Le départ du Tour a été donné par la princesse Kate (aussi présente sur le podium à l’arrivée) accompagnée par son mari et son beau-frère. Mais OSEF. Benoît Jarrier (BSE) a attaqué dès le kilomètre 0, il a vite été rejoint par Nicolas Edet (COF) et Jens Voigt (TFR). Le but pour les 3 hommes était surtout de prendre le maillot à pois en profitant des 3 difficultés répertoriées. Dans la première, le vieil Allemand – 43 piges, il est toujours là ! – a été incapable de rivaliser avec les 2 coureurs sarthois, leur duel a été assez impressionnant : ils ont sprinté en se doublant tour à tour au milieu d’une foule gigantesque. A vrai dire, pendant toute l’étape, le public était omniprésent, voire oppressant. C’était totalement dingue, en particulier dans les 3 côtes du jour et à l’arrivée. Je ne sais pas si le Tour est déjà passé dans la région, si oui ça a dû arriver rarement, d’où l’excitation des Britanniques devenus fans de cyclisme depuis que l’équipe Sky a porté certains de leurs compatriotes vers les sommets.

Le sprint intermédiaire était prévu quelques kilomètres après cette première "ascension", Voigt a fait un coup de Trafalgar aux Français en faisant mine d’attaquer pour prendre les points et la prime… mais a continué à fond. Impossible de le rattraper. Il est donc parti chercher les points du sprint, ceux des côtes (4pts, maillot à pois assuré) et le dossard rouge de combatif du jour.

Si tout a fini par rentrer dans l’ordre pour se finir en sprint, de nombreuses péripéties auront émaillé l’étape, notamment en raison de nombreux rétrécissements de la route, certains causé par cette foule immense. Ainsi, une grande partie du peloton aura dû mettre pied à terre à cause des multiples ralentissements et chutes. Des garçons comme Thibaut Pinot (FDJ) en ont été victimes et en ont aussi profité. Le leader de la FDJ a été pris dans une cassure à cause d’un ennui mécanique (il a dû changer de vélo), les multiples petits faits de course lui ont été bien utiles pour raccrocher le bon wagon.

Au sprint, tout le monde attendait Mark Cavendish (OPQS). Le Britannique arrivait chez lui – en réalité il y passait ses vacances, je crois que sa mère habitait tout près de la ligne d’arrivée – et était extrêmement motivé à l’idée de pouvoir faire coup double : gagner à la maison et porter le maillot jaune pour la première fois de sa carrière. L’an dernier à Bastia on l’attendait déjà victorieux et en jaune au soir de la première étape, il avait été pris dans une chute à quelques kilomètres de l’arrivée, ce dont avait profité Marcel Kittel (GIA). Environ 370 jours plus tard, Cavendish est tombé en fin d’étape, Kittel en a profité pour s’imposer et se vêtir de jaune. Un air de déjà-vu, donc. Seulement à l’époque Cavendish était seulement victime, pas coupable. Cette fois, se retrouvant enfermé au mauvais moment, il a essayé de forcer une porte même pas entrouverte en donnant un coup d’épaule à Simon Gerrans (OGE), provoquant la chute de l’Australien et… la sienne. Bryan Coquard (EUC) a eu beaucoup de chance d’y échapper, il a pu rétablir son équilibre de façon assez miraculeuse et terminer à la 4e place. Ayant auparavant réglé le sprint intermédiaire du peloton, le vice-champion olympique de l’omnium s'est hissé en 3e position de ce classement derrière Marcel Kittel, porteur du maillot jaune, et Peter Sagan (CAN), 2e sur la ligne, porteur du maillot blanc). Du coup Coquard a hérité du droit d’être en vert lors de la 2e étape… La différence par rapport à la tenue habituelle de l’équipe Europcar n’est pas démentielle, ils sont en vert toute l’année. A noter que Chris Froome (SKY) aussi a fait le sprint (6e).

Pour Cavendish c’est un désastre : son objectif n°1 de l’année s’est soldée par un fiasco doublé d’une blessure. Il a l’épaule en vrac, son tour s’est terminé dès le premier jour.

(Je vais essayer de mettre un maximum de résumés (approximatifs) de Jean-René Godart, car c'est du grand art ! :-p )

  • Etape 2 : York-Sheffield (201km).

