Après un relais mixte fabuleux conclu par un sprint victorieux (dimanche dernier, déjà à Östersund), Martin Fourcade s’est complètement loupé lors de l’individuelle de mercredi. Au premier couché, sa course était terminée. 4 cibles manquées synonymes de 4 minutes de pénalité, c’est impossible à rattraper. Pour rajouter à la frustration il s’agit de 4 balles cordon, c’est-à-dire à la limite de la cible, à 1 millimètre de la bonne zone à toucher (pour rappel, on tire à 50m). La poisse. Il a fini la course en roue libre, d’où une 81e place ne signifiant qu’une chose, la perdre du dossard jaune de leader de la Coupe du monde, dossard dont il était porteur depuis des lustres. Emil Hegle Svendsen, son grand rival, a réussi l’exploit – ou le miracle – de claquer un 20/20 pour l’emporter largement.

Alors samedi matin, à l’occasion du sprint[1], il fallait réagir, montrer qui est le vrai patron. Martin est parti avec le dossard 17 en envoyant la sauce sans attendre. Son avance en entrant sur la première fois sur le pas de tir était déjà conséquente, il a pris son temps pour assurer un sans-faute au couché, en a remis une couche sur les skis pour encore augmenter les écarts avant le debout. Il pouvait même se permettre de commettre une faute. Le Catalan a préféré faire propre. A 10/10, il était sur l’autoroute du succès, les autres étaient déjà condamnés à jouer la 2e place avant la fin de sa dernière boucle.

A l’arrivée, une fois tous les concurrents classés, tout le monde a dû se rendre à l’évidence. Martin Fourcade est au-dessus du lot : si les 5 premiers ont fait carton plein, Ondrej Moravec s’est mangé 28"3, Javok Fak 28"7, Michal Slesingr presque 39, puis 45 secondes pour le 5e. Avec une faute, Svendsen a fini premier Norvégien (à 49"4) devant Ole Einar Bjørndalen (56"6 mais 2 tours)… Une énorme bran-bran en somme. Jean-Guillaume Béatrix et Simon Fourcade ont chacun commis 2 fautes au débout, c’est dommage (respectivement 20e et 24e, Simon était super bien, à 8/8, il a loupé les 2 dernières en se déconcentrant bêtement, du gâchis).

La Coupe du monde de combiné nordique est un sujet plus douloureux. Du moins, c’était le cas samedi. 4e après le saut lors de la première épreuve à Lillehammer, Jez a mis la gomme pour vite rejoindre Eric Frenzel, 3e au départ. Ils ont rapidement largué celui parti 2e. Trop optimiste, je l’imaginais déjà se battre pour la 2e place, l’Allemand me semblant presque intouchable. Mais au bout de 5 bornes, quand Frenzel en a remis une couche, plus de jus ! Jez n’a pu suivre. Le vainqueur du globe 2014 est allé gagner malgré de très gros retours, notamment celui de Fabian Rießle (de 23e à 2e). Notre légende des sports d’hiver français a pris très cher, il a fini 24e. Ça fait mal. Il a même été doublé par François Braud. L’option tactique choisie n’était manifestement pas la bonne, "Flying Jason" s’est brûlé les ailes en suivant le rythme d’un adversaire trop fort pour lui.

Heureusement, quelques heures plus tard, le super-G de Beaver Creek a permis aux supporters des équipes de France d’oublier cette déception. La veille, Kjetil Jansrud a remporté sa 3e course de vitesse de suite, une descente dont Guillermo Fayed a pris la 6e place en surfant sur la confiance obtenue la semaine passée à Lake Louise grâce à ce premier podium de sa carrière. Le Norvégien a encore éclaté la concurrence. Par conséquent, il était favori du super-G de samedi.

Pourtant, en raison de fautes commises lors de son passage (dont un allègement avec porte en aveugle derrière sur lequel les concurrents ont pour la plupart galéré, y compris les cadors), Jansrud a été battu. Hannes Reichelt lui a mis 52 centièmes. Peter Fill a sans doute cru sa 3e place assurée après l’arrivée des meilleurs spécialistes (les porteurs des dossards 16 à 22, comme le veut le règlement). Toutefois, il restait encore les 3 ogres de la Coupe du monde, à savoir Marcel Hirscher (24), Alexis Pinturault (25) et Ted Ligety (27).

