2 non-partants : Simon Yates (OGE) et Rui Costa (LAM).

Débutons pas un coup de gueule : la plus grande étape de montagne – et plus longue étape du Tour – n’a pas été diffusée en intégralité par France Télévisions, contrairement à certaines étapes en bois en début de Tour. Du coup on a manqué l’énorme bagarre pour faire partie de la grande échappée du jour. Or dans une étape comme celle-ci, la victoire se joue extrêmement souvent entre ses membres. On n’y a pas coupé. Qui plus est, on n’a rien vu de la lutte pour le maillot à pois. En effet, Rafal Majka (TCS) est passé en tête à la Côte de Fanjeaux (4e catégorie) au bout de 25 bornes, donc pendant cette grosse baston, suffisant pour prendre un 89e point au classement des grimpeurs et doubler ainsi Joaquim Rodriguez (KAT), porteur du maillot grâce à ses 88 unités glanées au fil des 2 premières semaines de course. Comme les échappés ont raflé tous les autres points mis en jeu au cours de la journée sans pouvoir atteindre ces totaux, la bataille pour les pois s’est résumée à cette côte à peine notable. Pas filmé ou pas diffusé, le résultat est le même.

Le premier groupe à s’être détaché de façon assez franche pour donner l’impression d’être le bon coup de la journée a été repris sous l’impulsion des Garmin. On y trouvait une douzaine de concurrents dont Matteo Montaguti (ALM) qui a insisté dans la Côte de Pamiers (4e catégorie) quand le peloton est revenu. Il a été rejoint un peu plus loin par une vingtaine de coureurs dont la plupart – si ce n’est la totalité – de ceux avec qui il roulait déjà quelques minutes auparavant. Voici la composition de ce qui est devenu la grande échappée du jour : Bernhard Eisel et Vasil Kiryienka (SKY), Tony Gallopin (LTB), Jérémy Roy (FDJ), Jan Bakelants et Michal Kwiatkowski (OPQS), Matteo Montaguti et Samuel Dumoulin (ALM), Florian Vachon et Anthony Delaplace (BSE), Thomas Voeckler, Cyril Gautier et Kévin Réza (EUC), Michael Rogers (TCS), Jens Keukeleire et Michael Albasini (OGE), Tom-Jelte Slagter (GRS), Greg van Avermaet (BMC), José Serpa (LAM), Ion Izagirre (MOV) et Roger Kluge (IAM). Vous pouvez le constater, 14 équipes sur 22 étaient représentées. Ce genre de coups sur ce profil d’étape, ça va au bout. Surtout avec du vent favorable.

Notons que si beaucoup ont voulu être à l’avant, on en a aussi retrouvé pas mal à l’arrière assez rapidement, y compris des garçons comme Richie Porte et Mikel Nieve (SKY), Peter Sagan (CAN), Jurgen Van den Broeck (TLB) ou encore Rodriguez. Ils ont pu profiter par la suite de l’attitude attentiste du peloton pour passer une journée relativement tranquille.

La présence de Voeckler à l’avant était attendue car il a déjà gagné 3 fois à Bagnères-de-Luchon (dont 2 fois sur le Tour). Avec 2 équipiers pour l’aider dont un gars qui passe très bien la montagne, il pouvait être considéré comme favori pour la victoire d’étape. De plus, il semblait être le plus – ou même le seul – intéressé par les points du classement du meilleur grimpeur. On l’a donc vu aller les chercher au Col de Portet-d’Aspet (2e catégorie), où l’échappée comptait plus de 10’ d’avance sur le peloton, puis au Col des Ares (3e cat), où Serpa a essayé de le battre, se faisant sauter sur la ligne par le Français, obligé de sprinter.

L’écart séparant le groupe de tête du peloton a augmenté, augmenté, encore augmenté, dépassant les 13 minutes. Comme prévu, le vainqueur du jour se trouvait déjà à l’avant.

Etrangement, Jérémy Roy a été le premier à attaquer, c’était avant le pied du Port de Balès (hors-catégorie). Il n’a pas cherché à insister mais en a remis une dès le début de la montée. Depuis le début de l’étape je l’imaginais en fuite afin de servir de relais pour Thibaut Pinot en fin d’ascension et dans la descente, où les AG2R avaient sans aucun doute prévu un coup tactique pour faire sauter les garçons les moins à l’aise dans cet exercice. Autrement dit Pinot.

A l’arrière le peloton a commencé à accélérer, le gruppetto s’est donc rapidement formé. A l’avant on ne faisait pas de tourisme. Réza a donné tout ce qui lui restait avant de lâcher l’affaire, en tant que sprinteur il ne pouvait être là qu’en équipier. Roy a sauté avant lui. On s’attendait moins à voir Slagter galérer si rapidement. Ils n’étaient déjà plus que 12, 3 sont revenus un temps en profitant d’un replat pour sauter de nouveau dans la foulée. Kiryienka a longtemps fait le travail sans être relayé, son but étant manifestement de faire sauter du monde au train. Il a même fait craquer Kwiatkowski ! Rogers en a remis une couche, seuls Serpa, les 2 derniers Europcar, Van Avermaet et Izagirre ont réussi à s’accrocher. Voeckler en a profité pour lancer une première mine. C’est revenu. On s’est regardé, Kiryienka a pu recoller… et se remettre en tête pour accélérer de nouveau. Gallopin, Slagter et Montaguti essayaient de revenir, suivis puis aidés par les 2 OPQS.

