Un non-partant : Maximiliano Richeze (LAM), l’Argentin du Tour.

Il s’agissait d’une étape pour sprinteurs, c’est pourquoi l’équipe de Kittel a pris les choses en main presque toute la journée pour limiter l’avance du quatuor échappé. Ce petit groupe parti dès le départ réel était composé de Jérôme Pineau (IAM), Arnaud Gérard (BSE), Luis Angel Maté (COF) et Tom Leezer (BEL).

Pendant une grande partie de cette journée très fraiche les coureurs avaient vent dans le dos. La pluie s’est ensuite invitée sur l’étape. Autant vous dire qu’on a connu des étapes plus excitantes, plus spectaculaires, avec un public plus enthousiaste et nombreux. Les échappés n’ont même pas lutté pour les points au classement des grimpeurs, le coureur de Cofidis a protégé le maillot porté par son coéquipier en passant sans problème en tête de la première des 2 côtes au programme de la journée.

Les principales péripéties ont été des chutes. D’abord une grosse dans le peloton à environ 80 bornes de l’arrivée. Parmi les coureurs impliqués on peut citer Arnaud Démare et William Bonnet (FDJ), Kévin Réza et Alexandre Pichot (EUC), Daniel Navarro et Egoitz Garcia (COF), ou encore pas mal d’autres. Thibaut Pinot (FDJ) a dû jour les équilibristes pour rester sur le vélo. Xabier Zandio (SKY), longtemps resté au sol car bien sonné et semble-t-il bloqué du cou, mais aussi Egor Silin (KAT), lui aussi blessé, ont dû abandonner. Juste après, nouveau carton dans le peloton ! Cette fois les victimes ont été essentiellement des Garmin (Jack Bauer, Tom-Jelte Slagter, Johan Vansummeren), une tripotée de NetApp (dont Leopold König, le leader, certains ont seulement été ralentis mais plusieurs sont tombés), ou encore Marcus Burghardt (BMC), Davide Cimolai (LAM), des Movistar (Jesus Herrada et le champion d’Espagne, Ion Izagirre), au moins un Lotto et un Bretagne-Séché. Tout ceci s’est passé dans une descente qui ne payait pas de mine, la route devait être très glissante.

Rapidement après ces accidents on arrivait au sprint intermédiaire, le Belkin a poussé son relais pour y passer en tête… Malin le garçon ! Le peloton y est passé avec environ 2’10 de retard, Peter Sagan (CAN) a été battu par Mark Renshaw (OPQS), ils étaient très peu à sprinter, cette fois Bryan Coquard (EUC) n’y est pas allé. Tout le monde l’a compris, si Sagan termine le Tour il remportera le maillot vert. Le Slovaque a aussi dû tomber au cours de cette journée car on a vu son cuissard déchiré, il est ensuite allé se faire soigner le coude à la voiture médicale.

La course est alors passée au Chemin des Dames… l’occasion d’une nouvelle hécatombe. C’était en pleine ligne droite alors que le peloton accélérait très fort. Parmi les hommes tombés dans ce lieu tristement célèbre, citons Rein Taaramae (COF), Jean-Christophe Péraud (ALM), Thomas Voeckler (EUC), mais surtout Jesus Hernandez (TCS), sérieusement touché, au point de devoir abandonner au bout de quelques minutes. Une mauvaise nouvelle pour Contador.

On ne comptait plus les cuissards déchirés, les brûlures et écorchures causées par le frottement de la peau sur le bitume, les problèmes mécaniques générés par les collisions, cette étape a pris des allures de carnage, en particulier ces 15km maudits où ont eu lieu les 3 chutes collectives. En plus de Sagan, Jurgen Van den Broeck (TLB) est manifestement membre du club des victimes du 10 juillet.

On s’est retrouvé dans une situation où la présence d’un fort vent latéral engendrait le risque de bordures. Déjà scindé en plusieurs morceaux avec à l’arrière un groupe Sagan – avec pas mal de sprinteurs – lâché suite aux chutes, le peloton a alors subi ce qui semble bien être une tentative de coup tactique d’Omega Pharma-Quick Step. Je ne trouve pas très classe de se mettre à la planche en tête de peloton pour distancer des confrères largués à cause de chutes ou qui étaient à la voiture médicale au moment de l’accélération. Dans le milieu aussi c’est mal vu, du coup tout le monde a fini par se calmer pour laisser les attardés retrouver leur place au sein du peloton. Se mettre à la planche sur le Chemin des Dames quelques jours avant la Planche-des-Belles-Filles n’avait aucun sens. Il restait près de 60km, les échappés n’avaient plus que 20s d’avance, l’écart a pu croître de nouveau – un peu – grâce à cette accalmie.

