Ce sport est-il réellement moins pratiqué que le saut à la perche ? Ils sont surtout populaires dans certains pays où il existe une tradition, une histoire, une école. Bien sûr, vous me direz que Renaud Lavillenie a battu un record du monde hallucinant en 2014. Je vais vous répondre que les records du monde, en biathlon, ça n’existe pas, que Yohann Diniz aussi a battu un record du monde hallucinant ces derniers mois en y ajoutant la répétitions des titres européens sur 8 ans et le côté résurrection. J’ajoute que contrairement à Renaud[1], Martin fait en permanence face à une bonne dizaine, voire vingtaine de concurrents capables de gagner. Le plus impressionnant est probablement le palmarès : 3 médailles olympiques dont 2 en or, 4 globes de cristal dont le gros pour la 3e année de suite… C’est dingue. Le coup des 2 titres olympique plus une médaille d’argent lors d’une même édition des JO, Florian Rousseau l’a fait à Sydney en 2000, Yannick Agnel en 2012 à Londres, à ma connaissance Martin est le 3e à le réaliser depuis la 2nde Guerre Mondiale. Et attention, Rousseau avait la vitesse par équipe, Agnel l’a fait grâce aux 4x100m NL puis au 4x200m NL. Martin y est parvenu uniquement grâce à des épreuves individuelles. Seul Jean-Claude Killy a fait mieux en 1968 en remportant les 3 titres de ski alpin.

Pourquoi suis-je dithyrambique à propos de cette association du ski de fond de tir à la carabine ?

Le biathlon réunit performance physique, performance technique, stratégie, précision, maîtrise de soi, solidité psychologique et… magnifie l’incertitude du sport. Tout est possible jusqu’à l’arrivée. La moindre erreur peur rebattre les cartes, un coup de vent ou une averse de neige fraiche est susceptible d’anéantir toutes vos chances de vous battre pour la victoire. Sans parler des effets d’un mauvais choix de matériel, d’un problème technique sur le pas de tir, d’une chute, et j’en passe. La particularité de Martin est sa capacité à faire oublier l’incertitude. Il ne dispose pas de 3 essais pour faire tomber ses cibles[2], chaque loupé peut lui être fatal.

Sur la saison, Martin est dans le top 3 en ski comme en tir, mais il est surtout au-dessus du lot dans la tête. Personne ne le domine en stratégie de course et de tir, il sait toujours quand attaquer pour mettre la pression à ses adversaires (par exemple en les obligeant à se mettre dans le rouge avant d’arriver sur le pas de tir, en lâchant la première balle afin de les inciter à se presser) ou au contraire calmer le jeu en se profitant de l’aspiration des autres, gardant ses forces pour le moment décisif ou en assurant au tir au lieu de prendre des risques. Sa force est le tir debout, particulièrement celui avant de s’élancer sur la dernière boucle quand il y a bagarre à plusieurs pour gagner. Ceci explique ses résultats phénoménaux en poursuite, ses performances en mass-start et sa capacité à conclure les relais quand les autres ont fait le travail avant lui.

La mononucléose dont il a été victime cet été semble presque oubliée. Cette péripétie devrait être prise en compte dans les différentes élections… 4 victoires et une 2e place en 7 courses en ayant à peine eu le temps de se remettre de ce virus particulièrement handicapant, c’est fabuleux.

Mais s’il en est l’élément le plus brillant, l’incontestable leader, Martin Fourcade n’est pas l’équipe de France de biathlon. Cette équipe est pleine de ressources.

La 2e étape de la Coupe du monde se déroulait dans le Tyrol autrichien, à Hochfilzen. Le programme a été décidé afin de convenir aux télévisions, le week-end étant particulièrement chargé en épreuves sur neige. Les créneaux disponibles ont obligé à placer les relais le samedi, entre les sprints (vendredi) et les poursuites (dimanche). C’était déjà le cas en 2013. On pouvait imaginer pas mal d’impasses sur les relais, finalement non, presque tout le monde a joué le jeu.

Faute de conditions favorables en ce début d’hiver, il a fallu fabriquer la piste avec de la neige descendue du glacier (il a un peu neigé jeudi, ça a pu jouer pour les courses de vendredi, plus ensuite). Ça a bien tenu et la neige n’était pas trop sale. Le principal souci a été l’impossibilité de construire la boucle normale, il a fallu se contenter d’une piste de 2,5km au lieu de 3,3 habituellement pour le sprint masculin (10km), d’où un format modifié, il fallait skier 5km – donc faire 2 tours – entre le couché et le debout. Pour les femmes, aucune incidence.

Enfin, si à Östersund le vent a perturbé les courses, il a plutôt épargné les concurrents cette semaine. Ceux-ci ont devaient gérer d’autres données, notamment l’arrivée sur le pas de tir en montée et l’altitude, très modeste (1000m), sauf si vous vivez toute l’année au niveau de la mer comme c’est le cas des Norvégiens par exemple.

  • Sprint féminin

Chez les femmes, les meilleures sont toutes parties dans les 2 premiers groupes, ça s’est passé autrement chez les hommes. Il faut dire qu’elles ont disputé leur épreuve le matin, la neige n’avait pas encore été brassée par les passages et réchauffée par le soleil. On a eu peu d’une nappe de brouillard, elle s’est vite levée. Les conditions étaient donc bonnes, très peu de vent, du coup les fautes au tir ne pardonnaient pas à moins d’être une fusée.