Voeckler, qui connait parfaitement la montée, en a remis une. Encore une fois, Serpa a fait le travail pour le rejoindre. Il restait environ 5 bornes avant de basculer dans la longue descente. Rogers est parvenu à revenir, avec Gautier sur le porte-bagages. Gautier a contré. La stratégie des Europcar était logique, classique, quand un duo affronte 2 ou 3 concurrents membres d’équipes différentes, on en fait attaquer un pendant que l’autre reste dans les roues afin de s’économiser et de pouvoir contrer en cas d’échec de l’offensive de son collègue. Souvent ça fonctionne car les autres se regardent ou se crament à faire le travail pour reprendre le fuyard. Seulement, en montagne, les jambes comptent plus que la tactique, si celui qui part ne réussit pas à creuser l’écart ou si celui qui s’occupe du marquage défensif se fait larguer ou manque de force pour contrer, l’avantage du surnombre s’évapore. En l’occurrence il restait 4 bornes. Gautier a eu du mal à creuser l’écart, il a été repris.

Pendant ce temps, dans le peloton, longtemps mené par Astana, on a réellement changé de rythme sous l’impulsion des Movistar, actifs pendant une très grande partie de l’ascension. L’écrémage a été bien fait, beaucoup ont dû lâcher l’affaire, notamment Jurgen Van den Broeck et Richie Porte, de nouveau dans le dur. Pierre Rolland (EUC), Fränk Schleck (TFR) aussi. Bientôt, ils n’étaient plus que 12 ! Bauke Mollema (BEL) et Tejay Van Garderen (BMC) étaient en queue de groupe.

A l’avant, Gautier a été lâché, il s’est battu afin de réintégrer la tête de course, Kiryienka et Van Avermaet n’étaient pas très loin, Rogers menaient sans pouvoir faire très mal. Gautier coinçait, il était incapable de combler les derniers mètres. Kiryienka a même fini par le rejoindre.

Van Garderen a fini par lâcher prise quand Giovanni Visconti a tout donné avant de se garer et de laisser place à John Gadret, l’autre lieutenant d’Alejandro Valverde (MOV). Romain Bardet (ALM) galérait en fin de groupe, Bauke Mollema a lui bel et bien craqué. Thibaut Pinot disposait encore d’un équipier en la personne d’Arnold Jeannesson, néanmoins il a pris l’initiative d’attaquer. Vincenzo Nibali (AST) et Valverde sont partis le chercher, Jean-Christophe Péraud (ALM) est revenu, pas Bardet, lâché par les 2 groupes. Seul, le porteur du maillot blanc était condamné à perdre sa tunique et sa place sur le podium provisoire du Tour. Peut-être même le podium définitif. Jeannesson et Gadret ont pu rejoindre le groupe maillot jaune où personne ne voulait rouler pour les autres, du coup Pinot s’est retrouvé avec un soldat pour envoyer du pâté et creuser l’écart sur les concurrents décrochés. Une très bonne affaire.

Serpa a fait le sprint pour prendre le maximum de points au Port de Balès, le duo de chasse (Voeckler-Rogers) est passé 20 secondes plus tard, Van Avermaet était tout proche.

Les écarts entre les membres du top 10 n’ont cessé de gonfler, certains étaient dans de petits groupes, parfois accompagnés d’un équipier, d’autres étaient largués. Van den Broeck est même revenu sur Van Garderen (soutenu par un autre BMC) pour le doubler ! Imaginez l’agonie du jeune Américain !

Jeanneson a fait un énorme travail avant l’accélération de Pinot dans le dernier kilomètre. Voyant que Valverde avait sauté, Pinot en a remis une couche. Nibali et Péraud ont pu s’accrocher, Péraud a ensuite plafonné mais Dumoulin, qui avait attendu dans la montée après son échappée, a été en mesure de l’aider à peu près jusqu’au sommet. Le puncheur/sprinteur a ensuite attendu Bardet. Il restait très peu de montée… et Nibali a craqué sur la fin ! Ou peut-être a-t-il juste décidé de couper son effort un peu avant le sommet en sachant n’avoir rien à craindre du Français dans la descente. Pinot a donc basculé seul quelques mètres devant Nibali… Qui a été aidé par une voiture n’ayant rien à faire là !

Dans la descente, Valverde, Nibali et Péraud ont repris sans souci le futur maillot blanc. Celui-ci a récupéré Roy, Valverde aussi a obtenu du renfort. Plus loin, Rolland se rapprochait de Bardet.

Dans l’autre course, celle pour la victoire d’étape, Voeckler ne roulait pas car il attendait Gautier, finalement revenu dans la descente avait l’aide de Kiryienka. Rogers n’était pas du tout content. A peine de retour à l’avant, Gautier est reparti seul, appliquant de nouveau la recette classique du surnombre. Malheureusement, ça a m*rdé car Voeckler n’a pas réagi quand Rogers s’est lancé à la poursuite de l’équipier modèle qui ne sait pas gagner une course[1]. Voeckler devait le suivre, il s’est laissé surprendre par l’Australien mais surtout par son équipier j’ai l’impression.

Bien sûr, Rogers a profité de l’aubaine. Débarrassé de Voecker, il a fondu sur sa proie dans le but de le passer en coup de vent sans lui laisser l’opportunité de se joindre à lui en profitant de l’aspiration. A 4 bornes de l’arrivée, il lui a mis la mine attendue. En grand rouleur, avec si peu de chemin à parcourir, c’était très bien parti pour lui. Poursuivi par un quatuor pas très organisé, Rogers a parfaitement su tirer les marrons du feu malgré sa pancarte dans le dos. S’il y avait bien un gars à ne pas laisser partir, c’était lui, un des grands spécialistes mondiaux de l’effort solitaire. Le duo Europcar aurait très certainement décroché cette victoire d’étape en évitant de se piéger lui-même. A défaut de pouvoir régler l’affaire dans la montée une autre tactique s’imposait : rester ensemble – donc faire du marquage défensif, si un gars essaie de partir un des 2 saute immédiatement dans sa roue sans jamais mener – en préservant le surnombre jusqu’au sprint. Dans cet exercice, Voeckler était le plus fort du petit groupe, en étant lancé par Gautier il gagnait. Rogers a piégé les Europcar, du coup Voeckler a fini 2e (à 9 secondes) et très frustré. Kiryienka a terminé 3e, Serpa 4e, Gautier 5e, Van Avermaet a suivi à quelques mètres.

