’année et encore plus au cours de la suivante après avoir récupéré un autre prof beaucoup plus laxiste, vous en arriviez à le regretter en vous disant qu’avec lui, au moins, vous avez vraiment progressé[23]. Evidemment, l’entraîneur d’une équipe pro du standing du PSG est plus qu’un simple professeur, il a aussi d’autres rôles, dont celui de diriger un staff, il doit superviser beaucoup de choses. Le fonctionnement de Blanc n’est pas celui d’un professeur de football de la vieille école (l’image qu’ont Wenger, Gourcuff, Bielsa et compagnie), il délègue beaucoup. Pourtant, compte tenu de la politique sportive régulièrement annoncée par le président et en partie matérialisée par le recrutement de ces jeunes, le club a besoin de cette dimension éducative, gérer les ego ne suffit pas. On devrait pouvoir faire une analogie avec un professeur dans l’enseignement supérieur, Gasset et Makélélé étant ses chargés de TD. Heureusement qu’ils sont là…

Quand vous misez autant sur des jeunes (Lucas, Pastore, Marquinhos, Digne, Verratti), quand vous prétendez vouloir en sortir de votre centre de formation (le PSG ne manque pas de potentiel à ce niveau avec les Aréola, Sabaly, Rabiot, Ongenda, Coman, Bahebeck et compagnie), il vous faut les mettre sous les ordres d’un entraîneur capable de les faire progresser dans tous les domaines (technique, tactique, mental, etc.). Pour le moment, Blanc ressemble à un prof remplaçant peu expérimenté débarqué dans un nouveau collège dont le manque d’autorité incite les élèves à n’en faire qu’à leur tête. Du coup ils ne progressent pas [24]. Certains ont carrément envie de changer de classe, histoire d’avoir un vrai prof.

Avec les jeunes, il faut pouvoir et savoir être ferme. Blanc est hyper lisse et conciliant. J’aimerais le voir de temps en temps oser une sortie médiatique non diluée dans l’eau tiède pour piquer l’orgueil de certains joueurs comme l’ont souvent fait Mourinho (notamment quand Benzema n’en foutait pas une) ou encore Ranieri (par exemple pour réveiller James Rodriguez, avec succès), ou encore envoyer en CFA un garçon en train de prendre le melon (et bien sûr le dire ouvertement, sinon ça n’a aucun effet). Selon certaines rumeurs Ongenda aurait été écarté en raison d’un comportement pas assez professionnel à l’entraînement. Une punition qui dure les ¾ de la saison, c’est un peu long, non ? Il faut être sévère, mais juste. Et avec tout le monde, pas seulement avec le plus petit de la classe.

Je vous pose la question suivante : hormis Digne, bien aidé par Maxwell, chez quel jeune a-t-on pu observer une réelle progression cette saison ? Verratti est toujours le même petit c*n, Lucas est toujours aussi faible tactiquement, Marquinhos a toujours les mêmes sautes de concentration, Rabiot semble régresser, il a perdu la simplicité qui était son fort, il se met à ressembler à Verratti dans les prises de risques, Ongenda a presque disparu, Coman a réellement disparu. On peut ajouter Pastore à cette liste et constater de nouveau la forte baisse de rendement due à la mauvaise gestion de son cas.

Une fois le professeur intérimaire devenu titulaire, libre d’appliquer ses méthodes pédagogiques et doté du pouvoir de sanctionner sans risquer de se faire réprimander par le proviseur ou le doyen à la demande d’un élève ou étudiant mécontent, on peut réellement juger son travail. Il en sera de même pour Blanc la saison prochaine à condition bien sûr d’être débarrassé par les dirigeants de cette image d’entraîneur désigné par défaut, à qui on donne sa chance en attendant de trouver mieux. Pour juger sa valeur, il faut aussi prendre en considération l’effectif à sa disposition.

Après une saison complète passée au club il est censé parfaitement connaître son groupe, donc savoir de qui il a besoin, de qui il peut se passer, qui doit partir, qui a des problèmes de comportement ou d’intégration, qui doit s’améliorer dans quel domaine, etc. Par conséquent, il doit avoir identifié précisément le profil des joueurs dont il a besoin. Chacun est en droit d’avoir son propre avis, concernant certains postes il n’y a pas vraiment de débat, je pense que tout le monde convient de la nécessité de prendre un latéral droit titulaire et un attaquant pouvant évoluer dans l’axe avec ou à la place d’Ibra et/ou Cavani. J’y ajoute un ailier. Mais l’important n’est pas votre avis ou le mien[25], c’est un mélange des souhaits de Blanc, de la situation contractuelles des joueurs actuellement au club (certains ont prolongé récemment) et des possibilités réelles de recruter. Le recrutement doit apporter des solutions, pas des problèmes, il serait bon d’y penser avant de signer les – gros – chèques.

Si les dirigeants veulent connaître la pertinence du choix de garder Blanc, il leur faut éviter la demi-mesure, leur entraîneur doit être le décideur en ce qui concerne les mouvements d’effectif (dresser sa liste des recrues souhaitées, des joueurs transférables, pouvoir mettre son véto concernant un départ ou une arrivée, le tout sans être impliqué dans les négociations financières, bien entendu). A la double condition d’avoir le premier et le dernier mot dans la composition de l’effectif pour 2014-2015 et d’avoir les mains libres dans la gestion du groupe ainsi formé, on pourra lui attribuer le mérite des victoires et la responsabilité des échecs.