Cavendish n’a pas pris le départ, on s’y attendait. S’il avait pu prendre part à cette étape, il aurait fini dans le gruppetto. Cette étape semblait réservée à des sprinteurs capables de passer les difficultés ou à des baroudeurs. On y dénombrait pas moins de 9 côtes au sommet desquels étaient attribués des points pour le classement des grimpeurs (de catégorie 4, 3, 3, 3, 2, 3, 4, 3 et 4, soit un maximum de 18 points pour celui qui aurait réussi à faire carton plein). Les 4 dernières se situaient dans les 35 derniers kilomètres. Une sorte de Liège-Bastogne-Liège sur le Tour.

6 hommes ont rapidement lancé l’échappée du jour dont Blel Kadri (ALM), Cyril Lemoine (COF), Perrig Quéméneur (EUC) ou encore Armindo Fonseca (BSE), ils ont ensuite été rejoints par un Belge. Pour à peu près tous les évadés, le but semblait être de récupérer le maillot à pois et de s’assurer de le conserver pendant quelques jours. Résultat, il y a eu bagarre, Lemoine a pris le premier point distribué. Il a dû s’employer pour battre Fonseca. En revanche au sprint intermédiaire les membres du groupe n’ont pas lutté, Kadri y est passé en tête en prenant son relais. Dans le peloton en revanche on a accéléré, il restait des points à prendre. Coquard a encore réglé ses adversaires, c’est presque anecdotique. Un incident aurait pu sortir de la catégorie des anecdotes pour entrer dans celle de drames : un spectateur trop avancé avec le coude qui dépassait – pour faire une photo – s’est fait percuter par un coureur lancé à au moins 60 à l’heure. Heureusement personne n’est tombé sur la route, par contre l’imprudent a littéralement volé en arrière, il a dû se faire mal, le choc était assez violent pour casser un bras.

Ce public toujours aussi impressionnant et mal élevé[1] est directement et indirectement à l’origine de chutes. En effet, en plus des risques causés par ces cinglés – la présence d’adultes et enfant sur le bitume ou le trottoir au plus près des voitures, motos et vélos ne suffisant pas, on voyait des animaux de compagnie, des cyclotouristes et autres, c’était n’importe quoi ! – il faut prendre en compte le stress provoqué au sein du peloton par cet environnement particulièrement dangereux. Parmi les victimes du jour on peut citer Richie Porte (Sky), le principal lieutenant de Froome.

Le groupe n’a jamais eu beaucoup d’avance, certaines équipes dont celle de Sagan avaient ciblé cette étape, elles ont donc contrôlé. A l’avant, les coureurs ont pris ce qu’il y avait à prendre avant de se faire reprendre. Lemoine a été surpris par Quéméneur, parti de loin pour s’adjuger les 2 points de la 2e côte du jour, il a ensuite battu 2 fois David De la Cruz (TNE) pour revenir à hauteur puis doubler Voigt au classement des grimpeurs. Avec 6 points il n’était pas sûr de revêtir le maillot à pois, il restait beaucoup de difficultés répertoriées à escalader.

L’échappée a été reprise à plus de 60 bornes de l’arrivée, seul Kadri a résisté, il est parti seul dans la côte de 2e catégorie après avoir un temps entraîné Lemoine dans son sillage (il y a gagné 5pts pour le classement de la montagne et le dossard rouge du plus combatif de l’étape). L’accélération du peloton a fait exploser les sprinteurs dont Kittel (le maillot jaune), la jonction a donné des idées aux baroudeurs, c’était l’occasion idéale pour contre-attaquer. Thomas Voeckler (EUC) a entrepris de rejoindre Kadri, il y est parvenu… mais pas longtemps. Edet, passé à l’offensive entre-temps, a réussi battre le champion de France de la popularité en sprintant au sommet.

3 autres coureurs ont recollé aux 2 hommes intercalés pour former un quintette de chasse poursuivi par le peloton. Il restait une quarantaine de kilomètres à parcourir quand s’est produit le regroupement général. C’est au prix d’un gros effort que Coquard a pu raccrocher l’arrière du peloton… pour craquer de nouveau quand les Garmin ont remis le paquet dans une nouvelle côte. Il aurait aussi bien fait de rester dans le gruppetto.

