Les conditions climatiques se prêtaient assez bien à un marathon, le public était présent en grand nombre, espérant sans doute un succès suisse ou au moins un joli baroud d’honneur de Viktor Röthlin, seul médaillé pour leur pays en 2006 et 2010 (argent et or). A 39 ans (bientôt 40), il courait son 27e et dernier marathon. Pas le plus facile. Mettre une côte aussi difficile dans un circuit à parcourir 4 fois était une idée particulièrement farfelue. Tout ça pour faire passer les concurrents devant l’école polytechnique de Zürich, comme si pour nous la montrer faire quelques plans depuis un hélicoptère ne suffisait pas…

Un Belge a été le premier à attaquer, il l’a fait au bout de 18 minutes de course, au moment où le peloton allait aborder la côte pour la première fois. Ça a duré 50 secondes. L’écrémage a commencé à s’opérer. Une minute plus tard un Polonais a décidé de s’échapper seul, on était alors en pleine ascension après le virage serré. Le Belge a décidé de le rejoindre. Encore une fois, ça n’a pas duré. Le Polonais, Marcin Chabowski, en a remis une couche après moins de 25 minutes (donc dans le 1er quart du marathon), il a trimé pour creuser et surtout stabiliser un écart par rapport à ses poursuivants. Son insistance révèle des pulsions suicidaires. Il s’est cramé. Après 25 bornes, son avance était d’environ 70 secondes, il aurait mieux fait de la gérer au lieu de chercher à augmenter sa marge.

Le 3e passage dans la côte a fait de gros dégâts, les Français, encore en nombre (3, soit le quart du peloton) à ce moment de la course, n’ont pu rester avec les meilleurs. Abdellatif Meftah a profité de la descente pour recoller. Se faire lâcher ne signifiait pas lâcher l’affaire car la Coupe d’Europe de marathon restait un objectif très important, certains étaient qualifiés uniquement pour cette compétition par équipes dont le classement est établi en additionnant le temps des 3 meilleurs de chaque pays participant. Non content d’être simplement revenu dans le coup, Meftah a attaqué après un peu moins d’1h30 de course. Je me demande s’il aurait agi ainsi en sachant que Chabowski allait craquer. Le Polonais ne donnait pas encore de signe de fatigue, ses concurrents étaient donc dans l’incertitude concernant la stratégie à adopter. Le Français avait bossé dur et spécifiquement pour ce marathon. Malheureusement son attaque n’a pas duré très longtemps.

Daniele Meucci a décidé de lancer l’assaut après le ravitaillement. Les autres ne l’ont pas revu. L’Italien au dossard remarqué (le 666) – dû à sa participation au 10000m il y a quelques jours – a avait sans doute prévu de rester calme pendant 30 bornes avant d’envoyer la sauce. Meftah restait bien placé, rien ne semblait encore gravé dans le marbre. On a rapidement eu une certitude : Meucci allait rapidement rattraper Chabowski, en souffrance.

Meftah a éprouvé des difficultés à suivre Yared Shegumo (Ethiopien naturalisé par la Pologne) et Javier Guerra (un Espagnol). Il a été lâché, est revenu, a encore craqué, mais il a continué, contrairement à Chabowski, qui a abandonné au moment où il a rétrogradé en 4e position. Il était mort physiquement et psychologiquement, son agonie durait depuis quelques kilomètres.

Au pointage du 35e kilomètre, la France possédait pas mal d’avance sur la Russie au classement de la Coupe d’Europe. Malheureusement, dans la dernière ascension Meftah a payé ses efforts pour rester dans le coup individuellement alors qu’Aleksey Reunkov, très prudent, avait encore assez de forces pour ramasser les morts. Il a très bien terminé. C’est l’invité surprise.

Meucci était déjà champion d’Europe du 10000m il y a 4 ans, vice-champion il y a 2 ans, le voilà champion d’Europe du marathon dès sa 2e aventure sur les 42,195km de la reine de courses sur route. Un palmarès sympathique, n’est-il pas ? Qui plus est, l’Italien a couru très intelligemment en gérant son avance au lieu de chercher à claquer un chrono (2h11’08). Shegumo a terminé 2e à 52s, Reunikov 3e à 1’07.

Meftah a été doublé par Röthlin, il la repris, lâché, mais le Suisse est encore revenu pour le larguer sur la fin et finir 5e derrière l’Espagnol mais devant son public. Meftah a terminé 6e à 2’08 (2h13"16). C’est triste car la victoire d’équipe promise aux Bleus s’est envolée pour 24 malheureuses secondes. Le 2e Français, Jean-Damascène Habarurema, a fini 13e, Benjamin Malaty, lâché avant les autres (dès la 2e ascension), a terminé 15e devant El Hassane Ben Lkhainouch (16e en 2h17’54), Ruben Indongo a franchi la ligne d’arrivée en 30e position.