Côté français, en attendant le retour de Marie Dorin-Habert et en l’absence d’Anaïs Chevallier, il y avait des places à prendre pour les jeunes. Enora Latuillière et Coline Varcin sont restées dans le groupe Coupe du monde après leurs débuts prometteurs à Östersund, et on a appelé une nouvelle de seulement 18 ans, Justine Braisaz, récompensée de ses très bonnes performances au niveau inférieur. Ces filles qui incarnent l’avenir du biathlon français ont déjà une très bonne base en ski (Justine a fait le 13e temps de ski sur ce sprint, Enora le 22e après avoir fait le 5e la semaine passée dans cet exercice).

Anaïs Bescond fait clairement figure de leader de l’équipe en raison de son expérience (27 ans) et parce que de toutes, elle est la seule à être déjà montée sur un podium individuel. Seulement, en ce début de saison, la forme se fait attendre, on la sent moins saignante sur les skis. Elle accusait déjà un retard équivalent à un tour de pénalité à son entrée sur le pas de tir pour le couché. Un très bon 5/5 lui a permis de compenser une partie de sa faiblesse actuelle. Idem au debout, elle a tiré vite et bien. Ayant parfaitement su limiter la casse jusqu’ici, la Française la plus régulière en 2014 est sortie avec une vingtaine de secondes de retard par rapport aux meilleures avant de galérer pour terminer. Néanmoins, elle est parvenue à accrocher un top 10 (9e à 46"7 malgré le 29e temps de ski).

Enora Latuillière est encore partie très vite, son sans-faute relativement lent mais bien assuré au couché lui a permis de rester dans le coup, elle était à 17" du chrono de référence après ces premiers tirs, à 25" avant le debout… ou elle a loupé la 2e cible. Ce n’est pas faute d’avoir pris son temps. Il lui fallait alors tout donner pour limiter la casse avant la poursuite. Elle a pris assez cher sur la dernière boucle après avoir dû se farcir en plus le tour de pénalité. De 45 secondes, son retard est passé à 1’13. Le réchauffement de la neige au moment du passage des gros dossards (elle avait le 79) explique sans doute une partie de cet éclat. Il s’agit néanmoins d’un nouveau top 10.

La petite nouvelle a surpris son monde en osant d’entrée. Lancée à fond dès le départ, elle a était 5e en entrant pour la première fois de sa carrière sur le pas de tir en Coupe du monde. Très appliquée et donc pas rapide pour lâcher ses balles, elle a… manqué la dernière cible. Pas par précipitation. Ayant perdu seulement 9 secondes sur les plus fortes lors de la 2e boucle, elle a finalement terminé 17e à 1’09, à 40 secondes du podium. Darya Domracheva lui a mis moins de 35 secondes en fond.

Coline Varcin, pas aidée par son dossard 100, a terminé dernière Française en tirant à 9. Elle a pris plus de risques au debout qu’au couché mais y a commis une faute. Ça s’est terminé par une 44e place à 1’49 en souffrant beaucoup sur la fin.

Pour Marine Bolliet, ça aurait pu très bien se passer sans une faute au couché. 25e temps de ski, 19e place à 1’13, ce n’est pas si mal. Sophie Boilley a aussi manqué une cible au couché, seulement à l’arrivée, la note s’est avérée plus salée : 38e à 1’35.

Je récapitule : 1 top 10 (Bescond 9e), 4 top 20 (Braisaz 17e, Bolliet 19e, Latuillière 20e), et 2 autres qualifiées pour la poursuite (Boilley 38e, Varcin 44e).

Kaisa Mäkäräinen est au-dessus du lot en ce début de saison, elle a remporté ce sprint avec 10 secondes d’avance sur la plus rapides des auteurs de sans-fautes, Karin Oberhofer, presque à domicile (elle est italienne mais du Tyrol). La Finlandaise a fait 9/9 après avoir manqué son premier tir. Pas grave, en ski elle a éclaté la concurrence, reléguant Domracheva à 23 secondes (la Biélorusse a fini 8e en tirant à 8) et Tiril Eckhoff à 27s. Ayant aussi fait 9/10, la Norvégienne est de nouveau montée sur le podium.

Les surprises du jour ? Olga Podchufarova, la énième Russe très performante en sortant soudain de l’anonymat (même si elle a été forte chez les juniors), elle fait 4e après 3 top 15 la semaine précédente. Ils sont forts ces Russes, une place se libère parce qu’une de leurs filles se fait prendre par la patrouille antidopage, ils sortent une jeune plus forte que la dopée… Là, ils ont aussi place Ekaterina Glazyrina dans le top 10 (10e). En outre, les Allemandes ont fait en sorte de s’ériger en favorites du relais. Franziska Hildebrand 5e (9/10), Vanessa Hinz 6e (sans-faute), Franziska Preuß 10e ex-aequo (8/10, elle jouait la gagne jusqu’au debout), c’est fort pour une équipe elle aussi en reconstruction. En revanche, voir Miriam Gössner claquer un 6/10 dégueulasse pour finir 93e – donc évidemment pas qualifiée pour la poursuite – et gâcher le 9e temps de ski (malgré la fatigue supplémentaire des 4 tours de pénalités), c’est flippant !

  • Sprint masculin

A Hochfilzen, on a souvent des grosses perfs en fin d’épreuve car la piste a tendance à se lustrer quand le soleil tombe. D’où des stratégies très différentes chez les hommes, dont la course se déroulait l’après-midi : si Emil Hegle Svendsen a choisi le premier groupe et a hérité du dossard 2, l’équipe de France a choisi d’envoyer ses meilleurs éléments dans le dernier groupe. En vieux briscard, Ole Einar Bjørndalen a fait le même choix. Martin a eu droit au 83 à la grande déception de l’entraîneur de l’équipe de France qui espérait le voir s’élancer tout à la fin, au moment où le soleil allait disparaître derrière la montagne. Il avait en effet remarqué les jours précédents que la température descendait très vite dès cet instant. OEB et Simon Fourcade ont eu plus de chance, ils sont parti 101e et 105e (sur 105). Ou plutôt, ils en auraient eu si la stratégie s’était avérée pertinente. Elle n’a pas fonctionné.