Kwiatkowski a réussi un très joli coup au général individuel (retour dans le top 10) en finissant 7e à 36" du vainqueur, Montaguti peut se félicité d’une bonne opération pour le classement par équipes avec sa 8e place à 50 secondes. Grâce à lui AG2R a pris le large. Les autres rescapés de l’échappée ont franchi la ligne au compte-gouttes.

Revenons-en à l’autre course, celle entre les cadors.

En fin d’étape les Movistar ont piégé Pinot et Pinot en créant une cassure dans le groupe maillot jaune sans surprendre ce dernier. Izagirre a roulé à fond. Heureusement Pinot et Péraud ont comblé le trou. Valverde et Nibali ont ensuite tenté de refaire le coup, Roy a donc repris la tête du groupe pour emmener tout le monde dans le dernier kilomètre jusqu’à l’arrivée. Leopold König (TNE) a dû faire une descente de mutant car il s’est joint à eux à ce moment. On l’avait complètement perdu de vue ! Le petit escadron comprenant Roy, Pinot, Valverde, Péraud, Nibali et König a bouclé l’étape 8’32 après Rogers. Heureusement que les équipiers partis dans les échappés ont pu aider les leaders en fin d’étape ! Roy a attendu Pinot sur le bord de la route pendant 5 minutes ! Dumoulin a probablement fait de même pour Péraud puis a aidé Bardet jusqu’au bout pour lui éviter de couler à pic.

Les patrons du Tour ont relégué Laurens Ten Dam (BEL) à 1’11, Haimar Zubeldia (TFR) à 1’28, mais surtout Romain Bardet à 1’50, Pierre Rolland à 2’21, Jurgen Van den Broeck, Bauke Mollema et Fränk Schleck à 3’… Tejay Van Garderen a pris un très gros éclat, 3’36. Quant à Richie Porte, le leader de rechange de la Sky… 57e de l’étape à 16’21 du vainqueur (donc près de 8’ des meilleurs), ça pique !

(Un résumé – approximatif – de Jean-René Godart, ça vous dit ?)

Au général ça change pas mal de choses, Pinot a pris le maillot blanc à Bardet tout en montant au 3e rang au général à 5’06 de Nibali, il possédait toujours 1’02 d’avance sur Péraud, désormais 4e, Bardet ayant rétrogradé en 5e place (à 6’40), mais Valverde ayant seulement 29 secondes de marge, on pouvait imaginer une grosse baston jusqu’à la sortie des Pyrénées, voire après. Van Garderen s’est éliminé de la course au podium (6e à 9’25), König est pratiquement remonté à sa hauteur. Je vous passe le reste du classement si ce n’est celui de Rolland (12e à 13’09).

Signalons que Gautier a été élu combatif du jour… Mouais… Je suis extrêmement dubitatif. Le jury lui a filé le prix de consolation.

Enfin, félicitons – ou pas – Reto Hollenstein (IAM) pour son courage – ou sa bêtise si on est plutôt «ou pas» - car il a terminé l’étape malgré une chute dès le 1er km et un… pneumothorax.

2 non-partants : Reto Hollenstein (IAM) et Simon Gerrans (OGE).

Après l’étape la plus longue, la plus courte ! Mais peut-être la plus dure. Après moins de 50 bornes de plat, les coureurs affrontaient un terrible enchaînement : Col du Portillon (1ère catégorie), Col de Peyresourde (1ère), Col de Val Louron-Azet (1ère), et montée finale vers le Pla d’Adet (hors-catégorie). Le tout enchaîné en 76km. Le profil n’était pas favorable à des échappés, néanmoins dès le départ réel les attaques habituelles ont eu lieu.

On a vu un AG2R et des Europcar tenter de partir dans les coups, les FDJ ont essayé pendant quelques instants d’envoyer quelqu’un mais ont renoncé. Les 8 premiers à se détacher étaient presque tous des habitués, 2 faisaient déjà parties des 21 de la veille (Gautier et Slagter), les autres figuraient pour la plupart dans d’autres échappées depuis le début du Tour, c’est le cas de Jens Voigt (TFR), Nicolas Edet (COF), Martin Elmiger (IAM) et Blel Kadri (ALM). Sergio Paulinho (TCS) et Yukiya Arashiro (EUC) ont été moins en vue.

Ça tournait très bien à l’avant, mais derrière les Katusha n’étaient pas d’accord, Joaquim Rodriguez comptait bien être dans l’échappée pour prendre des points après avoir perdu son maillot à pois. L’équipe russe a donc durci la course d’entrée, elle a empêché les 8 de tête de prendre plus d’une minute d’avance.

Kadri est passé en tête au sprint intermédiaire, Bryan Coquard (EUC) est allé "régler" le peloton histoire de conforter sa 2e place au classement du maillot vert. Le rythme était peut-être trop rapide pour Simon Spilak (KAT), obligé d’abandonner rapidement.

Le Tour a alors fait une incursion dans le 4e pays après la Grande-Bretagne, la France (bien sûr) et la Belgique. En Espagne, qu’allaient faire les Espagnols ? L’équipe de Rodriguez s’est relevée dès le début de la première difficulté, laissant faire Astana. Tout ce travail pour reprendre 20 secondes…

En tête du peloton, chose logique, on a assisté à des contres. Un Lampre a essayé de partir, Rodriguez aussi, ils étaient assez nombreux à vouloir se lancer, notamment Mikaël Chérel (ALM), Alessandro De Marchi (CAN) et Fränk Schleck. A l’avant aussi il y a eu du mouvement, mais plus parce que certains n’étaient pas capables de tenir le rythme imposé par Voigt.

