Le mois dernier, pour leur entrée en lice en Ligue des Champions féminine, les joueuses du PSG n’ont pas été très convaincantes. C’était très bien parti à l’aller (2-0 à l’extérieur au bout de 20 minutes grâce à Shirley Cruz et Kosovare Asllani, un but et une passe décisive chacune, la frappe de la Suédoise étant particulièrement magnifique), c’est devenu assez compliqué par la suite même si à vrai dire, elles n’ont jamais tremblé. Leurs supporters – dont moi devant mon écran – non plus. Le but encaissé à l’heure de jeu (pour une victoire 2-1) aurait pu très éventuellement mettre en danger le PSG au retour.

Je poste le résumé "officiel" (qui, en réalité, se limite aux buts), mais j’ai aussi trouvé le match en intégralité sur Youtube.

Au Stade Charléty, on a dû attendre les 10 dernières minutes pour assurer le coup avec un but de Lindsey Horan. Victoire 1-0. Il faut dire qu’à l’aller comme au retour les Néerlandaises de Twente multipliaient les coups sans être punies. C’était laid et violent. Mais surtout, ça promettait une double confrontation face à l’OL en 8e de finale.

Le tirage au sort ne me ravissait pas du tout. D’une part, je trouve très dommage de savoir avant les 16èmes qui sera votre adversaire si vous passez, on n’est pas au tennis ou au judo, il y a du temps entre les rencontres, assez pour faire un nouveau tirage (sachez que le prochain tirage déterminera tout le reste du tableau, quarts, demies et fatalement finale). D’autre part, une rencontre entre 2 clubs du même pays dès ce stade est dommageable pour l’intérêt de la compétition et pour l’équité sportive. Chez les hommes, vous ne pouvez jouer un club de votre championnat avant les quarts de la LdC. Mais surtout, dans le calendrier, on se retrouvait avec 3 matchs entre l’OL et le PSG en l’espace d’une dizaine de jours. Autrement dit, si ça tournait mal, la saison des Parisiennes pouvait être quasiment foutue dès la mi-novembre… en ayant pourtant remporté chacun de leurs matchs officiels depuis cet été (comme l’OL).

La première confrontation, comptant pour la D1 féminine, s’est déroulée à Lyon (au Stade de Gerland, comme tous les gros matchs de l’OL féminin). Elle a été diffusée le samedi soir en direct sur Eurosport et sur France 4. Le PSG avait demandé une programmation le dimanche, il n’a pas été entendu. Shirley Cruz rentrait de la Gold Cup féminine (le Costa Rica s’y est qualifié pour sa première Coupe du monde), tandis que les Allemandes et Suédoises revenaient tout juste d’un match international disputé en semaine entre ces 2 pays. Pendant ce temps les joueuses de l’équipe de France (donc la grande majorité de l’effectif lyonnais) se préparaient après leur triomphe en Allemagne (avec bien sûr des Parisiennes dans les 2 camps), un succès historique – le premier des Bleues outre-Rhin – ne souffrant d’aucune contestation. Cette affiche diffusée le samedi précédent sur D17 n’a pas souri à Camille Abily, blessée au genou au cours de la première période (mauvais coup pour l’OL).

L’OL a gagné sur le score de 2-1. Pourtant, le PSG a très vite réagi après avoir encaissé un but de Lotta Schelin dès les premières minutes (le 1er but concédé en 8 matchs de championnat). Shirley Cruz a récupéré un ballon près de la surface adverse, a fait l’amour à la défense, puis a servi Aurélie Kaci (formée à l’OL) qui n’a pas hésité un instant à frapper pour égaliser. Malheureusement, les Parisiennes ont fini par perdre (but d’Ada Hegerberg vers l’heure de jeu, juste après un changement très offensif de Paris). Par moments elles ont beaucoup souffert, néanmoins les opportunités de revenir avec un bien meilleur résultat ont existé (notamment une énorme occasion en fin de match… qui n’est pas dans les résumés… pfff… j’aurais dû carrément télécharger le match sur Pluzz). Si on y ajoute les erreurs d’inattention sur les 2 buts des Scandinaves lyonnaises, c’est rageant.

J’ai remonté un résumé (je l’aurais voulu plus complet) et mis l’analyse assez largement pro-OL – et du coup très drôle – d’Eurosport dans l’émission du lundi dédiée au football féminin.