Pour l’anecdote, sachez qu’en principe Hollande devait être devant le peloton ou derrière les échappés à partir du Chemin des Dames, d’où la pluie, c’est bien connu, il attire la pluie. D’ailleurs en entendant parler de Hollande et du Chemin des Dames, Eros Rastafumetto s’est cru sur la route des fromages, il pensait qu’il s’agissait du Chemin d’edam et n’a pas compris pourquoi on ne distribuait pas de fromage au ravitaillement.

Maté a encore pris le point de la côte de 4e catégorie où le peloton avait une grosse minute de retard. La suite a cruellement manqué d’intérêt jusqu’aux attaques au sein de l’échappée à environ 20 bornes de l’arrivée quand l’avance des hommes de tête rendait sa fin proche. Gérard a tenté de repartir seul, Maté et Pineau ont essayé à leur tour, Maté a fini seul afin d’être élu plus combatif du jour, il a obtenu ce qu’il cherchait. Pineau méritait beaucoup plus ce trophée (dans l’échappée il est celui qui a le plus donné).

A une dizaine de kilomètres de Reims, le peloton a explosé par l’arrière, on a perdu les fatigués, ceux qui n’avaient rien à jouer et certains des garçons tombés pendant la journée, notamment Démare. La cassure, favorisée par le vent (pas tout à fait un coup de bordure), a fait des dégâts. Les FDJ ont roulé avec des Sky car Pinot s’est retrouvé dans le 2e groupe. Pierre Rolland (EUC) aussi. Arf.

En tête de peloton les OPQS ont envoyé du lourd, aidés par moment par Cannondale puis Katusha, il y avait beaucoup de ronds-points et du vent favorable. Michal Kwiatkowski (OPQS) a tenté le coup du kilomètres, sans succès car l’accélération de Kévin Réza (EUC) a permis au peloton de revenir, seulement Bryan Coquard n’était pas dans sa roue (il a fini 8e). André Greipel (TLB) a remporté le sprint tout en puissance, devançant facilement Alexander Kristoff (KAT) et Samuel Dumoulin (ALM). Sagan n’a terminé que 5e devant Romain Feillu (6e). Marcel Kittel n’a pas disputé le sprint en raison d’un problème mécanique (crevaison en fin d’étape).

Greipel était nul – un seul top 10 – depuis le début du Tour, il lui a fallu perdre son poisson pilote sur chute (Greg Henderson) pour se réveiller

Le fait du jour est surtout le retard bêtement pris par Thibaut Pinot, obligé de tout donner pour limiter au retard la casse après avoir été retardé par manque d’attention… Il était mal placé. Mikel Nieve (SKY) et Pierre Rolland aussi ont perdu 58 secondes. Au général, ça peut faire de grosses différences à l’arrivée. Le leader de la FDJ s’est ainsi retrouvé avec 3’24 de retard sur Nibali, Pierre Rolland à 6’17. Notons aussi une petite inquiétude concernant Romain Bardet (ALM), tombé en cours d’étape (on ne l’a pas vu). Il aurait mal au genou.

6 hommes ont formé l’échappée de cette très longue étape : Martin Elmiger (IAM) et Bartosz Huzarski (TNE) sont partis très rapidement, ils ont été rejoints ensuite par Alexandre Pichot (EUC), Anthony Delaplace (BSE), Nicolas Edet (COF) et Matthew Busche (TFR).

Je n’ai rien de bien passionnant à raconter… L’avance n’a jamais atteint les 5 minutes, Cannondale a rapidement pris le manche pour réduire et stabiliser l’avance des échappés. Pendant très longtemps, elle aura à peine dépassé la minute. Notons tout de même l’abandon de Stef Clement (BEL), KO suite à une chute… Plus tard Danny van Poppel (TFR) a abandonné à son tour. Voilà voilà…

Elmiger semblait très motivé, au sprint intermédiaire il a accéléré pour griller Pichot qui pensait prendre les points et la prime simplement en passant son relais. Une fois de plus Coquard a réglé le peloton mais on ne sentait pas vraiment de conviction, ça n’a pas vraiment bataillé. A l’image de l’étape en somme.