La première finale de l’après-midi était une des plus attendues car il s’agissait du 1500m de Mahiedine Mekhissi-Benabbad. Spolié de son titre sur 3000m steeple, il avait à cœur de montrer sa valeur de façon aussi incontestable que mercredi mais cette fois sans offrir la moindre opportunité aux officiels à l’honnêteté – au moins intellectuelle – douteuse de lui barrer la route du podium. Il s’est préparé spécifiquement pour doubler ces 2 épreuves, a donc particulièrement travaillé son finish, raison pour laquelle le meilleur scénario était celui d’une course tactique. L’absence d’Özbilen, sorti en demi-finale, permettait d’éviter le train d’enfer habituellement imprimé par le Turc. Bonne nouvelle.

A vrai dire, la meilleure nouvelle venait de l’entourage de l’équipe : après l’enchaînement finale gagnée-disqualification choc à encaisser-nuit presque blanche-qualification héroïque pour la finale du 1500m, le tout en l’espace d’une douzaine d’heure, il a eu du temps pour récupérer. Finalement, cet attentat à la morale sportive[1] a eu pour effet d’accroître encore la motivation du Français après pensé à rentrer chez lui dans la foulée du terrible coup de massue reçu de la part des officiels. L’encadrement – plus Bouabdellah Tahri – lui a beaucoup parlé pour le relancer lors de cette nuit très difficile, ça a porté ses fruits. Il n’avait pas le droit de laisser tomber.

MMB ne se battait pas simplement pour remporter une course, ce 1500m était tout un tas de choses à la fois, à commencer par un moyen de trouver la rédemption, de se relancer pour la suite de sa carrière, de laver son honneur, de répondre à ses détracteurs, de récompenser des mois de préparation intensive, de prouver sa valeur et d’écrire un peu plus l’histoire. En outre, tout donner était la meilleure manière de remercier ses nombreux soutiens, en particulier ceux venus des Bleus. En principe, face à des spécialistes du 1500m, il ne partait pas favori, il partait juste au combat avec le couteau entre les dents.

Physiquement, tout allait, le mental allait faire la différence. Sa capacité à rebondir a été démontrée par le passé, le moment était arrivé d’en faire une nouvelle fois l’étalage. Pendant longtemps, MMB s’est caché en fin de peloton, personne ne voulait prendre la responsabilité de mener le train ou alors sans se fatiguer. Le rythme était… féminin. Après un peu plus de 2 tours de piste, premier frémissement, grosse bousculade. Accident. L’Irlandais Ciaran O’Lionaird a perdu l’équilibre en se faisant tasser, ça a joué des coudes, il a fini au sol sans pouvoir se relever, on a heureusement évité un jeu de quilles. MMB n’est pas passé loin de la catastrophe, après avoir difficilement évité cet obstacle imprévu l’a sans doute décidé à agir. Enfermé, il a dû passer par l’extérieur pour se replacer en profitant de la ligne droite, et à la cloche… BOOOOOUM ! Enorme mine ! Juste à ce moment, un Allemand (Florian Orth) s’est étalé comme une bouse, précipitant un Britannique (Charlie Grice) dans sa chute. Ce fait de course a probablement eu un impact sur la course en empêchant les adversaires du Français de réagir. Mais le pouvaient-ils ? L’accélération très violente a tout de suite permis de creuser un écart assez gigantesque. Seul le Belge Tarik Moukrime a tenté de le suivre, l’effort lui a probablement coûté cher lors du sprint final, se mettre dans le rouge l’a cramé, les autres ont fait preuve de plus de prudence.

Mahiedine a eu 100 mètres et tout le temps de savourer sa victoire en décélérant. On l’a vu s’évacuer sa rage tel une cocotte-minute dont on ouvre la soupape pour faire baisser la pression – à la place de la vapeur, il a laissé échapper des cris tout en agitant les bras – en prenant bien soin de ne rien faire qui puisse servir de prétexte à lui en mettre encore plein la gueule (donc sans enlever son maillot ou commettre un geste déplacé après la ligne comme à Helsinki où, faute d’une marge suffisante pour évacuer la pression avant de la franchir, l’horrible mascotte avais fait les frais de son besoin physiologique de purger l’adrénaline excédentaire).

