Dans le sprint final, Miguel Angel Lopez a pratiquement couru pour lâcher Aleksandr Ivanov et Denis Strelkov, les Russes. L’Ukrainien Ruslan Dmytrenko aurait aimé être opposé à des Russes lents… Il a terminé 4e. Kevin Campion s’est classé 11e à 3’20, Antonin Boyez 21e à un peu moins de 6’.

A 10h, le décathlon a repris sur la piste du stade avec le 110m haies. Andrei Krauchanka a remporté la première série en 14"20 devant Florian Geffrouais, auteur d’un nouveau PB en 14"82. Dans la course suivante, Ilya Shkurenyov s’en est sorti avec un assez bon 14"14. Mais c’est dans la dernière série que les gros ont lâché du lourd. Les 3 Allemands et l’Ukrainien ont établi de nouveaux PB, Arthur Abele a même battu le record des championnats en 13"55 (1033pts), suivi par Rico Freimuth (13"63, 1023pts). Ils ont éclaté tout le monde ! La 7e place de Kevin Mayer en 14"28 derrière Gaël Quérin 14"23 l’a fait reculer au classement. Il a en effet été devancé aussi par Oleksiy Kasyanov (13"95), Kai Kazmirek (14"05) et Eelco Sintnicolaas (14"12). Le grand espoir français était totalement dépité par l’attitude des juges qui à l’échauffement dans le stade lui ont interdit de prendre des départs pourtant nécessaires, il en avait besoin pour acquérir des repères. Sans doute a-t-il été déstabilisé par cette mésaventure inhabituelle. Avec ce revêtement très rapide, il s’est retrouvé beaucoup trop proche des haies et a beaucoup touché, la situation devait être très difficile à vivre.

A l’issue de cette 6e épreuve Kazmirek dominait nettement (5460pts) devant son compatriote Abele (5343), Krauchanka (5312), Freimuth (5270), Sintnicolaas (5260), Kasyanov (5250), Shkurenyov (5240) et les 2 Français, Mayer 8e (5210) et Quérin 9e (5126). Geffrouais occupait la 16e place (4874). 250 points de retard sur un leader en feu, 102 par rapport au 3e… La situation semblait compromise, pas désespérée car on le sait capable de finir très fort.

Mickaël Hanany a débuté difficilement ses qualifications du saut en hauteur, il a franchi la barre à 2m15 au 2e essai, on demandait 2m28 pour composter son billet pour la finale. Il a encore eu du mal à 2m19. A la surprise générale, le premier éliminé a été le Russe Aleksey Dmitrick, incapable de dépasser les 2m10 alors qu’il était médaillé mondial en 2011. La piste humide lui a joué un bien mauvais tour, on a vu son pied glisser au moment où il prenait son impulsion pour tenter une dernière fois 2m15. Un joli gadin.

Le Français a enfin trouvé les bons réglages pour passer 2m19 au 3e essai avec de la marge. Malheureusement, l’aventure a pris fin rapidement, il a échoué par 3 fois à la barre suivante. En 2012, il manquait beaucoup de monde, l’opportunité était belle, il avait su la saisir pour décrocher une médaille de bronze.

Les conditions ont décidé la plupart des cadors à débuter assez ou même très bas. Même Bohdan Bondarenko, qui a commencé à 2m23 au lieu de 2m25. (^^). Un bond lui a suffi. On a repêché à 2m19 au 1er essai pour en prendre 14 au lieu de 12.

En l’absence de Française, je pensais faire l’impasse sur le 400m haies féminin. Finalement mon regard a été accroché par une Lettone, Liga Velvere, dont le niveau laisse à désirer. Comme l’apparence physique. Ces qualifications ont surtout été marquées par une belle chute de l’Ukrainienne Hanna Ryzhykova et la qualification de 2 concurrentes ex-aequo au millième aux 3 et 4e places (en principe la 4e n’était pas directement qualifiée).

En revanche il était hors de question de manquer les séries du 110m haies. Pascal Martinot-Lagarde participait à la première, il a déjà gagné en Suisse cette année, c’était au meeting Diamond League de Lausanne. Après la course il avait dit à la télé suisse vouloir refaire la même chose au même endroit pour les Europ’… Les commentateurs s’étaient gentiment moqués en disant que s’il revenait à Lausanne en août il n’allait trouver personne au stade.