L’Autrichien n’est pas à l’aise en vitesse, il a néanmoins participé dans l’espoir de gratter des points en vue du classement général de la Coupe du monde. Echec cuisant, il est sorti. Ligety, chez lui, est beaucoup plus expérimenté dans ces disciplines, on se souvient de son titre mondial en super-G il y a 2 saisons. Sur sa neige, il a réussi le genre de course qu’on pouvait attendre de lui en tenant compte de sa récente opération d’une fracture à la main, soit une 11e place à plus d’une seconde du vainqueur (ça rapporte 24 points je crois). Ça manquait d’engagement à mon avis. La surprise du jour venait déjà de se produire.

Pas bon à Lake Louise lors du super-G (38e) faute d’avoir pu correctement s’entraîner cet été en vitesse (les conditions météo ne s’y prêtaient pas), le prodige français a skié le haut tel le mutant qu’il est. La première partie ressemblait à du slalom géant, la piste restait bonne, il en a profité. Passé dans le vert (-0"22) au premier intermédiaire, il a ensuite commis pas mal de fautes en prenant énormément de risques sur les trajectoires. La clé de cette course bourrée de pièges était là. Si vous étiez trop gentil, trop prudent, si vous vous contentiez de suivre les traces, vous finissiez dans le fond du classement. Seulement, si vous mettiez trop d’engagement vous pouviez à tout moment vous envoler et/ou sortir de la trajectoire. A un moment, c’est devenu très acrobatique, Pinpin était sur un ski… mais c’est presque une habitude chez lui. On ne compte plus les manches improbables de géant lors desquels on le croyait foutu avant de constater qu’en fait non, il était juste en train de bousiller la concurrence. La différence avec pas mal d’autres – dont Hirscher – est claire : quand un gars normal commet ce genre de fautes, il freine, part dans le décor ou abandonne en laissant la peur prendre le dessus. Le Pintu réagit différemment, il réagit très vite pour rattraper le coup. Le secret est de ne pas ou de très peu ralentir quand ça devient du ski acrobatique, du freestyle… Et souvent, ça passe. Le gars n’a peur de rien.

3e à l’arrivée à 62 centièmes de Reichelt mais 4 centièmes devant Fill, Pinpin est monté pour la 2e fois de la saison sur un podium, mais cette fois en surprenant son monde. +60 points au général. Seul hic, il s’est démonté l’épaule en tapant dans une porte (sa plus grosse faute, sur le fameux mouvement de terrain où beaucoup ont fait une espèce de saut écart en se faisant surprendre par la vitesse juste avant un virage, il a choisi une trajectoire hyper à l’intérieur osée par personne, son bras a attrapé la porte, il y a peut-être perdu la course… ou peut-être gagné les centièmes grâce auxquels la 3e place lui est revenue).

Cette performance reste une surprise car on l’attend plus en géant et plus généralement dans les épreuves techniques malgré ses 2 précédents podiums en super-G (dont la victoire lors des finales à Schladming au printemps dernier). Avec un slalom géant prévu le lendemain, ça promettait.

On passe à dimanche avec d’abord la poursuite de biathlon[2].

Martin Fourcade possédait une belle avance en raison de sa domination écrasante lors du sprint, il était donc favori de cette course… comme de toutes les poursuites, épreuve dont il est champion olympique en titre. Pour se mettre à l’abri, le patron de la discipline a attaqué en ski de fond dès le premier tour. Heureusement que sa marge a augmenté car au couché, le bug : les 2 premiers tirs manqué l’ont mis dans une situation délicate. Il s’est repositionné, a mis les 3 suivantes, si bien qu’après ses 2 tours de pénalité, rien n’était compromis. Seul en tête, Fak comptait seulement 8 secondes d’avance, Slesingr était avait Martin. On y a juste gagné du suspense et une véritable course au lieu d’assister à un cavalier seul. Toutes les positions se sont resserrées. Béatrix est sorti 14e à 50s, Simon 20e à pile 1’. En fait, ça s’est mis à ressembler à une sorte de mass-start, autre format où il excelle.

Les 3 premiers sont arrivés ensemble au 2nd couché, le peloton de chasse comptait une vingtaine de secondes de retard. Le vent soufflait. Martin a manqué son 2e tir, Fak a fait carton plein, Slesingr a explosé en vol. Derrière, seul Svendsen a tourné, pas les autres membres de son groupe, notamment Bjørndalen. A la sortie, un groupe s’est formé, Fak s’est transformé en proie, ses 21s de marge sur OEB, Martin et 2 Russes (Garanichev et Shipulin) semblaient très fragiles. JGB pointait à la 13e place à 1’, Simon a pris cher à cause de 2 fautes, les Boe faisaient route ensemble à 1’20 du leader.