La course était tellement lente qu’il était super frais pour tout envoyer dans le finish, ou plutôt au démarrage (le chrono, OSEF, le seul qui pourrait être intéressant est celui entre la cloche et le moment où il a relâché son effort). Il leur a mis 20 mètres… Quelle tôle ! Franchement, c’est plus humiliant pour ses adversaires que d’enlever son maillot, non ? Et pourtant, après avoir sprinté comme un fou pour s’adjuger la médaille d’argent, Henrik Ingerbrigtsen, le Norvégien alors champion en titre… est venu s’incliner devant lui, mesurant bien la valeur de l’exploit. Le Britannique Chris O’Hare a été battu de 8 centièmes pour la médaille d’argent, ça fait toutefois une breloque supplémentaire pour la Grande-Bretagne.

Après cette course magnifique destinée à rester dans les annales du sport français, j’espérais la même chose pour le 4x400m féminin, l’or. Marie Gayot et Floria Gueï sont entrées en finale pour débuter et terminer le relais, Muriel Hurtis – pour son dernier tour de piste en compétition – et Agnès Raharolahy ayant été préférées à Phara Anacharsis et Estelle Perrossier pour assurer les 2 tours de piste du milieu.

A vrai dire, jusqu’à 200 mètres de l’arrivée, cette course semblait devoir se classer parmi celles qu’on a tôt fait d’oublier ou au moins dont on aimerait n’avoir aucun souvenir, car tout se goupillait pas, une frustrante 4e place semblait définitivement attribuées aux Bleues en lieu et place du titre ambitionné. Et soudain, mètre après mètre, le formidable s’est produit, Floria Gueï a grappillé du terrain, devant ça commençait à craquer, l’espoir de monter sur le podium est devenu un objectif réalisable, une forte probabilité, une certitude… et puis… l’inimaginable a remplacé le formidable. Un moment comme celui-ci est difficile à décrire, il faut le vivre. En direct, c’est mieux, mais en différé, ça le fait encore, à chaque fois que je regarderai cette vidéo à l’avenir, et croyez-moi, ça m’arrivera régulièrement, j’aurai encore la chair de poule et le sourire aux lèvres, comme quand je me suis refait tous les plus grands relais de l’histoire du sport français en pleine nuit cette été. Régalade.

Voici comment ça s’est passé : Marie n’a pas réussi un super 400m mais rien n’était perdu, ça restait très correct car elle en avait gardé pour revenir sur la fin après avoir perdu du terrain sur ses concurrentes (il s’agissait de sa 4e course de la semaine, elle craignait de manquer de jus). L’Ukraine et la Russie ont réussi à se placer devant au moment où il a fallu se rabattre, "Mumu" n’a pu forcer la porte à la corde, elle s’est néanmoins accrochée puis a tout envoyé ensuite en tentant d’attaquer dans la dernière ligne droite. Difficile, elle a doublé la Russe mais a été dépassée par la Britannique, laquelle est partie seule en créant un écart de quelques mètres sur la représentante de Poutinie, la représentante du pays que tente d’annexer la Poutinie et sur Agnès. La 3e Française s’est battu, a doublé à la sortie du virage… mais a laissé l’Ukrainienne lui faire l’intérieur. Grosse erreur tactique ! Depuis les séries des Championnats d’Europe 2012, moment de la véritable résurrection du 4x400m féminin français, les Bleues ont brillé par leur intelligence de course, cette fois on a ressenti le manque d’expérience d’une des filles, la nouvelle (logique), Mumu aussi aurait pu éviter 1 ou 2 petites erreurs.

Alors que la Pologne revenait, le témoin a été transmis à Floria en 4e position. A cause du trafic, la 2e meilleure spécialiste de l’équipe a été larguée par le trio de tête. En principe, c’était cuit, pourtant elle y a toujours cru, a couru intelligemment pour revenir sans se griller au bout de 200 mètres, dans son esprit il était hors de question de finir 4e. Elle a commencé par semer ses poursuivantes, ce n’était pas le but, la chasse était ouverte, seules les 3 filles de tête étaient dans son viseur. En voyant ses proies faiblir, des ressources physiques insoupçonnées ont été mobilisées par son corps pour avancer de plus en plus vite. On pourrait mettre sur cette vidéo les commentaires de la finale du 400m de Marc Raquil aux Championnats du monde 2003 au Stade de France. De mémoire, ça devait donner quelque-chose comme «C’est trop loin ! Non ! C’est pas trop loin !», et si tout le monde se souvient de cette course dingue, de cette tactique incroyable visant à ramasser les morts dans la dernière ligne droite, la marque de fabrique de Raquil, beaucoup ont sans doute oublier qu’il s’agissait uniquement de décrocher une médaille de bronze[2] (arrachée in extremis, l’attente du résultat déterminé par la photo-finish avait encore accru l’intensité du moment).

