Je vais tenter de raconter tout ça dans l’ordre – presque – chronologique des événements.

Le biathlon a débuté dès jeudi avec le sprint féminin. En Slovénie, c’était l’été. Il me semble que la piste est un peu plus haut, dans la montagne, c’est dans une forêt, ça aide probablement. Je crois que les organisateurs ont utilisé de la neige naturelle datant du début du mois qui a été conservée, protégée, ils en remettaient régulièrement sur la piste. Forcément, ça se dégradait vite. Dans ces circonstances il faut avoir un petit dossard pour être performant sur un sprint, les gros dossards sont désavantagés. Pour ce qui est de la poursuite et de la mass-start, c’est différent dans la mesure où tout le monde est sur la piste en même temps.

Je n’ai pas vu ce sprint remporté par Gabriela Soukalova (son premier succès de la saison). Je sais juste qu’elle a pris tout son temps debout pour assurer son 10 et que Dorothea Wierer est passée à côté de la victoire à côté d’une faute debout. L’Italienne a terminé 2e à 18 secondes. En regardant les résultats, on peut faire 3 constats :
-les filles en forme (Wierer, Semerenko, Crawford, Podchufarova, Domracheva, Oberhofer, ou encore Mäkäräinen) sont capables de jouer devant même quand ça ne va pas très bien en tir ;
-Kaisa Mäkäräinen est un avion sur les skis, même en ratant 4 tirs sur 10, donc en faisant 4 tours de pénalité, ce qui est énorme et en principe rédhibitoire en sprint, elle a pu éviter des dégâts trop sévères avant la poursuite (seulement 55s de retard sur Soukalova, seulement 16 sur Domracheva qui a tiré 2 fois, soit 2 fois de moins) ;
-18 filles dans la même minute à l’issue du sprint, ça nous annonçait une belle poursuite, surtout qu’en réalité on avait près de 30 concurrentes à moins d’une minute de la 2e puisque Soukalova a obtenu une marge de 18 secondes.

Côté français, notons l’excellent résultat de la très jeune Justine Braisaz, 14e avec un sans-faute, ce qui a fait d’elle la meilleure Française. Pour rappel, elle a… 18 ans, et a brillamment débuté sa carrière en coupe du monde la semaine dernière. Les choses ont moins bien tourné pour les autres, à peine moins bien pour une autre jeune, Enora Latuillière, 20e à 1’04 (1 tour debout), vraiment moins pour leurs coéquipières Sophie Boilley (32e à 1’24 avec un raté au couché), Anaïs Bescond (36e à 1’34 avec 2 cibles manquées debout) et Coline Varcin (69e avec une craquante debout).

Baptiste Jouty gagne des courses en IBU Cup (2 sprints de suite, il a pris la tête du classement général), mais Florent Claude a été choisi pour prendre la place libérée par Alexis Bœuf dans le groupe Coupe du monde (dont il a déjà fait partie). Eurosport a pris la course en court pour finir la diffusion de qualifications de saut à ski – DONT ON SE BAT LES C*UILLES ! – mais pas assez en retard pour ne faire manquer le plus intéressant.

Martin Fourcade était le 6e à s’élancer, presque tous les autres candidats à la victoire partaient après lui. Il n’a pas eu beaucoup de chance car Anton Shipulin avait le dossard 7, il skiait donc 30 secondes derrière, ce qui a eu un gros impact sur le déroulement de la course. Manquer une cible était totalement interdit compte tenu des conditions de neige et de vent (très irrégulier mais pas très fort), c’est pourquoi le Catalan a assuré un 5/5 au couché en lâchant ses balles lentement. A peine plus rapide, le Russe a quitté le pas de tir à peu près dans le même temps que lui au classement (l’écart réel entre eux sur la piste était donc toujours d’environ 30s), puis Jean-Guillaume Béatrix a été excellent au couché, il était quasiment ex-aequo avec Shipulin à ce moment de l’épreuve. Manquer une cible revenait à s’éliminer, or très peu visaient à côté. Prenons l’exemple d’Emil Hegle Svendsen, qui semblait compenser les quelques secondes perdues sur la piste en enchaînant très vite les tirs. On a aussi vu un autre Norvégien performant sur la première boucle, pas Ole Einar Bjørndalen, forfait, mais Johannes Boe, souvent excellent en sprint, dont la sortie en tête avec 9 secondes d’avance pouvait laisser présager un nouveau succès.