Un groupe de taille conséquente s’est formé grâce au retour des contre-attaquants, Rafal Majka et Nicolas Roche (TCS) sont montés au marquage de Rodriguez. Il y avait trop de monde, des coureurs un peu trop dangereux (par exemple Mollema), Astana ne pouvait laisser faire, d’autant qu’on ne savait pas trop qui était là. Résultat, les équipiers du maillot jaune ont accéléré pour revenir sur les échappés, lâchant déjà pas mal de monde au passage.

Rodriguez a tenté de relancer, il est reparti seul mais Majka était toujours au marquage. Van den Broeck aurait aimé se faire la malle, il n’avait manifestement pas les jambes pour, son attaque en tête de peloton n’était pas convaincante, celle de Rolland l’était plus mais encore une fois, ça n’allait pas assez vite. C’est fou, tout le monde voulait être devant, personne ne parvenait réellement à se détacher. A force d’appuyer, Rodriguez a fini par décrocher de sa roue le détenteur de l’objet convoité, le maillot à pois. Un groupe s’est formé avec De Marchi, Mollema, Roche, David Lopez (SKY) et Kristian Durasek (LAM). L’entente semblait très imparfaite, suffisante néanmoins pour creuser l’écart sur les poursuivants (dont Rolland, Gautier et Arashiro, Van den Broeck, Schleck, Serpa, Majka, j’en passe et des moins bons). Ça faisait beaucoup de membres du top 10 des grimpeurs à l’avant. Et beaucoup de Movistar (Jesus Herrada, Giovanni Visconti et Ion Izaguirre).

Rodriguez a attaqué de loin pour aller chercher les 10 points du premier col et redevenir le leader du classement de la montagne, il a lâché le groupe de poursuite mais celui-ci a basculé seulement 20 secondes plus tard, ils étaient 16 dont trop de très bons pour ne pas revenir. Le peloton est passé au sommet environ 1’10 après Rodriguez.

Juste avant d’entamer la descente, Luke Durbridge (OGE) est tombé en heurtant un membre de l’encadrement (soigneur ou mécano) de Movistar qui donnait des bidons au milieu de la route. Il était très énervé, l’a bousculé – pas très violemment – et a eu un peu de mal à repartir malgré l’aide du fautif qui a maladroitement tenté de le pousser.

Le Tour est rentré en France quelques centaines de mètres plus bas, les 22 échappés ne formaient plus qu’un groupe. Avec donc les 3 Europcar et les 3 Movistar, les 2 Tinkoff, 2 Sky (Lopez et Kiryienka), 2 BMC (Amaël Moinard et Peter Velits) et plein de coureurs isolés : Mollema, De Marchi, Durasek, Van den Broeck, Schleck, Kadri, mais aussi Rein Taaramae (COF), Tom Dumoulin (GIA) et, me semble-t-il, Jakob Fuglsang (AST).

Kiryienka a encore essayé de se tailler en solo. Et il l’a bien fait ! Toujours en grimpant comme un rouleur, assis sur sa selle et à un rythme très régulier, il a creusé l’écart sans problème. Derrière, on ne s’engageait pas vraiment, on avait tendance à se regarder, à passer des relais insuffisamment appuyés pour rivaliser avec le Biélorusse. Trop de coureurs étaient là pour autre chose que jouer la victoire d’étape. Les Movistar devaient sans doute servir de point d’appui à Valverde, Rodriguez était au marquage de Majka, etc. Conséquence, on ne s’entendait pas du tout, il fallait que ça explose de nouveau pour relancer l’allure.

Le peloton restait encore assez fourni, toutefois on a vite perdu Kwiatkowski, incapable de capitaliser sur la bonne opération réalisée la veille au général. Le Polonais a été lâché dès le premier col. Il a été ramené dans la descente mais c’était reculer pour mieux sauter. Dès que le peloton a retrouvé une pente en montée, il a de nouveau craqué. A noter aussi un problème mécanique pour Valverde qui a contribué à ralentir le rythme car les Astana ne pouvaient se mettre à fond à ce moment, ça ne se fait pas.

Sans surprise, quelques membres du groupe de 21 ont contre-attaqué. Les ralentissements et les accélérations se succédaient, on perdait beaucoup en efficacité, certains manquaient de jus et se faisaient facilement décrocher. Ils profitaient des temps d’observation pour faire la jonction. On a fini par en perdre (Gautier, Taaramae…). Le grand gagnant était Kiryienka, en train de se forger une avance intéressante par rapport au peloton.

A un moment Roche et Herrada ont creusé un petit trou, ils ont surtout décidé Rolland à abattre la carte Arashiro. Il fallait l’utiliser avant qu’il ne soit trop tard. Le Biélorusse de Sky est passé seul en tête au sommet devant Roche, 2e à 1’12 avec Herrada (ils ont donc repris près d’une minute). Rodriguez a devancé Majka 1’48 après Kiriyenka. Le peloton accusait quant à lui 5’25 de retard sur l’homme de tête. Il n’avançait pas. A ce rythme, les leaders se condamnaient à laisser la victoire d’étape à un membre de l’échappée.

Le groupe de 16 emmené par Arashiro a repris les 2 intercalés, Kiryienka possédait encore environ 1’20 d’avance, on arrivait au pied du 3e col. Ensuite, la marge du Biélorusse n’a cessé de décroître pour se stabiliser autour de la minute, un peu plus puis un peu moins.

Dans la descente, les FDJ ont décidé de mener le peloton pour protéger Pinot. Une bonne stratégie. Mais surtout, ils ont embrayé dans la montée. Le but était clair : sérieusement accélérer le rythme afin de durcir la course et de lancer la grande bataille. Sans surprise, l’écart par rapport à la tête s’est nettement réduit. Concomitamment, l’écrémage s’est fait dans le peloton. L’équipe du maillot blanc n’a pu faire le travail suffisamment longtemps, il a fallu laisser les Astana poursuivre le travail quand Roy a atteint ses limites.