Floria Gueï a fait beaucoup plus fort, elle est presque devenue autiste, comme si l’esprit de Forest Gump avait pris possession de son corps. On aurait dit que Bip Bip[3] avait intégré l’équipe de France. Elle s’est décalée au couloir 3 pour n’avoir personne devant elle et tracer sans se poser de question, sans regarder à côté, il fallait juste courir le plus vite possible, ne réfléchir à rien, pilote automatique, on met les gaz, on voit ensuite ce que ça a donné. Ce dernier relais… c’est du Christine Arron, du Yannick Agnel aux JO… Le différentiel de vitesse est hallucinant, les 3 filles sont toutes en décélération faute de pouvoir résister à la montée d’acide lactique, Floria y semble totalement insensible, comme si son cerveau envoyait des messages à son corps sans prendre en compte les réponses reçues. La douleur ? Rien à f*utre, on a une médaille à aller chercher, les muscles auront le temps de tétaniser plus tard ! Non, vraiment, cette dernière ligne droite d’anthologie destinée à faire le tour du monde via les réseaux sociaux et sites de partage de vidéos, c’est de la folie pure. Surtout avec les commentaires. Le DTN était sur le plateau de France Télévisions en train de beugler avec les autres et quelques centaines de milliers – allons jusqu’à dire millions – de Français en transe devant leur écran. Oui, je vous l’avoue sans peine, j’étais dans un état second devant ma télé. La voir griller une fille relevait presque de l’exploit. 2, on aurait parlé d’agent qui valait de l’or. Les 3… Elle a tout de même sauté sur la ligne la vice-championne d’Europe du 400m, Olha Zemlyak. L’Ukrainienne aurait peut-être préservé la première place en se jetant sur la ligne épaules en avant, ce que n’a pas manqué de faire Floria. L’envie de gagner, on la voit aussi sur le cassé. Floria voulait vraiment tout donner, elle se devait une revanche après un échec cuisant lors de l’épreuve individuelle.

J’ai évoqué la fatigue de ses adversaires, mais attention, ce succès n’est en rien dû à la faiblesse de la concurrence. Les autres finisseuses ont fait le course, leur reprocher d’avoir imaginé l’inimaginable serait malhonnête. Floria Gueï auteur d’un 400m en 49"79, même avec départ lancé, c’est monstrueux ! Son record personnel est de 51"42, on peut donc parler de changement de catégorie, d’autant que ce temps "lancé" a été réalisé en virant à la corde (c’est plus serré donc plus difficile) et en finissant couloir 3 (elle a donc couru plus de 400m), ceci après avoir perdu du temps et/ou de la vitesse au départ à cause du trafic ! On le comprend en prenant en compte ces paramètres : elle a un potentiel énorme à condition de parvenir à s’arracher en solo comme elle a su le faire pour l’équipe. Cette fin de course illustre parfaitement l’extraordinaire pouvoir de la volonté, elle a mis au moins 9 dixièmes et même plus d’une seconde à des filles en principe du niveau supérieur au sien !

Le petit élément supplémentaire qui rend cette fin de course encore plus mythique est la réaction de la Française après la ligne. Elle n’a pas compris tout de suite qu’elle avait gagné, elle avait l’air incrédule. «On a gagné ? On a gagné ?» Quand on lui a donné la réponse, l’héroïne n’en revenait pas.

Le chrono final est très bon (3’24"27, meilleure performance européenne de l’année), les écarts ridicules (Ukraine 2e à 5 centièmes, Grande-Bretagne 3e à 7 centièmes), et très franchement, OSEF car le plus important est d’avoir gagné (20 ans après le dernier titre avec Marie-Josée Pérec) en permettant à Muriel Hurtis de sortir par la grande porte en quittant la scène avec une nouvelle médaille d’or au cou. Je vous invite vraiment à aller jeter un œil à son palmarès et à ses performances au cours des ans, à vous souvenir de tout ce qu’elle a fait depuis 16 ans, à son parcours. Elle a remporté au moins une médaille dans toutes les grandes compétitions (salle et plein air), l’or partout sauf aux JO, a gagné avec les 2 relais, a souvent été volée, ne récupérant les médailles qu’après déclassement de tricheuses. La plus belle histoire reste sa médaille olympique à Athène… obtenue en étant enceinte.