Par la suite, les événements ne se sont pas déroulés comme espéré. Shipulin allait un tout petit peu plus vite que Martin, ce dernier ayant peut-être commis l’erreur d’utiliser Slesingr comme lièvre de circonstances. Cette opportunité de prendre l’aspiration, de bénéficier des traces et plus globalement d’économiser quelques forces s’est retournée contre lui à cause d’une faute au debout. Tout se passait bien, il faisait le nécessaire pour faire 10/10 quitte à concéder quelques secondes à ses rivaux carabine en mains et à devoir ensuite les récupérer carabine sur le dos. Cette foutue 4e cible n’est pas tombée, il a dû emprunter l’anneau de pénalité et est sorti… pile en même temps que Shipulin, qui avec un sans-faute rapide a pu combler l’écart correspondant à l’intervalle de départ. Dans cette configuration Martin ne pouvait plus espérer réduire son retard sur le Russe, ils ont même collaboré dans la dernière boucle afin de distancer les autres – ou, du point de vue de Martin, de limiter la casse par rapport aux autres – autant que faire se pouvait. Ils ont envoyé du très très lourd !

Si Martin n’avait pas commis cette faute, Shipulin ne serait pas sorti dans ses skis et serait allé moins vite sur le dernier tour de circuit, il est donc impossible de ne pas penser que Martin aurait gagné (meilleur temps de ski en finissant avec un bâton cassé à 1km de l’arrivée par son éphémère associé, donc avec un appui en moins). D’ailleurs le Français est le seul des 9 premiers à avoir visité l’anneau de pénalité. En franchissant la ligne d’arrivée avec le Russe, il a fini à 30 secondes. Logique. Pour info ou rappel, Shipulin avait gagné la poursuite sur ce site la saison passée.

Dominik Landertinger avait tiré assez rapidement au couché, il a relativement assuré debout pour sortir avec 7 secondes de retard sur le leader. L’Autrichien, connu pour finir très fort ses courses, n’a pu rivaliser avec le train du duo Anton-Martin… qui a vraiment avancé aussi vite qu’une Aston Martin. Il s’est finalement classé 2e à 12 secondes, sortant le Français du podium… car auparavant Svendsen s’était déjà intercalé grâce à un 5/5 particulièrement impressionnant debout (sorti à 15s, il a fini à 24). Résultat : Shipulin devant Landertinger, Svendsen et Martin, 4e à cause d’une suite de faits de course défavorables. Poisse et frustration, première ! Heureusement, Martin a conservé son dossard jaune, avoir été devancé d’une seule place par Svendsen lui a évité de voir son avance fondre. Dans le club des frustrés, le médaillé en chocolat a accueilli les 2 gâcheurs du jour, le "petit Boe" et Jean-Gui. 2 erreurs chacun debout, du classique, surtout chez JGB, habitué à craquer debout. Ils ont terminé respectivement 10e et 14e à 47 et 54 secondes du vainqueur avec le 3e et le 5e temps de ski…

Les autres auteurs de 10/10 ont échoué dans leur quête du podium même quand ils ont attaqué sur le pas de tir. En fond, ils n’étaient pas capables de tenir le rythme. Ainsi Simon Schempp (dossard 8) a dû se contenter de la 6e place à 36 secondes, Tarjei Boe s’est classé juste derrière (+0"38). La bonne surprise est venue de Quentin Fillon-Maillet, capable de confirmer son 20/20 de la poursuite d’Hochfilzen avec un nouveau tir parfait couronné d’un 8e place (à 42 secondes, 9e temps de ski).

Beaucoup plus tard, Evgeniy Garanichev est venu se placer entre Martin et tout ce petit monde (un autre 10), il était sorti à seulement 16 secondes, a été gêné par un Norvégien et a pris cher sur la dernière boucle (en l’occurrence 18 secondes)… Comme tout le monde en somme.

Simon Desthieux (28e à 1’22, 1 tour au debout, comme Martin, le 9e tir), Simon Fourcade (41e à 1’38, 2 fois 1 tour) et Florent Claude (52e à 1’57 avec un seul tour mais un très gros dossard et pas de chance, il y a eu du brouillard sur le pas de tir juste quand il s’y est pointé) ont obtenu leur qualification pour une poursuite s’annonçant fantastique (18 dans la même minute, tous les cadors devant). Ils ne pouvaient pas espérer y faire grand-chose, si ce n’est y chasser la qualification pour la mass-start (ça vaut pour Simon F.) et justifier le choix du staff de l’avoir choisi au lieu d’appeler Jouty (dans le cas de Claude).