L’inconvénient connu de ce choix était de devoir faire ses réglages très tôt et de patienter très longtemps avant de prendre le départ en connaissant les performances de ses adversaires. Or un homme a réalisé la course parfaite avec le dossard 13 et une grosse prise de risques au debout, il s’agit de Johannes Boe, alias "le petit Boe", déjà vainqueur de 3 sprints et de 2 poursuites la saison passée. En valeur absolue, il est numéro 2 ou 3 sur le circuit. Ça met la pression.

En pratique, la piste devenue compliquée pour les filles en raison des passages et du réchauffement progressif dû au soleil (d’où une neige plus collante) a été damée avant la course masculine, elle n’a pas eu le temps de se refroidir, ne s’est donc pas lustrée comme le staff de l’équipe de France l’espérait, mieux valait donc partir devant. Martin n’a pas eu de bonnes sensations, d’où une perf très moyenne en fond. Il a donc opté pour la prudence, à savoir assurer un 10/10 pour ne pas compromettre la poursuite. En l’absence de vent il était impératif de tirer à 10, on le comprend en regardant le classement final : 7 fautes en tout pour les 23 premiers (donc 223/230 à eux tous). Devoir se farcir 5 bornes en ski entre le couché et le debout pouvait fatiguer les concurrents avant de se présenter pour la seconde fois sur le pas de tir aurait pu jouer, provoquer plus d’erreurs, il n’en manifestement a rien été.

Martin a fini 7e à 28s du petit Boe, il s’est bien placé en vue de la poursuite dans la mesure où les Allemands classés 2e et 3e (Simon Schempp et Andreas Birnbacher) ont été devancés de 14 et 18 secondes par le vainqueur du jour. Ça s’est empilé avec 19 concurrents dans la même minute. Le seul assez rapide pour disputer la victoire à Johannes Boe était sans doute Jakov Fak… à condition d’éviter de tourner sur l’anneau de pénalité. Il l’a fait une fois au couché, d’où sa 5e place à 23s juste derrière le local de l’étape, Dominik Landertinger (qui a mitraillé debout).

Martin a tout de même fait une bonne opération en grappillant quelques points de plus que Svendsen (9e à 31s avec une faute due à l’empressement, en partant 2e il n’avait aucun repère par rapport aux autres et se sentait obligé de prendre tous les risques, il a tiré trop vite). Rappelons-le, l’an passé au même endroit Martin était monté sur le podium 2 fois avec à chaque fois 2 Norvégiens différents, Lars Berger l’avait battu en sprint (OEB 3e)… puis il avait ensuite remis les choses dans l’ordre en s’imposant lors de la poursuite devant Svendsen et Tarjei Boe (6e de ce sprint).

Quid des autres Français ?
Ordre de départ : Simon Desthieux 21e, Quentin Fillon-Maillet 35e, Alexis Bœuf 59e, Jean-Guillaume Béatrix 81e, Simon Fourcade 105e et dernier.
Classement à l’arrivée : S. Fourcade 30e à 1’36 (énorme tir debout, 10/10, en galère sur les skis), Desthieux 31e à 1’36 (bien parti mais 2 fautes debout), JGB 38e à 1’48 (la craquante debout, 3 fautes, il ne faut pas qu’il retombe dans ses travers, il a gâché une course très bien débutée), QFM 45e à 1’58 (malgré un tir à 9), Bœuf 87e à 3’23 (dans le dur de partout, 3 fautes, pas rapide du tout).

Pour info OEB a loupé 2 cibles au couché, puis une debout, il a fini 40e, on ne l’a pas revu du week-end.

En relais, les femmes font chacune 6km, soit 3 fois la boucle de 2km. Cette boucle plus courte est aussi plus facile car elle n’emprunte pas la principale difficulté du parcours. La course s’annonçait très ouverte en raison des absences de la saison et du renouvèlement des équipes. Avec son groupe très jeune, la France est figurait parmi les équipes favorites. Elle est en effet une des plus denses. Les conditions étant bonnes, avec peu de vent, le classement risquait de se décider principalement au tir.

Marine Bolliet a pris le départ, suivie par Enora Latuillière, Justine Braisaz et Anaïs Bescond.

Reprenons les événements dans l’ordre. Après un bon 5/5 en accélération, Bolliet est sortie dans le peloton encore très dense. Au debout, elle a lâché sa première balle avant toutes les concurrentes mais a ensuite commis 2 fautes, il lui a fallu piocher, ça canardait de partout en prenant des risques (pas mal de sans-fautes rapides). Du coup, ayant dû passer pas mal de temps carabine en mains, elle accusait 22s de retard (13e) sur les équipes de tête. La Norvège était encore plus loin avec 3 fautes.

Dorothea Wierer (Ita) a un peu pris le large, la Française a doublé quelques concurrentes, faiblissant toutefois un peu sur la fin. Au premier échange, le retard des Bleues était de 22 secondes. 10e, Latuillière n’avait donc pas trop de pression pour son premier relais chez les grandes.

Profitant du ralentissement dû au regroupement à l’avant et d’avoir Hildebrand comme lièvre, Enora a pu réduire l’écart avant le couché, où les fautes ont été relativement nombreuses. En assurant bien un 5/5 sans se précipité, elle a pu ressortir 8e à 17s en étant accompagnée de l’Allemagne et de l’Autriche. La Suède et l’Italie partageaient la tête de la course, suivies de la République Tchèque de Soukalova. Toutefois, avec encore 9 équipes en 20 secondes, rien n’était fait. La belle Tchèque – qui a posé nue à la une d’un magazine avec les seins et le pubis cachés par le bras et la main d’un sportif de son pays – a décidé d’accélérer l’allure, néanmoins Latuillière a pu poursuivre son retour en étant toujours bien emmenée par des alliées de circonstances.