Le 4x400m masculin français n’était pas censé pouvoir monter sur le podium, mais compte tenu de la dynamique, je me suis mis à y croire. Et pour tout dire, après leur belle perf en demi-finale, pourquoi pas ?

Mame-Ibra Anne a pris un départ très correct même si le Britannique a vite mangé tout le décalage. Le plus rapide des Bleus a pu accélérer sur la fin pour donner le témoin à hauteur des meilleurs. Teddy Venel s’est rabattu à la corde en 3e position. Devant lui, le représentant de la Grande-Bretagne a attaqué le Russe dans le dernier virage pour finalement passer le relais en même temps. Quand Mamoudou Hanne a reçu le bâton, il a été ralenti par le trafic puis a été tassé par le concurrent belge, ce qui ne l’a pas empêché ensuite d’attaquer pour passer de la 4e à la 2e place ex-aequo avec le Russe. Le relais de Poutinie a pris le dessus car son finisseur attendait plus près de la corde, Thomas Jordier a aussi subi le trafic, les 2 ou 3 mètres perdus à ce moment ont été décisifs car après avoir réduit l’écart par rapport au duo de tête, le jeune Français – tout juste 20 ans) n’a pu résister au Polonais. Devant, Martyn Rooney a attaqué une première fois le Russe qui l’a baladé, le champion britannique a dû s’y reprendre pour s’échapper et conclure en 2’58"79 (le gars a fait son tour en 43"93 départ lancé, il n’est pas champion d’Europe du 400m pour rien… néanmoins Kévin Borlée, 2e Belge, a fait 43"60).

Jordier s’est fait doubler sur la ligne. C’est hyper frustrant, on peut être tenté de penser qu’en jouant la médaille de bronze au lieu de chercher à revenir sur les 2 premières places il y aurait eu moyen de l’accrocher, mais comment lui reprocher d’avoir d’abord pensé à tout donner au lieu de vouloir jouer au plus malin ? Il claque un tour en 44"59, le Polonais Jakub Krzewina – 4e de la finale individuelle – en 44"31, même partant lancés ce dont de beaux chronos (le PB de Jordier est 46"00). Je vous l’accorde, les concurrents ne sont pas tous lancés dans les mêmes conditions (passage de relais plus ou moins réussi, dans le trafic ou non, course en couloir ou en peloton, à la lutte ou isolé, avec ou sans lièvre de circonstances, en devant se décaler ou en tenant la corde, etc.), comparer leurs temps n’est pas toujours pertinent. Par exemple Hanne est crédité d’un 45"22 assez modeste malgré un super relais au cours duquel il a remonté et doublé plusieurs adversaires.

Toujours est-il que la France a terminé 4e, c’est une 4e place encourageante pour ce relais en (re)construction, le chrono est le meilleur réussi par une équipe de France depuis bien longtemps, le quatuor est passé sous les 3’ (2’59"89). Le résultat vraiment désolant lors de cette finale est la victoire britannique. Arf.

Au fait, ais-je précisé que Sebastian Coe a remis les médailles du 1500m masculin ? Vous l’avez sans doute vu dans la vidéo de la course. Chronologiquement, le podium s’est déroulé après ces finales du relais 4x400m et, avant la fin du lancer du poids féminin. Ô surprise, une Allemande a gagné. Christina Schwanitz a nettement dominé avec 4 marques entre 19m66 et 19m90 (au 2e essai). La Russe Yevgeniya Kolodko, a assuré la 2e place grâce à une dernière tentative à 19m39, néanmoins elle l’occupait déjà avec un jet à 19m09 (3e essai). Anita Marton, représentante de la Hongrie, a fini 3e (19m04, record national), loin devant la 4e.

Schwanitz a intérêt à gagner aux Championnats d’Europe car Valerie Adams ne lui laisse rien au niveau supérieur.

La technique de franchissement de la rivière par les femmes sur 3000m steeple suffit à faire la différence entre celles qui peuvent lutter pour la médaille et les autres. Là aussi la victoire est revenue à une Allemande, Antje Möldner-Schmidt, a gagné grâce à un gros finish, réglant le petit groupe de 4 filles détachées pendant cette course par élimination. La favorite suédoise, Charlotta Fougberg, a longtemps cru l’emporter, elle a coincé et terminé 2e. Diana Martin a apporté une médaille de bronze à l’Espagne. A mon grand damne. Je n’ai rien contre elle, c’est à sa délégation que je souhaitais les pires frustrations. Au moins, elle est parvenue à l’obtenir sans utiliser des procédés à gerber. A moins qu’elle se dope.