Martin est très fort en ski, très bon au tir couché, excellent au tir debout, mais tactiquement, il est très au-dessus du lot. On l’a vu lors de cette boucle. Pourquoi se donner à fond ? Autant laisser le duo russe faire le travail et rester dans les skis pour profiter de l’aspiration, se ménager quelques minutes et donc être au taquet un peu plus tard au moment de la grande bagarre. Pousser les machines à fond était d’autant moins nécessaire que Fak est friable au tir debout, c’est connu. Svendsen a profité de cette accalmie pour réduire son retard. Le vent aussi a calmé le jeu, si bien que Martin a pu faire son 5/5 en ayant lâché la première balle avant les autres, histoire mettre la pression sur ses adversaires (qui ont tous fauté), mais sans s’emballer. Le Catalan a pris son temps après le 3e tir pour éviter la mésaventure connue par Fak. Le Slovène a réussi un super 4/4, s’est vu trop beau, il a balancé un avion sur la 5e, la faute stupide et classique de relâchement. Martin est ressorti à moins de 9 secondes de Fak. Un Canadien était 3e à 16 secondes grâce à un 15/15, Svendsen 4e à 28 secondes, JGB se débrouillait assez bien (11e à 57s). Pas mal de gros retours étaient en train d’être réalisé grâce à des triples sans-faute.

Sans surprise, Martin a vite rejoint Fak, Svendsen a vite avalé et largué Smith. A l’arrivée sur le pas de tir, le Slovène était encore présent avec le Français, il s’est accroché courageusement. Svendsen était à une vingtaine de seconde, donc prêt à profiter d’une faute des leaders. Le vent semblait souffler assez fort, tout restait possible. Si Martin s’est encore mis en difficulté en loupant la première, il s’est immédiatement repris en enchaînant très bien pour finir avec un seul tour à effectuer quand son acolyte se condamnait au double. Tout dépendait alors de Svendsen : en cas de sans-faute il jouait la gagne, en cas d’erreur, la victoire était dévolue au Français. Le suspense a duré jusqu’à l’erreur du Norvégien. Encore le coup de la dernière balle manquée !

Dès lors, malgré le 5/5 de Shipulin ayant permis à ce Russe de sortir 2e à seulement 10 secondes, l’affaire était entendue. Svendsen a pris la 3e place juste devant Fak (qu’il a laissé revenir), son dossard jaune ne tient déjà plus à grand-chose, Martin le récupèrera probablement assez bientôt. Les suivants ont été les auteurs de remontées impressionnantes, mais à vrai dire OSEF hormis celle de Jean-Guillaume Béatrix, finalement 9e à 57 secondes juste devant OEB, le pénultième tir lui ayant fait manquer l’opportunité de jouer le top 5. Simon s’est loupé (34e à cause d’un tir défectueux, un 15/20), Quentin Fillon-Maillet est passé de 43e à 26e. Quant à Moravec, il est passé de 2e à… 20e.

Etre bien au chaud pour regarder une course magnifique, pleine de suspense, conclue par une victoire de Martin Fourcade, il n’y a rien de mieux un dimanche matin d’hiver ! Il a remporté 3 des 4 courses d’Östersund… Vive le biathlon ! Vive Martin Fourcade, l’incontestable champion français de l’année !

Une 2nde bonne nouvelle est intervenue à peu près en même temps. Jason Lamy-Chappuis aurait pu rester sonné après son "accident" de la veille. Exploser comme il l’a fait peut faire douter. Heureusement, il a connu pire et a su se ressaisir dès le lendemain. Dimanche matin, sa 2e place lors du concours de saut a dû le rassurer malgré la faiblesse des écarts. Les intervalles au départ de l’épreuve de ski de fond (10km) étaient symboliques. Une aubaine pour Jez ! Un regroupement à 8 – dont plein de cadors – s’est opéré en à peine quelques minutes. Tout le monde avait tendance à se regarder, du coup le groupe de Magnus Moan – entre autres excellents skieurs – a réduit son retard, obligeant les chassés à accélérer sans trop forcer l’allure. Réduit à 7 membres avant la fin de la première des 4 boucles, le premier peloton a avancé à un rythme très correct insuffisant pour réellement les fatiguer. Jason a pris des relais, c’était dans son intérêt, mieux valait ça plutôt que de subir celui des autres.

