Au cours de l’après-midi, on a appris le forfait de Jimmy Vicaut. Un double très gros coup dur pour l’équipe de France qui a perdu d’un coup le favori du 100m masculin – on peut même dire carrément la médaille d’or du 100m – et un membre très important du 4x100m. Il a testé sa cuisse suite à la douleur ressentie au bout de 60 ou 70 mètres lors de sa série, elle était toujours présente. A 22 ans, il ne pouvait prendre le risque de subir une grave déchirure à une cuisse déjà blessée il y a 7 semaines (52 jours sans course avant sa série).

En raison de la tempête qui a débuté pendant le saut à la perche du décathlon, les organisateurs ont dû modifier le programme. Les premières épreuves devaient débuter à 18h, elles ont été repoussées à 18h30. Tout a été condensé (réduction de l’écart entre les épreuves, tant pis pour les tours d’honneur), on a modifié les groupes pour la suite du déca. Ceci a néanmoins induit beaucoup d’attente et d’incertitudes pour les athlètes, il leur était difficile de gérer la situation, notamment au niveau de l’échauffement.

Pour faire patienter les spectateurs, la mascotte a fait son show. Dedans il doit y avoir un athlète/danseur/cocaïnomane/animateur de Gulli car cette vache est folle, elle parvient même à sauter à la perche ! A Berlin 2009 on avait découvert le fantastique Berlino (revu depuis à divers événements dans la capitale allemande, peut-être sera-t-il aux ChE de natation la semaine prochaine), à Zürich 2014 c’est Cooly.

En réalité 18h30 est l’heure à laquelle on a fait entrer sur le stade les premiers athlètes. Il était toujours totalement impossible de sauter à la perche dans ces conditions. On a fait s’échauffer les 7 encore en lice pendant que les autres, déjà éliminés, préparaient déjà pour le lancer du javelot.

Le coup de feu de la première course, un tiers de finale[1] du 400m haies, a été donné à 18h44. Je ne comprends pas que pour des Championnats d’Europe avec 36 engagés on ait retenu 24 concurrents pour le 2e tour au lieu de faire 2 demi-finales classiques. Ceci dit, la première a envoyé du lourd, les 2 premiers ont terminé quasiment sur la même ligne, la photo a été nécessaire pour les départager. Yoan Décimus a gagné un très bon couloir grâce à sa performance en série, il a tout tenté en partant très vite, se servant probablement d’Emir Bekric comme point de repère. Sorti assez nettement en tête, il s’est battu mais manquait de résistance dans la dernière ligne droite, d’où une petite faute à la 10. Il a été doublé par 2 concurrents. Il n’a donc pu accrocher que la 4e place en 49"71. On l’a vu couper son effort sur ses dernières foulées quand il a compris que c’était cuit. Sans doute a-t-il payé son accélération dans la ligne droite opposée avec un fort vent de face, mais sa stratégie était la seul susceptible de fonctionner, il a bien fait, on ne peut qu’applaudir. Finalement la course a été remportée par le héros local, Kariem Hussein, principale chance de médaille suisse lors de ces championnats.

L’Estonien Rasmus Mägi a explosé la concurrence dans la 3e course (48"54, meilleure perf européenne de la saison), le titre lui semble promis, en revanche pour le reste tout paraît ouvert, même si un Russe est un peu au-dessus des 6 autres.

Vers 19h, on a relancé le concours de la perche du décathlon. Kevin Mayer a été énorme, il a passé 5m20 au premier essai, PB égalé. Seulement, la barre suivante était à 5m30, le battre de 10cm d’un coup était trop demander, surtout avec ce vent. D’autres ont franchi des barres, j’espérais bien qu’Eelco Sintnicolaas en reste à 5m00 après une impasse à 5m10 qui a failli lui coûter cher. Le Néerlandais a sauvé sa peau à 5m20 au 3e essai quand on le croyait perdu, ayant refusé le saut en raison d’une bourrasque. Il a continué à monter, il a terminé à 5m40 (1035). La barre à 5m50 est tombée d’extrême justesse. Chaud !