A 25 bornes de l’arrivée, Arashiro a fini son travail en tête du groupe de chasse, il s’est garé, Roche a pris la suite pour Majka. Kiryienka peinait de plus en plus. Après avoir déjà beaucoup roulé à fond la veille, il ne pouvait espérer gagner seul avec autant de coureurs lancés à sa poursuite. Sous l’impulsion de l’Irlandais, le groupe se rapprochait inéluctablement, Van den Broeck avait beaucoup de mal à suivre, il a craqué. Kiryienka aussi. Il a été repris dans le dernier kilomètre de l’ascension, ce qui a permis à Majka et à Rodriguez de se partager plus de points. Sans surprise, l’Espagnol a attaqué, le Polonais a tenté de sprinter mais il était du mauvais côté et n’a pu passer.

En tête de peloton, les AG2R ont décidé de mettre le moteur en marche, ils ont tout fait exploser, surtout les équipiers, notamment Jeannesson. Il ne restait que 10 hommes. Ça sentait l’attaque dans la descente, c’est pourquoi Pinot a accéléré le premier pour s’offrir quelques mètres de marge et limiter le danger. Il comptait 2’30 de retard sur échappés. Mais rapidement, Bardet a agi comme on pouvait s’y attendre, c’est-à-dire en faisant la descente à fond en tête du groupe des cadors. Il espérait obliger Pinot à prendre des risques dans un exercice où il a péché par le passé. Au sein de cette dernière grappe du peloton il restait Bardet, Péraud et un autre AG2R, Ben Gastauer, Nibali était accompagné de Tanel Kangert, Valverde de Gadret. Ten Dam, Pinot et Van Garderen ne bénéficiait de l’aide d’aucun équipier. Pas de König à l’horizon. Pinot a laissé un peu de champ à Bardet et a continué à faire la descente devant les autres leaders sans trop pousser les machines, ce qui lui a permis de récupérer Jeannesson.

Pierre Rolland a décidé d’attaquer dans Saint-Lary-Soulan, c’était le bon moment, ils sont partis à 4 avec Roche, Visconti et Moinard. Mais Visconti ne voulait pas rouler. Au sein du quatuor, on s’est regardé, il fallait pourtant s’entendre pour lâcher définitivement les autres membres de la grande échappée. Ils ne collaboraient pas, l’allure était donc très irrégulière, on assistait à une succession d’accélérations et de ralentissements. Visconti a pu partir par l’avant, Rolland a dû faire l’effort mais il n’était pas bien, il a dû laisser Roche rejoindre l’Italien seul. Les 2 Français manquaient de jus, peut-être ont-ils souffert de la chaleur, contrairement à Visconti, encore assez frais pour s’envoler vers la victoire… si les leaders n’attaquaient pas trop vite. Majka a fini par réagir mais avec Rodriguez et Izagirre dans la roue, il a vite dû retrouver la raison. Le champion d’Espagne était au marquage de quiconque pouvait représenter un danger pour son compère seul à l’avant, Rodriguez faisait aussi du marquage individuel sur Majka. Quand le Polonais a réussi à en mettre une bonne, son concurrent pour le maillot à pois s’est fait distancer, pour de bon cette fois. Mais même avec le relais de Roche, il était probablement impossible de reprendre Visconti. Majka a continué la chasse en solitaire.

Pendant ce temps, seul dans la montée, Bardet n’a pu résister au train de Jeannesson. Après avoir eu jusqu’à 35 secondes d’avance sur Pinot et compagnie, il s’est retrouvé dans leur ligne de mire. Je n’attendais qu’une chose, l’attaque du maillot blanc. Difficile de parler d’attaque, on peut évoquer une accélération. Valverde a explosé, Péraud en a alors mis une, suivi par Nibali et Pinot. Et oui. Péraud a attaqué. C’est probablement la première fois de ma vie que je vois ça ! Péraud est tout de même le coureur le moins offensif de la planète ! Van Garderen s’est accroché. Bardet a été repris, il a roulé tel un simple équipier. Il restait environ 6 kilomètres d’ascension. Péraud a aussi fait l’effort… avant l’attaque de Nibali. L’Italien en a mis plusieurs couches, seul Péraud parvenait à suivre, Pinot ne tenait pas la forme de la veille.

Valverde a rapidement perdu du terrain, heureusement pour lui son équipe avait lancé des hommes à l’avant, il a pu les récupérer pour obtenir du soutien. Parti avec Nibali, Péraud était sur le point d’assurer une place sur le podium et même peut-être de lui prendre la 2e place. On retrouvait ensuite le trio des jeunes (Pinot, Bardet et Van Garderen). Bien sûr Bardet ne roulait pas. Désormais, même la victoire d’étape semblait jouable pour le duo Péraud-Nibali, alors que Majka, revenu sur Visconti, était sur le point d’assurer le maillot à pois. Je le soupçonnais d’avoir fait un deal avec Visconti : tu m’aides pour les pois, je te laisse gagner. Fausse impression. En réalité, il s’est envolé seul vers la victoire.

On avait oublié les intercalés, ils ont presque tous été repris puis doublés par Nibali, finalement 3e de l’étape. Majka a conservé 29" d’avance sur Visconti, 46" sur Nibali et Péraud. De Marchi puis Rolland sont arrivés juste après, Schleck et Mollema ont fini à 1’12, reprenant ainsi un peu de temps au général sur pas mal de monde.