A mi-course, les chasseurs comptaient seulement 26 secondes de retard, ils allaient recoller. Frenzel s’est senti obligé d’accélérer le train, Jez s’est accroché pour rester parmi les 3 ou 4 premiers, chose primordiale. Au bout de 3 tours, nouveau regroupement, ils étaient désormais 12 ! Que se passe-t-il dans ce genre de cas ? Personne n’ose vraiment attaquer de peur de se griller avant le sprint en ayant fait le travail pour les autres. Et, généralement, ça se finit en sprint massif. Or à ce petit jeu, Lamy-Chappuis reste très performant (on s’en est encore rendu compte lors du team sprint dont il a pris la 3e place à Kuusamo, son explosivité lui permet d’aller très vite sur quelques centaines de mètres). Malin, il a profité de la situation pour s’économiser, a évité tout effort supplémentaire en protégeant sa place, du coup au cours des derniers kilomètres il ne lui fallait pas doubler mais préserver sa position.

Les Norvégiens ont fini par durcir la course. Jez n’a rien lâché, et si 2 Allemands ont réussi à le déborder sur la gauche dans une montée, il a tout de suite réagi en passant Moan afin de ne jamais quitter les 4 premières places. Au moment du retour sur le stade, le quatuor s’est légèrement détaché puis s’est scindé en 2 duos, Fabian Rießle emmenait Mikko Kokslien, Jason profitait de l’aspiration de Tino Edelmann, qui fut son gros adversaire au début de son règle. Dans la dernière ligne droite les 2 Allemands ont été doublés. Le Norvégien s’est imposé relativement nettement, en revanche Jez a dû jeter son ski sur la ligne pour arracher cette 3e place aux allures de victoire tant son année a été difficile (à l’image de ses 2 précédentes courses individuelles de la saison) : sur ses 58 podiums individuels en Coupe du monde[3], seulement 2 datent de 2014. Jez a parfaitement su tirer parti des circonstances de course, son choix tactique de samedi a été désastreux, 24h plus tard il a brillé dans ce domaine.

Au passage, vous aurez remarqué la remontée hallucinante de Kokslien. Il était parti 38e !

Je n’ai trouvé la vidéo de la course qu’en version russe (ou une langue d’un pays de l’Est). Mais peu importe, les images sont le plus important.

Après une descente et un super-G, place au slalom géant. Beaver Creek aura été le théâtre de beaucoup de courses cet hiver !

En première manche, les Autrichiens ont profité d’un bon tirage, ils sont 2 dans le top 15 de la WCSL[4], ils ont eu droit aux 2 premiers dossards et leur entraîneur a tracé. Marcel Hirscher est parti avec le 1, Benjamin Raich lui a pris la position de leader dans la foulée (-0"24) – malgré une petite faute par excès d’engagement sur le haut – pour ne pas la lâcher de la matinée.

La visibilité n’était pas très bonne pour les premiers, il semblait encore faire assez sombre, mais le parcours ne posait que peu de problèmes car assez simple, régulier, sans piège majeur à l’exception, peut-être, d’un petit saut. Qui plus est la température évitait à la neige de trop se dégrader, elle a manifestement tenu pendant toute la manche comme l’atteste la qualification de 2 Allemands inconnus avec les dossards 52 et 59 ainsi que d’un Américain, David Chodounsky, avec le 66. On voit ça rarement. Néanmoins, il faut relativiser la chose dans la mesure où 9 des 11 premiers à l’issue de cette manche avaient un numéro de dossard à 1 chiffre.

Alexis Pinturault (3) a réalisé un petit exploit en égalant presque le temps de Raich (2e à 1 centième) malgré sa vive douleur au bras. Il avait très mal, ce qui pose problème dans une discipline où on est amené à taper les portes. Il a un essayer le plus possible de contourner les portes, ce qui lui a réussi dans le mur final où il a été excellent.