Manifestement dans un grand jour, Andrei Krauchanka a progressé jusqu’à 5m10, il s’est envolé en tête du classement général (7071pts). Tout restait néanmoins ouvert, Sintnicolaas (7012) a pris la 2e place, Ilya Shkurenyov la 3e (7000) en faisant comme Mayer, 5m20, les Allemands ont perdu du terrain tout en restant dans le coup (Kai Kazmirek 4e, 6983 pts, Rico Freimuth 18 unités derrière, il a sauté 4m80 contre 4m70 avant l’interruption). Si Mayer pointait seulement en 6e position (6939pts), l’opération au général restait très positive, il a largué Arthur Abele (6893) et Oleksiy Kasyanov (6868) et s’est rapproché du podium.

L’interruption d’un concours de la perche du décathlon pendant plusieurs heures est chose extrêmement rare, peut-être même inédite. Avoir un sautoir dans un gymnase ou une salle à côté du stade peut s’avérer très utile pour ce genre de situations. Cette précaution aurait épargné aux concurrents de devoir se mettre en danger, elle aurait surtout permis de préserver l’équité. Celle-ci a clairement été bafouée : en pratique, les 7 encore en lice au moment où on a dit stop ont dû se taper un nouvel échauffement et un second concours (une sorte de 11e épreuve), d’où l’accumulation d’une fatigue supplémentaire et un manque de temps de récupération par rapport aux autres, déjà éliminés, qui auront disputé un décathlon normal, à 10 épreuves. Sans parler de la loterie due à l’instabilité des conditions. Heureusement, 5 des 6 premiers au classement à l’issue de l’épreuve figuraient dans ce groupe de 7, seul Kazmirek et les deux plus décrochés du top 8 ont pris part au premier concours du lancer du javelot avec Gaël Quérin (9e avec 6733 unités) et Florian Geffrouais (16e, 6384).

Pour peu que le vent souffle dans le bon sens, on pouvait s’attendre à voir les chronos exploser lors des tiers de finale du 100m féminin… malheureusement il était très défavorable : -1,9m/s pour celle de Myriam Soumaré, qui devait assurer le coup. Elle a gagné très nettement en 11"17, même si Ashleigh Nelson (GB) s’est accrochée pour finir en 11"23. Inversez le sens du vent, ça donne un temps clairement inférieur aux 11 secondes.

Pour la 2e course, le vent est passé en positif ! +0,6m/s… Opposée à Dafne Schippers, Céline Distel-Bonnet a réussi un super départ. Elle a égalé son record personnel en 11"24 mais a été battue par la Néerlandaise (11"08) et une très jeune Britannique, Desirèe Henry (11"21). Très déçue de ne pas accrocher la qualification directe, elle a pu être rapidement rassurée, il était peu probable que 4 filles courent plus vite dans le dernier tiers de finale, celui auquel a pris part Ayodelé Ikuesan, Ivet Lalova et d’autres filles tout de même assez dangereuses. En principe 3 filles étaient capables de battre le chrono de la Française mise en liste d’attente. A vrai dire, tout dépendait encore du vent. Trop positif, il aurait condamné Distel-Bonnet. Coup de bol, il n’y en a pas eu (vent nul), donc il n’y a pas eu de coup de pouce pour les participantes à ce tiers de final à la fois rapide et extrêmement serré. Lalova s’est imposée en 11"15, Mujinga Kambundji a battu son record de Suisse en 11"20… et Ikuesan a réussi un retour monstrueux après un mauvais départ pour terminer 3e en 11"22, PB battu de 7 dixièmes.

Seulement, on s’est retrouvé avec un cas de figure improbable : 3 filles à égalité pour la dernière place qualificative au temps ! Asha Philip et Verena Sailer ont aussi couru en 11"24… Que faire ? Je ne sais pas si on a consulté la photo pour déterminer les millièmes ou si on a fait ça à la place, mais la 3e Française a été l’heureuse élue.

A la corde, Floria Gueï n’a rien pu faire en demi-finale du 400m, hormis se battre. Elle l’a fait comme elle a pu. Insuffisant pour se qualifier (5e en 52"82). Le temps laisse à désirer, les conditions particulières l’expliquent. Marie Gayot a tenté de faire mieux, il lui fallait limiter la casse pour réussir son gros finish habituel. Il lui en manquait pour griller la 3e, néanmoins elle est passée au temps (52"11).