Au debout, souci avec le premier tir mais sans grande conséquence car hormis Podchufarova, toutes ont manqué au moins une cible, Soukalova 2, l’Italienne a même dû aller tourner. Ayant parfaitement assuré sa pioche, Latuillière est sortie 2e à 21s, devançant la Suède, la République Tchèque et l’Allemagne. Il commençait à y avoir des écarts, ça s’est décanté lors de ce relais. Soukalova est parvenue à doubler la jeune Française qui s’est bien battue pour repasser devant et lancer Justine Braisaz 2e avec la Tchèque (à 25s de la Russie), avec l’Allemagne pas loin derrière, puis la Suède à 37s de la tête.

A 18 piges, vous êtes 3e relayeuse pour vos débuts en équipe de France, on vous envoie jouer la gagne. Dur pour un baptême du feu ! Vous devez sentir une pression assez lourde sur vos épaules, vous devez craindre de vous louper, de gâcher le travail de partenaires. Ne faisant face à aucune adversaire directe de top niveau – mettre la moins forte/expérimentée de l’équipe est classique dans les relais de biathlon – la tâche était à sa mesure. Seule devant, la Russe faisait tranquillement son affaire, elle s’en est sortie avec un 5 assez rythmé au couché. L’Allemande a attaqué la première le tir dans le groupe de Justine, la débutante a dû ressentir un coup de pression car après avoir touché une cible, elle a loupé les 3 suivantes. La catastrophe. Plus de doit à l’erreur, il lui restait une balle et 3 pioches pour tout faire tomber. Tout le monde était en train de la doubler, c’était terrible. Fatalement, l’histoire s’est mal terminée. La dernière balle de pioche n’a pas fait mouche, Justine a dû tourner… Une minute et une dizaine de places perdues d’un seul coup… Elle est sortie 12e à 1’24. L’apprentissage du haut niveau… Mieux vaut que ça se produise lors d’un simple relais en Coupe du monde que lors de ChM ou de JO.

La meute de chasseresses se situait à mi-chemin entre le leader russe et notre rookie, le podium semblait presque hors de portée, mais s’agissant de biathlon, on le sait, l’impossible se produit régulièrement. En voyant beaucoup de filles en difficultés au tir debout, on pouvait croire que la porte s’ouvrait pour un retour. Justine Braisaz a pioché une seule fois, ce qui lui a permis de relancer la machine. Pas mal de concurrentes ont perdu nettement plus de temps (y compris Shumilova et Soukalova). A la sortie du pas de tir, la France pointait en 12e position à 1’11 de la Russie mais à seulement 30 secondes du podium.

Si dans le dernier tour la marge de la femme de tête a faibli (elle était dans le dur), c’est au moins autant en raison de sa propre défaillance que parce que certaines de ses poursuivantes avaient encore du jus, notamment Hinz. La petite Justine a du feu dans les jambes, elle l’a montré sur cette boucle en doublant plusieurs concurrentes. Elle a ainsi pu transmettre le relais à Anaïs Bescond en 8e position à 1’03 de Glazyrina (Russie). Preuß (Allemagne) comptait 19 secondes de retard, la Pologne et la République Tchèque (Vitkova) suivaient à 38s de la tête, la Slovénie suivait à quelques secondes. Présente au sein d’un petit groupe, la France était aussi devancée par la Biélorussie de Domracheva.

Au couché, la Russe a craqué, loupant son 2e et son 5e tir… puis ses pioches… jusqu’à devoir tourner sur l’anneau de pénalité. Auteur d’un très bon 5, l’Allemande a profité de l’aubaine. Encore une fois, c’est le biathlon, tout peut être chamboulé en quelques instants. Darya a bétonné l’affaire, sans faute, contrairement à Vitkova (une seule pioche). Bescond en a loupé une, elle a vu les filles partir, la pression a alors dû monter… ce qui lui a fait louper son tir avec la première balle de pioche… puis encore louper avec sa 2e balle de pioche… En tout, elle aura dû viser 4 fois cette maudite cible récalcitrante pour la faire tomber. Evidemment, ça a tout gâché, il y avait un train à prendre, il a été manqué. Ce train conduisait droit vers le podium, ou pire au top 5. Eckhoff a même réussi à doubler Bescond à cette occasion, pourtant la Norvège était bien larguée depuis très longtemps. Pas en forme en ski, la plus expérimentée des Françaises ne pouvait se permettre aucune erreur au tir.

Seule en position de proie, Preuß[3] a tenu le choc. Elle a seulement 20 ans, c’est une fille, pourtant elle semble avoir une sacrée paire de c*uille. Quelle rafale au tir debout ! Alors oui, elle a dû piocher une fois, mais peu importe, elle voulait sortir avant les autres, elle y est parvenue. Victoire allemande (8 fautes dont 7 debout).

Derrière elle aussi il y a eu des erreurs, Vitkova a tiré très vite, en revanche elle a mis une plombe à lâcher sa balle supplémentaire. Domracheva a également utilisé 6 balles. La Polonaise et l’Italienne sont sorties ensemble – du pas de tir – sans avoir la moindre chance de jouer le podium malgré un faible écart. L’excellent sans-faute très rapide de Bescond n’a rien changé à l’affaire, elle était 9e derrière Eckhoff à 1’17 de l’Allemande, elle a fini 9e à 1’37. La moins expérimenté et la plus expérimenté ont craqué, Latuillière a été la meilleure Française du jour. Le biathlon est imprévisible.