Felix Neureuther (4) a terminé à une petite demi-seconde pour son retour en géant après voir seulement participé à un slalom cette saison (3e place à Levi). Son dos lui joue des tours, il a tout de même décidé de participer – ça a dû lui rentabiliser le voyage(^^) – et manifestement c’était la bonne décision car ensuite seul Ted Ligety (7) l’a doublé. Thomas Fanara (5) n’y est pas parvenu, il s’est un peu loupé (finalement 11e à 1"17), sauvant les membres sur le bas en y faisant jeu égal avec Raich. J’ai du mal à analyser la cause de ce retard, peut-être le rythme ne lui convenait-il pas, en haut il est apparu un peu emprunté sur les skis, ensuite tout été normal a priori… Etrangement, Fritz Dopfer (6) a fait la même manche à quelques centièmes près. C’est vraiment bizarre car en donnant une impression de vitesse bien supérieure sur la première moitié du parcours, Ligety n’allait pas plus vite, sauf sur la 3e portion. C’est après un gros travers avant le mur qu’il… a repris du temps pour s’intercaler à la 4e place à 25 centièmes du leader.

D’habitude, en regardant quelques passages on arrive à se faire une idée du chrono qui va s’afficher. Cette fois, pas du tout, le faux-rythme de ce tracé troublait la perception. Même après une faute on ne savait à quoi s’attendre, elle générait parfois un gain de temps… D’ailleurs beaucoup affichaient leur perplexité à l’arrivée.

Victor Muffat-Jeandet (12), Mathieu Faivre (13) et Steve Missillier (14) s’élançaient à la suite, ils ont connu des fortunes diverses. J’ai trouvé VMJ très bon car agressif dans son ski et ses trajectoires, sauf sur le bas où il a commis quelques fautes, pourtant il a terminé à 1"47 (13e de la manche) en ayant moins perdu de temps en bas qu’ailleurs. Faivre s’en est beaucoup mieux tiré, il était encore à 5 centièmes à mi-course, il a fini à la seconde (0"99 pour être précis, 8e). Au moins, pour une fois, on a compris où les dixièmes avaient été lâchés. Missillier était encore dans le coup au premier inter malgré une faute, il a pris cher ensuite en skiant de façon propre, sans doute à cause d’un manque de vitesse. 2"56 ! Ça fait mal… Pas de qualif bien sûr (37e). Le Français suivant, Cyprien Richard, a terminé une place et 1 centième devant lui (la vidéo s’arrête juste avant son passage). Même écart entre Thomas Mermillod-Blondin et JB Grange (43 et 44e avec de gros dossards). Il s’agissait du retour de J.B. en géant.

A noter que Reichelt a pris la 16e place avec son dossard 31 au lendemain de son succès en super-G alors que Jansrud (16), décidemment en feu en ce moment, a réussi le 6e temps (+0"78).

Tracée par David Chastan, leur entraîneur, sur une piste en grande partie ensoleillée, la seconde manche a plutôt souri aux Français. Ils ont réussi un super tir groupé.

VMJ a confirmé sa perf de Sölden (5e) sans toutefois être l’auteur du parcours parfait. Il a très bien abordé certains portions, d’autres moins. L’important était d’allumer vert à l’arrivée, il l’a fait. Beaucoup se cassaient les dents sur le meilleur temps réalisé auparavant par Carlo Janka. 2 concurrents plus tard, Fanara s’est intercalé à la 2e place provisoire, 13 centièmes derrière son compatriote. Là aussi, la marge d’amélioration était nette, certains secteurs ont été magnifiquement skiés, il a été moins efficaces sur d’autres. Il était difficile d’être au taquet partout en raison des nombreux changements de rythme et de pente avec des murs, des replats, des mouvements de terrain difficiles à appréhender à la reconnaissance.

Avec 2 Français en tête et encore 10 garçons au départ, dont les 2 autres Français qualifiés, il n’y avait plus qu’à attendre et à se régaler. Jusqu’à mi-course, rester à la lutte pour la première place s’avérait relativement facile. Ensuite, beaucoup moins, Nani et Dopfer ont perdu gros sur la seconde partie du tracé. Faivre était parti avec 57 centièmes de marge sur son coéquipier, il a fini 6e provisoire à +0"46 (1 centième derrière Dopfer) en lâchant 9 dixièmes dans le mur final (si on en croit le chronométrage officiel qui me semble louche, c’est la seule explication rationnelle, il n’a commis aucune faute en passant ces quelques portes).