Au moment où il s’est vu confier l’équipe, je demandais à voir, je n’avais aucun apriori. Ou plutôt j’en avais un positif et un négatif qui s’annulaient. Le positif datait de son passage à Bordeaux, le négatif de ses derniers mois en Gironde, de certains choix de joueurs en équipe de France et surtout de son suicide sportif contre la Suède et l’Espagne lors de l’Euro. J’étais plutôt optimiste compte tenu de ses déclarations, elles semblaient traduire une mise à profit de son année sabbatique forcée pour comprendre ses erreurs. Pendant la préparation je suis même devenu très optimiste. Ensuite, j’ai déchanté. Après des débuts prometteurs concernant le jeu il a opéré à un total retournement de tendance pour mettre en place une équipe déséquilibrée vers l’arrière. Finalement, les insuffisances observées lors de son passée d’entraîneur puis de sélectionneur ont resurgi. En plus de reproduire ses erreurs il en a commis de nouvelles. En quart de finale de l’Euro face à l’Espagne il avait flippé et aligné une équipe hyper défensive, reniant ses principes de jeu habituels. Opposé aux Blues en quart de finale de la Ligue des Champions il a au contraire refusé de les renier, a cru pouvoir imposer son jeu de possession copié sur celui de la Roja en sachant pourtant que les Londoniens allaient pousser au lieu de se laisser dominer. Au bout du compte l’erreur est identique, le jour-J il a mis ses joueurs dans une situation à laquelle ils n’étaient pas du tout préparés. Dans le deux cas la solution pour s’en sortir – ou avoir une chance de s’en sortir – était d’oser aller de l’avant, de se montrer agressif et non passif. Chercher à annihiler les points forts de l’équipe adverse tout en tirant profit de ses défauts n’est ni interdit, ni déshonorant. S’adapter serait même plutôt une marque d’intelligence.

De mon point de vue, il n’y a rien de pire que de perdre/de se faire éliminer en ayant uniquement tenté d’éviter une bran-bran – traduction : se chi*r dessus et blinder – ou, au contraire, parce qu’on a eu la prétention ou le manque de lucidité de s’imaginer capable d’obtenir un bon résultat en jouant à la baballe. Quand on choisit d’emprunter une de ces 2 voies dangereuses, la victoire/qualification est la seule issue non génératrice de regrets, regrets dont l’ampleur dépend du réel écart de niveau entre les 2 formations. Pardon, en y réfléchissant à nouveau, j’ai trouvé encore pire : se rendre compte de l’erreur stratégique… mais y remédier en passant trop tard au plan B. Ah… Le plan B… Si vous n’en avez aucun, vous ne pouvez pas savoir s’il aurait réellement pu fonctionner, ce qui peut atténuer cette frustration. Si vous en avez un dont vous constatez l’efficacité en fin de rencontre sans toutefois parvenir à obtenir le résultat escompté, soit le fameux «si le match avait duré 5 minutes de plus, on y arrivait», c’est l’horreur ! Les regrets sont quadruples, à celui lié au résultat brut s’ajoutent celui d’avoir pris le match à l’envers, celui d’avoir réagi trop tard et celui né de la certitude que vous pouviez mieux faire.

A partir des 2 situations évoquées, j’en arrive à la conclusion suivante : Blanc n’a pas su appréhender les limites du modèle de football qu’il tente d’imposer au PSG. Ce modèle est celui du Barça. Mais ce modèle a rencontré le succès grâce à Messi. Au PSG, il a fonctionné uniquement grâce l’apport d’Ibra. Sans ces joueurs hors normes, il est stérile. D’ailleurs, si l’Espagne de 2010 et de 2012 a remporté des compétitions en l’appliquant, elle l’a fait en inscrivant très peu de buts, en soulevant de vives critiques en raison l’ennui mortel qu’elle provoquait, et en bénéficiant d’une réussite assez troublante en ce qui concerne l’arbitrage (la Croatie a été scandaleusement fourrée en 2012, la Roja n’aurait même pas dû passer les poules). Aujourd’hui, à peu près tout le monde sait comment le contrer, il faut beaucoup d’agressivité (sans excès car à 10 ou en concédant des CF et pénos l’affaire se complique), être bien organisé (tout est possible, presser haut pour bloquer la relance tout en s’offrant des opportunités sur ballon de récupération[26], rester dans son camp coupant le lien entre les défenseurs et les attaquant, ce qui favorise une possession stérile très loin de la cage qu’on protège[27], ou carrément défendre très bas de façon compacte pour fermer l’accès à la surface, attirer un maximum d’adversaires dans une position très avancée, ce qui ouvre des espaces pour des contre-attaques rapides[28]) et surtout oser jouer les coups à fond. Les équipes n’ont pas toutes les armes pour y parvenir, certaines y renoncent et sont condamnées à attendre un miracle, celles qui essaient s’en tirent souvent beaucoup mieux. Bien sûr, une erreur défensive individuelle est toujours possible, tout comme un exploit individuel de la part d’un joueur offensif de très haut niveau, mais une formation bien préparée tactiquement et physiquement – essentiel pour ne pas exploser en vol façon Olympiakos à l’aller – peut assez facilement rivaliser collectivement.

Ceci explique pourquoi le PSG n’a pas gagné contre Monaco et Lille, a eu beaucoup de mal 2 fois sur 3 contre Sainté comme au retour face à Anderlecht et Olympiakos, a souffert à Nantes à 2 reprises, s’est fait piéger par Montpellier en Coupe de France, a galéré pour prendre 4 points contre Guingamp (en évitant 2 fois la défaite grâce à une bonne dose de réussite), et pourquoi il a rencontré les pires difficultés pour s’imposer à Ajaccio, Nice, Lorient ou encore Marseille (avant le rouge de Motta qui, paradoxalement, a tué l’OM). Sans parler des 2 matchs contre le Real lors de la préparation, 2 défaites 1-0 en ayant eu l’impression de dominer… sans jamais marquer, contrairement à ses adversaires.