Vitkova et Domracheva ont livré une rude bataille pour la 2e place, Darya a placé son attaque au bon moment… elle est passée.

  • Relais masculin

On pouvait craindre que les équipes fassent tourner pour le relais masculin afin de préserver les meilleurs pour la poursuite, mais non, tout le monde a joué le jeu, on a utilisé la boucle de 2,5km pour des relais de 7,5km, donc tout s’est déroulé normalement. Enfin… presque. Car si les femmes ont malgré connu du déchet au tir (8 à 10 pioches pour chaque équipe montée sur le podium), les hommes ont été beaucoup plus précis (seulement un total de 15 fautes pour l’ensemble des 12 membres des 3 relais médaillés).

La composition du relais français était sans surprise : Simon Fourcade puis Jean-Guillaume Béatrix, puis Simon Desthieux, et Martin Fourcade pour finir. Ils ont tous été très bons. Voire excellents. Simon a tiré de façon magistrale pour lancer parfaitement l’équipe, Jean-Gui a manqué une seule fois debout, l’autre Simon a fait 2 pioches en confrontation (aussi au debout)… mais ses adversaires aussi loupaient, et Martin a fait la 4e pioche de l’équipe, encore au debout, toutefois il n’a rien à se reprocher car de toute façon la Russie était injouable.

Les Russes ont fait tomber les 40 plaques blanches avec… 41 balles ! La France pioche 4 fois, une perf excellente, la Russie en fait une seule. On est obligé d’applaudir cette maîtrise de l’art du tir. Martin n’a simplement pas pu reprendre Anton Shipulin, celui-ci ayant bénéficié de ses 18s d’avance après 3 relais (Maxim Tsvetkov, Timofey Lapshin, Dmitry Malyshko) pour s’économiser dans le premier tour, être plus frais au tir et envoyer dans les autres boucles.

La Norvège des frères Boe (Johannes au départ, Tarjei à la conclusion), de Svendsen et de Birkeland n’avait aucune chance de jouer le top 2 en rechargeant 10 fois une balle pour toucher les 40 cibles, même si au final les écarts entre les 5 premiers sont très faibles (31 secondes). Elle a fini 3e devant l’Autriche et l’Allemagne. Landertinger a envoyé du lourd au sprint pour doubler Schempp. Le Canada, 6e, a fini à près de 3 minutes ! On voit vraiment la différence de niveau quand il n’y a pas de vent et donc peu de craquantes. On a d’ailleurs su rapidement que ces 5 équipes allaient terminer aux 5 premières places.

Dans le détail. Simon F. a été excellent au couché, il s’est déjà installé dans le top 3 alors qu’Erik Lesser compromettait les chances de l’Allemagne avec 3 pioches. Johannes Boe est sorti à 9s après avoir eu besoin d’une 6e balle. Un peloton à 8 s’est légèrement détaché, rien de décisif. Le Norvégien a attaqué, Simon est allé le chercher dans la côte. Risqué mais payant car ils ont pris quelques secondes de marge et ont fait exploser ce groupe. Au debout, Simon a envoyé une véritable rafale pour finir avec un 10/10 de nature à le mettre en confiance pour ses prochaines courses (même s’il a failli en louper une). Les pioches ont été rares, l’Ukraine, la Russie et l’Autriche sont sorties ensemble à 13 secondes du duo de tête, Lesser a encore pioché, il pointait déjà à 26 secondes.

Le petit Boe a fini par s’échapper seul, Simon s’accrochait à quelques dizaines de mètres. Les positions ont évolué avant le premier échange, Svendsen a ainsi été lancé avec 12 secondes d’avance sur Béatrix et sur l’Ukrainien (2e car l’ainé des frères Fourcade a été doublé sur le fil), le trio Russie-Autriche-Allemagne se trouvait à 15s de la tête (Lesser a été très rapide sur les skis).

Un quintette s’est alors formé. La chasse à l’Emil était ouverte ! JGB menait, réduisant légèrement l’écart. Jean-Gui a été le seul à faire 5/5 au couché, pourtant il est sorti 2e à 4 secondes de Lapshin, dont le doigt a frétillé sur la gâchette. Svendsen et Eder (une faute chacun) étaient avec le Français, l’Ukrainien a explosé en vol, Birnbacher a pioché 2 fois, il a donc été rejeté à quelques dizaines de mètres du trio de chasse qui, dans la côte, s’est transformé en quatuor de tête grâce au travail de Svendsen.

Nouveau changement de configuration de course au debout, Eder a sauté (2 fautes en voulant enchaîner trop vite), JGB a manqué la 3e, permettant au Russe et au Norvégien de s’échapper ensemble avec un 5/5. Les écarts restaient très restreints, ces 2 hommes devançant le Français de seulement 9 secondes avec Eder pas loin derrière, Birnbacher à 24s (encore une pioche), puis le Canadien à 39s. Ensuite, boucherie au tir, donc seules ces 6 équipes restaient en course.

Ces positions n’ont jamais cessé d’évoluer : non content de rattraper ses proies, JGB a réussi à repartir avec Svendsen, contrairement à Lapshin, incapable de tenir le rythme imposé par le Scandinave. Desthieux et Birkeland ont donc été lancés ensemble, Malyshko suivait à 8s, Eberhard (Aut) à 20s, Böhm à 26s, le Canada déjà loin à 50s. Les autres, OSEF, largués.