Les 2 Norvégiens ont suivi, d’abord Kistoffersen, puis Jansrud, ils ont chacun commis une énorme erreur qui leur a fait perdre beaucoup de vitesse et par conséquent beaucoup de places. Le leader du classement général de la Coupe du monde a néanmoins assuré son statut pour encore un petit moment en accrochant les points de la 15e place. Pour les Bleus, ça sentait très bon, et d’autant plus quand, après avoir perdu 2 dixièmes aux 2 premiers points intermédiaires, Neureuther a commencé à lâcher de plus en plus de temps, dilapidant sa seconde de marge pour se classer derrière Janka, à 0"20 de VMJ.

Restaient les 3 cadors plus l’ancien.

Ligety a fait son œuvre. Avec 1"22 d’avance au départ, il allait forcément prendre la tête chez lui, sur une piste où il comptait déjà 4 succès en géant, dont les 3 dernières éditions. Avec ses angles impossibles et en utilisant parfois sa main blessée comme 3e appui, il a été monstrueux lors de la première moitié de la manche (-1"58) avant d’assurer le nécessaire jusqu’à l’arrivée après une petite faute (un ski en contact avec la neige, un en l’air). S’il a beaucoup mieux skié le bas que la plupart des concurrents, le champion du monde et olympique a tout de même perdu du temps (-0"94 au final), ne réalisant donc pas le meilleur chrono de la 2nde manche, tant s’en faut. Autrement dit, "Shred" a été très bon mais pas assez pour se mettre à l’abri. Le suspense demeurait.

Hirscher s’élançait quasiment à égalité avec Ligety, il allait très certainement finir dans le top 2 provisoire. En cas d’échec improbable, un Français monterait forcément sur la boîte. L’Autrichien a perdu du temps tout du long, pas énormément (3 dixièmes) jusqu’au 3e chronométrage intermédiaire, puis son retard a doublé dans le mur. Il a fini 2e à 0"60 du champion américain. Du coup la porte du podium était grande ouverte, Pinpin n’avait plus qu’à l’emprunter. Son petit quart de seconde de marge a fondu progressivement (-0"24, -0"11, -0"06), il s’est un peu fait alléger au même endroit que Ligety, est passé dans le rouge avant le mur (+0"09) et semblait encore capable de gagner. Malheureusement ça ne s’est pas passé ainsi, il s’est intercalé entre ses 2 grands adversaires, se classant à seulement 18 centièmes du leader. Son bras ne l’a pas trop fait souffrir grâce à des soins et à une prise d’antalgique entre les 2 manches. A la fin, il a semblé assez déçu, probablement car la victoire le fuit – en géant – depuis un long moment malgré une accumulation de podiums. 2 jours de suite sur la boîte, 3 fois en 4 courses terminées cette saison (éliminé en première manche au slalom de Levi)…

J’allais presque oublier le 4e, Raich, que j’espérais 3e devant Hirscher ou 6e derrière les autres Français. L’ancien a rapidement tout perdu, il a terminé à 87 centièmes, derrière son compatriote mais juste devant VMJ et Fanara, respectivement 5e et 6e. Dommage.

Un tiercé Ligety-Pinpin-Hirscher, en géant, c’est de l’hyper classique (dans cet ordre ou un autre). On l’a déjà vu à 8 reprises ! Et les 5 autres fois où le Français a terminé dans le top 3, Ligety ou Hirscher y était également. Pinpin, c’est 26 podiums en carrière dont 1 aux JO, la moitié en géant, mais pour une seule victoire dans sa discipline de prédilection. Comme l’hiver dernier, il est très régulier, il lui manque le petit plus qui fait gagner. Finira-t-il par remporter un globe de cristal ? C’est une question de temps. Actuellement il est 2e au classement de la CdM de géant, et 5e au général avec 200pts, à 40 unités d’Hirscher qui est 2e, mais à 212 de Jansrud (412).

25 podiums en Coupe du monde à seulement 23 ans, c’est énorme. Je crois qu’Alphand en était resté à 23… A l’issue de sa carrière. Killy, c’est 24 si je ne me trompe. Je vous l’accorde, l’époque est différence, Pinpin en a dans des épreuves urbaines, mais tout de même, ça montre la qualité du bonhomme ! Et comme les Championnats du monde 2015 auront lieu sur cette piste, on peut déjà se mettre à rêver ! Par contre, comment va-t-on pouvoir choisir les 4 qualifiés pour le géant ? Pinpin, c’est sûr, VMJ, ça pourrait devenir évident, Fanara ça semblerait très logique, ensuite restent Missillier (vice-champion olympique), Faivre (finalement 11e de ce géant), voir Priou… Bon courage aux décideurs !