Il est toujours préférable de prévenir que de guérir. Si vous avez la possibilité de tirer la sonnette d’alarme AVANT l’accident et ainsi d’éviter la catastrophe, pourquoi attendre ? Malheureusement dans ce pays, on souffre encore des conséquences de la Coupe du monde 1998. Avant cette compétition, à peu près personne n’imaginait les Bleus réussir un beau parcours, il a fallu attendre d’éliminer l’Italie en quart de finale au terme de la séance de tirs aux buts pour commencer à retourner l’opinion publique. Les médias très offensifs à l’encontre d’Aimé Jacquet n’avaient pas forcément tort sur tout, malheureusement pour eux Jacquet leur a fait amèrement regretter leur manque de soutien. Ils ont payé leur imprudence. Depuis, l’immense majorité des journalistes sportifs se refuse à adopter des positions susceptibles d’être contredites par des résultats. Ils ont peur des représailles des personnes concernées… et du public. Car le public est toujours du côté des vainqueurs. Quand le vent tourne, le public suit.

Peu importe la pertinence de la critique, en France, seul le résultat importe, on oublie rapidement la façon de l’obtenir. C’est pourquoi, un entraîneur peut vivre des années grâce à une ou plusieurs victoires dont il n’est pas responsable. Ainsi, protégé par ses amis haut placés et des journalistes eunuques, Domenech a conservé son poste pendant 4 ans après la Coupe du monde 2006 dont l’équipe de France a atteint la finale… en autogestion. Il a alors pris très cher au cours d’une violente campagne de presse intervenue beaucoup trop tard. En 2014 on paie encore son incompétence. Non, en fait en y réfléchissant bien, le résultat peut passer au second plan dans certains cas (si vous êtes à la mode, savez attirer la sympathie par votre attitude en conférence de presse ou parlez assez fort pour vendre vos excuses[29]). Bénéficier d’une grosse cote d’amour auprès du public a tendance à immuniser, tout comme le fait d’avoir un bon CV. Avec un gros palmarès, chacun de vos choix passe pour une démonstration de génie. Bisevac latéral droit titulaire devant Jallet et Cearà… De l’avis d’une proportion inquiétante de ces observateurs cette lubie d’Ancelotti était une formidable trouvaille. Seulement si Kombouaré avait eu la même 6 semaines auparavant, il en aurait pris plein la gueule. Ancelotti n’est pas le sujet, reprenons notre développement. Il s’agit toujours de remettre en cause la façon dont on parle du PSG.

Avant le retour face à Chelsea, les articles concernant le PSG étaient aberrants, même à la bibliothèque du Vatican on ne trouve pas autant d’hagiographies ! Je suis sûr qu’en faisant le tour de la presse papier parue depuis le début de la saison vous pouvez faire toute la litanie des saints ! "San"-Marco a été inondé d’éloges, le débit des louanges agressées à "Saint"-Laurent a surpassé le celui de la Seine, si on avait ajouté une graine de haricot dans un silo à chaque fois que Motta ou Silva a eu droit à un commentaire magnifiant son jeu on pourrait nourrir les "San"-Thiago de chili pendant 9800 ans. J’en passe. Pourtant, l’équipe a été sauvée d’innombrables fois par "San"-Salvatore ("Saint-Sauveur" en français, mais rien à voir avec les galettes) et par le créateur qui apporte la lumière au milieu des ténèbres, Dieu (aussi connu sous le nom de Zlatan Ibrahimovic). Ne serait-ce pas signe de problèmes collectifs ? Quand Ibra n’est pas là, on voit tout de suite la différence. Et quand Ibra n’est pas là, faute de solution de rechange, on observe une glissade au niveau du jeu comme des résultats.

L’élimination à Londres a donné le signal. Soudain, les muets et certains hagiographes ont choisi de se mettre au pamphlet. Balancer des coups de hache doit leur sembler plus jouissif que de passer la brosse à reluire. Pour un sélectionneur ou entraîneur de grand club, on le sait, le faux-pas ne pardonne pas[30]. Concéder la défaite de trop revient à se jeter dans un fleuve infesté de piranhas après s’être pris un coup de poignard, ou encore à être abandonné avec une fracture ouverte à chaque jambe dans une brousse où rôdent les hyènes, vautours et autres charognards. Rapidement, ils se régalent à vous déchirer, se battent pour votre dépouille. La vitesse et la violence du retournement d’opinion interpellent, en une soirée l’idole se transforme une cible, le génie en incompétent notoire. Ceux qui n’avaient pas les c*uilles de l’ouvrir par peur du retour de boomerang deviennent soudain plus loquaces, souvent extrêmement virulents. Trop lâches pour le faire au moment où ils auraient dû critiquer ce qui méritait de l’être, ils sont soulagés d’enfin pouvoir s’en donner à cœur joie et n’hésitent pas. C’est la curée. Quand on se retient pendant longtemps…

Ces derniers temps, il a beaucoup été question de Blanc-bashing. En gros, 2 clans s’affrontent, ceux qui le pratiquent et ceux qui accusent les autres de le pratiquer. Au milieu, vous avez les arbitres de ce combat, dont le parti pris est de simplement s’attacher aux faits. Malheureusement, en France, critiquer ce qui est critiquable vous condamne à être affublé de l’étiquette d’anti-untel ou d’anti-ceci. Inéluctablement, on vous sort des c*nneries du genre «tu n’es pas objectif » – comme si celui qui vous le dit était objectif, lui – ou, en réaction à la critique de l’action d’un entraîneur, le célèbre «vas passer tes diplômes et remplaces-le si tu es plus intelligent». Si vos arguments sont pertinents, votre conclusion mesurée, peu importe ! Vous n’échapperez pas aux procès d’intentions.