Sans attendre, on a enchaîné avec 400m masculin. Yannick Fonsat avait la tâche très difficile au couloir 2 dans une demi-finale très relevée. S’agissant de tiers de finale, il fallait terminer parmi les 2 premiers, c’était injouable. A l’image de Décimus il a joué son va-tout en partant vite, d’où une fin de course très compliquée. 7e en 46"83, c’est mauvais. Il s’est cramé dans la ligne opposée quand il a essayé d’envoyer, le vent de face l’a tué. La gestion de l’attente après la modification du programme est aussi en cause, plusieurs membres de l’équipe de France ont évoqué ce sujet sans se chercher d’excuse. Une expérience de ce genre est négative sur le coup, elle peut s’avérer très positive pour l’avenir.

Si Kévin Borlée a échoué dans le tiers de finale de Fonsat, Jonathan Borlée est passé dans celui de Mame-Ibra Anne a très vite été effacé par l’Israélien Donald Staford (manifestement un Ricain naturalisé). Le Français semblait encore dans le coup à 50m de l’arrivée, son temps reste correct (45"79), seulement le 5e place ne lui laissait aucun chance. Les 4 premiers de cette course ont obtenu leur qualification. C’est frustrant. A noter que les 3 tiers de finale ont été remportés par les 3 Britanniques.

Sans Jimmy Vicaut, le premier tiers de finale du 100m est allé assez lentement, seulement 10"21 (-0.8). Harry Aikines a gagné devant un invité inattendu, le Roumain Catalin Cimpeanu.

Christophe Lemaitre était engagé dans la course suivante. L’adversité y était nettement plus relevée. Comme d’habitude, le départ et les premières foulées ont été moyennes, la suite a été très bonne, son placement technique lui a permis de finir 2e en 10"10 (SB) malgré un vent défavorable (-0.8), pas loin de 10"04 de James Dasaolu. Churandy Martina est passé à la trappe avant même la dernière série, Jaysuma Saidy Ndure s’est en revanche placé pour une qualification au temps (obtenue sans souci).

Dwain Chambers n’a pas tout donné dans la dernière des 3 courses, assez faible. Il a été battu par Lucas Jakubczyk en 10"23.

Le concours du lancer du javelot regroupant les 12 des 13 décathloniens éliminés de la perche avant l’interruption[2] s’est déroulé pendant que les 7 autres s’occupaient de leurs barres. Ces 7 ont donc dû s’y mettre à leur tour en connaissant déjà les résultats des 2 Allemands encore susceptibles de leur disputer les médailles. Kazmirek a battu son PB (63m17) mais n’avance pas sur 1500m, Abele a lancé à 62m45 et s’est ainsi écarté définitivement de la course à la médaille malgré ses aptitudes en demi-fond. Quérin (51m67) et Geffrouais (59m46) ont respectivement perdu une place (10e, 7346pts) et gagné 2 rangs (14e, 7114pts) avant l’épreuve finale.

Mayer fait son SB d’entrée à 64m03 (2cm de mieux que sa meilleure marque de la saison mais à 2m de son PB). Il n’a pas réussi à améliorer cette performance, contrairement à chacun de ses adversaires directs. Ilya Shkurenyov et Andrei Krauchanka ont fait exploser leur record personnel au dernier essai. Le Russe l’a même fait 2 fois lors du concours. Il a fini par planter l’engin à 63m58, gagnant 3,5 mètres (un gain d’environ 50 unités selon un calcul approximatif fait de tête) par rapport à sa première marque. Le Biélorusse est passé d’un médiocre 62m59 à 68m11, soit 861 points au lieu de 777 (toujours selon mes calculs). Ça change tout ! Ce jet lui a assuré le titre sauf blessure car il a abordé le 1500m avec 140 points d’avance sur Shkurenyov, 2e (7932 contre 7792). Kazmirek (7769) et Freimuth (7744, 62m74 au javelot) n’étaient pas de véritables candidats à la 3e place faute d’avoir la capacité de résister à Mayer (7738) ou même à Sintnioclaas (7740).

En résumé, Krauchanka était déjà champion d’Europe, les 2 autres médailles étaient en jeu entre le Russe, le Batave et le Français avec une belle option pour ce dernier.

Le 10000m masculin a été lancé un peu avant 20h30, Mo Farah en était le grand favori, on espérait beaucoup de Bouabdellah Tahri. Ils ont commencé par faire la course à l’arrière, tout comme l’autre Français, Yassine Mandour. L’idée était de se replacer progressivement lors des 4 ou 5 premières minutes de course. Ayant fait leur préparation terminale avec le Britannique, les Français le savaient fort, il fallait le suivre. Farah a dû faire la course en tête de peloton quand le Turc Polat Kemboi Arikan (un Kanyan naturalisé, comme Ali Kaya) a attaqué après 2 bornes. Nouveau sur cette distance, le vétéran tricolore est resté placé en 4 ou 5e position. Suivre était le maître mot.