Le Norvégien ne voulait pas travailler pour les autres, il a décidé de rester derrière le Français, du coup le Russe a pu revenir rapidement et imprimer le tempo qu’il voulait. Un peu plus loin les germanophone ont fait cause commune. Birkeland a voulu jouer au plus malin, il l’a payé au couché en loupant la dernière après avoir enchaîné les coups de fusil très rapides… puis a manqué la première pioche, mis sous pression par le départ de ses 2 adversaires auteurs d’un sans-faute. 2 hommes en tête, le Norvégien à 8 secondes, l’Allemand à 14 (malgré une nouvelle pioche), l’Autrichien à 19… et un énorme trou ensuite (le Canada était déjà à la minute).

Nouveau regroupement en tête (Birkeland a tout de suite fait l’effort), Simon D. semblait avoir un peu de mal à s’accrocher, heureusement ça glissait bien dans la descente. L’important était alors d’assurer au tir debout. Le Scandinave et le Français ont chacun raté 2 cibles, la 2e et 5e. Birkeland l’a fait en allant vite, Desthieux en prenant son temps lentement. Et le Norvégien ne s’est pas arrêté à 2, il a frôlé la catastrophe en devant piocher une 3e fois. Malgré tout, il est ressorti 2e à 18 secondes, 6 ou 7 devant ses 2 plus sérieux rivaux. L’Autriche comptait alors 35 secondes de retard sur Malyshko.

Aucun des 5 premiers ne pouvait profiter de l’aspiration d’un autre, il y avait de l’espace entre chacun. Jusqu’au moment où le grand Autrichien a doublé son voisin. Desthieux s’est très bien battu, il a trouvé assez de forces dans la grande côte pour rejoindre Birkeland et lancer Martin avec Tarjei Boe. Shipulin disposait encore de 18 secondes de marge. C’est beaucoup et peu à la fois. Beaucoup car ça peut se gérer, peu car sur 7,5km un Martin Fourcade en forme peut les reprendre à presque n’importe quel autre biathlète, surtout s’il reçoit de l’aide (en l’occurrence du grand frère Boe).

Dès la fin de la première boucle, il n’en restait quasiment rien. Seulement, au tir couché, Shipulin a assuré un 5/5 avec du rythme. Martin a manqué une cible, il a pris plus de temps pour en finir et est sorti 3e à 23 secondes, Boe n’étant lui qu’à 10 secondes de la tête (sans faute). Poussées par le public l’Autriche (Landertinger) et l’Allemagne (Schempp) ont continué à se livrer le même duel. S’économiser avant le tir debout est un luxe que personne ne pouvait s’offrir, hormis peut-être Shipulin. Les écarts sont restés relativement stables, néanmoins Boe a perdu un peu de terrain, puis Martin a donné la même impression dans la côte. Le Russe s’est alors présenté face aux cibles avec une douzaine de secondes d’avance. Comment aurait-il pu passer à côté dans des conditions si parfaites ? Il a fait le métier et est reparti seul vers la victoire. Le Norvégien étant beaucoup plus irrégulier qu’à l’époque où il s’est fait un nom (il y a 4 ou 5 ans), on pouvait espérer une craquante. La 3 et la 4 n’ont pas voulu tomber du premier coup, Martin est revenu, a mis la pression en prenant des risques, ça a fonctionné. Très bon 5/5 d’un côté, 3 pioches de l’autre, le Français a pris les devants, le top 3 s’est définitivement figé, la bataille des germanophone s’est poursuivie (encore une pioche chacun).

Dans le dernier tour du circuit Martin a repris 8 secondes, sans doute parce que Shipulin a contrôlé, Boe aurait presque pu se faire doubler par le duo recalé au pied du podium (très rapide car sans retenue, contrairement aux 3 de tête).

Individuellement, les membres du relais français méritent une très bonne note.
Simon Fourcade a bien fait le travail, comme souvent en ayant un peu de mal sur la fin mais ça n’a pas réellement eu de conséquence.
Jean-Guillaume Béatrix a réussi un super relais.
Simon Desthieux qui a aussi fait un très bon relais, il a même recollé au Norvégien et a repris du temps sur Malyshko sur la fin. Dommage qu’il ait pioché 2 fois au debout, c’est peut-être le petit regret de la journée.
Martin n’a rien à se reprocher, a pris des risques en ski pour essayer d’aller chercher la victoire, elle était hors de portée, Shipulin était plus frais et avait trop de marge.

En fait, les Bleus ont surtout été battus par un scénario, par des circonstances. Certains regroupements leur ont été défavorables, notamment quand Birkeland a décidé de laisser Malyshko rejoindre le duo qu’il formait avec Desthieux juste après la mi-course. Cette attitude a gâché une bonne partie du travail effectué par les relayeurs précédents.

(Le début de la vidéo est de qualité très moyenne car j’ai dû le repiquer sur le site de IBU, elle n’a pas été diffusée sur Eurosport qui a pris le relais en route à cause d’une épreuve de ski de fond.)

Après le relais, Alexis Bœuf a annoncé à ses coéquipiers qu’il prend sa retraite sportive car à l’image d’un Vincent Jay ou d’une Marie-Laure Brunet, il a perdu la motivation à force de galérer à la recherche de son niveau passé. Il a souvent été important dans les relais, a gagné une CdM aux Etats-Unis il y a quelques années (dans un froid polaire), mais physiquement, il n’y arrivait plus.

  • Poursuite féminine

A priori, côté français, il n’y avait rien à espérer de cette course, les bouleversements risquaient d’être rares, notamment en raison de l’absence de vent. Les meilleures skieuses allaient probablement être favorisées par le réchauffement de la piste, la température étant à la limite du 0°C. Seule Anaïs Bescond pouvait espérer une place d’honneur en s’élançant avec le dossard 9, d’autant que pour la préserver, le staff de l’équipe de France a décidé de ne pas aligner Justine Braisaz. Une décision sage. Je ne sais pas pourquoi Eckhoff s’est abstenue de prendre le départ avec son dossard 3 (du coup Bescond partait 8e).