Toujours vendredi, début d’un enchaînement de 4 courses en 4 jours pour les skieurs alpins… sur 3 sites différents sur 3 sites (Val Gardena, Alta Badia et Madonna Di Campiglio). En pratique, aucun concurrent ne participe aux 4, ou alors peut-être un gars inconnu, chez les hommes la polyvalence se limite généralement à 3 des 4 disciplines de base, on a tendance à abandonner un des extrêmes, la descente ou le slalom selon le profil du coureur, même si Ted Ligety s’aligne aussi de temps en temps en descente, alors que Alexis Pinturault n’a osé que 3 fois en CdM (dont une sur une piste plus typée super-G). Pour ces 2 hommes, le choix des organisateurs d’inverser le programme de Val Gardena en le faisant débuter par la descente n’a pas été une bonne nouvelle, ils n’ont pas eu leur jour de repos entre leur épreuve de vitesse et les 2 épreuves techniques. Devoir concourir 3 jours consécutifs sur 3 pistes différentes mais très difficiles – donc physiques, dans des disciplines demandant des qualités différentes – est tout sauf un cadeau. On peut même parler de réel désavantage par rapport à ceux qui ont seulement préparé le slalom géant et/ou le slalom spécial. Les organisateurs leur ont offert le transfert en hélico entre Val Gardena et Alta Badia pour faciliter leur récupération, c’est déjà ça.

Nous sommes donc vendredi, sur une piste faite d’une couche de neige peu épaisse ayant pour caractéristique d’amplifier les mouvements de terrain (la Saslong n’est pas retravaillé à coups de pelleteuses, on n’y touche pas). Pour ne pas détruire le travail incroyable effectué par les organisateurs (3 jours à utiliser les canons dès que la température le permettait… or elle le permettait peu, ça a donné une piste avec un revêtement changeant selon les portions), un seul entraînement a eu lieu. Avoir de l’expérience sur cette piste était donc nécessaire pour y briller… tout comme être lourd. On a eu des sauts énormes, des gars se faire secouer dans tous les sens. Du grand spectacle ! Il fallait les avoir bien accrochées pour se lancer.

Le premier partant, Jan Hudec, s’est arrêté après un énorme envol, il a senti que son genou avait morflé. On a attendu le dossard 7 pour en voir un mettre le paquet. Steven Nyman a explosé le chrono de référence (-1"51) Sans pourtant réussir la course parfaite… car c’était impossible sur la Saslong ! L’Américain a confirmé ce qu’il avait déjà montré lors de l’entraînement et les saisons précédentes en s’imposant pour la 3e fois à Val Gardena.

Il a fallu attendre quelques minutes pour comprendre à quel point il a été performant sur le haut, c’est pourquoi en direct les intermédiaires de Johan Clarey (9) semblaient médiocres. Il a fini à 1’30. Je croyais au top 10, mais en réalité, sa descente valait beaucoup mieux, une 5e place. Adrien Théaux (10) a eu beaucoup plus de mal, il a fini à 2 secondes (14e au final). Pourtant, comme la plupart des Français, il aime cette piste. Le problème vient sans doute en grande partie de l’adaptation à son nouveau matérielle, elle prend plus de temps que prévu.

Encore une fois, le meilleur tricolore a été Guillermo Fayed (15). Je pressentais que son premier podium pouvait être un déclic et réellement lancer sa carrière. Manifestement, il a su en tirer tout ce qu’il y avait à en tirer, à savoir principalement une énorme dose de confiance. 2e à Lake Louise, 6e à Beaver Creek, et maintenant 4e à Val Gardena où il avait déjà pris une belle 6e place en 2010 malgré un dossard très élevé (49). Il occupe la 3e place au classement de la Coupe du monde de descente. Lors de cette course, il a eu du mal à finir après avoir particulièrement bien résisté. Seulement 29 centièmes de retard au 1er intermédiaire, 61 au 2e, 86 au 3e, ce qui était vraiment excellent dans la mesure où Nyman était seul dans sa catégorie. Après un saut monumental, il était même revenu à 71 centièmes puis a perdu une grosse demi-seconde en raison de petites erreurs de trajectoire et parce qu’en se faisant secouer sur les mouvements de terrain sa vitesse s’est réduite. A l’arrivée, il était 2e à 1"26, puis a rétrogradé juste après le TV break car Dominik Paris a mieux résisté sur le bas. Comme tout le monde, l’Italien a pris cher sur le haut, je l’ai trouvé très moyen sur pas mal de sections, et pourtant… 2e à 1"15. Dans la dernière partie de glisse son poids a probablement fait la différence.