Le Turc parti en vadrouille a été repris avant la mi-course, ils n’étaient déjà plus très nombreux à l’avant, seulement 8, puis 7 à plus de 4 kilomètres de l’arrivée. Les Turcs ont assuré un train régulier jusqu’au moment où un des 2 a accéléré. Le Belge Bashir Abdi, qui s’entraîne avec Farah et partage avec lui les mêmes origines (Somalien naturalisé), s’est placé juste derrière le Britannique. Eux aussi pouvaient penser à faire une course d’équipe, elle n’a pas eu lieu.

Tahri est resté en dernière position du groupe de 7, un peu décalé pour ne pas se faire enfermer et prendre des coups. Malheureusement, après le 8e kilo en à peu près 2’58, le 9e en 2’44 lui a fait mal, il a craqué aux 1000m. S’accrocher était trop difficile, l’élastique a fini par lâcher. La course est devenue un duel UK-Turquie, chacune étant représentée par 2 hommes. Farah a résisté en tête (dernier kilo en 2’31"58, dernier tour en 54"41), Arikan a explosé, le 2e Britannique a même réussi à griller Kaya sur la ligne. Doublé Britannique… Arf. Cet Andy Vernon ne ressemble absolument pas à un coureur de demi-fond, il a un gabarit de sprinteur US.

Le titre a donc été gagné en 28’08"11 dont environ 23 sans grand aucun intérêt. Les 2 suivants ont fini à 55 et 61 centièmes, le 4e à 3 secondes, le Belge à 5"50. Bob Tahri a terminé son premier 10000m en grand championnat à la 7e place, à quasiment 17" du vainqueur, mais 24" avant le 8e. Sa décision de courir malgré des douleurs au ventre s’explique par car il s’était trop préparer pour ne pas se présenter. Ceci dit, par rapport à l’état physique de Mo Farah il y a encore quelques semaines, ses maux étaient assez légers. Certains ont douté de lui. Si les meilleurs Kenyans et Ethiopiens n’en viennent pas à bout, pourquoi des Européens et des Kenyans de second choix y parviendraient-ils ? Même diminué il les mange.

La finale du saut en longueur féminin a été lancée pendant le 10000m.

Eloyse Lesueur a débuté son concours avec une bonne planche et un premier saut suffisant pour s’assurer les 6 essais. Elle a atterri à 6m65 (-3.9 !!!). Après la première série de sauts, elle était 3e derrière Ivana Spanovic (6m81, -1.6) et Melanie Bauschke (6m79, +0.1). L’Allemande a une particularité, celle d’avoir un record personnel à 6m83 réalisé en 2009 lors des Championnats d’Europe espoirs… où elle a gagné et pris la médaille d’argent à la hauteur (dans cette spécialité, son PB est à 1m90). Lors de cette compétition, Lesueur avait pris la médaille de bronze.

La pluie a alors fait son retour. Elle ne manquait à personne ! Eloyse a encore eu droit à une grosse rafale défavorable au moment de son 2e saut, une catastrophe pour les marques. Elle a mordu. Et bien. Idem au 3e essai. Sauf que cette fois le vent était favorable (+0.8m/s). Comment voulez-vous régler votre course d’élan ?

L’organisation a décidé de placer à ce moment la cérémonie protocolaire du 10000m féminin. De l’argent (Clémence Calvin) et du bronze (Laila Traby)… Ça a lancé l’équipe de France dans cette dynamique de présence sur le podium sans gagner.

En principe, on pouvait attendre 5 médailles d’or à l’issue de cette journée : les 3 du 100 mètres (masculin, féminin, haies), celle du décathlon et celle du saut en longueur féminin. On l’a vu, pour ce qui est du décathlon c’était déjà foutu, Krauchanka a été trop fort. Sur 100m, le forfait de Vicaut a eu sensiblement le même effet car si Lemaitre gardait une chance de l’emporter, cette chance était minuscule. Les 3 autres, j’y croyais vraiment, en particulier cette du 100m avec 3 Françaises au départ.