Passons au 5000m masculin. Mo Farah étant sûr de gagner, la Grande-Bretagne allait rejoindre la France en tête du tableau des médailles. Bouabdellah Tahri allait quant à lui tenter de finir le plus près possible du top 3 en espérant l’intégrer.

Les 2100 premiers mètres (environ) ont été courus sur un même tempo assez lent, Farah a alors décidé de passer en tête, probablement suite à un petit incident dont il a failli être victime. Peu après, Hayle Ibrahimov – Ethiopien naturalisé par l’Azerbaïdjan – a voulu prendre les choses en main, mais Farah et Andy Vernon, l’autre Britannique, avaient choisi d’être les patrons. Toutefois, le rythme était assez lent, Bob ne s’affolait pas, il restant dans la seconde moitié du peloton, un gros peloton réparti dans les couloirs 1 et 2, y compris dans les virages.

Le Français a donné l’impression de vouloir se replacer à 1300m de l’arrivée, il s’est décalé… pour finalement renoncer. Au kilomètre, les concurrents ont enfin commencé à accélérer, ça jouait des coudes et des bras sur le côté faute d’un réel écrémage. Bob est un peu remonté au milieu du paquet, il restait dans le coup au moment où le peloton a commencé à s’étirer, une conséquence de l’attaque d’Ibrahimov à 600m de la ligne. Les Britanniques l’ont suivi, Bob a fait l’effort pour se replacer avant la cloche. Quand Farah a allumé la mèche, Ibrahimov est parti avec lui. Bob a coincé à 250m du but, il a essayé de revenir mais a fini 6e. Vernon a pu prendre suffisamment d’avance pour s’adjuger le bronze sans se faire peur dans la dernière ligne droite.

Farah a mis 2 secondes ½ au représentant de l’Azerbaïdjan, une grosse seconde supplémentaire à son compatriote. Pour ce faire, il a encore envoyé du lourd, un sprint de mutant. Doublé 5000-10000, du classique.

D’habitude, le saut en hauteur féminin est une des disciplines vedettes des retransmissions d’athlétisme. Pourquoi ? Parce que ça attire les esthètes devant le poste. D’ailleurs Marie-Laurence Jungfleisch représente la relève des très jolies sauteuses en hauteur. Seulement, compte tenu du programme très chargé, on a seulement pu suivre la finale en pointillés (peut-être était-ce différent sur Eurosport si c’était diffusé en direct).

Elles étaient encore 5 après la barre à 1m97 (passée par Nafissatou Thiam lors de l’heptathlon), dont cette jeune Allemande, qui en est restée là (PB tout de même). Mariya Kuchina a été la première à passer 1m99 (1er essai), elle a été imitée par Ana Simic (PB), l’autre Croate, plus à mon goût que la star dans l’ombre de laquelle elle vit (Vlasic a déclaré forfait, ne se jugeant pas encore prête à disputer un championnat), et une Polonaise, Justyna Kasprzycka (PB égalé). Ruth Beitia a franchi cette barre à son tour mais seulement au 2e essai, elle était donc 4e à moins de sauter de la 4e à la 1ère place en sautant au-dessus de la barre posée à 2m01 du sol. Elle a réussi à renverser la situation en sa faveur en franchissant cet obstacle du premier coup… en touchant avec la cuisse (MPM égalée). Les autres ont échoué par 3 fois. Résultat, l’immense Espagnole (1m92) de 35 ans au palmarès déjà bien garni (déjà championne en titre, pas mal d’autres médailles sauf aux JO dont elle a pris la 4e place) a battu Kuchina (100% de réussite avant 2m01, son PB est 2m00), et Simic.

Je n’ai pas pu monter de vidéo correcte. Je vous en propose une trouvée sur Youtube (si elle est encore en ligne au moment où vous regardez).

Des titres et médailles pour la Grande-Bretagne et l’Espagne… Pas très à mon goût tout ça ! J’espérais vraiment que Greg Rutherford ne remporte pas la finale du saut en longueur. Les conditions étaient assez bonnes pour la pratique de cette discipline, on risquait de voir des performances bien supérieures à celles des qualifications, donc assez nulles.

Louis Tsatoumas était en tête avec 8m15 quand Kafétien Gomis a débuté son concours, il était le dernier sur la liste de départ. Il a mordu. Au 2e essai, le Britannique a atterri à 8m27 (-0.2m/s), le déloger s’annonçait déjà difficile.