Dans le Ciaslat, la portion technique pleine de petites bosses, il était possible de réduire son retard par rapport au leader. Beaucoup ont perdu gros en freinant à l’entrée ou à la sortie, en se faisant déséquilibrer ou en adoptant une mauvaise ligne. Comme tout le monde a commis des erreurs, personne ne venait jouer dans les temps de Nyman. Sauf un homme en feux, toujours le même, Kjetil Jansrud. Alors que les autres cadors se mangeaient minimum une seconde ½, voire près de 2 secondes, le Norvégien a fait très fort. 2e l’an dernier sur cette piste, il a failli chatouiller l’Américain. Sur une piste impeccable, peut-être l’aurait-on vu gagner. On peut parler d’exploit.

Le gars est très fort, hyper en confiance. Aux intermédiaires il est passé à 1 puis 4 dixièmes, réussissant mieux que n’importe qui à garder le contact ski-neige. L’écart augmentait encore mais de façon très limitée (0"45, 0"55) car la vitesse était toujours là. Au dernier intermédiaire il était revenu à seulement 2 dixièmes. 2e à 31 centièmes à l’arrivée malgré le dossard 21 sur une piste qui a bougé à cause de la chaleur, avec une visibilité qui a changé (certains ont eu le soleil en haut mais pas en bas, d’autres l’inverse). Ensuite, Didier Defago a été le seul à se montrer performant (10e en ne lâchant presque rien après le 3e intermédiaire), il n’a pas eu de chance au tirage (dossard 30), une heure plus tôt, ça valait minimum 4 places de mieux.

Nyman a décroché sa première victoire de la saison, Jansrud a été battu en descente pour la première fois de la saison (5e podium en 5 courses de vitesse cette saison), Paris a confirmé son excellent début de saison (toujours dans le top 5). Ce trio de tête était déjà celui de l’entraînement.

Côté français, Fayed 4 à 0"11 du podium, Clarey 5e juste derrière, Théaux 14e, Maxence Muzaton 30e avec le dossard 51… C’est très bien. Mais un peu frustrant.

Enfin ! Enfin une course en France ! La piste Oreiller-Killy a pu être préparée pour permettre la tenue des épreuves féminines de vitesse à Val d’Isère. La semaine passée, faute de neige dans les Alpes, la FIS a tout déplacé à Äre, ce qui n’a pas tellement porté bonheur aux équipes de France. Entre-temps il y en a eu juste assez pour pouvoir organiser une épreuve de Coupe du monde, il a fallu beaucoup bosser pour être prêt… et le jour du premier entraînement, pas de chance, ça s’est remis à tomber. Du coup il a été annulé et les filles n’ont pu en faire qu’un la veille de la course, chose inhabituelle. Là aussi, les filles expérimentées connaissant bien cette piste bénéficient d’un avantage certain. Tout comme, a priori, celles ayant un petit dossard (en raison de températures positives, la piste risquait de vite se dégrader).

La course a débuté… pour être interrompue au bout de 2 concurrentes faute de visibilité. Une nappe de brouillard s’était invitée à la fête. Auparavant, on craignait surtout le vent car il y a des rafales parfois assez violentes. Ça s’est levé, on a pu lancer la 3e partante… Elle est partie dans le décor. Une grosse chute manifestement pas trop grave.

Marion Rolland (11) a pris le départ juste après la prise de pouvoir de Fabienne Suter. Comme à chaque fois depuis son retour de blessure elle a pris cher, toutefois visuellement l’amélioration par rapport à ses courses précédentes semblait nette. Elle a encore mal, il est difficile de revenir rapidement au top dans ces conditions. 2 dossards plus tard, Elisabeth Görgl a pris la première place pour 27 centièmes, elle a failli se la faire piquer par une Lara Gut (16) malheureuse d’échouer à 1 dixième, mais a réussi à la garder jusqu’au passage de Lindsey Vonn (20). Pile un an après avoir aggravé sa blessure au genou en skiant sur cette même piste, ce qui a mis fin à sa saison olympique de façon anticipée, la plus grande star du circuit féminin a trouvé le moyen de gagner malgré une faute. Physiquement, elle a retrouvé un super niveau, en ski pur elle n’a presque rien perdu, mais mentalement, elle semble être sortie encore plus forte de sa longue période de galère. Je dis chapeau ! Si en plus on évoque le record dont elle sera bientôt détentrice, une seule réaction s’impose, applaudir : Annemarie Moser-Pröll a gagné 62 fois en CdM, Vonn a décroché sa 61e victoire… Dont 4 ici en descente.

Et les autres ? Seulement 7e, Tina Maze a laissé s’échapper Vonn au classement de la Coupe du monde de descente. Dominique Gisin a échoué à la 4e place ex-aequo avant de voir sa frustration transférée à Lara Gut quand Viktoria Rebensburg a pris la 2e place à égalité avec Görgl (à 0"19 de la première). Il semble donc que partir tard n’empêchait pas la performance (elle avait le 27). Juste avant le passage de l’Allemande presque toujours placée mais pas encore récompensée depuis le début de la saison, Lotte Smiseth Sejersted a été victime d’une gamelle bien violente et bien flippante.