Les 3 Bleues occupaient les 3 premiers couloirs, les 2 jeunes Britanniques étaient à l’opposé. Schippers représentait un danger réel, toutefois je n’avais peur que d’une chose : la météo. Et en effet, la météo a eu un rôle décisif, elle a sacré la Néerlandaise. Sans le vent défavorable de 1,7m/s, Schippers n’aurait pas battu Myriam Soumaré, encore auteur d’un super départ mais beaucoup plus pénalisée par cette force contraire. La puissance de la grande heptathlonienne lui permet de beaucoup mieux y faire face. La Française a un gabarit bien différent, elle est plutôt petite et légère, court en fréquence, donc quand le ça souffle fort il lui est beaucoup plus difficile de résister. Terriblement frustrant… Sauf pour elle, très contente de sa course.

Auteur d’un super départ, la déjà quadruple médaillée européenne a ajouté une 5e breloque à sa collection, mais seulement une en argent car la Néerlandaise a pu profiter de la situation pour doubler sur la fin, s’imposant en 11"12 contre 11"16. Ashleigh Nelson a pris la 3e place en 11"22, devant la Suissesse (11"30).

Distel aussi est bien partie, seulement elle n’a pu terminer que 6e (11"38, c’est son niveau avec ce vent de face), Ikuesan 8e (11"54).

Les 800m masculin a été reprogrammé presque à l’heure prévue ! C’est dire le rythme auquel on a enchaîne les courses. Pierre-Ambroise Bosse figurait dans la première demi-finale. Il n’y a pas fait de la figuration. A la cloche, il a accéléré. Qui peut suivre ? Personne. Surtout quand on demande juste une des 3 premières places. Il a donc géré et gagné en 1’45"94.

Dans la seconde demi-finale on trouvait Paul Renaudie et Sofiane Selmouni (requalifié après contre-réclamation suite à une série… houleuse). Ils avaient les moyens de rejoindre le Bosse. Mais les Polonais restaient grands favoris. Les 2 Français ont dû se rabattre quasiment dans le 2e couloir, ils ont été promenés dans les virages tout en restant très bien placés. Les Polonais ont attaqué aux 600m, les Français ont alors galéré, surtout Selmouni, mais Renaudie en avait encore un peu, il a attaqué en fin de course pour finir 4e… dans un temps insuffisant (1’47"51). Pourquoi s’être retourné au lieu de foncer tête baissée jusqu’à l’arrivée ? Ceci dit, je vous l’accorde, ça n’aurait rien changé. PAB aura 3 adversaires polonais en finale, il faudra se méfier du piège.

Je commençais à être frustré à force d’attendre la première médaille d’or. Vicaut et Mayer ne pouvaient plus en obtenir, Soumaré a été vaincue par les éléments, la veille le doublé argent-bronze a eu un arrière-goût un peu désagréable (une Britannique devant^^). Il était temps pour Cindy Billaud de changer la dynamique en finale du 100m haies. Ça s’est mal passé. La médaille d’argent est très, très, très frustrante. Le départ n’était pas mauvais mais Tiffany Porter a été encore meilleure, du coup la Française a pris un petit retard dès la 2e haie, s’est crispée et n’a jamais pu revenir totalement, sur un 110m haies elle aurait probablement pu passer. Seulement les femmes courent seulement 100m. Si au moins la Britannique avait réussi un temps incroyable, mais même pas ! 12"76 (-0.7), même dans ces conditions (essentiellement le froid et l’enchaînement des courses), sans être déshonorant, ça n’a rien d’exceptionnel. Cindy Billaud vaut beaucoup mieux que 12"79. L’argent est revenu à une Allemande, Cindy Roleder.

Pour se remettre, on avait le 1500m du décathlon. Les 3 Français étant parmi les 4 plus rapide, une course d’équipe était envisageable pour ramener Mayer sur le podium. Sintnicolaas aussi était dangereux. D’entrée, on a vu les 3 Bleus prendre la tête, Geffrouais a mené un train. Quérin est ensuite parti seul, Geffrouais restait avec Mayer pour lui servir de lièvre et l’encourager. A la cloche ils n’étaient plus suivis que par Abele. Mayer a ensuite attaqué aux 300m pour prendre le maximum d’avance. Complètement rincé, le jeune Français a craqué dans la dernière ligne droite, permettant à l’Allemand de le doubler. Geffrouais l’a rattrapé et l’a même encouragé ! Du jamais vu ! Mayer a franchi la ligne, regardé derrière lui pour voir qui était où… et s’est effondré. Il ne pouvait rêver meilleur scénario : le Russe a complètement craqué, comme les autres concurrents dans son viseur.