Attention, car une défaite 2-1, bien que décevante, n’est pas rédhibitoire. Rappelons-le, en D1 féminine, comme dans tous les championnats amateurs de football (en France du moins), les confrontations particulières comptent avant la DDB générale en cas d’égalité de points. Autrement dit, sauf erreur de ma part, si le PSG fait le plein jusqu’à la fin de la saison en tapant l’OL 1-0 à Paris, même si la DDB générale de l’OL est de +148 et celle du PSG de +56, le titre sera parisien. Bien sûr, il s’agit ici de pures spéculations, on ne sait pas ce qui peut se passer ces prochains mois, néanmoins l’espoir demeure. Pour mémoire, à l’automne 2013 la défaite 3-0 à la maison contre les – multiples – championnes en titre et l’élimination douloureuse de la LdC avaient bousillé la saison dès septembre. Ce n’est plus du tout la même histoire.

Ce match a eu un impact psychologique, il a eu des répercussions sur les suivants. Si elles ont manqué de fraîcheur physique et de banc pour résister à la machine lyonnaise, les filles de Farid Benstiti ont pris conscience de ce qu’il fallait faire pour regarder l’OL les yeux dans les yeux pendant 90 minutes. Samedi, en début de soirée (18h), dans un stade Charléty qui sur beIN semblait presque bien garni (en fait tout le public était rassemblé dans la tribune face aux caméras… néanmoins on entendait vraiment les chants, il y avait de l’ambiance), aidées par la semaine de récupération et par le retour de presque toutes les blessées (notamment Kenza Dali et Marie-Laure Delie, capables d’apporter un réel plus offensif), elles ont été admirables. Un BALC sur corner en première période (21e) a fait très mal. Des erreurs et de la malchance… Sur corner, vous oubliez Wendie Renard, sa tête est moisie mais Corine Petit (anciennement Corine Franco) traine devant la cage et détourne de façon improbable, surprenant Sabrina Delannoy et Katarzyna Kiedrzynek, la gardienne parisienne, qui n’avait posté personne au second poteau.

Dans le jeu (maîtrise du ballon, création des actions, dangerosité), le PSG a au moins fait jeu égal, il a eu de grosses occasions, d’énormes mêmes, mais, comme l’équipe d’en face, il a manqué d’efficacité. Heureusement que Fatmire Alushi – anciennement Fatmire Bajramaj – a marqué d’un lob sublime aux 16m50 après un contre favorable (à la 49e), car Lindsey Horan et Marie-Laure Delie ont chacune tiré sur Sarah Bouhaddi (MLD dans le temps additionnel) dans des situations idéales. Horan a aussi loupé une tête sur CF, normalement elle met ça au fond sans souci, surtout en ce moment. En bref, le PSG aurait dû gagner ce match mais aurait aussi pu le perdre. Le nul 1-1 était assez logique.

Dans mon grand format du match, vous allez pouvoir «Admirer Alushi» et son but «Alushinant».

J’ai rarement vu un match féminin aussi intense. C’était hyper rythmé, hyper physique, une super pub pour le foot féminin. Pendant le dernier quart d’heure, on sentait que toutes les joueuses commençaient à sérieusement tirer la langue. L’arbitre aussi. Vous vous en rendez compte quand les coups de sifflet se multiplient pour des contacts qui auparavant ne donnaient lieu à aucune réaction de sa part. Vous comprenez alors que, comme les joueuses, elle n’en peut plus et a besoin de casser elle-même le rythme ! A vrai dire, c’est grâce à ce constat que j’ai gardé espoir après ce résultat a priori peu favorable pour un aller à domicile. L’OL n’a plus un effectif à rallonge comme avant. Après une telle débauche d’énergie, devant jouer le retour dès le mercredi, les favorites risquaient fort de manquer de jus. Grâce à son effectif plus fourni et à ses internationales de retour de blessure, le PSG avait les armes pour faire la différence tout en empêchant les Lyonnaises de la faire.

Voyez ce qui en a été dit dans Femmes 2 Foot sur Eurosport. Je ne suis pas sûr d’avoir vu tout à fait le même match. Et moi, je l’ai revu !

Mercredi à 18h45, hormis un changement en défense à l’OL (Amel Majri à la place de Petit avec déplacement de Dickenmann sur l’autre aile), on est reparti avec les mêmes qu’à l’aller. Les Parisiennes devaient oublier leurs regrets et jouer le coup à fond. Si un centre raté par une Lyonnaise a trouvé son poteau, Kiedrzynek n’a finalement que peu été sollicité, sauf pour quelques tirs lointains et des sorties aériennes. Elle a été excellente dans ce domaine. Des parades, la Polonaise a dû en faire lors des 2 précédentes rencontres, très peu cette fois. Bien sûr, ce n’est pas encore du top niveau par rapport à ce qu’on voir chez les hommes, mais à ce poste sinistré du foot féminin, la grande blonde venue de l’Est commence à vraiment devenir fiable, il y a encore quelques mois elle me faisait flipper, ses progrès manifestes la rendent désormais assez rassurante.