Vonn vainqueur, Rebensburg et Görgl ex-aequo à la 2e place, puis une ribambelle de Suissesses (4e, 5e, 5e ex-aequo, 8e), ce n’est pas tout à fait ce à quoi on pouvait s’attendre, d’autant que l’Autrichienne avait mal débuté sa saison. Le classement des Françaises était plus prévisible : Marion Rolland 25e, c’est son niveau actuel ; Marie Jay Marchand-Arvier (29), femme du nouveau directeur des sports de Val d’Isère (Vincent Jay), a fini à la 16e place en ayant perdu peu de temps après le 2e chrono intermédiaire ; Jennifer Piot 28e avec le dossard 45 est en revanche une assez belle perf plutôt inattendue.

J’enchaîne avec le super-G de Val Gardena. Il aurait pu sourire aux Français, notamment parce que les 4 présents parmi les 30 premiers de la WCLS[1] ont bénéficié de l’opportunité de s’élancer parmi les 15 premiers, donc sur un revêtement en meilleur état (il y a eu un refroidissement pendant la nuit). J’étais toutefois assez peu optimiste pour Alexis Pinturault (14) qui s’élançait pour la première fois de sa vie sur la Saslong (l’entraînement auquel il pensait participer pour prendre des repères a été annulé), le tracé étant assez direct, plutôt typé descente. Sans expérience sur une piste très difficile et un tracé pas adapté à son profil… Pour tout vous dire, j’avais très peur de l’accident sur ces multiples mouvements de terrain.

Matteo Marsaglia (1) s’est privé d’un podium avec une grosse faute en haut (7e à moins de 3 dixièmes du 3e). Johan Clarey (6) se débrouillait très bien, il était dans le vert après 2 intermédiaires, malheureusement il manque de jus en ce moment et n’est pas parvenu pas à garder son appui sur une des innombrables difficultés de la piste. Une glissade, dehors, avec des regrets. Ted Ligety (7) aussi s’est arrêté en cours de route mais pour d’autre raisons : pas dans le coup, il a commis une erreur majeure et a préféré en rester là afin de ne pas griller d’énergie inutilement, surtout sur une piste assez dangereuse.

Adrien Théaux (9) était 3e l’an dernier, on espérait le voir se reprendre, lancer sa saison. Il faudra encore attendre. Que de fautes ! Malgré une grosse en haut – moins coûteuse que celle de Marsaglia – il restait devant au 1er intermédiaire, mais ensuite il a perdu du temps encore et encore. Je l’ai trouvé un peu trop brouillon et acrobatique, toutefois il n’était qu’à 3 dixièmes du meilleur temps provisoire à la sortie du Ciaslat. Une nouvelle erreur assez énorme sur le bas – là où il faut avoir de la vitesse pour glisser jusqu’à l’arrivée – a eu raison de ses chances. Au lieu de jouer le top, il s’est retrouvé très loin (finalement 28e à 1"79 de la victoire). Le Français suivant a fait un peu mieux. Thomas Mermillod-Blondin (12) est un temps resté dans le coup, le chronométrage intermédiaire affichait +0"26, ça s’est gâté par la suite, l’écart s’est creusé. TMB a mis 1"09 de plus que le leader pour dévaler la piste. L’identité du leader venait de changer, il s’agissait toujours d’un Italien (ils étaient 3 dans le top 4 car Christof Innerhofer a enfin réussi une course, une première depuis mars), mais désormais de… Dominik Paris, d’une constance redoutable en ce moment. Le 3e de la descente de la veille a pris la tête pour 13 centièmes. C’est encore dans la dernière partie de glisse que la différence s’est faite, il était en retard à la sortie du Ciaslat. Le poids… Un skieur lourd qui envoie du lourd, sur la dernière portion, ça faisait des kilomètres/heure en plus.

Pinpin (14) a connu son baptême du feu. 25 centièmes de retard au premier intermédiaire, ça allait, ensuite c’était en principe moins son domaine… pourtant il n’a rien perdu, puis est resté à un misérable tiers de seconde du meilleur Italien malgré un travers ! Hallucinant ! Pinpin est vraiment un mutant ! Alors bien sûr, par rapport à Paris, rivaliser dans les dernières courbes était impossible. Peut-être aurait-il pu gagner 3 ou 4 dixièmes avec de l’expérience supplémentaire ou une connaissance de la piste ne se limitant pas à la reconnaissance réglementaire et aux images des autres passages. Il a terminé à 9 dixièmes, 8e provisoire. Ensuite, il a rétrogradé pour finir à 17e à 1"36 du vainqueur, mais à seulement 8 gros dixièmes du podium. Pour une découverte de la Saslong, c’est remarquable. Et ça rapporte quelques points non négligeables au classement général de la Coupe du monde. On ne sait jamais, à la fin ils pourraient faire la différence.