Evoquons désormais les femmes.

Miss Côte d’Azur étant une merveille que Dieu aurait dû produire en série, je ne peux que regretter le verdict incroyable de l’élection de Miss France 2015. Le Nord-Pas-de-Calais s’est mobilisé – des milliers de crédits à la consommation auraient été contractés auprès de Cofidis afin de payer les SMS surtaxés – pour sa grande blonde certes très jolie mais TROP grande. Camille Cerf fait son mètre 80. La version ch’ti de Maria Sharapova sans la raquette. Elle méritait le top 3, comme Miss Tahiti, 1ère dauphine, seulement Miss Côte d’Azur, Charlotte Pirroni, était encore au-dessus. A côté d’elle, le soleil a envie de s’éclipser tant elle irradie le monde de sa beauté[5]. Cette élection la veille du derby Lens-Lille au Stade de France, je trouve ça louche… Ceci dit, une chose est sûre, si la région se mobilise autant pour sauver Lens que pour offrir à sa représentante l’écharpe de Miss France, les Sang et Or n’ont pas à s’inquiéter de leur survie. Charlotte_Pirroni__Miss_Cote_d_Azur.jpg Miss France, ce n’est pas du sport, même si à peu près toutes se disaient sportives (sports aquatiques pour certaines, basket pour d’autres, notamment la sublime Charlotte, dont la capacité pulmonaire a priori très importante me fait penser qu’elle est faite pour la natation… et qu’elle aurait été l’ambassadrice idéale pour l’EuroBasket 2015… dont la finale aura lieu à Lille, chez Miss Nord-Pas-de-Calais). Revenons-en au sport.

Lindsey Vonn a remporté avec la manière la 2nde descente de Lake Louise, devançant 2 compatriotes. Son retour à la compétition la veille a été très correct (8e), le lendemain elle éclate tout le monde. Quelle championne ! Après sa très longue galère, sa tentative calamiteuse de retour soldé par une rechute, retrouver le sommet de cette façon est plus qu’admirable. Marion Rolland aussi est de retour, pour le moment c’est difficile, elle a fini 2 fois en fin de top 30, il lui faut retrouver le rythme. Marie Jay Marchand-Arvier, restée dans le ventre mou du classement de ces 2 courses, est surtout en quête de confiance. J’y crois, elle est encore capable de coups d’éclat.

Dimanche, Vonn a été nettement battue par Lara Gut – Miss Suisse – lors du super-G. 2e de sa 3e course de la saison. Je pense qu’elle peut néanmoins être satisfaite de sa semaine !

Une jeune mérite d’être mentionnée sur la même page que Martin Fourcade : Enora Latuillière.

Qui ?

Enora Latuillière, une jeune de 22 ans débarquée d’IBU Cup[6] en profitant de la retraite de Marie-Laure Brunet et de l’absence de Marie Dorin-Habert (qui vient de reprendre la compétition au niveau national), plus accessoirement de celle d’Anaïs Chevallier (malade je crois, elle n’a pas pris le départ). Pour ses débuts en Coupe du monde, la jeune femme a pris la 13e place de l’individuelle (pas son format de course préféré, elle se sent mieux en sprint) en ayant loupé 2 cibles au 2e debout. Elle s’est lâchée, a tout donné sans se poser trop de questions, ça a donné cette place d’honneur. Avec un 19/20 c’était le top 8, avec 20/20 elle aurait finit 4e, les meilleures étant tout de même inaccessibles, notamment Darya Domracheva, large vainqueur (près de 30 secondes de marge) devant Kaisa Mäkäräinen (2 fautes chacune), et Valj Semerenko, auteur d’un des très rares sans-faute. Sophie Boilley est passée tout près de ce sans-faute… Le coup de la dernière balle loupée en se déconcentrant. Arf. Elle a terminé 10e, cette faute lui a fait perdre 5 places. Dommage (le tir compensait le temps de ski, le sien étant seulement le 29e, celui de sa jeune coéquipière étant le 19e).