Malheureusement, très bien secouru par Herrada, Valverde s’est rapproché du groupe Pinot, il a ensuite profité d’Izagirre. Le jeune Français continuait à tout donner. La présence de Van Garderen a aidé Pinot et Bardet car en récupérant Moinard ils ont trouvé quelqu’un pour rouler. Pas assez pour empêcher le retour de Valverde. Pire ! L’Espagnol leur a fait un petit coup de p*te en les attaquant à quelques dizaines de mettre de la ligne d’arrivée pour leur gratter 5 secondes. Il a fini 10e à 1’35, Pinot, Bardet et Van Garderen ont suivi à 1’40. Sans son équipe, Valverde perdait au moins 1’ sur ces 3 garçons, grâce à son équipe, il leur a pris du temps.

Ten Dam n’a pas fini très loin, Zubeldia et Van den Broeck ont encore concédé quelques secondes, König a été nettement moins performant que la veille (23e à 3’54 de Majka). Je n’évoque même pas le cas des autres, ceux qui un temps ont donné l’impression de pouvoir jouer une belle place au général.

D’ailleurs au général, outre l’augmentation de l’avance de Nibali, le changement le plus significatif à l’issue de cette étape est le rapproché réussi par Péraud, 4e à seulement 8 secondes de Pinot et 42 secondes de Valverde. Rolland a réintégré le top 10, Kwiatkowski a été relégué très loin (20e), il a pris un énorme éclat.

Et combatif du jour ? Bardet… WTF ?!?! Le nom de Kiryienka était pourtant une évidence ! Les membres du jury n’auront pas le prix de l’objectivité !

Il me semble nécessaire d’aborder le cas Majka. Jusqu’ici, je n’avais rien vu de louche lors de ce Tour. Jusqu’ici, car Majka est… troublant. Son clin d’œil à la caméra quand on le croyait cuit… puis un autre quand il a eu la victoire assurée… mais surtout la répétition des performances énormes… 2e, 1er et 1er des étapes de montagne en ne perdant presque rien sur les meilleurs. Et dire que comme Rodgers il était là pour travailler pour Contador… Bien sûr, il s’est caché lors des étapes peu intéressantes pour lui, en a profité pour finir tranquillement, d’où un classement digne d’un pensionnaire du gruppetto malgré un très haut niveau quand ça grimpe. Mais franchement, pour un gars appelé de dernière minute pour remplacer Kreuziger, interdit de départ pour une histoire de passeport biologique anormal, un gars qui de surcroît sort du Giro, il me semble capable de performances particulièrement étranges. La manière interpelle. On le croit largué, il laisse des gars partir… puis les reprend et les grille tous sans souci, comme si tout était calculé, comme si pour lui l’équation ne contenait aucune inconnue. Par rapport à Niballi, finalement, il a perdu peu de temps.

L’avenir nous renseignera probablement sur le bien-fondé – ou non – de cette impression désagréable. Une chose est sûre, pour sa rétro-poussette (dans une montée il s’est accroché à la moto de France Télévisions pendant un instant afin de prendre de l’élan pour relancer son allure), Majka a pris une amende de 50 francs suisses, plus 10 secondes et 5 points de pénalité au classement… du maillot vert. Autant vous dire qu’il s’en cogne totalement.

Aucun non-partant mais abandon très rapide d’Heinrich Haussler (IAM).

Cette nouvelle étape courte offrait aux grimpeurs une dernière chance de prendre de l’avance avant le contre-la-montre. Avec le Col du Tourmalet puis Hautacam, 2 ascensions très difficiles classées hors-catégorie, il y avait de quoi faire. Ceci dit, la très longue descente entre les 2 risquait fort de dissuader certains leaders de mettre le feu dès le Tourmalet. Quant à la victoire d’étape, elle semblait pouvoir revenir à un aventurier car une échappée allait inévitablement se former assez tôt et profiter de la première partie de l’étape (à peu près jusqu’au sprint intermédiaire) faite essentiellement de faux-plats et de petites côtes (dont 2 de 3e catégorie, la Côte de Bénéjacq et la Côte de Loucrup) pour augmenter son avance. Restait à savoir qui allait y participer. A la place des FDJ, j’aurais envoyé 2 coureurs à l’avant pour servir de relais à Pinot. Je m’attendais aussi à voir des Movistar et au moins un AG2R.

J’avais bien senti le coup car Mickaël Delage (FDJ) a attaqué dès le départ réel (ça n’a pas fonctionné, et après quelques kilomètres il était déjà décroché par le peloton). Seulement la route n’était pas large et ils étaient nombreux à vouloir se porter à l’avant, il était très difficile de se détacher. Perrig Quéméneur (EUC) a été le premier à y parvenir. Il a fini par recevoir un peu d’aide de Steven Kruijswijk (BEL). Pour rester devant, ça ne suffisait pas. Sylvain Chavanel (IAM) a alors tenté de fuir dans une descente où des coureurs ont manqué un virage (un AG2R et un Movistar ont fait un tout-droit). Daniel Oss (BMC) et Bartosz Huzarski (TNE) ont été les suivants. Un gros groupe de poursuivants a rejoint le duo. On y trouvait un paquet d’habitués… et un FDJ, Matthieu Ladagnous.

Voici la liste des 20 : Thomas Voeckler, Kévin Réza et Bryan Coquard (EUC), Sylvain Chavanel et Marcel Wyss (IAM), Tiago Machado et Bartosz Huzarski (TNE), Jesus Herrada et Ion Izagirre (MOV), Alessandro De Marchi et Marco Marcato (CAN), Mikel Nieve (SKY), Jan Bakelants (OPQS), Florian Guillou (BSE), Daniel Oss (BMC), Matthieu Ladagnous (FDJ), Blel Kadri (ALM), Lars Boom (BEL), Julien Simon (COF) et le 14e du général – à 28’ – en la personne de Yury Trofimov (KAT). 14 équipes représentées dont les 3 des candidats au podium, 8 Français, et des coureurs capables de gagner l’étape. Une échappée intéressante ! Astana a décidé de calmer le peloton en roulant en tête à allure modérée. L’avance du groupe de tête s’est logiquement accrue.

