Résultat, les tribunes étaient clairsemées malgré un grand ciel bleu (la température était assez fraiche, notamment à cause d’un petit vent souvent défavorable lors des courses et des concours, très nombreux dès la première des seulement 6 journées de compétitions). Par rapport à des Mondiaux, le niveau et la concurrence sont nettement moins relevés dans nombre de disciplines, on compense par la densité, les épreuves sont plus ramassées dans le temps, il y a moins de tours à passer, plus de choses à voir. Ceci ne justifie pas ces prix prohibitifs. Beaucoup de supporters français auraient aimé traverser la frontière pour aller soutenir les Bleus, extrêmement ambitieux.

On n’a jamais eu une équipe de France aussi forte, on le sait, on ne se fait aucun souci pour le bilan, le suspense concerne le record de 18 médailles, il avait été établi à Barcelone dans un stade acquis à sa cause. Il est possible de faire sauter la banque à condition de… prendre les épreuves les unes après les autres. (^^) Pour le moment, ça fonctionne : 13/15 en qualifications ou demi-finales, et une bonne entame de décathlon.

L’équipe de France a en effet débuté sur des notes très positives.
-Un premier essai à 20m05 pour Gaëtan Bucki aux qualifications du lancer du poids masculin (à 5cm de la qualification directe), suivi d’un second à 20m21 (record perso en plein air) faisant de lui le 2e performeur français de l’histoire de la discipline.
-Les décathloniens ont réussi leur première épreuve, le 100m, Gaël Quérin a remporté sa série en 11"11 (-1.1m/s), soit 1 centième de plus que son record, puis Kevin Mayer (11"10, -0.9m/s) et Florian Geffrouais (11"16) ont couru à leur meilleur niveau – à moins d’un dixième de leur PB malgré le vent – derrière les 10"90 d’Eelco Sintnicolaas, un des gros favoris. Les Allemands ont ensuite envoyé du lourd, Rico Freimuth a remporté la dernière série en 10"71 (-1.9), son compatriote Kai Kazmirek a pris la 2e place en 10"75. Mayer s’attendait à un peu mieux, d’autant que la nouvelle piste du Letzigrund est rapide, mais au final ses adversaires ont pour la plupart perdu un nombre supérieur de points par rapport à leur espérances.
-Un peu plus tard Yoann Décimus a pris la 3e place de sa série du 400m haies (49"60, SB, à 8 centièmes de son PB), il s’est qualifié sans problème pour le tour suivant. Le Suisse Kariem Hussein a fait très forte impression dans la dernière des 5 courses.

Passons à une discipline propice pour se rincer l’œil (il y en a pas mal dans ce cas^^).

Pour sa première sélection chez les seniors, Marion Fiack (21 ans) a frôlé sa première barre (4m00) en qualifications du saut à la perche, celle à 4m15 a été une formalité, tout comme la suivante à 4m25. Son changement de perche au dernier moment n’a pas payé, elle a loupé de très peu sa première tentative à 4m35.

Marion Lotout a eu plus de mal, elle a manqué son premier saut à 4m15, n’a même pas engagé au 2e essai avant de sauver sa peau avec beaucoup de marge. A 4m25, nouveaux problèmes, une fois de plus elle s’est élevée dans les airs sans attaquer la barre avec les jambes. Heureusement, elle a su se reprendre de suite… pour taper en montant lors de sa première tentative à 4m35.

Vanessa Boslak a envoyé une sacrée valise à 4m25 pour son entrée dans le concours. Son premier saut à 4m35 a été manqué en raison d’un problème de réglages.

La 2e épreuve du décathlon a débuté au moment où les filles se battaient à 4m35, la barre d’écrémage. Mayer a bien débuté son concours du saut en longueur. Bien ? Mieux que bien ! 7m65 (+0.2), record personnel explosé ! Quérin s’en est correctement sorti dans la foulée (7m39, -0.6), il a ensuite nettement amélioré sa perf : 7m51 (-1.3) puis 7m59 (-0.8).

Grâce à un PB à 7m68 (vent nul), Kazmirek a remporté ce concours hyper serré. Mayer et Sintnicolaas (7m65), Oleksiy Kasyanov (7m64) et Andrei Krauchanka (7m63) ont concédé très peu de points. Freimuth en est resté à 7m36 (+0.5).