Gomis avait besoin d’une marque pour se classer dans le top 8 après 3 tours et avoir 3 essais supplémentaires. L’affaire semblait réglée grâce à sa 2e tentative : planche totalement parfaite, très beau saut… Seulement, on lui a compté mordu. S'est ensuivie une longue discussion, il n’y avait manifestement pas de marque sur la plasticine ou alors très difficilement visible et pas forcément là où le bout de la chaussure du Français aurait pu la frôler. Plusieurs juges étaient penchés au-dessus de la planche pour regarder, Kafétien a convié tout ce monde à regarder la vidéo, son saut semblait vraiment correct mais les juges n’ont rien voulu savoir. Encore une injustice ! Il lui fallait tout jouer sur un seul essai, le dernier de la 3e salve. Le 8e provisoire devait serrer les fesses. Pas de chance pour lui, le vice-champion d’Europe 2010 a claqué le gros saut dont il avait besoin. C’est souvent sous pression que "Tonton Kaf’" est le plus performant. Son atterrissage à 8m13 (+0.2), il a permis de se replacer en 3e position ! En bonus, il a sorti le 2e Britannique du concours (2 des 3 n’ont pas passé le cut). Double bonus, le concurrent désormais 4e, un Espagnol, Eusebio Caceres, s’est blessé à la cuisse et a dû arrêter son concours. Dégoûté le garçon !

La finale du 4x100m masculin a eu lieu avant le dénouement de ce concours. Les Britanniques étaient largement favoris. Privée de Jimmy Vicaut, la France faisait face à une grosse concurrence. La présence de la Suisse a généré pas mal d’ambiance. Enfin. Les Bleus ont aligné la même compo qu’en série : Pierre Vincent, Christophe Lemaitre, Teddy Tinmar, Ben Bassaw.

L’équipe attendue au sommet de la boîte a gagné sans surprise (37"93), le quatuor allemand a réussi un très bon relais (2e en 38"09). La France s’est classée 3e avec un temps moyen (38"47) en raison de passages très moyens, trop assurés en début de zone. Si le bâton ralentir lors du passage, il met plus de temps à arriver au bout. C.Q.F.D. Il fallait prendre plus de risques. La Suisse a terminé à moins d’un dixième du podium. C’est seulement du bronza, mais c’est la 8e médaille de Lemaitre lors de ChE en plein air (record pour un homme).

Avec ce nouveau titre, nos voisins d’outre-Manche ont pris la tête au classement par pays grâce à une médaille d’or de plus (21 breloque chacun). La fin de la longueur a encore renforcé ces positions.

Rutherford a stoppé son concours après le 4e essai (amélioration, 8m29 au lieu de 27, -0.4m/s), il a surtout regardé Tsatoumas enchaîner les sauts assez médiocres. Gomis a failli le doubler à sa 6e tentative mesurée à 8m14 (+1.5), à 1cm près il se parait d’argent. Avant de s’élancer, il se savait déjà assuré de ramener un souvenir métallique à la maison, une cérémonie protocolaire a retardé cette ultime tentative. Les 8cm de marge sur la planche ont fait la différence. Difficile toutefois d’avoir des regrets quand on sait que les suivant ont terminé avec des marques à 8m11 (Caceres), 8m09 (Michel Tornéus), 8m08 (Ignisious Gaisah) et 8m07 (un Polonais avec un nom compliqué).

Rutherford a fait une petite Compaoré, il a assommé le concours assez rapidement.

Et on enchaîne avec la finale du 4x100m féminin. Avec ses 3 finalistes du 100m et une série très convaincante (meilleure performance européenne de l’année), la France faisait figure de très sérieuse candidate à la médaille d’or. La composition de l’équipe est restée identique : Céline Distel-Bonnet, Ayodelé Ikuesan, Myriam Soumaré, et Stella Akakpo en finisseuse.

Encore une fois, l’adversité allait se trouver du côté de la Grande-Bretagne, il fallait également se méfier des Pays-Bas, sans oublier la Suisse devant son public, enfin chaud. D’ailleurs je soupçonne l’organisation d’avoir décidé de finir avec ce relais car le pays hôte y voyait son espoir n°1 de médaille (la victoire de Kariem Hussein sur 400m haies n’était pas prévue). Pas de bol, le meilleur élément du relais helvétique – ou helvète ? – a commis une énorme boulette. Mundjinga Kamboudji a lâché le témoin au départ. Les Suissesses devaient courir au couloir 8, donc tout près du public, elles sont restées sur place. Peut-être serait-il bon de changer de partante… Elle a commis la même erreur lors de championnats d’une catégorie de jeunes. Les Pays-Bas n’ont pas fait beaucoup mieux, une chute au premier passage de bâton a causé leur élimination, Dafne Schippers n’a même pas eu l’occasion de courir. Mouvementée cette finale !