En ce qui me concerne, vous le savez, j’assume depuis toujours ma condition de supporter du PSG, il n’a jamais été question de me cacher derrière un masque de prétendue neutralité. Ce procédé stupide et mensonger ne crédibilise en rien ceux qui l’utilisent. Je pars de ce principe : être supporter d’un club ne signifie pas être un abruti incapable de faire la part des choses, mais tout simplement vouloir le meilleur pour ce club. Un vrai supporter est supporter tous les jours que Dieu fait, 24 heures sur 24, y compris quand il dort, son humeur dépend souvent de la situation de son club, il est stressé avant et pendant les matchs, une victoire génère de l’euphorie, une défaite lui plombe le moral, une série de mauvais résultats empêche de dormir, un trophée provoque de la fierté. Ça va beaucoup plus loin que de simplement suivre son actualité, de regarder ses rencontres, le club fait véritablement partie intégrante de lui. Ceci induit des réflexes naturels comme réagir face aux attaques venues de l’extérieur et aux injustices en tous genres (décisions arbitrales, disciplinaires ou autres). Toutefois, en tant qu’être humain, il reste capable de réflexion. C’est pourquoi il n’est obligé ni de se laisser dicter sa conduite par ses instincts, ni de se comporter comme un béni-oui-oui. Un supporter n’est pas là pour applaudir aveuglément tout ce que font les joueurs, membres du staff technique et dirigeants de son club. Montrer sa réprobation s’il constate un comportement ou un choix allant à l’encontre des intérêts de ce club est de son DEVOIR.

Malheureusement depuis quelques années les clubs et les pouvoirs publics font leur maximum pour anéantir la vision identitaire du supporterisme afin de la remplacer par une conception bien différente, le supporter est uniquement appréhendé en tant que consommateur, il n’est plus censé être un acteur du spectacle et un garant de la pérennité du club. Ce n’est plus du foot, c’est du théâtre : vous payez votre place, vous allez vous assoir à votre place, vous regardez, éventuellement en applaudissant de temps en temps, vous sortez pendant l’entracte et allez boire ou manger quelque chose, vous retourner vous assoir pour la suite, et à la fin si vous avez aimé vous applaudissez les membres de la troupe qui viennent saluer le public, puis vous rentrez chez vous. Si votre comportement est jugé inapproprié, on vous sort de la salle. Dans les stades, la liberté d’expression a disparu, contester, c’est s’exclure.

Aujourd’hui, la norme est devenue la soumission. Je suis horrifié de le constater. La réalité est encore pire, beaucoup de ces soumis sont carrément devenus de bons petits soldats qui veulent eux-mêmes s’occuper de la police de l’opinion. Si vous osez émettre critique, ils vous insultent. Si un ancien joueur – y compris une légende de la maison – ou un consultant ose exprimer un avis ou prendre une position qui ne leur plait pas, il subit le même traitement. Défendre l’indéfendable, propager des mensonges de façon consciente, jusqu’à ces dernières années, c’était le job des avocats de la mafia, des publicitaires et des hommes politiques. Désormais, c’est aussi celui de ces soumis, une belle bande de moutons écervelés (en version plus trash… des c*ns).

Un vrai bon supporter est aussi un connaisseur, certaines choses ne peuvent lui échapper. Il ne peut pas décemment gueuler contre un arbitre qui prend une décision juste, méconnaître les lois du football, fermer les yeux sur les défaillances, erreurs grossières et autres attentats dont les membres de son équipe ou leurs encadrants se sont rendus coupables. A moins d’être malhonnête intellectuellement (dans ce cas, il s’agirait d’un faux bon supporter).

Ma position est très claire, je veux le meilleur pour mon club, j’aimerais donc avoir un minimum de raisons et d’occasions de critiquer négativement les joueurs de mon équipe. N’ayant rien à vendre donc aucun besoin commercial de rechercher la polémique, je m’exprime uniquement dans un but constructif, en souhaitant voir l’entraîneur et les dirigeants s’attaquer aux problèmes, corriger les défauts observés. S’il y a des raisons de s’enthousiasmer, d’être optimiste, de kiffer, je ne m’en prive pas. En revanche, j’évite de m’enflammer sans raison valable comme de hurler avec les loups. Suivre la meute est très facile, s’affranchir de l’opinion autorisée et se forger la sienne simplement en ouvrant les yeux est donné à chacun d’entre nous. Pourquoi se priver de son libre-arbitre ? Par paraisse intellectuelle ? Par peur de ne pas entrer dans le moule ? Quand on ose aller à contre-courant, on sait ce qu’on risque. Essentiellement 3 choses : de se tromper, d’être pris pour un con… mais aussi d’avoir raison avant les autres. Si vous passez votre vie à penser "comme tout le monde", vous ne risquez que de vous tromper. Ça vous arrive très souvent, seulement vous n’en avez pas conscience. C’est ça de croire que la majorité a forcément raison…

Je n’ai ni attendu Knysna pour fracasser Domenech, ni commencé à dénoncer la réalité du système Platini quelques jours avant l’annonce des sanctions concernant le fair-play financier (mes arguments sont désormais largement partagés – pour ne pas dire repris – y compris par les médias anglo-saxons), ni eu besoin de constater l’attitude d’Ancelotti au moment de son départ pour ouvrir les yeux sur la réalité de son action à Paris, ni eu besoin de me prendre une claque dans la gueule le soir de Chelsea-PSG pour constater les limites du jeu parisien, notamment ces sales habitudes adoptées tout au long de la saison sous les applaudissement nourris de dizaines de milliers d’inconscients.