Cette individuelle a eu lieu jeudi. Samedi, place au sprint. L’équipe de France a placé 5 filles – les 5 engagées – parmi les 19 premières. Si de prime abord ça ne paie pas de mine, il s’agit pourtant d’une performance assez incroyable quand on prend connaissance de l’identité de ces filles. Anaïs Bescond (18e à 1’19, 1 tour), c’est assez normal, on pouvait même espérer mieux, elle a gagné un sprint la saison passée juste avant les JO. Marine Bolliet (11e à 1’08, 1 faute au couché) a plus d’expérience mais n’a jamais obtenu mieux qu’une 12e place en CdM avant ce week-end. Sophie Boilley (15e à 1’12, 1 faute debout) aura bientôt 25 ans, elle a souvent fait partie de relais, a brillé chez les jeunes il y a quelques années mais n’a encore pu accrocher un top 6 en solo. Coline Varcin (19e à 1’19, carton plein) est dans le même cas qu’Enora Latuillière (10e à 48"5 malgré 2 fois 1 tour… 5e temps de ski !), elle est même encore plus jeune. Je récapitule : 10e, 11e, 15e, 18e, 19e. Malgré l’absence de titulaires. Les 5 premières ont terminé en moins de 10 secondes, Mäkäräinen a même trouvé le moyen de finir 3e à 7 secondes en tournant 2 fois quand Tiril Eckhoff (9/10) obtenait sa première victoire en CdM. Domracheva (5e) est la seule autre des 7 premières à avoir visité l’anneau de pénalité.

Evidemment, ça s’est moins bien passé pour les jeunes lors de la poursuite, elles ont beaucoup rétrogradé, finissant 35e (Latuillère) et 40e (Varcin), notamment suite à des fautes au tir. Il faut dire que les conditions étaient difficile, il y a eu pas mal de vent, d’où une course truffée de rebondissements. Marine Bolliet a su en profiter pour finir 8e à 1’25, la meilleure performance de sa carrière. Son 18/20 explique une grande partie de cette remontée au classement. Sa faute au second debout lui a même coûté un top 5. Anaïs Bescond s’en est sortie très correctement (12e, 0+2+1+0), Sophie Boilley moins (26e, 4 fois 1 faute).

Mäkäräinen a tiré son épingle du jeu, elle s’est détachée au premier debout en assurant un 5/5 quand ses principales adversaires venaient toutes d’exploser en vol. Pourtant la Finlandaise avait auparavant été lâchée au second couché en étant pratiquement la seule à tourner. En manquant sa 20e cible en étant pourtant dans un fauteuil, elle a ouvert la porte à ses concurrentes, Dorothea Wierer a gâché en loupant ses 2 ultimes tirs, Tiril Eckhoff a fait pire, 3 tours (7 tours en poursuite après sa victoire en sprint). Valj Semerenko s’est classée 2e, devançant l’Italienne sur le fil.

Au tir, Domracheva a appliqué une bien étrange stratégie: prendre son temps au 1er couché… pour finalement louper la dernière, puis s’appliquer au suivant pour un 5/5, de nouveau un tir très lent au 1er debout… sans gagner en précision car elle a loupé 2 des 4 premières, a dû se repositionner, temporiser et… a encore manqué la cible, avant de terminer dans le vent par un 4/5 extrêmement lent. Malgré tout, étant un véritable avion sur les skis, la Biélorusse a pris la 4e place de la course.

La semaine prochaine, plein d’épreuve étaient prévues en France, malheureusement Val d’Isère, Courchevel et Val Thorens (pour le skicross) n’ont pas la neige nécessaire. Arf. Les épreuves d’alpin sont toutes déplacées en Suède, à Äre. De ARF à ÄRE, il n’y a qu’un tiret.

Notes

[1] Format contre-la-montre 10km pour les hommes, 7,5 pour les femmes, 1 passage au tir couché puis 1 au tir debout avec à chaque fois 5 cibles à atteindre avec un chargeur de 5 balles. Chaque faute est sanctionnée par un tour sur l’anneau de pénalité.

[2] Les concurrents partent en fonction du classement du sprint, les écarts au départ sont ceux de ce classement. 12,5km pour les hommes, 10km pour les femmes, 2 passages au tir couché avec à chaque fois 5 cibles à atteindre, puis même chose au tir debout. Chaque faute est sanctionnée par un tour sur l’anneau de pénalité.

[3] Plus 5 aux ChM, 1 aux JO, 8 podiums collectifs en CdM et 2 aux ChM… 74 en tout dont 4 titres mondiaux, 1 titre olympique, avec en bonus 3 gros globes de cristal… Légende vivante !

[4] World Cup Starting List, la liste de départ des épreuves de Coupe du monde.

[5] Oui, j’en fait volontairement des caisses.

[6] La D2 du biathlon.