Quérin a remporté ce 1500m en 4’14"72 (848pts) devant Abele (4’20"37), Geffrouais (4’23"84) et donc Mayer (4’24"16, 783pts), les suivants ont fini à plus de 6 secondes, notamment Sintnicolaas (4’30"95, 738pts). Shurenyov a battu son record de la saison (4’35"89, 706pts) sans pouvoir empêcher Mayer de le reléguer à la 3e place, il lui aurait fallu courir environ 4 secondes plus vite.

Krauchanka a bien fait de prendre énormément d’avance car le 1500m n’est vraiment pas sa tasse de thé. Le Biélorusse a terminé un peu derrière Kazmirek à près de 25 secondes de Quérin (respectivement 684 et 680pts). Ils sont mauvais dans cet exercice, c’est un fait, mais comment qualifier la performance de Freimuth, bon dernier en… 4’59"27 ? Il a seulement ajouté 564 unités à son total. Quérin lui a presque pris un tour !

Malgré les conditions pour le moins compliquées et la péripétie ayant obligé les 4 premiers à faire 2 concours de saut à la perche, donc 11 épreuves au lieu de 10, 6 des 7 meilleures performances mondiales de l’année – dont la meilleure[3] – ont été établies à Zürich. On a assisté à un décathlon de très haut niveau. Avec 2 points de plus le vainqueur aurait battu son record personnel (8616pts), Mayer a battu son record de France espoirs (8521, 3e meilleur total de l’histoire pour un Français, à seulement 3 points de Sébastien Levicq à Séville en 1999, à 53 unités de Christian Plazia à Split en 1990, Romain Barras a été sacré champion d’Europe il y a 4 ans avec nettement moins), le Russe a explosé son record (8498), Sintnicolaas a échoué pas très loin du podium (8478), Abele a fini frustré malgré un PB battu, il a terminé 5e à un seul point du Néerlandais. Un 6e homme a fini au-dessus de la barre des 8450 points (Kazmirek). Pour info, ils étaient seulement 5 aux Mondiaux de Moscou, 3 à Londres (plus 2 juste en-dessous), 3 à Daegu, 5 à Berlin, 3 à Pékin (dont Krauchanka, vice-champion olympique), avec à chaque fois un ou des Cubain(s) et/ou Ricain(s) dans le lot.

Signalons le record personnel de Quérin, 9e (8194), et la 13e place de Geffrouais (7900).

J’ai monté une vidéo du décathlon complet de Mayer, on y trouve aussi des jets, sauts et courses de ses collègues, notamment les gros lancers et les barres très hautes qui ont fait la différence au classement final.

Voici la 1er jour.

Et voici le second.

Très franchement, à ce moment, j’étais en pleine overdose de médailles d’argent. Ceci dit, celle-ci est facile à digérer car si Mayer avait l’or pour objectif, il n’a aucun regret à avoir et surtout a été battu par un gars expérimenté qui marchait sur l’eau. De plus, le dénouement est fantastique compte tenu du déroulement du décathlon, son retour grâce au 3 dernières épreuves est assez phénoménal. Pour rappel, Kevin Mayer a 22 ans ½.

De plus, pendant ce 1500m, Eloyse Lesueur a réussi un énorme saut avec la planche parfaite… 6m85 (-0.3) ! Première place… Enfin ! Ce grand bon vers le sommet du podium m’a fait du bien, mais rien n’était encore assuré. Ce sommet peut être très glissant.

Je n’imaginais pas Christophe Lemaitre conserver le titre acquis en 2010 et déjà conservé en 2012. En l’absence de Jimmy Vicaut, l’or allait échoir à un Britannique. Il s’agissait d’une évidence.

Cette finale a débuté par ce qui aurait pu être un scandale : un faux-départ sans disqualification. Expliquez-moi comment un sprinteur qui bouge les épaules juste avant le coup de feu et fait pression dans blocks nettement trop tôt (temps de réaction enregistré à -198 millièmes alors que le minimum pour ne pas être en situation de faux-départ est normalement de +1 dixième) peut s’en sortir avec un simple carton jaune ? Harry Akines semble avoir provoqué la réaction du Portugais, qui du coup est parti trop tôt et s’est cru éliminé. Il a même commencé à retirer son dossard avant de se rendre compte que non, personne n’était disqualifié. Je n’ai rien compris, les commentateurs (de France 2 comme d’Eurosport) n’ont pas semblé mieux comprendre que moi. A mon avis les 2 devaient sortir (d’ailleurs ça m’aurait arrangé).