Attention, l’analyse et la critique a posteriori peuvent être justes et pertinentes. Il est en effet nettement plus facile de faire un bilan que des prévisions. Le souci est d’avoir attendu le crash pour devenir intelligent et comprendre ce qui se tramait. Se rendre à la veillée funèbre d’un ami décédé dans un accident de voiture et dire devant le cercueil ouvert «espèce d’abruti, tu aurais dû changer tes pneus et les plaquettes des freins, je le savais, tout le monde le savais, je ne te l’avais pas dit parce que c’était évident», c’est bien gentil, mais c’est surtout très c*n. Si la veuve est présente et décide de vous sauter à la gorge pour vous étrangler, personne ne pourra lui en vouloir. Heureusement, dans le cas du PSG l’issue est moins dramatique, on parle d’une situation où mieux vaut tard que jamais. Dans la perspective de la saison prochaine, cette prise de conscience de ce qui pèche ne peut être que salutaire. Avec un peu de chance, elle empêchera la création de cette atmosphère d’autosatisfaction permanente, une atmosphère propice à l’endormissement, pas à la progression.

Pour finir, je vais tenter de résumer mon développement concernant les choses à changer pour avancer.

Pour que le PSG progresse la saison prochaine et les suivantes, une profonde remise en questions est indispensable concernant tous les domaines.

Avant de penser au reste, l’entraîneur doit se voir conférer plus d’autorité et s’en servir pour s’imposer. C’est la base dont tout le reste doit découler. On attend de lui qu’il n’hésite pas à trancher, à prendre ses responsabilités, fasse preuve de pragmatisme (à bon escient, pas quand être pragmatique signifie s’en tenir simplement aux résultats en oubliant la façon de l’obtenir), mais surtout que l’équipe (collectivement) et les joueurs (individuellement) progressent grâce à lui. Lors de cette première saison, je l’ai trouvé mou, doté de capacités d’action, de réaction et d’adaptation laissant énormément à désirer.

Il faut que tu muscles ton jeu Laurent, sinon tu vas au-devant de graves déconvenues !

  • La façon de jouer.

Le 4-3-3 doit seulement être UNE DES solutions, et encore, seulement si on trouve un meneur de jeu – qui, dans une certaine mesure, peut être Ibra – parmi les 3 de devant. L’idéal serait d’avoir un plan A avec 2 attaquants (4-4-2, 4-2-2-2, voire 4-3-1-2) et un ou plusieurs autres formules en réserve (un 4-2-3-1 ou le 4-3-3 de cette saison).
Il faut chercher un compromis entre les 2 modèles opposées mis en œuvre ces 2 dernières saisons, à savoir laisser le ballon aux adversaires, défendre bas et contre-attaquer (Ancelotti[31]), et insister sur la possession pour la possession (Blanc). Compte tenu de son effectif et des qualités de ses joueurs, le PSG est capable de se montrer beaucoup plus ambitieux, en particulier face aux petites équipes.

Dans les grandes lignes, voici ce que j’aimerais voir le PSG faire systématiquement : imposer énormément d’intensité en évoluant très haut sans compter ses efforts, aller vite de l’avant dès la récupération du ballon toutes les fois où c’est possible, faire reculer la défense adverse en l’empêchant de respirer – et provoquer ainsi des erreurs – au lieu de chercher à l’aspirer en faisant tourner le ballon derrière (autrement dit, faire circuler le ballon dans la zone où on doit créer le danger, pas dans la zone où on peut être immédiatement en danger si on le perd), varier les attaques (utilisation des côtés, de la profondeur, remises, combinaisons dans les petits espaces, provocation balle au pied, frappes de loin…) sans oublier une arme essentielles, les CPA exploitables (plus nombreux quand on évolue haut). La méthode du rouleau compresseur-pilonneur.

Mettre en pratique ces préceptes est parfaitement envisageable, ça ressemble au jeu du Barça avant sclérose, à celui du Bayern de la saison passée (pré-Guardiola) ou encore… à ce que le PSG a montré à quelques reprises ces derniers mois, en général quand les remplaçants habituels étaient sur le terrain. Contrairement à la plupart des membres de l’équipe type, les garçons comme Digne ne jouent jamais à l’économie. Toute la différence est là.

  • La gestion humaine des joueurs/de la concurrence/des statuts.

Les principes de jeu exposés quelques lignes plus haut demandent énormément d’énergie, ils obligent à disposer d’un effectif complet, assez homogène, avec des postes doublés, éventuellement triplés, et de beaucoup plus faire tourner l’effectif. Hormis les 2 ou 3 éléments moins sollicités (essentiellement les défenseurs centraux) et dans une certaine mesure le taulier (Zlatan), tout le monde devrait être en permanence au taquet. Au PSG, il est impensable de voir un joueur rechigner à faire un appel, à monter au pressing, à aller au contact, ou encore à se replacer en défense ! Les Parisiens n’ont aucune raison valable d’en garder sous le pied. S’ils étaient seulement 14 ou 15 pour disputer une saison de 60 matchs, d’accord. Ce n’est pas le cas. Pourtant, en pratique, on a eu droit au service minimum un nombre incalculable de fois, comme si se préserver physiquement était prioritaire sur tout le reste. Est-ce acceptable ? Je dis non.
Seule l’instauration d’une concurrence saine peut permettre de passer au niveau supérieur, elle est nécessaire pour concerner tout le monde et pousser chaque joueur à donner le meilleur de lui-même en permanence. Il faut de l’émulation, de l’exigence, récompenser ceux qui font bien le travail et sanctionner ceux qui ne font pas les efforts demandés ou manquent de sérieux. Pour obtenir tout ça, il est nécessaire que l’entraîneur ait suffisamment de c*uilles et d’autorité pour ne pas se laisser dicter ses choix.

  • Le recrutement (autrement dit la direction sportive).