Geffrouais a mordu 2 sauts, il a dû assurer le dernier (6m89) pour éviter le zéro. Néanmoins, compte tenu de ses records, la marque est très correcte. Après 2 épreuves, les Français occupaient les 6e, 7e et 22e places.

Quelques secondes après la perf de Mayer, Marion Lotout a connu la délivrance en passant enfin 4m35. Vanessa Boslak a échoué une deuxième puis une 3e fois… Provisoirement 11e ex-aequo, elle était en sursis, ses chances de poursuivre l’aventure étaient minuscules. Fort logiquement elle n’a pu échapper à l’élimination. Première tuile des championnats. En revanche Marion Fiack est passée. Seulement, 16 filles ont franchi cette barre, il fallait donc les départager à 4m45. Lotout a eu besoin de 2 essais pour effacer cet obstacle et se classer 12e, donc dernière qualifiée (jusqu’au moment où une Grecque a été repêchée à 4m45). On a perdu Fiack, restée bloquée à 4m35. La jeune femme est donc la première de celles dont les championnats sont terminés. Le bilan des perchistes est moyen, voire décevant, 1/3…

Passons aux séries du 100m, auxquelles participaient 3 Françaises. D’entrée, le record de Suisse a été battu par la jeune Mujinga Kambundji (11"32, -0.6m/s), histoire de mettre l’ambiance. Ayodelé Ikuesan a assuré la 3e place de sa série (11"32), celle remportée facilement par Dafne Schippers en 11"10 (-0.4m/s).

Comment Myriam Soumaré allait-elle répondre ? Elle a envoyé du pâté… 11"03 (-0.4m/s) ! PB (et meilleur temps européen de la saison) égalé dès les séries… Probablement aurait-elle dû en garder sous la semelle au lieu de tout donner, elle pouvait largement se permettre de courir à 80%.

Championne en titre, Ivet Lalova a contrôlé sa série histoire de l’emporter sans souci en 11"17 (+0.8m/s). Céline Distel-Bonnet a approché son record à 1 centième en courant en 11"25 (3e place).

Les demi-finales du 3000m steeple masculin devaient être une formalité pour les Français, il leur suffisait de prendre une des 5 premières places ou en cas de catastrophe d’être repêchés au temps. Yoann Kowal a contrôlé, il a assuré avant de se faire enfermer dans le dernier virage. Il a alors dû se décaler et a pris la 4e place. A la bagarre dans la dernière ligne droite, l’Espagnol Victor Garcia s’est éclaté en accrochant la dernière barrière, il a fait un plat, mais pas dans la rivière ! Impressionnant ! Il était déjà tombé au même endroit en finale des Championnats d’Europe 2012, c’était en finale, il était à la lutte avec Mahiedine Mekhissi-Benabbad, décrochant tout de même le bronze.

MMB ne s’est pas embêté, il a fait la course à l’arrière, s’économiser étant important dans l’optique du doublé 3000 steeple/1500m qu’il compte tenter. Sa tactique était simple : doubler les attardés jusqu’à se positionner à la dernière place de qualifié direct et surveiller pour éviter le retour du 6e. Il paraissait facile. Très facile. Il a une marge énorme.

Mame-Ibra Anne ne risquait pas de zlataner les séries du 400m, il en serait incapable. De toute façon, il lui suffisait de passer. Je ne crois pas qu’il ait un instant pensé à contrôler son effort malgré une belle marge à la sortie du virage. Peut-être sa volonté de tout donner pour remporter sa course (45"57) s’explique-t-elle par son couloir, le 2. Peut-être l’idée était-elle de s’assurer un bon couloir en demi-finale.

Courant en aveugle, Yannick Fonsat a dû s’arracher dans la dernière ligne droite pour prendre la 4e place de sa série et assurer sa place en demi-finales. L’équipe de France a donc encore réussi du 100%.