Les filles de Gérard Prêcheur ont trop voulu gérer en gardant le ballon au lieu de tout donner pour planter ce but qui leur aurait au moins permis de se mettre à l’abri d’une élimination au bout du temps réglementaire. Sabrina Delannoy et ses partenaires avaient l’obligation de marquer, la tâche était donc difficile, mais si elles résistaient suffisamment – autrement dit si elles ne concédaient pas plus d’un pion – ce but à l’extérieur pouvaient intervenir n’importe quand et n’importe comment. A vrai dire le plus tard était le mieux, mieux valait les laisser croire que le 0-0 suffirait et planter la banderille en fin de match, ça laissait moins de temps à l’OL pour réagir et faire le forcing.

Bien sûr, le PSG n’a pas fait exprès de laisser le ballon à Lyon, mais ce qui compte, c’est la qualification, non ? Il y a un léger HJ de Laura Georges au moment de sa déviation en une touche sur le CF décisif de Kheira Hamraoui, et très honnêtement, c’est encore plus jouissif ainsi. Quitte à réaliser un hold-up, autant pousser le concept jusqu’au bout ! Fatmire Alushi a fait preuve d’opportunisme en glissant le ballon entre les jambes de Bouhaddi, et le tour était joué. Ayant planté ce coup de poignard à la 79e minute, il restait un quart d’heure TAC à parer les coups. Le PSG y est parvenu, non sans plier. Scénario idéal, joie maximale.

Cette rencontre n’a pas été de tout repos, la tactique a fonctionné, les filles ont fait preuve de beaucoup de solidarité, de solidité, d’efficacité (les incursions dans le camp adverse ont rarement été conclues par des tirs, le seul cadré a fait mouche). Elles ont démontré beaucoup plus de choses à l’aller… comme l’OL en somme. Si Aulas a envie de reprocher au PSG les insuffisances de sa propre équipe et veux se cacher la vérité en oubliant l'existence du match aller, tant pis pour lui ! J’ai surtout l’impression qu’après des années de domination la melonite est devenue congénitale à Lyon, Prêcheur en est atteint comme Patrice Lair avant lui (Lair étant l’empereur du melon). Ce sentiment de supériorité exacerbé mène à l’excès de confiance. Quand en face il y a du répondant et, de surcroît du revanchard, ça fait tout drôle. J’ai même vu des supporters lyonnais très agressifs venir faire les malins sur la page Facebook de Capitaine Sab’, l’accusant de manquer de respect à l’OL et lui promettant de prendre une raclée à Gerland. En gros, on lui reprochait de croire en son équipe. Le Gone n’aime pas du tout quand on conteste sa domination.

La rivalité est de plus en plus forte entre les 2 clubs même si ça ne semble pas atteindre l’équipe de France car les filles se connaissent trop bien et depuis trop longtemps. Sur le terrain, il n’y a plus d’amies, on n’hésite pas à se mettre des coups dont certains assez borderline. Chacune défend ses couleurs. Ensuite, la vie reprend son cours. On verra si, avec le temps, l’inversion du rapport de forces aura un impact. A l’heure actuelle je pense la chose très positive car une véritable émulation se crée, tout le monde est obligé d’élever son niveau. Les Bleues du PSG sont obligées de se transcender, celles de l’OL doivent appréhender une situation inhabituelle amenée à se reproduire face à des grandes nations : se faire bouger. L’apport des étrangères n’est pas à galvauder sans ce processus, elles ne sont pas les dernières à envoyer du pâté, Saki Kumagai a même éclaté le visage d’Aslani (remplacée à la mi-temps pour cause de fracture) dans un duel aérien. L’engagement physique est une des clés pour battre Lyon, les Parisiennes ne sont plus des victimes, elles ne se laissent plus faire, n’acceptent plus qu’on leur marche dessus.

L’envie de revanche et le refus de se soumettre me semblent particulièrement évidents chez Laura Georges, longtemps joueuse de l’OL après ses débuts à Paris au siècle dernier. L’internationale aux 155 sélections chez les A a été quasiment jetée par Lyon, où on la jugeait probablement périmée. Résultat, en 2014 l’OL a perdu 2 fois à Gerland contre le PSG après être resté invaincu à domicile contre tout club français pendant environ 1000 ans… 2 fois 1-0, des buts sur CPA, Laura a marqué la première fois, elle a fait la passe décisive la seconde. Bodmer style, non ?