Le train extrêmement soutenu imposé en tête a fait de gros dégâts, il y en avait partout. Sur ces routes très vallonnées et éventées, on n’en attendait pas moins. Les Sky ont décidé de prendre les commandes pour calmer le jeu, permettant le retour de pas mal de concurrents. Le peloton a dû passer d’une grosse trentaine à 80 ou 90 coureurs, mais très peu de sprinteurs y figuraient, la fin d’étape s’annonçait aussi difficile, ils étaient donc assez nombreux à penser avoir un coup à jouer. Pierre Rolland (EUC) a profité de la situation pour aller gratter 2 points en attaquant à la fin de la dernière difficulté de 3e catégorie, Jean-Christophe Péraud (ALM) a sauté dans sa roue, il a pris 1 point, mais j’avoue ne pas avoir compris où il voulait en venir. Il restait 19km, le duo avait une petite avance sur le peloton, tenter de poursuivre l’effort n’avait rien de suicidaire, tant s’en faut. Une explication verbale houleuse a mis en évidence un différend opposant les 2 hommes quant à l’attitude du vice-champion olympique 2008 de VTT. Ce dernier a pris des relais d’une mollesse voulue, il espérait être rapidement repris par le peloton. Rolland a mal accepté de se retrouver avec un boulet accroché à la roue : si Péraud croyait cette échappée vaine, il pouvait aussi bien se relever de suite ou carrément rester au chaud dans le peloton au lieu de s’en extraire.

Rolland a fini par repartir seul, les Cannondale pensaient la victoire promise à Sagan, leur train a mis fin à l’aventure du Français. Il suffisait d’assurer une arrivée groupée de ce peloton. D’autres équipes pensaient pouvoir l'emporter, notamment les Orica-GreenEdge, mais d’un coup, en arrivant dans la dernière montée, les grandes leaders ont attaqué tour à tour. On se serait cru en montagne… encore qu’en montagne ils osent rarement prendre ce genre d’initiatives. En l’occurrence la côte était courte mais pentue, Froome lui-même est passé en tête à son sommet. Le citoyen britannique a ensuite répondu à une attaque de Jakob Fuglsang (AST) dans la descente. Pourquoi le tenant du titre a-t-il attaqué dans cette étape a priori destinée pour baroudeurs ? Imaginez l’effet d’une victoire et d’une prise de maillot jaune par Froome en Angleterre ! Sa cote de popularité aurait connu une hausse phénoménale, il aurait peut-être même dépassé son rival, Bradley Wiggins, toujours beaucoup plus aimé au pays.

Sagan se voyait gagner, il a fait travailler ses équipiers. Seulement, il a grillé ses hommes avant la fin et s'est ainsi retrouvé seul. Il a donc dû lui-même aller chercher certains des contre-attaquants partis les uns après les autres. Il s’agissait d’une fin digne d’une grande classique, on assistait bien au Liège-Bastogne-Liège attendu, les plus costauds étaient présents à l’avant, le groupe était réduit à une vingtaine de coureurs qui par moments se regardaient. Romain Bardet (ALM) et Tony Gallopin (LTB) ont saisi une occasion de démarrer, malheureusement Sagan se méfiait, il a sauté dans la roue du futur époux de la magnifique Marion Rousse. Bien sûr, quand Vincenzo Nibali (AST) a contré à son tour (à 2 bornes de l’arrivée), personne n’y est allé… Tout le monde a attendu qu’un autre fasse l’effort pour aller le chercher. Rui Costa (LAM) et Froome ont bougé beaucoup trop tard, à environ 700m de la ligne, l’avance de l’Italien était trop conséquente, même avec vent défavorable.

Les Astana visaient un rapproché au classement par équipes pour être mieux placés dans la file des voitures lors de l’étape des pavés, ils ont gagné l’étape et pris le maillot jaune. Ensuite, les coureurs sont arrivés par grappes, 20 coureurs à 2 secondes de Nibali (Van Avermaet 2e, Kwiatkowski 3e, Sagan seulement 4e, Gallopin 5e), puis 15 à 16 secondes dont Pinot et Rolland, puis pas mal à 35 secondes dont quelques leaders ou très bons coureurs, Andy Schleck (TFR) a même terminé à 1’19 du vainqueur.

