Le bassin de 25 mètres, ou petit bassin en langage familier, short course en anglais, est à la natation ce qu’est la salle pour l’athlétisme.

Certains y voient une opportunité de participer à un maximum de meetings et d’empocher un maximum de primes dans un sport où finalement peu sont ceux qui gagnent bien leur vie.
D’autres s’en servent comme de compétitions de travail, d’un moyen d’engranger de l’expérience et/ou de trouver une adversité dont ils ne disposent pas à l’entraînement.
Et ils y a ceux pour qui pensent avant tout au palmarès, aux podiums, aux records.

De l’autre côté, vous trouvez les abstentionnistes… Leurs motivations sont légitimes.
Ils préfèrent souvent se préparer pour ce qui compte réellement à leurs yeux, à savoir le grand rendez-vous estival de l’année à venir.
Certains ont repris l’entraînement après une coupure plus longue que d’habitude, reviennent de blessure, ils ne se sentent pas en condition suffisante pour défendre leurs chances.
Ou alors leurs qualités intrinsèques s’expriment mieux sur une grande piste ou un bassin de 50m pour des raisons de longueur de l’épreuve, de résistance, de qualité dans les virages, de réactivité au départ. (D’ailleurs pris a contrario, ceci peut expliquer pourquoi certains sont meilleurs lors de ces compétitions «mineures».)

Il est possible de conjuguer plusieurs de ces raisons. Vous trouverez ainsi des nageurs ou athlètes décidés à participer à quelques compétitions en hiver en vue de se préparer pour l’été sans toutefois se considérer assez en forme pour aller se mesurer à la concurrence internationale lors de championnats continentaux ou mondiaux.

Une chose est sûre, le plateau n’est jamais aussi relevé que l’été car les absents et concurrents pas au meilleur de leur forme sont nombreux. Quant aux records, leur valeur est souvent relative dans la mesure où ces épreuves sont moins souvent disputées, notamment par les meilleurs. D’où un intérêt moindre du grand public et des médias.

En même temps, quand dans une course de 50m on vous autorise à en passer jusqu’à 30 sous l’eau lors des coulées et à ne réellement nager que 20 mètres, la technique de nage devient presque secondaire. Il faut être technique, mais en ce qui concerne le départ (pour le sprint), les coulées et les virages. En sprint, si vous être puissant et réactif comme l’est Florent Manaudou, si vous êtes efficace sous l’eau, il y a moyen de briller en papillon comme en dos, en crawl, et même en brasse (où il est plus difficile de faire de longues coulées en raison du règlement). Cette année il a remporté 7 des 8 titres nationaux sur 50m, dont les 4 en petit bassin[1], une performance inédite.

A Doha, il a fait des choix, se privant du 50m papillon car Chad Le Clos semblait trop fort (le Sud-Africain a remporté les 3 titres en papillon plus le 200m NL), mais aussi du 50m brasse (il ne le maîtrise probablement pas assez et ça ne devait pas bien entrer dans son programme. Ses objectifs majeurs étaient le 50m et le 100m NL.

Je vais faire les choses dans l’ordre en essayant de faire assez court.

  • Le niveau de la compétition.

A l’issue de ces championnats, 18 records du monde (dont des improbables qui comptent à peine car il s’agit de nouveaux relais) ont évolué. Certains ont été battus à plusieurs reprises ou plusieurs sont passés sous l’ancienne marque au cours de la même course. J’ai tendance à penser que ça décrédibilise la natation dans son ensemble, les records perdent tout leur sens.

Ce constat est particulièrement évident dans le cas de certains relais, particulièrement les relais mixtes (parfois le record d’Europe homologué était meilleur que le record du monde homologué)… On frise trop souvent la c*uillonnade, les médailles n’ont vraiment pas toutes la même valeur. Je pense notamment à celles des relais car ceux-ci sont généralement bricolés avec les nageurs qui ont bien voulu venir et ne se réservent pas pour d’autres courses (du coup, c’est souvent le remplaçant du remplaçant du remplaçant qui s’y colle). A fortiori, les 4x50m manquent d’intérêt sportif – il suffit de regarder les listes de départ pour se rendre à l’évidence, les relais mixtes virent encore souvent à la farce – malgré leur côté spectaculaire. Même si ça fait toujours plaisir de les remporter. Exemples : le 4x100m NL français était privé d’Agnel, Stravius ou encore Mallet, mais étant opposé à d’autres équipes très amoindries, il a gagné quand même ; il n’y avait pas de quoi constituer un 4x200m NL ; et sur 4x100m 4 nages on s’est retrouvé avec Florent Manaudou en départ en dos – il n’avait pas fait un 100m dos depuis des années – faute de pouvoir aligner Lacourt, Stravius ou Stasiulis.

  • La diffusion.

Sérieusement… Sport+ ! Même pas Canal+ Sport. (Et quasiment rien en streaming, ou alors peut-être en accès libre si vous êtes dans certains pays où les droits n’ont pas trouvé preneur.) Sauf si ça a changé depuis peu, la qualité de l’image sur Sport+ est dégueulasse, le commentateur n’y connaissait manifestement rien à la natation, à un moment il y a eu des problèmes de son. Presque un fiasco. En plateau à Paris ils avaient Malia Metella, sur place Camille Lacourt puis Fabien Gilot en renfort après sa compétition (le relais 4x100m auquel il s’est greffé à la dernière minute pour dépanner ses potes, Yannick Agnel ayant finalement renoncé).