Huzarski est allé prendre les points de la première côte, tout se passait de la façon attendu, on était parti pour voir la première partie d’étape anticipée. Seulement Nibali semblait avoir l’intention de lever les bras à l’arrivée car il a fait rouler son équipe pour réduire l’écart qui allait tranquillement atteindre les 5 minutes. Rapidement, les hommes de tête n’ont plus eu que 3’30 de marge. Réza a fait son maximum pour limiter la casse, il semblait être le plus actif de l’échappée. Boom l’a toutefois "relayé" pour passer en tête au sommet de la 2e côte répertoriée et prendre la prime.

L’écart a de nouveau flirté avec les 4’ malgré le train mené par les Astana qui conduisaient toujours un peloton en file indienne. L’embellie a été de courte durée. Coquard a remporté le sprint intermédiaire (son objectif) en ayant dû quelque peu batailler, ensuite le retard du peloton s’est de nouveau réduit jusqu’au ravitaillement, il s’est a de nouveau grimpé grâce aux efforts des équipiers comme Réza et Coquard présents pour tout donner avant de se garer et de finir dans le gruppetto. Le sprinteur – qui fort logiquement a craqué le premier – a été remarquable, tout comme son poisson-pilote aussi (on en a l’habitude). On sentait que dans ce groupe l’entente n’était pas excellente, certains sautaient des relais.

Ce groupe était destiné à se disloquer par l’avant et par l’arrière. Machado a craqué, Chavanel a attaqué, il est parti seul très tôt dans ce col excessivement difficile où il a basculé en tête en 2003. Ça ne nous rajeunit pas ! Il disposait de 4 grosses minutes de marge par rapport au peloton. Pas grand-chose, donc. Nieve et Kadri sont sortis un peu plus tard sans difficulté pour aller doubler Chavanel quelques centaines de mètres plus loin. Ce dernier n’avait pas les jambes pour suivre le rythme. L’Espagnol avait l’air de tenir la grande forme. Pendant ce temps Marcato menait les poursuivants, il bossait pour De Marchi. Malheureusement, Voeckler n’était pas dans un bon jour, il est resté collé à la route. On trouvait de moins en moins de Français à l’avant car presque tout le monde est passé par la fenêtre. Bientôt la chasse s’est réduite à un trio : Trofimov, De Marchi et Huzarski.

Parmi les coureurs lâchés assez rapidement par le peloton, on peut citer notamment Kwiatkowski, Van den Broeck ou encore Porte. Le grand nettoyage était trop grand, Nibali trouvait le rythme imposé par Lieuwe Westra trop intense, il a donc décidé de lui dire de se calmer. Sans doute ne voulait-il pas perdre ses équipiers trop tôt.

Cette ascension du Tourmalet paraissait interminable. A 3 ou 4 kilomètres du sommet Kadri a donné des signes de faiblesse mais Nieve ne voulait pas s’esseuler, avec cette longue descente c’était suicidaire. Kadri a fait l’effort pour passer en tête au sommet et prendre les points mais surtout la prime. Le trio de chasse est passé 1’39 plus tard, Pinot a "réglé le peloton" 4’35 après la bascule du duo… La bataille entre les cadors a débuté quand Valverde a décidé de faire la descente à fond. Il est parti seul pour rejoindre ses 2 équipiers qui attendaient son arrivée un peu plus loin afin de l’aider dans la vallée. Stratégiquement, l’idée était grandiose, on ne peut qu’applaudir. Même si ça m’a énervé. J’espérais vraiment que Pinot attaque dans le Tourmalet pour retrouver Ladagnous. Bien sûr, les retrouvailles ont eu lieu, mais dans le peloton, pas devant lui. Pinot s’est retrouvé sur le fil du rasoir. Evidemment, les Astana ont fait la descente.

Cette descente est roulante, rapide, le vent était plutôt défavorable. Ladagnous a remplacé les Astana, il fallait absolument limiter l’écart, l’aide d’un AG2R n’aurait pas été de trop, heureusement il a pu compter sur le soutien d’un BMC et d’un Astana me semble-t-il. Cette entente a permis de reprendre le trio des Movistar. Peut-être eut-il été bon de laisser les 3 hommes se fatiguer un peu plus longtemps. Si AG2R n’a pas aidé, c’est sans doute parce que Péraud se trainait en fin de peloton à faire des étirements sur le vélo.

José Joaquin Rojas (MOV) a été mis hors course pour s’être accroché puis avoir – trop – roulé derrière sa voiture. Il était à l’arrière du peloton. Un équipier de moins pour Valverde… Pas le plus utile.

Dès les premières pentes du dernier col, Nieve a lâché Kadri, cuit. L’avance de l’Espagnol était déjà réduite à moins de 80 secondes. Entre-temps, les poursuivants ont pu se regrouper dans la descente pour se faire ensuite rattraper les uns après les autres. Une fois de plus De Marchi a été un des derniers à s’accrocher.

Stupeur : à plus de 10 bornes de l’arrivée, profitant d’une attaque de Chistopher Horner (LAM), Nibali a faussé compagnie au groupe des leaders ! Du coup Gadret a dû prendre les choses en main pour mener la troupe. Je ne m’attendais pas du tout à ce scénario. En attaquant, Nibali semblait surtout chasser la victoire d’étape, mais il a aussi mis en grand danger le maillot à pois de Majka. L’Italien a profité du vieux Lampre pendant un temps puis s’est lancé seul. Incroyable ! Il est revenu comme une balle sur ses devanciers !

Ceci dit, la différence n’était pas énorme pour les autres leaders car ils allaient de toute façon continuer à se battre pour les places d’honneur. Repris, Kadri a tenté d’accélérer l’allure de ce groupe pendant quelques instants, il ne pouvait pas. Majka, qui jouait les pois, a décidé d’agir, il est passé à l’offensive. Jeannesson a alors accéléré avec Pinot dans la roue. Aucun de ses rivaux directs n’avait encore décroché, ils étaient encore une quinzaine. Majka a insisté pour se détacher pour de bon.