(J’ai loupé l’abandon d’un Italien de Lampre, Sacha Modolo. Est-ce réellement intéressant ?)

Scénario ultra-classique pour cette dernière étape anglaise : une échappée part assez rapidement, le peloton contrôle, accélère pour y mettre fin, les fuyards résistent, un des protagonistes tente de terminer seul pour être élu combatif du jour, le sprint massif est inévitable, Kittel gagne.

On peut ajouter quelques détails pour relater le déroulement de cette étape toute plate. Les 2 fuyards du jour étaient Jan Barta (TNE) et Jean-Marc Bideau (BSE). Encore un coureur de l’équipe bretonne à l’avant ! Ils savaient n’avoir aucune chance de l’emporter, ils ont donc pris ce qui était à prendre : la prime (et les points) du sprint intermédiaire pour le Français, le dossard rouge – plus la prime liée – et le passage sur le podium d’arrivée pour le Tchèque qui a lâché son compère dans un tunnel londonien pour être repris à 6 kilomètres de l’arrivée.

Notons qu’au sprint intermédiaire Coquard a encore réglé le peloton, comme chaque jour, il a notamment battu Sagan. Arnaud Démare (FDJ) y a pointé son nez sans donner l’impression d’être très motivé par ce challenge. A l’arrivée, Kittel a encore éclaté tout le monde, Sagan a pris la 2e place, Coquard la 4e (pour le moment il joue placé mais j’en suis convaincu, il en gagnera une), Démare s’est fait enfermé juste au moment où il allait lancer son sprint en sortant de la roue de Sagan. Arf.

L’étape a encore été marquée par un public totalement dingue. Comprenez une quantité dingue de spectateurs – en particulier dans les 30 derniers kilomètres, dans Londres – mais aussi des spectateurs complètement dingues. Les coureurs ne seront pas mécontents de revenir en France où on trouve essentiellement les fous et les imbéciles en montagne, moins sur le plat. Cette tension permanente et les multiples prises de risques des supporters anglais ont mis en danger tout le monde, on a encore assisté à de nombreuses chutes, des spectateurs ont encore été percutés comme sur la route menant à Sheffield. A une trentaine de bornes de l’arrivée Andy Schleck (TFR) est allé à terre avec quelques autres à cause d’un incident de ce genre, il a été victime d’une collision impliquant un autre coureur (un Sky), il y a eu une vague en début de peloton, c’est tombé derrière, d’où une désorganisation générale et un retard pris par pas mal de coureurs. La dame était un bon mètre sur la voie pour prendre une photo.


Mise à jour/complément d’information : Andy Schleck a fini l’étape malgré une fracture du ménisque et surtout… une rupture des ligaments croisés d’un genou, une blessure classique dans les sports d’appuis, rarissime en cyclisme.



Si en fin d’étape le public était mieux encadré, la pluie, les lignes blanches glissantes et les virages à angle droit ont encore ajouté de la nervosité au sein du peloton : les leaders voulaient être placés, les sprinteurs aussi, seulement tout le monde ne peut être à l’avant. Ça frotte, ça glisse… C’est ainsi que certains – dont Pierre Rolland et les frères Schleck – ont perdu du temps bêtement au classement général (une grosse minute) en ayant été trop prudents lors des ultimes kilomètres. La chute survenue au milieu du peloton à 1,7km de la ligne d’arrivée n’a pas été retenue comme raison de leur retard[2]. Ça fait cher l’excès de prudence… Le leader d’Europcar y gagnera-t-il de la liberté pour attaquer de loin dans la montagne ? Va-t-il du coup passer au plan B (maillot à pois et victoires d’étapes) ? L’avenir le dira rapidement.

Général TdF 2014 après 3_étapes

Et maintenant, le Tour de France rentre au pays !

Notes

[1] En Angleterre il y a une passion pour le cyclisme mais pas de tradition cycliste, les gens n’ont pas l’habitude de voir passer des courses, a fortiori de la dimension du Tour de France, ils ne se rendent pas compte de la dangerosité de certains comportements.

[2] Rappelons que quand un coureur est victime directe ou indirecte d’une chute ou d’un incident mécanique dans les 3 derniers kilomètres de ce genre d’étapes on tient compte de son positionnement au moment où il est entré dans cette zone des 3 bornes.