Si on attendait surtout Kjetil Jansrud (20), il restait très possible de voir un autre concurrent battre Paris. Plusieurs Autrichiens ont failli le faire juste avant et après le TV break. Georg Streitberger était presque dans les temps de l’Italien pendant une partie de ce super-G avant de fléchir. Matthias Mayer (16) semblait devoir y parvenir, il a affiché vert (assez nettement) tout du long malgré beaucoup de secousses… avant de sortir bêtement à quelques portes de l’arrivée. Hannes Reichelt (17) peut aussi s’en vouloir, car s’il avait été un peu meilleur sur le haut au lieu d’être largué d’entrée (+0"36 au 1er intermédiaire) il aurait pu jouer la victoire. Il est revenu tout du long, parvenant même à devancer Paris d’1 centième avant l’ultime portion de glisse… A l’arrivée, échec. 2e à 0"08 à cause du temps perdu d’entrée et d’une mauvaise trajectoire sur la fin (au niveau de certaines portes la piste donnait l’impression de se dégrader).

Comme prévu, Paris, Reichelt et tous les autres ont reculé d’un rang quand Jansrud a franchi la ligne… en vainqueur. Encore une fois, son dossard ne semblait pas idéal, on imaginait la neige très dégradée par endroits (notamment en haut où désormais le tarif minimal automatique semblait de se retrouver à 3 ou 4 dixièmes de Paris), le Norvégien a démenti. Par où est-il passé ? -0"43 au premier intermédiaire, -0"70 au 2e… LUNAIRE ! Il allait 10 fois plus vite que les autres. Ensuite, s’il avait eu connaissance de son avance, il aurait pu se permettre de gérer, il ne l’a pas réellement fait, continuant toutefois à skier de façon aussi propre, sans commettre d’erreur. 46 centièmes d’avance à l’arrivée. Jansrud zlatane tranquillement la concurrence en vitesse : 4 victoires et 2 fois 2e cette saison en 6 épreuves, du jamais vu ou alors il y a très longtemps. Depuis ses résultats aux JO (bronze en descente, or en super-G), il est au-dessus !

C’était plié, on le savait, pourtant le jeune Vincent Kriechmayr (24) a failli bousculer en négociant incroyablement bien le Ciaslat. Il a terminé 4e à 2 centièmes de Reichelt. Fou ! Notons aussi la performance de Romed Baumann (27), il a perdu 6 dixièmes au 1er inter puis seulement 2 sur tout le reste du tracé.

3 Italiens dans le top 7, 3 Suisses entre 6 et 11, 6 Autrichiens parmi les 14 premiers… Et derrière, le tir groupé français. Les grands exploits de cette manche sont l’œuvre des Français : Brice Roger a réussi un truc énorme, se classer 15e à 1"26 de Jansrud avec le dossard 54 ! Guillermo Fayed s’est ensuite intercalé en 16e position entre Roger et Pinpin avec le… 62 !!!! Les conditions ne leur étaient pourtant pas favorables. Fayed surfe vraiment sur la confiance accumulée ces dernières semaines, si ça se met à fonctionner également en super-G, attention aux yeux ! Mais peut-être est-ce lié au profil de la piste où, rappelons-le, le Chamoniards a terminé 6e en descente il y a 4 ans avec déjà un très gros dossard. Le point commun de ces 2 exploits français du jour est le manque de vitesse dans la dernière partie de glisse (ça n’a pas empêché Brice Roger d’aller plus vite que Jansrud sur la seconde moitié de ce super-G mais ça a privé Fayed d’un top 7 ou 8, car les 56 centièmes perdus dans cette ultime portion ont coûté cher).

Je n’ai pas monté de vidéo car les 2 meilleurs Français du jour n’y auraient pas figuré à cause de leur départ très tardif.

Il n’y aura pas non plus de vidéo pour la poursuite féminine de biathlon. Elle aussi disputée vendredi, cette épreuve n’a vu aucune Française briller. Elles auraient même plutôt bu la tasse. Enora Latuillière a bien limité la casse en finissant 18e. Mais en visitant l’anneau de pénalité presque à chaque passage au tir (0111), même en étant rapide en ski, elle n’a rien à espérer en tirant de cette façon. C’est dommage, après son seul 5/5 elle pointait en 9e position à 40 secondes de la tête.