Concernant la victoire, ça n’a pas fait un pli, Mäkäräinen a dominé d’un bout à l’autre en commençant par un très bon 5 au couché où les sans-faute ont été nombreux. Parmi les mieux placées après le sprint, seules Oberhofer et Podchufarova ont manqué le 5/5. Latuillière et Bolliet ont loupé la 1ère ou la 2e, Boilley a même dû tourner 3 fois. Bescond est ressortie 8e à 47s, à seulement 14s du podium, et même à 17s de la 2e (Oberhofer).

La Finlandaise avait déjà 30 secondes de marge à l’issue du tir couché, elle a encore assuré un bon 5/5 au second en mettant toutes ses balles pile au milieu de la cible. Domracheva est arrivée 2e sur le pas de tir, elle a loupé 2 fois, comme Hildebrand. Preuß en a profité, Bescond aussi en prenant tout son temps, une stratégie payante, il y avait des places à gagner. La jeune Allemande est sortie 2e à 39 secondes, la Française 3e à 51s avec la meute pas loin. Ses coéquipières ont encore perdu des places en ne parvenant toujours pas à tout faire tomber.

Si la titulaire du dossard jaune et rouge[4] a manqué la première cible au debout, se mettant ainsi un petit coup de pression, elle a ensuite fini sans commettre de nouvelle faute en arrosant un peu partout dans le cercle noir, tantôt en haut, à droite, en bas à gauche… L’important est de faire réagir le mécanisme. Etant déjà la plus rapide sur les skis, elle n’a rien à craindre en partant avec de l’avance et en faisant 19/20. Son statut de leader de la CdM est solide.

La vraie compétition a donc concerné les 2 autres places sur le podium. Preuß avait de la marge grâce à son moteur de Ski-Doo, elle a complètement relancé le suspense en balançant 2 avions au premier couché. Bescond pouvait s’engouffrer dans la faille, elle a loupé son 4e tir. Heureusement, la plupart des autres candidates au podium ont aussi tourné une ou 2 fois. Seule Glazyrina – maillon faible du relais russe la veille – a été assez précise pour tirer les marrons du feu. Elle est sortie 2e à 43 secondes, Bescond 3e à 56 secondes, encore une fois avec la meute juste derrière.

Preuß et Semerenko poussaient les machines à fond en fond, la Française s’est accrochée pour rester aussi près que possible de l’Allemande. Il lui fallait rester au contact à l’approche de la dernière séance de tir. Glazyrina a fait propre, une habitude chez les Russes (sauf si on parle d’analyses urinaires et sanguines), elle est sortie 2e avec une marge relativement faible, suffisante toutefois pour ne pas être reprise.

Le tir debout en confrontation après 4 boucles intenses de ski est ce qu’il y a de plus dur, il faut parvenir à garder sa position sans trembler, ne pas paniquer, rester très lucide, éviter toute précipitation. Preuß a loupé la dernière, Semerenko aussi… alors que Bescond a fait 5/5. Sortie 3e à 1’ de Mäkäräinen, elle était sous la menace directe d’une Canadienne, Crawford, auteur d’une impressionnante remontée (dossard 34), et de Podchufarova.

La Nord-Américaine a trop donné pour gagner une petite trentaine de places, elle n’a pu suivre le rythme. La Russe a en revanche réussi à rapidement combler ses 8 secondes de retard pour rejoindre "Nanass" dont on doutait de la capacité à tenir. Ses performances en ski lors des épreuves précédentes n’étaient guère encourageantes. Et pourtant, doublée à quelques centaines de mètres de l’arrivée, elle a parfaitement joué le coup tactiquement en se callant juste derrière Podchufarova pour prendre l’aspiration jusqu’au moment le plus opportun pour attaquer. Il fallait absolument passer le dernier virage en tête, elle a parfaitement manœuvré. Le parfait coup tactique pour conclure cette poursuite par un podium individuel, son 2e de l’année… et le 2e de sa carrière[5].

29/30 dans l’enchaînement sprint-poursuite, voici une belle manière de compenser sa méforme en fond. Elle n’a pas craqué au debout, a su aller chercher le résultat, ce qui est peut-être plus facile mentalement que de devoir le conserver comme quand elle avait gagné un sprint en janvier dernier. Son statut de leader d’une équipe très jeune est difficile à assumer, il lui fallait en plus se rattraper après avoir craqué au couché en relais. Une perf comme celle-ci est idéale pour franchir un palier supplémentaire.

Les autres Françaises ont été en difficultés : Latuillière 26e (1.2.0.1), Bolliet 31e (1.1.1.2), Varcin 42e (0.3.0.0), Boilley 50e (3.1.0.0).
La semaine prochaine a lieu la première mass-start de la saison, on devrait avoir 4 Françaises dans les 25 au général (c’est presque sûr pour 3).

  • Poursuite masculine

6 podiums pour Johannes Boe depuis 1 an, 100% de victoires (dont les 2 poursuites ayant suivi des succès en sprint). S’il avait fallu désigner un favori pour la poursuite juste après le sprint, son nom serait revenu sur toutes les lèvres, seulement le relais intercalé entre les 2 épreuves individuelles pouvait légèrement modifier la donne. En l’absence de vent, compte tenu de sa forme en ski, ça allait probablement se jouer dans la tête.

Martin était le seul Français à pouvoir espérer monter sur la boîte en s’élançant 7e à seulement 28s, les 2 Simon partaient de trop loin (30/31e à 1’36), JGB et QFM avaient encore plus de travail pour se replacer.