En tête de peloton, on trouvait toujours les Cannondale, mais en raison du vent latéral les FDJ n’étaient pas loin, ils ont fait très attention à bien placer Pinot pour éviter de rencontrer un problème comme celui qui a coûté près d’une minute la veille à leur leader sur la route de Reims.

La mésentente grandissante au sein de l’échappée a décidé Edet à repartir seul. Il restait plus de 60 bornes, la marge était réduite à 45 secondes… mais le groupe est revenu sur lui. Sur ces très longues lignes droites – vallonnées – traversant tantôt les champs, tantôt la forêt, une échappée n’avait de toute façon aucune chance à moins de se former assez tard pour profiter des 2 côtes de 4e catégories situées en fin d’étape. A 45 km de l’arrivée le duo à l’origine de l’échappée s’est de nouveau détaché. Les 4 autres ont fini par se relever malgré la tentative d’Edet pour se joindre au Suisse et au Polonais. Si tout le monde avait décidé d’abandonner, des contre-attaquants encore frais auraient sans doute pu se lancer, le terrain était favorable à un coup comme celui-ci, certainement pas à des gars déjà en vadrouille depuis le départ réel. Le Suisse aura au moins obtenu le dossard rouge du plus combatif de l’étape.

D’ailleurs l’étape a réellement débuté dans les 20 derniers kilomètres, au moment d’aborder la première difficulté du jour. L’accélération du peloton loin de l’arrivée avait déjà décroché des grappes de couleurs, le phénomène s’est amplifié dès le pied de la Côte de Maron (4e catégorie) car pas mal de sprinteurs ont lâché l’affaire, incapables de rester dans les roues, c’était déjà trop dur. Les 2 derniers échappés ont été repris… et Voeckler a attaqué. Les Orica-GreenEdge faisaient le travail en tête du peloton, il n’y a pas eu d’affolement, le Français a seulement pu le résister quelques centaines de mètres.

Un peu après la bascule une grosse chute s’est produite dans le premier tiers du peloton impliquant notamment Tejay Van Garderen (BMC) – à l’origine de l’incident – obligé de repartir avec le vélo d’un partenaire. Ce n’était pas le bon moment pour tomber, ça allait très vite en tête du peloton où plusieurs équipes ont envoyé du pâté, notamment celle de Contador. A 4, les BMC avaient peu de chances de revenir. De surcroît le Colombien de cette équipe, Darwin Atapuma, manifestement emmené dans sa chute par son leader, a dû abandonner. J’espère avoir des renseignements concernant l’état de santé de Darwin et son… évolution.

Les cadors ont accéléré dans la descente, y compris Vincenzo Nibali (AST). Pinot avait du mal à rester dans le coup, il semble avoir toujours un amour modéré pour cet exercice, surtout dans ces conditions.

Dans la dernière difficulté, la Côte de Boufflers (4e catégorie), assez pentue même si assez courte, le reste du peloton est monté à un train très soutenu mais assez régulier. Cyril Gautier (EUC) est parvenu à attaquer, finalement quelques-uns ont décidé de faire de même pour le rejoindre, les Tinkoff de Contador ont alors envoyé du lourd.

Fabian Cancellara (TFR), que certains imaginaient attaquer en fin d’étape pour finir en grand rouleur, a crevé à ce moment. Un éliminé de plus. Le grand favori restait Sagan, il était sans doute TROP favori, quand on l’attend il veut tout contrôler et finit par échouer parce qu’en s’éparpillant il grille ses cartouches. Au moment du sprint il manque de jus. On l’a ainsi vu sauter dans la roue de Greg Van Avermaet (BMC) et hésiter à insister car le trou ne se creusait pas. Il y a encore eu des contres, ça partait dans tous les sens, Coquard et Kristoff ont craqué en même temps, en cas de sprint massif ils étaient de moins en moins nombreux à pouvoir disputer la victoire au Slovaque. Dans ces conditions, son intérêt était clairement de finir en groupe. Pourtant il est resté le postérieur assis entre 2 selles. A un moment, il faut adopter une stratégie claire et s’y tenir. Il a fait tout le contraire, donc tout à l’envers. Un temps sur la retenue, il a finalement décidé d’insister dans la descente sans être aidé par Van Avermaet. Le Belge le savait, pour battre Sagan dans une arrivée à 2, il fallait le laisser faire tour le travail, car malgré sa bonne pointe de vitesse, en collaborant, il aurait offert la victoire au Slovaque.