La liste des recrues depuis le rachat du club par QSI est longue de 21 noms[32], 6 sont déjà partis ou sur le point de quitter le club, sans parler des anciens et des jeunes qui ont signé pro pendant cette période pour se retrouver en CFA, en U19, en prêt, vendus, laissés libres… Le point commun de la plupart des transferts cités est leur prix. Hormis Beckham, gros coup marketing et rien d’autre, il y a toujours eu transfert onéreux, souvent pour des sommes importantes. En 3 saisons, le seul joueur grâce auquel le club a fait une plus-value est Mamadou Sakho – LE joueur à ne pas vendre, il aurait dû être prolongé jusqu’en 2018 dès l’arrivée des Qataris – car presque tous les autres[33] ont été raccompagnés vers la sortie une fois leur contrat arrivé à échéance ou de façon anticipée avec une résiliation. Entre-temps il y a souvent eu des prêts avec prise en charge d’une partie du salaire. Beaucoup d’argent gâché. Pratiquement tout a été rasé pour reconstruire une équipe toute neuve à coups de dizaines de millions, en surpayant dans les grandes largeurs et sans réelle cohérence.
Grâce à son propriétaire, le PSG peut se permettre de moins regarder à la dépense concernant ces prêts et les salaires en général. Seulement, quand il dépense de grosses sommes, il renforce ses adversaires. La Série A est déjà sauvée de la banqueroute grâce à lui. Il serait donc bon de retrouver la raison pour se mettre à recruter intelligemment. Se préoccuper de la complémentarité avec les autres membres de l’effectif, des faiblesses réelles de l’équipe, des profils correspondant aux intentions de jeu de l’entraîneur, de la capacité des nouveaux à être opérationnels de suite, du niveau de ceux dont ils doivent prendre la place, ou même du véritable niveau des recrues… Est-ce trop demander ? Depuis 2 ans ½ les choix sont trop souvent faits pour de mauvaises raisons (faire plaisir à untel ou untel, ajouter des noms, créer le buzz).
La politique de recrutement est une composante importante de la politique sportive. Quelle est celle du PSG ? Aucune ligne directrice claire ne se dessine. Si le but est de construire sur le long terme, il serait bon d’enfin penser à la meilleure façon de transformer les joueurs à fort potentiel en joueurs qui exploitent tout leur potentiel, notamment ceux issus du centre de formation, totalement délaissés. Et si tel était réellement le cas, la meilleure façon de définir le choix de préférer Alex à Sakho serait l'utilisation du mot "sabordage" au lieu du terme "erreur". Ceci dit, si l’objectif était de rapidement gagner la Ligue des Champions ou du moins s’en approcher de très près, les 80 et quelques millions du trio Verratti-Lucas-Marquinhos auraient été utilisés pour acheter des joueurs confirmés, entre autres différences. Si le moyen terme était visé, Zlatan ne serait pas la star du club, la moyenne d’âge des recrues avoisinerait les 26 ans (des garçons au talent déjà confirmé, âgés de 23 et 28 ans, qui sont encore en progression).

  • La façon de parler de l’équipe, des joueurs, de l’entraîneur et du club en général.

Il est temps de faire preuve de lucidité quand il s’agit de disserter à propos du PSG. Tout idéaliser ou tout dézinguer n’a pas de sens. Il existe un juste milieu, la critique juste et constructive. Savoir l’accepter et en tenir compte est une force, ça permet de progresser.
Le tout est de se poser les bonnes questions : que cherche-t-on, simplement remporter la Ligue 1 ou réellement viser le très haut niveau, c’est-à-dire la Ligue des Champions ? Et fait-on le nécessaire pour atteindre cet objectif ? Le niveau d’exigence de chacun doit être adapté en conséquence. On peut se satisfaire du résultat minimum à condition d’avoir fait le maximum pour l’obtenir, en revanche on ne peut jamais se satisfaire du service minimum.
Le PSG doit encore faire ses preuves, ses joueurs aussi, à l’exception de quelques-uns, peu nombreux, qui ont déjà fait les leurs. Tenir compte du nom (au sens large, comprenez la réputation, la nationalité, le palmarès, etc.) et de données pécuniaires (montant du transfert et du salaire) pour évaluer une prestation est la pire des erreurs. Cette erreur est pourtant très commune. Ainsi, dans certains journaux, vous ne verrez jamais untel ou untel recevoir une note inférieure à la moyenne et un commentaire négatif, même s’il a été bidon, car il jouit d’un préjugé favorable qui lui fait bénéficier d’une indulgence permanente (ça vaut par exemple pour les 2 Thiago). L’inverse est aussi vrai concernant des joueurs dont les performances sont systématiquement rabaissées à cause de la réputation qu’on a décidé de lui donner (je pense par exemple à Ménez et Pastore). A ces derniers on ne pardonne jamais rien, on met systématiquement en avant leurs ratés, on atténue ou masque ce qu’ils réussissent. De nombreux commentateurs sont carrément capables de faire l’éloge d’un joueur en racontant exactement l’inverse de ce qui se passe réellement sur le terrain, en faisant passer pour formidable une mauvaise décision, pour manqué un geste réussi, ou encore en attribuant la responsabilité d’un loupé à celui qui les arrange. Ils n’éprouvent aucune gêne à débiter des théories déconnectées de la réalité du terrain.
Il est important de relativiser les performances, car on ne peut raisonnablement tirer les mêmes conclusions d’un résultat identique obtenu face au 15e de L1 et face à un cador européen, ou encore imaginer que ce qui a été réalisé contre des faibles se transposera nécessairement face à des forts. Vous n’encouragerez pas un footballeur à élever son niveau en lui tressant des lauriers pour avoir brillé dans de petits matchs de championnat, vous réussirez juste à se voir trop beau. Or cette saison, faute de véritable test permettant de s’étalonner, certains sont partis dans des délires improbables[34]. Fiction, fantasme, sensationnalisme, léchage de burn*s… STOP !!! Si le PSG fait ses preuves, alors oui, il méritera d’être encensé. Ceci vaut au niveau individuel comme collectif. Pour le moment, il a essentiellement – voire uniquement – réussi à se servir de sa supériorité financière pour assoir sa supériorité sportive sur un foot français désargenté. Il est pourtant facile de comprendre la nécessité de regarder au-delà des résultats quand un club possède des moyens si disproportionné par rapport à ceux de ses rivaux dans les compétitions domestiques.