PML a remporté sa série sans aucun souci avec un temps de 13"29 (-0.7m/s)… Beaucoup sont incapable de claquer ce chrono en étant au taquet, lui l’a fait en gérant totalement. Il a juste fait tomber une haie au milieu (la 4 ou 5e) en tapant avec la cuisse et la main sans être déstabilisé pour autant. Son interview par Nelson Monfort mérite d’être vue (c’est court, le début est sympa, la course est dans la vidéo suivante).

Dimitri Bascou a battu son record cette saison, il a couru en 13"25. S’entraîner avec les frères Martinot-Lagarde au sein du groupe de Giscard Samba doit beaucoup l’aider à progresser. On l’a d’ailleurs vu lors de cette série. Son début de course très moyen – pour ne pas dire chaotique – a été compensé par une grande maîtrise. Sa victoire en 13"35 est porteuse d’espoirs pour la suite car la marge de progression est évidente.

William Sharman a remporté sa course dans le même temps que PML, mais en s’employant nettement plus. Enfin, Thomas Martinot-Lagarde, qui n’est pas athlète à plein temps et a été blessé plusieurs semaines ces derniers mois, a dû se farcir une adversité particulièrement rude avec notamment Sergey Shubenkov, lui aussi vainqueur en 13"29 (+0.7). TML a bien assuré, il a pris la 2e place (13"46).

3/3 pour les Bleus, aucun gros éliminé, ce tour était un échauffement, un moyen de prendre ses repères.

Retour au décathlon avec le lancer du disque. Dans le premier groupe, Krauchenka a approché son PB établi il y a 2 ans en envoyant son engin à 47m46. Sur une aire de lancer mouillée, ce n’est pas anodin. Geffrouais en est resté à 42m72.

La plupart des candidats au podium figuraient dans le groupe B, bon Mayer. Sa première marque était correcte, 43m73, toutefois il devait lancer beaucoup plus loin pour se relancer. L’amélioration a été nette au 2e essai (44m53), toutefois ses capacités lui permettaient de lancer encore plus loin. Il ne l’a pas fait. Du coup, plusieurs de ses concurrents directs ont encore creusé leur avance par rapport à lui. Dans cette discipline, Freimuth est le plus fort des décathloniens, il est capable de lancer à plus de 50 mètres. Il a commencé par 48m81 et, heureusement, en est resté là. Kasyanov (47m96) a aussi été très bon après un premier jet foireux. Shkurenyov a réussi un joli coup en battant son PB (46"04).

Etrangement, hormis Freimuth, les Allemands ne sont pas de grands discoboles, pourtant il s’agit d’une spécialité chez eux, les bons entraîneurs ne manquent pas, leurs gabarits sont aussi appropriés. Le disque a glissé de la main d’Abele au 1er essai, il a assuré une marque très convenable au 2e pour finir à 43m25. Kazmirek seulement a limité la casse, 43m37. Très piètre lanceur, Sintnicolaas a lancé 2 mètres moins loin que Mayer, il a concédé seulement 40 points au Français car si le coefficient de transformation des performances en points augmente très légèrement avec la performance, le disque n’est de toute façon pas très rémunérateur (seulement 846pts pour Freimuth).

A l’issue de cette épreuve Kazmirek restait en tête (6193pts) mais sentait le souffle de Krauchanka (6130). Freimuth est monté sur le podium provisoire (6116), Kasyanov a gratté pour passer 4e (6078) devant Abele, en pleine dégringolade (6074, il était 2e). Pour Shkurenyov (6028), Sintnicolaas (5977) et Mayer (5967), rien n’était perdu à condition de se relancer à la perche, l’épreuve de vérité. Malgré un record personnel battu au premier essai (43m08), Quérin était bien décroché aux portes de la finale (autrement dit 9e, 5853). Geffrouais est resté 16e.

Sur internet, je n’ai pas trouvé une seule vidéo de Justine Fedronic parlant en français. En revanche, il y en a pas mal en anglais. Ou devrais-je dire en kainri parce qu’elle parle anglais comme une Californienne. Logique dans la mesure où si son père est français (martiniquais je crois), si sa mère hongroise et si elle est née en Allemagne, elle a grandi aux Etats-Unis depuis son enfance et est étudiante à Stanford. Repérée par la fédé il y a 2 ou 3 ans, elle a intégré la grande équipe de France pour la première fois, du moins pour un grand championnat. Son record sur 800m commence à avoir de la gueule, il approche progressivement de la barre des 2’.