Du coup on s’est retrouvé avec ce duo qui regardait souvent derrière lui, la FDJ menait la chasse, Richie Porte (SKY) aussi a roulé, peut-être parce que Van Garderen est passé au sommet avec Cancellara 1’ après la tête de la course, les Orica-GreenEdge ont aussi décidé de rouler. Fatalement, le peloton a repris les 2 fuyards à peu près au moment où Porte a tenté une contre-attaque (à environ 2 bornes de l’arrivée). Echec général, tout ce qui trainait devant la meute a été avalé.

Et soudain… Grosse chute au sein du peloton ! Un assez petit groupe de rescapés a pu disputer le sprint, les autres étant soit à terre, soit retardés. Et dans ce mini-peloton encore en lice pour la victoire d’étape… nouvelle chute ! Andrew Talansky (GRS) a fait une belle cabriole qui a gêné Kévin Réza, en train de lancer son sprint environ aux 500m.

Qui a bénéficié de ces péripéties ? Sagan, passé de piégé à opportuniste ultime. Il a failli profiter de la situation pour gagner malgré son énorme erreur tactique. Failli seulement car Matteo Trentin (OPQS) a refait le coup de l’an dernier en battant tout le monde au sprint. A Lyon, il avait réglé une grosse échappée à l’issue d’une fin d’étape ne manquant pas de petites difficultés. Cette fois il a refait le coup à un groupe équivalant à une échappée mais… sans s’échapper. Lui aussi a été opportuniste. Mais cette victoire n’a vraiment tenu à rien ! On a eu besoin de la photo-finish pour déterminer l’heureux du jour : à 1 ou 2cm près, l’homme en vert levait les bras ! Trentin a lancé son sprint de vraiment très loin, un Sagan au taquet aurait réussi à le sauter sur la ligne, la dispersion due à son excès d’envie de l’emporter a réduit son potentiel. Il aurait dû tout miser sur l’arrivée au sprint.

C’était vraiment le jour des opportunistes et des erreurs stratégiques. Je pense notamment à l’attaque de Gautier dont la principale conséquence a été… de faire sauter Coquard, le sprinteur de son équipe, qui aurait pu bouffer tout le monde. Tony Gallopin (TLB) 3e, Tom Dumoulin (GIA) 4e, Gautier 7e, Chavanel 8e, ça fait très échappée. Il s’agissait bien de la tête du peloton comme le montre la profusion de leaders et de lieutenants majeurs présents dans ce premier groupe (de 27 éléments). Ils ont presque tous fait attention à bien se placer pour éviter les soucis. D’autres coureurs des mêmes catégories ont été classés dans le temps de Trentin car pris dans la chute survenus dans les 3 derniers kilomètres, c’est par exemple le cas de Jurgen Van den Broeck, de Laurens Ten Dam (BEL), d’Arnold Jeannesson (FDJ), de Michele Scarponi (AST), de Brice Feillu (BSE), Mathias Frank (IAM) – qui a mis environ 3’45 pour franchir la ligne… malgré une fracture au fémur ! – ou encore de Tiago Machado et Leopold König (TNE). Sans parler de Talansky (ça tombe sous le sens).

Outre ceux qui garderont des séquelles de ces chutes, le seul cocu du jour est Van Garderen. Le Ricain a perdu 1’03 sur à peu près chacun de ses rivaux suite à la grosse chute survenue bien avant la zone protégée.

General_TdF_2014_apres_7_etapes.jpg

La traversée des Vosges promet du spectacle, le classement général devrait rapidement être chamboulé, on aura bientôt idée de qui est capable de jouer les premiers rôles sur ce Tour de France. Après le départ stressant en Angleterre, la galère du Nord, puis les hécatombes de l’Est, on devrait assister à un long week-end de fête… nationale ? Souhaitons-le, car les victoires allemandes et italiennes, ça suffit !