Le jour où le public sifflera la passe à 10 apparentée à de l’antijeu et condamnera l’attitude de ceux qui sur le terrain agissent contre les intérêts du club (au lieu de chanter stupidement le nom d’un mec qui dribble dans sa surface juste pour son plaisir personnel), le jour où les observateurs stigmatiseront ce qui doit l’être pour ne faire l’éloge que de ce qui mérite ce traitement, le jour où personne ne se laissera plus aveugler par de bons résultats obtenus face à de mauvaises équipes, on aura fait un grand pas dans la bonne direction. Attendons d’avoir de bonnes raisons de s’enflammer pour réellement nous enflammer. Et quand ça se produira, ne faisons pas les choses à moitié !

Vous n’êtes pas forcément d’accord sur ce que j’ai écrit dans ce long exposé, toutefois il y a une chose sur laquelle vous me rejoindrez forcément : j’ai envie que cette saison se termine très vite, que la Coupe du monde débute et qu’on passe rapidement à la saison prochaine. Tout le monde a besoin de passer à autre chose.

Notes

[1] Oui, le prince a les moyens de se faire construire un nouveau palais si un plomb saute.^^

[2] Pastore était pour une fois intégré au trio offensif.

[3] Dernièrement, un peu dans le même esprit, on a vu un trio Pastore, Lavezzi, Cavani dû à l’absence de Zlatan. Vous admettrez qu’avoir Ibra ou Lavezzi devant soi est "légèrement" différent.

[4] La situation de Bale au Real et Neymar au Barça s’apparente à celle de Cavani… Sans doute s’agit-il d’une épidémie d’accès de folie.

[5] Leonardo

[6] Aussi agent de Zlatan, Maxwell et Matuidi… Mieux vaut ne pas se le mettre à dos le Mino.

[7] Notez que l’entraînement est mystérieux, les supporters et les médias en sont très souvent tenus éloignés. Mieux vaudrait que l’expression «on joue comme un s’entraîne» ne se vérifie pas au PSG vue la façon dont joue l’équipe, à l’économie.

[8] Période Monaco et Barça.

[9] J’ose braver cette interdiction, je suis donc de facto un criminel aux yeux de certains.

[10] Dont environ 253018 dans leur camp en ne faisant face à aucun pressing.

[11] Hormis au poste de latéral gauche.

[12] Je pense notamment au fameux quart de finale de Coupe de France contre ETG.

[13] Lucas était bon lors des derniers mois à Sao Paulo, mais un peu plus tôt, quand on a commencé à en parler au PSG, j’ai regardé certaines de ces prestations, son jeu était celui d’un tout-droit. On le voit encore beaucoup trop souvent se perdre dans des dribbles voués à l’échec, aller s’empaler dans les défenseurs…

[14] Bahebeck a 1 an de moins et était globalement plus convainquant avec Troyes, l’EdF U20 championne du monde puis Valenciennes en début de saison avant une blessure et le changement d’entraîneur que Lucas depuis son arrivée, hormis en de trop rares occasions. D’autant que Lucas est beaucoup mieux entouré, il est plus facile de faire une passe décisive à Zlatan qu’à Marcos, Sanogo ou Pujol. Lucas, c’est un bon ou très bon match de temps en temps pour beaucoup de ratés. Au final, les stats de Reinaldo étaient meilleures.

[15] J’ai choisi cet exemple car dans la catégorie des arbres fruitiers amenés à rester en pot, le citronnier est ce qui se fait de mieux.

[16] Maignan et Ongenda auraient aussi bien pu figurer sur la liste B.

[17] J’ai un petit doute, je me demande si son prêt de 6 mois à Toulouse n’aurait pas empêché d’inscrire comme joueur formé au club, au moins pendant la phase aller. C’est une question de nombre de mois passés au club avant l’âge de 21 ans. Au final, ça ne change rien, désormais il entre dans la catégorie.

[18] Champion du monde U20 barré par Digne et Foulquier, il joue des 2 côtés mais a été titulaire toute la saison à ETG à gauche.

[19] Défenseur central de formation, le vice-champion d’Europe U19 a joué quelques matchs avec Reims sans s’être réellement imposé, néanmoins son temps de jeu a augmenté ces derniers temps.

[20] Aussi vice-champion d’Europe U19, utilisé une trentaine de fois par Jean-Luc Vasseur, ancien formateur au PSG, désormais entraîneur de Créteil.

[21] Méthode utilisée notamment par les magiciens qui vous faire et penser ce qu’ils veulent en vous faisant croire que ça vient de vous.

[22] En fin de contrat, il a toujours été considéré comme perdu pour la cause, Blanc l’a écarté d’office. Peut-être les souvenirs communs de l’Euro 2012 ont-ils compté. Pourtant ce garçon avait beaucoup progressé mentalement en 2 ans, il avait fait d’énormes efforts pour se discipliner, jouer de façon plus intelligente. Sur le terrain les résultats étaient très positifs.

[23] Attention, on parle du prof réglo, sévère mais juste. Rien à voir avec le prof méchant, sadique, capable de s’acharner gratuitement sur une personne sans raison apparente, de punir tout le monde à la volée, d’abuser de son pouvoir et de son autorité pour passer ses nerfs.