Sur cette double confrontation j’ai particulièrement envie de souligner la performance du socle défensif avec une cage bien gardée et une défense centrale qui protège bien la surface des intrusions adverses (quand il s’agit d’aller au combat, Laura Georges et Josephine Henning ne laissent pas leur part aux chiens, l’Allemande a pris la place d’Annike Krahn pour les 2 matchs européens, elle a fait du bon travail). Le côté gauche était celui de Jessica Houara-d’Hommeaux, parfois prise de vitesse ou surprise dans son dos mais qui a su apporter offensivement et intervenir derrière lorsque nécessaire (je la préfère nettement à droite mais en l’absence de Laure Boulleau elle fait le job), le côté droit est revenu à Capitaine Sab’, assez monumentale sur l’ensemble des 3 rencontres car elle fait tout : elle défend, elle met des coups, elle attaque, elle remet des coups… Elle était absolument partout ! Bien sûr, parfois elle est limite dans ses interventions et ça se termine en cartons. A vrai dire, OSEF, l’exemple qu’elle donne est super positif, presque "matuidiesque".

Pour les joueuses offensives, rien n’était facile, tout était dans l’effort. Horan et Delie ont manqué d’efficacité dans le dernier geste, Asllani a galéré seule devant lors du match de D1 puis a été déportée sur le côté, elle a fini avec une fracture au visage. Dali revient à peine de blessure et a donc peu joué (un peu plus que Delie). En revanche Alushi a brillé en marquant les 2 buts et en réussissant quelques actions magistrales. La faire venir à Paris était un pari assez osé, après ses gros problèmes de genou on pouvait douter de son retour au top. Louisa Nécib n'a pas soutenu la comparaison.

En réalité – comme prévu – la différence s’est faite au milieu. Kheira Hamraoui (qui peut jouer 6, 8 ou 10, grande et physique mais avec des pieds pas carrés) et Aurélie Kaci (le couteau suisse) sont de bons soldats, j’ai été assez surpris de l’apport de l’énigme venue de Lyon[1]. Je suis totalement fan de Shirley Cruz. Elle doit faire 1m30 et 18 kilos (si on la pèse habillée après un entraînement sous la pluie), pourtant elle est au-dessus du lot. Technique, classe, vision du jeu, mentalité… C’est du très haut niveau (lors de la rencontre de championnat elle manquait de jus pour tenir 90 minutes, la Gold Cup a donc plombé le PSG). Caroline Seger est le parfait complément de la Costaricienne. Elle apporte encore plus d’expérience et une dimension physique très importante. Récupérer le ballon, relancer proprement, apporter le surnombre devant, elle sait faire beaucoup de choses. La seconde Suédoise de l’équipe est indiscutablement l’autre super recrue de l’intersaison (avec Alushi).

Les dirigeants n’ont pas hésité à investir pour constituer cet effectif important en nombre, élevé en qualité et riche en expérience. C’est de l’argent bien dépensé. Pour l’image du club notamment. L’intérêt pour le foot féminin s’accroit, on en voit désormais sur Eurosport, France 4, D17 (ou D8) et beIN Sports (sans oublier que l’an dernier l’Euro était sur W9). A mon avis, avec un stade plus accueillant il pourrait y avoir 4000 spectateurs à chaque match des filles. Je crois que Nasser Al-Khelaifi commence à se rendre compte de l’importance de la section féminine dans l’évolution du projet PSG. Suite à la sortie médiatique de Laura Georges le critiquant pour son manque de présence auprès des filles, le président du club a consenti à se rendre à Charléty où il faisait environ 50°C de moins qu’au Qatar. D’où la couverture obligatoire (les loges chauffées du Parc et les tribunes de Charléty sont 2 mondes opposés). Je suis sûr qu’il est rentré chez lui content et le serait encore plus si un voyage à Berlin s’imposait en mai. On peut y croire.

Après le tirage au sort de la semaine prochaine il faudra attendre le mois de mars pour assister à la suite de la compétition. Le PSG défendra les couleurs du football français en quarts de finale avec pour objectif de remporter la compétition. Les clubs allemands seront de puissants concurrents. Le rêve ? Triompher à Berlin le 14 mai… puis de nouveau le 6 juin… Aucun autre club ne peut réaliser ce doublé inédit. Et à mon humble avis mieux vaut réserver la soirée du 14 mai si vous avez envie de fêter une victoire parisienne en Ligue des Champions.


Bonus : Laure Boulleau et Candice Prévost (consultante Eurosport, ancienne joueuse du PSG) qui chantent ensemble… :inlove: :coeur: :inlove:

Note

[1] Née à Lyon, formée à l’OL, Aurélie Kaci ne s’y est pas imposée, elle est arrivée au PSG en 2012 mais sa motivation est souvent en question, on dit même qu’elle pense à arrêter sa carrière à la fin de la saison. A 25 ans. Pourtant elle a tout pour être un membre permanent du groupe France pendant des années.