Au pire, la France devait terminer 2e. Elle a terminé 2e. Les filles voulaient leur revanche par rapport à Moscou, elles l’ont plus ou moins eu. C’est mitigé car elles auraient vraiment pu faire mieux, sans doute y a-t-il eu un problème de marques car Myriam était trop arrêtée au moment de la prise de relais, raison pour laquelle si toutes les filles n’ont pu s’imposer en ayant pourtant bien bien fait le travail sur leur portion de ce 4x100m. A cause du petit retard causé par ce raté il a été impossible à Stella de devancer Desirèe Henry, finaliste du 100m individuel.

Encore une victoire britannique. Arf. C’est allé vite, les gagnantes ont battu la meilleure performance européenne réalisée par les Bleues en série (42"24 contre 42"29) et ont surtout battu leur record national. Le temps des Françaises est un peu décevant (42"45) sans être du tout infamant. Cette transmission foireuse laisse des regrets. Le bronze est revenu à la Russie, dont la finisseuse a franchi la ligne quasiment une seconde après les Britanniques. L’Italie a pris la 4e place à 4 centièmes du podium.

Ça fait 7 médailles européennes pour Myriam… Elle en aurait mérité une en or cette année.

On en termine avec le lancer du javelot masculin. Qui s’en fout ? 88m01 (MPE) pour Antti Ruuskanen, loin (plus de 3 mètres) devant Vitezslav Vesely, Tero Pitkämäki et un 3e Finlandais…

Il est donc l’heure du bilan. 23 médailles pour la France (24 en réalité en comptant celle dont MMB a été spolié), on termine sur une frustration avec ces relais, elle sera très vite oubliée grâce aux nombreux grands souvenirs qui nous resterons de Zürich 2014. La Grande-Bretagne a terminé avec autant de médailles mais 12 en or contre 8 pour nous. La cuisse de Vicaut et le vent le jour des finales du 100m en sont une des causes principales.

Cette équipe de France est très belle. Sans Vicaut ni Tamgho, avec des jeunes en phase d’apprentissage (PAB, PML) qui n’ont pas atteint leurs objectifs, elle a su être présente à peu près partout : sprint, haies, demi-fond, fond, route, marche, sauts, épreuves combinées, relais. Le point faible est toujours le même, les lancers (une médaille sur 8 épreuves). Si on compte la marche comme une seule discipline, les Bleu(e)s ont obtenu au moins une médaille dans chaque discipline hormis le poids/javelot/marteau, 400m/400m haies/800m, 5000m et la hauteur (je commence à avoir un peu d’espoir sur 400m après la perf de Floria Gueï dans le relais, le 800m n’est pas un problème, PAB sera énorme face aux Africains).

Les "vieux" ont été très performants à l’image de Christelle Daunay, Yohann Diniz, Mélina Robert-Michon ou encore Kafétien Gomis, les tauliers en pleine force de l’âge l’ont été tout autant, je pense à MMB, Eloyse Lesueur, Myriam Soumaré, Christophe Lemaitre (il n’a que 24 ans), Antoinette Nana Djimou et Renaud Lavillenie (difficile d’ajouter Cindy Billaud à cette liste car elle n’a pas encore les références nécessaires pour figurer sur cette liste). En outre, des jeunes ont pointé leur nez (Kévin Menaldo, Clémence Calvin), confirmé (Kevin Mayer) ou trouvé le moyen de monter sur la boîte dans la difficulté (PML). Des outsiders (Yoann Kowal, Leila Traby, encore Kafétien Gomis) ou des revenants (Benjamin Compaoré) ont fait fort. Au final, le bilan est très équilibré avec 11 médailles féminines, 12 masculines. Avoir 3 relais médaillés grâce à un mélange de générations et le 4e au pied de la boîte malgré un super chrono est très révélateur de la santé de l’athlétisme français.

On peut réellement espérer 6 à 9 médailles aux ChM 2015 et aux JO 2016. Ça parait fou, et pourtant… J’en salive d’avance ! Mais maintenant… natation au programme !

Notes

[1] De plus en plus de monde prend conscience de la démesure de la sanction, même chez les Anglais, d’ailleurs Mo Farah a dit qu’il trouvait cette disqualification injustifiée.

[2] Un des Ricains étant dopé, Raquil est ensuite monté d’un cran pour finir en 2e position et en or au lieu de l’argent en relais.

[3] Avec 3 coyotes.