Cindy Billaud, favorite du 100m haies, a fait cavalier seul. Ou cavalière seule ? 12"75 (-1.5m/s), Elle a fait très propre, tout en maîtrise, donnant une belle impression de facilité. Elle a mis plus de 4 dixièmes à Alina Talay (toujours aussi jolie), 2e de sa course. La Belge Anne Zagré a dû beaucoup plus s’employer pour terminer en 12"86 (-1.1). L’Allemande Nadine Hildebrand a couru en 12"79 – mais sans vent – en étant talonnée par Sharona Bakker (12"85), une Néerlandaise. Tiffany Porter a fait comme la Française avec une perf assez impressionnante : 12"69 (-2.0). Ceci dit, elle a tout mis.

Il restait les qualifications du triple saut masculin et le lancer du poids du décathlon.

Ils étaient seulement 21 à se présenter pour le triple saut. En l’absence de Teddy Tamgo – notamment – le niveau n’est pas très élevé. On demandait seulement 16m65 pour la qualification directe. Yoann Rapinier a décroché son billet pour la finale avec un 3e saut à 16m80 (-1.2m/s, 16cm de planche), il fallait se reprendre, avec ses précédentes marques la finale lui échappait. Benjamin Compaoré s’est mis dans la difficulté en ratant son premier saut et en mordant le suivant d’un rien. Heureusement, il a le niveau pour remporter ces championnats. Le champion du monde junior 2006 a fait le taf en assurant sa planche et en se permettant d’atterrir debout à 16m83 (-1.0). Lyukman Adams, le Russe d’origine nigériane, était dans le dur avant de s’en sortir grâce à sa dernière chance en retombant à 16m97 (+0.1). Sa marque à 16m52 l’aurait en réalité classé 12e, ex-aequo avec le 11e et le 13e. Un Britannique s’est fait éliminer au 2e meilleur essai… Outch !

Un Hongrois prénommé Attila a remporté le poids du décathlon (15m56), ce dont on se fout un peu en réalité car la lutte pour le podium a déjà commencé à de dessiner. 7 concurrents classés dans une fourchette de 83 points après 3 épreuves, ça laisse augurer une belle baston ! Mayer est remontée en 4e position au général (2608pts) grâce à un nouveau PB réussi au 1er essai, 15m14, nettement mieux que 2 des 3 Allemands, Kazmirek et Freimuth, respectivement 2e (2626) et 6e (2578) du classement provisoire suite à leurs marques à 14m01 (presque son record) et 14m39 (ratage). Leur autre compatriote a pris la tête (2644pts) en pulvérisant son PB de près d’un mètre (15m39, déjà une première marque à 15m15). Arthur Abele a terminé 3e du 100m en 10"90, puis a établi un PB à la longueur (7m55 au seul essai validé, -0.2), il a donc brillé par sa régularité, d’où cette première place. Kastyanov (3e, 2617), Sintnicolaas (5e, 2600) et Krauchanka (7e, 2561) dont restés dans le coup. Le Biélorusse a eu besoin de battre son record (15m19) pour y parvenir, les 2 autres ont seulement établi des SB pas particulièrement fameux (14m28 en progressant à chaque essai et 14m66).

Quérin s’en est tiré très honorablement en se lâchant pour lancer à 14m02, nouveau record (2523pts, 9e). Geffrouais a grappillé quelques places avec un jet à 14m85, il est capable de mieux (2393pts, 17e).

Excellente cette matinée, non ?

Dans cette vidéo on retrouve – dans cet ordre – le jet qualificatif de de Bucki, les 3 performances de référence de Mayer (100m, longueur et poids), les éliminations de Boslak et Fiack, la qualification de Lotout, la fin de course de Décimus, la série de Soumaré (avec itw), celles de Distel-Bonnet et d’Ikuesan, la fin de course d’MMB, celle de Kowal, l’itw de MMB, la fin de course d’Anne et Fonsat, et enfin la série de Cindy Billaud.

Et à part ça…

Le 1500m féminin s’annonce être un championnat d’ex-Ethiopie entre Abeba Aregawi (Suède) et Sifan Hassan (Pays-Bas). La seconde demi-finale est allée plus vite, on y a pris les 4 repêchées au temps. Stratégiquement, les concurrentes de la première course pouvaient difficilement faire pire.

Le lancer du javelot féminin, très honnêtement, je m’en cogne… tant qu’il n’est pas lancé dans ma direction. Les 3 Allemandes sont passées. Normal.