Martin a décidé d’enclencher le mode full attack dès les premiers mètres de cette course. On l’a vu recoller très rapidement à un peloton de 6 puis envoyer du lourd dans la montée comme s’il s’agissait d’un dernier tour. Il n’a pas payé cet effort au tir couché car il a pris son temps. Le petit Boe était encore hors de portée en raison d’un 5/5 assez assuré. Seul Tarjei Boe a manqué une cible, les autres sont restés ensemble à 20 ou 21 secondes, Svendsen était juste derrière. Le trou était déjà fait avec les suivants.

Dans cette configuration, les membres du groupe de chasse m’ont donné l’impression de déjà se jouer la 2e place. Ils se regardaient, le petit Boe creusait un peu l’écart, Martin et Svendsen restaient bien sages. Peut-être se disaient-ils que de tout dépendait du leader, seul à pouvoir relancer la lutte pour la victoire. D’ailleurs rien n’a changé de ce point de vue après le 2nd couché ou J. Boe a tout bien mis au milieu en prenant son temps, ce qui lui a permis de repartir quand les autres étaient en train de se mettre en position.

La course par élimination s’est poursuivie. Landertinger a commis une faute (précipitation sur la dernière), Birnbacher 2… Martin a encore assure le 5/5, il est donc resté dans le coup tout comme Fak, Schempp et Svendsen, tous à 26-29s de l’homme de tête. On trouvait ensuite Landertinger à 47s puis T. Boe à 56.

Il était temps de lancer la bagarre pour transformer la course par élimination en course d’attaque. Martin s’y est attelé à partir de la mi-course, Svendsen a refusé de se laisser semer. La volonté première du français était de mettre les autres dans le rouge et par la même occasion de réduire la marge du leader. Ça a d’autant mieux fonctionné que Svendsen a pris des relais. Il fallait être très fort pour soutenir leur rythme.

Le voyant perdre des secondes, je me demandais si Johannes Boe n’était pas en train de réduire la cadence pour être plus frais au premier debout. J’ai eu ma réponse par la suite : non. En fait, il était juste en train de subir la fatigue due à l’enchaînement des courses. On l’a vu au debout : avion sur la 1ère, avion sur la 3e, il a arrosé de partout. Il n'avait aucun droit à l'erreur, il en a commis 2. Résultat, tout est devenu ouvert.

Si vous ouvrez la porte à Martin, il entre ! Comme d’habitude il a attaqué le 1er… Svendsen a explosé ! Fak et Schempp ont fait 5/5 comme Martin, le Slovène à une vitesse impressionnante. Ils sont sortis presque ensemble (3.6s d’écart), J. Boe s’est retrouvé 4e à 28s. Suivaient Landertinger à 34s, Shipulin à 37, T. Boe à 44, puis une meute de battus. Loin derrière Martin, les 4 autres français étaient tous en même temps sur le pas de tir, un seul a bien tiré, je vais y revenir.

Le trio de tête à pris le large, assez pour rester sur le podium en cas d’unique tour de pénalité. Le petit Boe a perdu du temps, il en était réduit à espérer des craquantes pour se replacer.

Le moment était venu pour le patron de s’envoler vers la victoire. La chasse au dossard jaune était ouverte. La côte lui a servi de rampe de lancement, il y a pris un peu de marge, Fak et Schempp ne pouvaient pas suivre. Restait à assurer au tir, il a fait son sans-faute en détente, tranquille. Schempp a fait 5/5, il est sorti 2e à 8 secondes, Fak a fait 4, permettant ainsi à J. Boe de lui contester la 3e place, Shipulin s’en est bien tiré, contrairement à Landertinger (qui en a loupé 2). Svendsen est sorti seulement 12e (3 tours en tout), il a fini 14e.

Le classement était désormais assez figé. Shipulin s’est grillé en rentrant sur le duo J. Boe-Fak, il n’a pas pu résister à l’accélération du Slovène quand celui-ci a posé une mine dans la côte. Classement final : Martin vainqueur, Schempp 2e (en tirant à 20), Fak 3e, J. Boe 4e, Shipulin 5e, T. Boe 6e. 2 Boe dans les 6… Le bilan du sportif français de l’année est impressionnant : en 7 courses depuis le début de la saison il compte 4 victoires (dont 3 individuelles), une 2e place (en relais), une 7e place et un accident vite oublié.

Le raté de Svendsen a permis à Martin de prendre le dossard jaune. Mais Martin le doit surtout à lui-même : une poursuite en tirant à 20 après son 10 en sprint et son 10/11 en relais, c’est impressionnant ! Il a tiré à 40/41 pendant le week-end. Aussi fort soit-il, les 20/20 sont rares, y compris en poursuite, SON épreuve. Etant un peu moins bien sur les skis, il a compensé par sa précision et son sens tactique.

En parlant de 20/20, saluons la super performance de Quentin Fillon-Maillet. Le lendemain de l’annonce de la retraite sportive d’Alexis Bœuf, le petit jeune de l’équipe a montré qu’il faudra compter sur lui à l’avenir. Son tir parfait lui a permis de passer de la 45e à la 15e place, la 4e meilleure performance de sa carrière.

Simon Fourcade a fini 26e à 2’38 (3 fautes, toutes au 1er debout), JGB 39e (1023) et Desthieux 41e (0023).

Notes

[1] Les Allemands étaient absents cet été à Zürich.

[2] Mis à part le cas particulier des relais avec les pioches qui sont plus des moyens de limiter la casse que de réels droits à l’erreur.

[3] Je crois que son nom signifie Prusse, ça aurait pu vouloir dire proie.

[4] Celui de leader de la Coupe du monde au général et en poursuite.

[5] Plus 11 en relais.