Il y avait des places à décrocher pour la mass-start, Justine Braisaz a arraché la sienne de justesse avec une 30e place en poursuite, mais surtout grâce à son 14e rang lors du sprint. Commencer par 3 fautes au couché doit être assez terrible. Nos 2 jeunes avaient profité de la configuration du début de course pour se faire tracter et reprendre pas mal de temps, je présume que la petite Justine a payé cet effort au tir. Au moins, elle a su se reprendre et finir en progressant… 3 tours de pénalité, puis 2 au couché suivant, 1 seul au premier debout, et sans-faute pour finir ! 14/20, c’est moche. Mais n’est-ce pas mieux ainsi ? Se rater est une bonne façon d’apprendre quand on débute, attendre plus tard pour faire face à ce genre de situations peut avoir des conséquences bien plus lourdes (doutes, découragement, etc.). Bescond (32e avec 5 fautes, 1031) et Boilley (46e, 2101) ont aussi très mal tiré. Toute l’équipe a connu un jour sans au tir.

Faire 20/20 était possible, Nadezhda Skardino a terminé 6e (22e au départ) en réalisant un sans-faute, une Canadienne est passée de 41e a 14e en l’imitant. 4 des 5 premières ont commis une seule faute, chacune à l’occasion d’un séjour différent sur le pas de tir : Dahlmeier[2] au 1er couché, Mäkäräinen au 2nd couché, Semerenko au 1er debout, Domracheva au 2nd debout. Dans cette affaire, Wierer a encore fait office de dindon – ou dinde ? – de la farce. 2 fautes au lieu d’une (les 2 au 2nd couché), et à la fin, Valj Semerenko la tape au sprint pour la 3e place…

En quelques lignes je peux résumer ainsi le déroulement de cette poursuite : Soukalova a vite explosé (3 tours de pénalité d’entrée en commençant par manquer ses 2 premières cibles, finalement 20e), les 2 meilleures fondeuses ont fait une énorme remontée… en tirant bien ou très bien (des tirs assurés ou très cadencés selon les circonstances) et en mettant la pression aux autres (c’est quand elle était devant en confrontation directe avec Domracheva que Wierer a craqué), ce qui leur a permis de se disputer la victoire, puis les 2 rescapées du podium du sprint ont bataillé pour la 3e et la 4e place. L’épilogue de cette lutte s’est déroulé dans la ligne d’arrivée, l’Ukrainienne a pris le dessus sur l’Italienne dont l’effort pour combler 10 secondes d’écart à la sortie du tir s’est payé.

Domracheva, Mäkäräinen, V. Semerenko, Wierer… Le top 4 de cette poursuite est celui du classement général de la Coupe du monde dans le désordre. Pas de surprise, donc, pourtant cette course a longtemps été mouvementée, les cartes ont été redistribuées dans de larges proportions après le premier couché, encore après le 2nd couché, même si la Biélorusse avait déjà pris les commandes à ce moment. La triple championne olympique de Sochi a très bien géré son affaire tactiquement, si bien que manquer sa dernière balle après un 19/19 lui importait peu, le travail avait déjà été fait sur les skis et en poussant ses adversaires à la faute lors des séances de tir (Wierer, Semerenko et Oberhofer ont été ses victimes directes ou indirectes).

Enchaînons avec la poursuite masculine. Déjà vainqueur de la poursuite de Pokljuka la saison passée après les JO, Shipulin était favori pour se succéder à lui-même. Pas grand favori car les meilleurs étaient presque tous bien placés, les écarts au départ étaient réduits, surtout à la suite de Svendsen, 3e. En plus de Martin Fourcade, appelé à s’élancer 30 secondes après le leader russe, on pouvait voir Quentin Fillon-Maillet (8e à 42s) et Jean-Guillaume Béatrix (14e à 54s) effectuer de belles remontées. En bref, la course s’annonçait belle, a fortiori par grand beau temps.

Martin a tout de suite fait l’effort pour rejoindre Svendsen mais est ensuite resté calme, attendant une montée pour attaquer. Quelques dizaines de mètres derrière eux un gros regroupement s’était produit. Les chasseurs se rapprochaient.