On lui demandait de devait finir dans le top 3 d’une série à 6. Après avoir disputé presque toute la course à la corde en 2e rideau, elle a dû tenter de se décaler à l’entrée de la dernière ligne droite pour doubler. C’était impossible. 2 filles ont même pu la déborder, dont la favorite des championnats, Ekaterina Poistogova. Heureusement, elle a ensuite pu griller une fille sur la ligne. La jeune Française – pas désagréable à regarder, et c’est un euphémisme – a dû attendre une potentielle qualification au temps, potentielle et même envisageable avec un chrono de 2’02"01.

Rénelle Lamote a été baladée par Svetlana Rogozina pendant 600 mètres, puis quand la Russe a accéléré, elle s’y est accrochée pour prendre la 2e place sans souci (2’03"92). Les 2 Françaises ont obtenu leur billet pour les demi-finales. Bonne nouvelle !

La marque exigée pour obtenir la qualification directe en finale du lancer du marteau féminin était à 69m50. Alexandra Tavernier a très bien fait les choses en lançant immédiatement à 70m91, 21cm plus loin que son PB précédent.

Mieux valait faire le nécessaire très rapidement car la pluie s’est remise à tomber, il devenait dès lors presque impossible de lancer loin, le plateau était un pédiluve, on en voyait s’essuyer les pieds sur une serviette détrempée avant d’entrer dans cette grande flaque ronde et… perdre leurs appuis en tournant, donc sortir. Essai mordu. Sans toute aurait-on dû interrompre le concours du groupe A comme on l’a fait pour le saut à la perche du décathlon. Ceci dit, les filles du groupe B ont eu droit aux mêmes conditions pourries.

La perche a failli être fatale à Abele, passé de façon particulièrement acrobatique à 4m60 au 3e essai. Quelques minutes plus tard Shkurenyov s’est fait une belle frayeur sous la pluie en lâchant une main au moment de l’impulsion, il a pris l’impact et a aurait pu se faire très mal. Le concours a été interrompu brièvement à au moins reprises car ça commençait à devenir dangereux. Néanmoins, il était relancé assez rapidement. On voyait un mélange de saut à la perche et de plongeon car les athlètes retombaient sur un tapis plein de flotte, ils étaient dégoulinants.

A mon grand désarroi, Abele a passé 4m70, encore au 3e essai. J’espérais bien voir un ou plusieurs des concurrents les plus dangereux pour les médailles se planter. L’homme en forme en est resté à cette barre, Kazmirek s’était fait éliminé dès 4m60, ça fait beaucoup de points perdus car les bons perchistes sont assez nombreux. Combien ? Impossible de le dire car 7 concurrents ont vu leur concours interrompu par la tempête.

La pluie a été remplacée par un vent violent qui a un peu chassé les nuages. Il devenait quasiment impossible de sauter. Beaucoup d’essais ont été gâchés ainsi, les courses d’élan n’étaient pas menées à leur terme quand elles étaient lancées dans les temps. On a même vu une barre tomber toute seule ! Au bout d’un moment, sur plainte des athlètes, le concours a de nouveau été suspendu pour une durée indéfinie jusqu’au moment où il a fallu se résoudre à reporter la fin du concours au début de la seconde session. Il fallait dire stop car ça tournait vraiment à la farce ! Le problème est double : les 7 derniers (Freimuth, Krauchanka, Mayer, Shkurenyov, Sintnicolaas et les 2 Belges) vont devoir reprendre un nouveau concours avec échauffement et barres d’essai, c’est pour eux l’équivalent d’une épreuve supplémentaire qu’ils devront probablement enchaîner avec le lancer du javelot. Les autres auront eu l’opportunité de se reposer avant l’épreuve suivante puis de nouveau avant le 800m. Je crois que certains des essais avortés ont été annulés. Cette décision compenserait en partie l’injustice, mais de toute façon la donne est désormais irrémédiablement faussée.

Quérin (4m90) et Geffrouais (4m60, SB) ont viré respectivement 9e (6733pts) et 16e (6384) à l’issue de cette 8e épreuve.