Malia a un peu d’expérience sur France 2, Fabien Gilot est carrément excellent, il a aussi officié sur France Télévisions. En revanche, Lacourt… Quelle catastrophe ! Si je pouvais crier assez fort pour être entendu à quelques milliers de kilomètres, il m’aurait entendu gueuler «FERME LAAAAAAAAAA !»

Le premier jour, il commence par faire du clubisme ridicule. Il nous la joue supporter marseillais débile en insistant sur la victoire d’un relais avec 4 nageurs licenciés au Cercle des Nageurs de Marseille. Et, de façon particulièrement abrutie, relève fièrement que les Marseillais ont gagné au Qatar. Sous-entendu – ou même pas sous-entendu en fait – Marseille a battu les propriétaires du PSG. Je n’ai pas retenu les mots exacts, juste l’idée grotesque bourrée d’amalgames vaseux. Mais bord*l, quel est le rapport entre, d’un côté, la rivalité opposant Sardineland à Paris, et de l’autre une compétition internationale de natation. Dans la mesure où la quasi-totalité des nageurs[2] français de haut niveau est au C.N.M. pour des raisons financières, d’infrastructures et d’émulation, il n’est pas étonnant de trouver un relais avec 4 membres de ce club. Rappelons toutefois que Fabien Gilot vient du Nord, que Mehdy Metella est guyanais, que Florent Manaudou est rhodanien et que seul Clément Mignon est vraiment du coin. Si QSI décidait de créer le PSG Natation en y mettant les moyens, qui refuserait d’y signer ? Je ne sais pas. En attendant, le C.N.M. n’a pas de vrai rival en France dans la natation masculine, donc ce genre de considérations clubistes est hors de propos… surtout quand il s’agit de l’équipe de France. Lacourt pense peut-être plus représenter Marseille que la France quand il participe à ce genre de compétitions… En réalité, j’ai surtout l’impression qu’il se représente lui-même. Ce n’est pas l’humilité qui l’étouffe.

Quant à ses interviews en zone mixte… Même Daniel Lauclair semble plus compétent, c’est dire le niveau.

Et voici ce que ça donne sur France Télévisions.

  • Les résultats.

OR
Florent Manaudou, 50m NL, 20"26 (record du monde)
Florent Manaudou, 50m dos, 22"22 (record du monde)
4x100m NL masculin (Mignon, Gilot, Manaudou, Metella), 3’03"78 (record d’Europe et des championnats)
ARGENT
Florent Manaudou, 100m NL, 45"81
4x50m 4 nages masculin (Stasiulis, Perez-Dortona, Metella, Manaudou +Mignon en série)
BRONZE
Giacomo Perez-Dortona, 100m brasse, 56"78
4x50m 4 nages masculin (Cini, Bonnet, Henique, Santamans)
4x100m 4 nages (Manaudou, Perez-Dortona, Metella, Mignon +Stasiulis en série)
AUTRES FINALISTES
4x50m NL féminin (Santamans, Henique, Cini, Bonnet) 5e
Charlotte Bonnet 6e du 200m NL
Giacomo Perez-Dortona 7e du 50m brasse
Mehdy Metella 7e du 50m papillon
Mélanie Henique 7e du 50m papillon
Clément Mignon 8e du 50m NL
Benjamin Stasiulis 8e du 100m dos

  • Les enseignements.

-Florent Manaudou est un monstre. Il est surpuissant, a des qualités de réactivité et d’explosivité hors normes, mais est aussi très bon dans l’eau. S’y ajoute une capacité à apprendre elle aussi nettement au-dessus de la moyenne, ce qui lui permet d’être très vite performant dans des épreuves qu’il maîtrise peu ou pas. Son bilan est énorme, il a même battu ses 2 premiers records du monde. Celui du 50m NL était assez attendu, celui en dos ne l’était pas du tout même s’il appartenait à un quidam dont il a pulvérisé la marque.
-Néanmoins Florent Manandou est humain. Si on attend toujours d’avoir un Français champion du monde du 100m NL, c’est uniquement parce qu’il a énormément nagé et a manqué de jus pour résister à César "furosémide" Cielo en finale le dernier jour. Le Brésilien a gagné à la touche, il n’aurait eu aucune chance face au Manaudou qui le premier jour a fait 44"80 lancé dans le relais 4x100m.
-Le sprint français a de la réserve, depuis le déblocage psychologique en 2012 il a tout gagné sur 4x100m NL[3] : titre européen en bassin de 50m, titre olympique, titre mondial en bassin de 50m, et maintenant titre mondial en petit bassin… avec une équipe à chaque fois renouvelée. Medhy Metella s’affirme de compétition en compétition, 45"80 lancé en finale du relais 4x100m NL, ça devient sérieux, comme ses performances en papillon. Fabien Gilot est toujours dans les bons coups, il a au moins un titre dans toutes les compétitions internationales. Chapeau !
-Un relais médaillé avec du Manaudou et du Metella, c’est le passé, le présent… et l’avenir !
-L’équipe féminine a décroché une petite médaille qui vaut surtout comme un encouragement, mais il y a vraiment du travail à faire pour retrouver des championnes susceptibles de tirer l’équipe dans leur vague.

En réalité, les vrais enseignements, on les tirera à Kazan, chez les Russes, où tout le monde sera de retour. Avec Stravius, Agnel, Lacourt ou encore Gilot – et même Bousquet – préparés pour être performants, on verra ce que notre merveilleuse équipe de France a dans le ventre dans l’optique de Rio.

Notes

[1] Il ne s’est pas aligné sur 50m dos en grand bassin, la concurrence ne lui aurait probablement pas permis de gagner. En revanche il a remporté le 100m NL.

[2] Et non nageuses.

[3] Cette épreuve n’existe pas aux ChE en petit bassin.