Quand Nibali a rejoint Nieve, il a immédiatement posé une mine. Seul au monde… (A noter qu’une idiote qui a dû se faire casser son téléphone quand Nibali a heurté son coude dans un virage, elle a manifestement voulu passer à la télé et être vue par son interlocuteur, du genre «vas-y, faut que tu mettes la télé ! Tu me vois ? Woooooo ! Tu me v… SCRACHCH… tuuuut tuuuuut tuuuuut !») Mais derrière, Majka n’a pas fait de la figuration, il tenait à son maillot et devait absolument prendre des points pour ne pas se le faire piquer. Le Polonais semblait toujours aussi frais, lui aussi a fumé Nieve, élu combatif du jour beaucoup trop tôt. Ce prix n’est pas volé, mais pourquoi ne pas attendre de voir ce qui allait se passer dans la montée finale ?

J’attendais la bagarre pour le podium, elle n’a pas eu lieu avant les 6 derniers kilomètres, moment où Jeannesson s’est garé. Ils n’étaient alors plus que 8, Van Garderen a choisi de rouler en tête, Pinot a observé… Toujours rien… Ten Dam a pris la tête… et enfin, Pinot a attaqué. Van Garderen et Péraud y sont allés, par les autres. Et cette fois Valverde a bel et bien craqué. Surtout, l’Espagnol ne pouvait compter sur aucune aide. Il fallait absolument que tout le monde roule pour le distancer. Van Garderen l’a fait avec Pinot, Péraud avait du mal. L’Américain pouvait profiter de la situation pour revenir sur Bardet au général, d’où son comportement.

Valverde a pu profiter des atermoiements des coureurs lâchés après lui pour rejoindre un petit groupe avec König, Ten Dam, Mollema et Bardet. Il a de nouveau été lâché quand ça a encore accéléré, il a encore recollé, toujours au même rythme. Il restait plus de 5 bornes d’ascension. Le travail de Ten Dam pour Mollema l’a aidé, l’Espagnol a lui-même repris les rênes du groupe dans une portion moins pentue pour ne plus la quitter pendant un bon moment.

Quelques dizaines de mètres devant eux, le travail conjugué de Pinot et Van Garderen a permis à ces garçons de rejoindre Majka à plus de 2km du sommet. Pinot m’a fait triper. Il a fourni un effort énormissime, a vraiment envoyé du pâté alors qu’un peu plus bas Valverde continuait à mener mais aussi à souffrir. C’était un mano a mano à distance. Etant désormais seul à rouler, qui plus est en subissant du vent défavorable, le porteur du maillot blanc a logiquement eu du mal à creuser un gros écart.

Nibali a gagné, Majka a sprinté au sommet, Pinot a sauté dans la roue et est allé prendre la 2e place (à 1’10, Majka 3e à 1’12), grattant 5 secondes à Péraud et Van Garderen. Bardet a aussi attaqué un peu avant la fin pour grappiller ce qu’il pouvait et finir 6e de l’étape (à 1’53). Il ne pouvait se permettre de rouler avec l’Espagnol, ce serait allé contre les intérêts de Péraud, sans quoi je pense qu’il aurait pu faire mieux lors de cette étape. Valverde, dans le dur, a terminé à l’arrière de son petit groupe (avec Mollema, König, Zubeldia et Ten Dam), 1’59 après Nibali. Les suivants ont franchi la ligne avec 3’30 de retard sur le vainqueur, Rolland a terminé à 4’33 et est sorti du top 10 (11e à 1’23 du 10e, Zubeldia), il a craqué trop tôt.

Au général, c’est complètement dingue, si Nibali est tranquille (7’10 d’avance), les 2 autres places sur le podium vont faire l’objet d’une lutte acharnée : les 3 candidats ont couru près de 81 heures depuis le début du Tour, presque 291200 secondes pour être un peu plus précis, pourtant entre Pinot, 2e, et Valverde, 4e, l’écart est de… 15 secondes ! Péraud s’intercale entre eux, quasiment à égalité avec l’autre trentenaire du lot. Compte tenu de la valeur de chacun en contre-la-montre, le vice-champion olympique 2008 de VTT est le favori pour la 2e place, il a réalisé la super opération du jour. En principe, Pinot est le moins fort des 3, néanmoins compte tenu du travail spécifique effectué ces derniers mois, des progrès déjà constatés lors de courses à étapes de moindre importance et de la forme de chacun, rien n’est certain. Au bout de 3 semaines de compétition la fraîcheur supplante régulièrement les qualités de rouleur. Valverde semble sur la gente, donc je garde espoir, d’autant qu’il va partir avant les 2 Français[2], lesquels bénéficieront de renseignements sur l’allure à adopter pour préserver ou augmenter leur marge. Péraud aura aussi des infos grâce à Bardet, actuellement 5e (Van Garderen est à 2’07, c’est un super rouleur, néanmoins le 3e Français devrait pouvoir tenir)

L’enjeu du podium est le dernier car les 4 maillots dont définitivement attribués sauf abandon : Nibali en jaune, Pinot en blanc, Majka à pois, Sagan en vert. La victoire d’AG2R par équipes est également assurée. General_TdF_2014_apres_18_etapes.jpg

Le Tour de France 2014 est presque terminé, pour le moment le bilan est un peu léger en victoires d’étapes et en maillot mais l’assurance d’avoir – au moins – un tricolore dans le top 3 en fait déjà une édition mémorable. Il reste 3 jours/étapes pour transformer le mémorable en historique, voire en légendaire.

Notes

[1] Chez les professionnels, Cyril Gautier, c’est une course remportée en 2010 (Route Adélie), une en 2013 (Tour du Finistère), rien d’autre.

[2] Sauf tuile ou bêtise d’ici au clm.