Antoinette – tête rasée, un nouveau look pour une nouvelle médaille – a débuté par un super 13"05 (+0.2m/s) au 100m haies (1117pts), ne laissant planer aucun doute sur sa forme. L’impression laissée est énorme. Elle a mis 5 mètres à toutes les autres participantes à sa course. Depuis quelques semaines elle a quitté Sébastien Levicq, qui l’entraînait depuis 2006, et travaille avec 4 coachs différents choisis pour leurs compétences spécifiques et les athlètes présents dans leur groupe (notamment Renaud Longuèvre – ancien coach de Ladji Doucouré et actuel entraîneur d’Eloyse Lesueur – pour les haies et la longueur, Bruno Gajer – qui s’occupe notamment de Muriel Hurtis et Pierre-Ambroise Bosse – pour le 200m et le 800m, un entraîneur pour les lancers et un pour le saut en hauteur). La mise en place de ce mode de fonctionnement est récente, elle a donc manqué de temps pour préparer cette saison. C’est pourquoi elle partait dans l’inconnue, avec un seul heptathlon dans les jambes et les bras cette année, celui nécessaire pour se qualifier. Si Antoinette ne pensait pas pouvoir être performante à Zürich, ne même pas essayer de défendre le titre acquis en 2012 devait assez peu l’enchanter, d’où sa présence.

Cette performance sur 100m haies a rassuré tout le monde, y compris elle-même. Elle a par exemple mis une pleine seconde à Nafissatou Thiam, présentée comme une de ses principales concurrentes.

Anastasiya Mokhnyuk (13"08, +0.2), Carolin Schäfer (13"20) et Grit Sadeiko (13"28) ont chacune battu leur PB dans la dernière course, elles ont bien limité la casse, tout comme Nadine Broersen (13"48), n°3 européenne aux bilans derrière Katarina Johnson-Thompson, blessée, et Dafne Schippers, qui a préféré s’aligner sur les épreuves de sprint (sa victoire sur 100m a justifié ce choix logique).

A la perche, Ménaldo a enchaîné valise à 5m30, impasse, valise à 5m50. Il s’agit de la barre à laquelle on a perdu Gibilisco, champion du monde à Paris, et un des 2 seuls Allemands présents (Otto, Holzdeppe et Mohr ont tous déclaré forfait).

En principe, il fallait sauter 5m65, Lavillenie a donc attendu 5m60 pour sauter… alors qu’ils étaient seulement 12 à avoir passé 5m50. Un autre garçon avait fait l’impasse à 5m50. Il y a eu tractations pour qualifier les 12 en plus des 2 obligés de sauter 5m60.

Renaud a tenté son premier saut… Echec. Il n’a pas engagé. Il a fallu s’y remettre. Juste histoire de réaliser un saut sponsorisé par Samsonite. (^^)

Le Tchèque Jan Kudlicka, habitué des finales, s’est mis en grandes difficultés, il a dû s’y reprendre à 3 fois pour passer. On donc bien qualifié 14 concurrents dont les 2 Français.

Les séries du 200m féminin ont débuté par un faux faux-départ (mouvement dans les starting-blocks). Les meilleures pouvaient s’épargner toute prise de risque car avec 5 séries qualifiant à chaque fois 4 filles, plus 4 repêchages au temps, les risques d’élimination étaient très réduits.

Jennifer Galais disputait la 3e série, celle de Schippers. Elle a été disqualifiée… pour faux-départ (temps de réaction de -0.078). Terrible. Elle était en pleurs. Sa marge sur les autres filles était relativement limitée, néanmoins elle devait assurer son départ, elle avait tout à perdre, rien à gagner. Sans surprise, la Néerlandaise a gagné en 22"73 (+0.1) en déroulant, une maîtrise totale. Ça fait peur.

Comment Myriam Soumaré allait-elle répondre ? Elle n’a pas remporté sa course, préférant gérer son effort (22"97, +0.1), contrairement à Dina Asher-Smith (22"75), une des 3 jeunes Britanniques (elles ont toutes entre 18 et 20 ans et ont toutes remporté leur série).

On a repêché jusqu’à 23"72, c’est dire si le niveau de ces séries était… moyen. L’équipe de France aurait pu y envoyer pas mal de filles. Chez les hommes, qui couraient juste après, elle a engagé 2 concurrents. Il y avait cette fois 4 séries (4x3Q+4q).

Ben Bassaw était à l’extérieur dans la première série, il a dû s’arracher pour prendre la 3e place (20"68, -1.5), il y avait de la densité, comme dans la suivante, celle de Christophe Lemaitre. Hormis un inconnu venu du Lichtenstein, tout le monde avait un chrono de référence inférieur à 21 secondes. Le Français a envoyé du pâté d’entrée puis a contrôlé en allongeant ses foulées pour gagner en 20"43 (+0.4m/s), c’était très propre, avec beaucoup de relâchement.

Churandy Martina (tenant du titre), Adam Gemili et Jaysuma Saidy Ndure s’affrontaient dans la dernière série. Gemili a été contraint d’envoyer sans pouvoir relâcher autant qu’espérer, sauf sur les derniers mètres (20"39, -1.5). La surprise est venue d’un Italien Eseosa Desalu, 2e en 20"55 (PB) devant Martina. Pas à son meilleur niveau, le Norvégien s’est fait sortir.

Le saut en hauteur de l’heptathlon s’est déroulé après la fin de toutes les qualifications, les filles étaient seules sur le stade, mieux valait donc avoir pris une place dans le bon virage.

Antoinette a sauté dans le concours des moins fortes, cette épreuve est un de ses points faibles, même si son PB établi à Daegu en 2011 est bon (1m83). Aucun problème à 1m67, 1m70, 1m73, 1m76 (son SB en salle était 1cm plus bas), en revanche ça s’est mal passé à 1m79. Ces 928 points ont porté son total à 2045 unités, loin des 2211 de Broersen.

Comme prévu, Broersen et Thiam sont montées très haut. On ne s’attendait pas forcément à les voir passer à 1m94, elles l’ont fait en battant chacune leur record en plein air, la première établi un record national. Ça rapporte 1158pts. C’était déjà phénoménal mais on n’en avait pas fini : Thiam a passé 1m97 !!! On a déjà vu des médaillées mondiales gagnées en grands championnats avec cette barre. 1198pts… Broersen a préféré se préserver pour la suite, elle a renoncé après un essai manqué. Et dire que la Belge aura 20 ans la semaine prochaine… En s’entraînant spécifiquement à la hauteur, on la verra (ou verrait) régulièrement sauter 2m00 au cours des prochaines années. Une trajectoire à la Tia Hellebaut en somme. Un saut à 1m97 au cours d’un heptathlon, c’est extrêmement rare. Grâce à lui, Thiam est remontée à la 2e place au classement provisoire (2169pts).

Mokhnyuk, 2e après la première épreuve, a approché son record en passant 1m79 au 3e essai, elle l’a battu par la suite (1m82), d’où une seule place de perdue au général (3e, 2115pts). Deux Allemandes encadrent Antoinette, désormais 5e, il s’agit de Schäfer (2097) et Lilli Schwarzkopf (2038), la Lettone Laura Ikauniece aussi reste dans le coup (2037).