[24] Ça m’est arrivé avec une prof d’anglais à peine sortie de l’IUFM, l’ensemble de ma classe avait vraiment eu un comportement dégueulasse. Je ne sais plus combien de temps elle était restée, en revanche je me souviens très bien de l’enfer qu’elle vivait… Elle a dû avoir l’impression d’être tombée dans une classe de sociopathes. Impossible d’obtenir le silence ou même simplement de capter notre attention, de nous faire bosser, je me souviens même d’une fois où il a fallu évacuer la salle à cause d’une sorte de bataille de déodorant (pas de bol, on avait EPS avant ou après)… C’était du niveau de bêtise de Verratti sans le salaire et avec l’excuse de la jeunesse.

[25] Pour ma part, compte tenu des contrats en cours, ça pourrait donner cet effectif : Sirigu, Douchez (remplacé par Aréola dans un an), Maignan - un super latéral droit (je ne suis pas chaud pour Dani Alvès, il est sur la pente descendante et trop formaté pour un jeu comme celui du Barça, on a besoin d’un défenseur latéral, pas d’un ailier droit qui descend de temps en temps), Sabaly (un bon remplaçant formé au club, c’est bon à prendre dans la liste UEFA), Digne, Maxwell, Marquinhos (qui peut même jouer à droite, j’aimerais d’ailleurs l’y voir sur la durée), Thiago Silva, un super défenseur central (éventuellement Laporte qui explose à Bilbao, seulement il est encore très jeune), Camara (toujours dans son rôle d’entraîneur adjoint titulaire d’une licence de joueur pro), Thiago Motta (3 ou 4e défenseur central plus que milieu) - Matuidi, Chantôme (joueur formé au club, polyvalent et qui a prouvé sa valeur), Rabiot (autre formé au club, le pendant de Chantôme en gaucher, qui pourrait aussi être de nouveau prêté pour faire une saison complète), Pogba ou Yaya Touré, Cabaye (qui peut aussi jouer 10) - Pastore, un super ailier polyvalent (pour enfin avoir le remplaçant de Nenê), Ongenda (qui peut être prêté à un bon club de L1, dans ce cas il faudrait un joueur supplémentaire comme Cabella, ou éventuellement Bahebeck si on ne le re-prête pas), Coman (à conserver absolument), Lucas s’il montre des signes encourageants avant la fin août - Ibra, Cavani, Grizemann. Avec ces 24 ou 25 joueurs dont 20 ou 21 de champ plus Camara et 3 gardiens, les postes sont tous doublés avec des spécialistes, triplés ou quadruplés avec un polyvalent, il y a de quoi faire des tas d’équipes différentes en les organisant en 4-3-3, 4-3-2-1, 4-3-1-2, 4-4-2, 4-2-2-2, 4-2-3-1 et toute autre formule imaginable. Avec un effectif comme celui-ci vous installer une véritable concurrence à chaque poste et empêchez tout relâchement, il devient impossible de tricher, de se contenter du minimum. Notez bien que ce serait mon groupe au moment où j’écris, il peut changer d’ici 32 minutes ou rester le même quelques jours… avant un nouveau changement d’avis.

[26] C’est ce qu’a par exemple fait l’ASSE contre le PSG lors du match aller à domicile, ou encore Olympiakos là aussi chez lui à l’aller.

[27] Dans mes souvenir Guingamp l’avait fait au Parc, s’inclinant uniquement à cause de 2 boulettes de son gardien lors du temps additionnel. Ce classique nécessite rigueur et l’engagement pour être efficace, sans quoi ça peut virer au fiasco. Avec cette méthode on a tendance à tomber dans la passivité.

[28] Le Barça s’est fait piéger comme ça en finale de la dernière Coupe du Roi par un Real Madrid à la sauce Ancelotti qui s’est appuyé principalement sur les qualités de sprinteurs de ses attaquants, notamment Bale.

[29] Je pense respectivement à Papa Gourcuff à Lorient (l’apôtre du jeu en contre dont le palmarès fait rêver, il tient sur un timbre… Lorient n’est pas un grand club, les Merlus ont à peu près le 10e budget de L1 mais des clubs comme Auxerre et Guingamp, pourtant pas mieux lotis, ont gagné des titres avec des moyens très inférieurs), à Ancelotti et Ranieri (très forts pour se mettre les journalistes dans la poche, moins quand il faut aller gagner un quart de Coupe de France…), et enfin à Garde à Lyon (formidable avec ses jeunes, martyrisé par l’arbitrage à l’en croire… mais qui perd quand même souvent !).

[30] Sauf s’il jouit d’une protection comme expliqué précédemment.

[31] Je schématise, car en réalité, selon les périodes, il y a eu plus ou moins de football. Par moments l’équipe jouait au ballon, évoluait plus haut.

[32] Gameiro et Matuidi (transferts négociés avant le rachat), Ménez, Bisevac, Sissoko, Sirigu, Pastore, Lugano, Maxwell, Alex, Thiago Motta, Lavezzi, Thiago Silva, Zlatan, Verratti, Van der Wiel, Beckham, Cavani, Digne, Marquinhos, Cabaye.

[33] Bisevac a rapporté quelques euros, Erding beaucoup plus que prévu (Rennes en mode pigeon… mais sa prolongation de contrat avec une improbable et gigantesque revalorisation salariale avait coûté très cher), Gameiro a été revenu moins cher que son prix d’achat car sa cote a baissé en raison de son faible temps de jeu… Excellente affaire pour Séville.

[34] Par exemple en qualifiant le trio Verratti-Motta-Matudi de "meilleur milieu d’Europe".