Et comme prévu, Lemaitre a pris une nouvelle médaille d’argent derrière un Britannique. Ça devenait redondant et énervant. 10"06 (-0.4m/s) pour le vainqueur James Dasaolu, c’est ce qu’a fait en série un Vicaut blessé qui a relâché sur les 20 derniers mètres… Le titre était pour lui sans cette poisse. Lemaitre a fait un départ médiocre puis a été plutôt bon, il a fait la même course que les autres fois en somme. 10"13, c’est du classique, il est à 2 dixièmes de son meilleur niveau et ne parvient pas à rompre cette régularité par une performance de pointe plus proche de son record.

Les 2 autres Britanniques ont terminé aux 2 places suivantes, Aikines a battu Chambers pour le bronze (si un autre avait terminé 4e, peut-être y aurait-il eu réclamation). J’espère qu’au 4x100m ils laisseront tomber le témoin.

La dernière chance de titre reposait sur les épaules d’Eloyse. La série des sixièmes essais a conclu le programme de cette longue et étrange journée. Spanovic me faisait très peur, elle a été régulière autour des 6m80 (6m81, 6m75, 6m80), au 5e elle serait même passée devant avec une meilleure planche.

Un 6e saut mordu (comme 3 des 5 précédents) a privé la Française de sa dernière chance de se mettre à l’abri. A pluie était assez rassurante, elle réduisait les risques d’assister à un retournement de situation. Doublée quelques instants auparavant par la magnifique Darya Klishina (6m65, -0.1, planche absolument parfaite), l’Allemande Malaika Mihambo avait encore l’opportunité de remonter sur la boîte, il lui fallait sauter à 6m53 ou plus afin de coiffer le mannequin russe, seulement devant grâce à une meilleure 2e marque (elle aussi a sauté à 6m65). Elle a échoué… à 2 centimètres !

Et pourtant, Mihambo n’a pas été la femme la plus triste à l’issue du concours. Classée 2e puis 3e pendant presque toute la durée du concours, Melanie Bauschke a reçu la visite d’un membre du jury lui indiquant que son saut annoncé dans un premier temps à 6m79 avait été mal mesuré. Il a été réévalué à 6m55. Il s’agissait de son premier essai, autrement dit elle a sauté les 4 suivants en se croyant sur le podium et le dernier juste après avoir pris un énorme coup de marteau derrière la tête. Alors oui, il y a eu erreur, cette fille dont le record date de 2009 n’a pas sauté à plus de 6m68 depuis hormis une fois cette saison (6m72 avec du vent favorable), elle pouvait se douter que la mesure à 6m79 sans vent était erronée. Le problème est à la fois le disfonctionnement de l’organisation et la façon dont les juges ont géré la situation. Quel amateurisme et quel manque de respect envers les athlètes ! En tout cas, on dirait que rien ne vaut la mesure traditionnelle.

La délivrance est intervenue après le podium du 100m féminin. ENFIN DE L’OR !! 7 médailles, 5 d’argent, une d’or… Je n’en pouvais plus. Eloyse a su conserver le titre obtenu à Helsinki il y a 2 ans.

Le programme s’est terminé par la fin du lancer du disque masculin. Robert Harting a encore gagné (66m07), c’est habituel, mais cette fois il y a eu une nouveauté. Suite à une polémique en Allemagne concernant la symbolique de son habituel déchirage de maillot – le maillot de l’équipe nationale – post-victoires, il a décidé de ne plus faire le barbare, préférant désormais faire… ce que vous allez voir dans la vidéo.

(Il a devancé Gerd Kanter, 64 m75, les 2 Polonais ont bataillé entre eux pour le bronze, Robert Urbanek a pris le dessus sur Piotr Malachowski, 63m81 contre 63m54.)

Notes

[1] Officiellement il s’agit de demi-finales, en réalité de tiers de finale avec 3 course, 2 qualifiés directs dans chacune et 2 qualifications au temps (3x2Q+2q).

[2] Le 13e n’a pas lancé.

[3] Ashton Eaton n’en a disputé aucun.