Au premier couché, le léger vent – rien de méchant – n’a gêné personne, les sans-faute ont été nombreux, les écarts et le classement ont surtout évolué en fonction du temps passé pour lâcher ses balles. Shipulin a été très rapide, Landertinger un peu moins, Martin a pris tout son temps avant d’appuyer sur la gâchette pour la première fois. Au moment où il en a terminé, Svendsen était déjà sorti. Le meilleur Français était alors à 34 secondes de la tête avec Johannes Boe, ses coéquipiers étaient bien dans le coup (QFM 7e, JGB 9e, Simon D. 23e, Simon F. 26e), seul Florent Claude n’a pas tout mis dedans.

La jonction entre les différents poursuivants directs de Shipulin s’est produite assez rapidement, on retrouvait Svendsen (qui imprimait le train), Landertinger, le petit Boe et Martin, Schempp un peu plus loin, puis un duo QFM-JGB. Le second passage au tir couché promettait de modifier la donne, il y avait un peu plus de vent. Shipulin a donné l’impression de vouloir assurer, pourtant la dernière balle a manqué la cible. La porte était ouverte pour le quatuor de chasse. Martin a été le plus lent à attaquer, mais se précipiter aurait pu lui être fatal. Avec son 10/10, il est sorti 4e à 15 secondes du Russe, à 8 du 2e, un moindre mal. En en loupant une, J. Boe a rétrogradé à la 5e place, ex-aequo avec JGB, parfait au couché, contrairement à QFM, désormais 9e à 0’55. Plus tard, les 2 Simon ont continué à gagner des places en évitant de visiter l’anneau de pénalité.

Si Landertinger et Svendsen ont pu rejoindre le leader, Martin a eu peu plus de mal, il a dû skier seul une dizaine de seconde derrière eux. 2 duos (JGB-J. Boe et T. Boe-Böhm) suivaient à distance l’un de l’autre, puis on trouvait un gros peloton emmené par QFM.

Le podium s’est dessiné au premier debout. Encore une fois, il y avait un peu de vent, la principale différence par rapport aux tirs précédents est la configuration de la course. Pour la première fois du week-end Shipulin a dû tirer en confrontation, il a voulu attaquer le premier, Svendsen est resté dans son truc, il a mis la pression avec un 5/5 très rapide. Shipulin n’avait aucun droit à l’erreur… il a manqué la dernière. Martin a quant à lui commis l’irréparable en loupant son 4e tir. Landertinger a fait pire, un 3/5 lent. Ensuite, on a assisté à une boucherie, ça a craqué de partout, J. Boe a tourné 3 fois, JGB 2 (7e)… Il aura encore gâché son ski en se loupant au tir débout, un problème récurrent chez lui. QFM a aussi visé 3 fois à côté (36e), les 2 Simon une chacun (22e et 27e).

Svendsen 1er, Shipulin 2e, Martin 3e, c’était le classement à la sortie du 1er debout, rien n’a changé ensuite car ils ont tous les 3 été excellents au dernier debout. Rien sauf les écarts car le Norvégien mettait tout dans la 4e boucle pour se donner de la marge quand Martin semblait commencer à peiner. Dans la dernière, les écarts étaient trop importants (Martin était à 21s de Shipulin), il était opportun de gérer afin de garder du jus pour la mass-start du lendemain.

Cet ultime passage au tir debout m’a surpris, Svendsen était le seul à 15/15, il pouvait se permettre de prendre son temps, de bétonner, il a envoyé une rafale hallucinante pour claquer un 20/20. Le 5/5 de Martin (pour faire 19) a été à peine moins excellent en ayant plus de pression, la moindre erreur pouvait lui faire manquer le podium (même si en réalité presque tout le monde a manqué au moins un tir dans le groupe suivant, dont JGB).

Simon Fourcade, qui jouait sa qualification pour la mass-start, a aussi bien tiré que son petit frère, il est sorti 15e, malheureusement les 5 places perdues ensuite sur la piste ont pesé lourd. 27e au classement général de la Coupe du monde (26e en tenant compte de l’absence d’OEB) alors qu’il fallait être dans les 25 pour obtenir directement son dossard (ou être parmi les 5 meilleurs du sprint-poursuite parmi les autres biathlètes engagés)… C’est rageant. Aussi rageant que la perte du dossard jaune par Martin au profit de Svendsen… pour 4 misérables points. Vraiment frustrant ce week-end, malgré ce nouveau podium (le 4e individuel de l’hiver pour Martin) !

Ceci dit, avec un Svendsen aussi parfait au tir (10/10 au sprint, 20/20 en poursuite, le tout en enchaînant à une vitesse folle), il était difficile de rivaliser. Shipulin a pu rester devant Martin grâce aux 30 secondes d’avance au départ, elles ont compensé le tour de pénalité supplémentaire (18/20 pour le Russe).

Le tir à 17 de Jean-Gui l’a fait rétrograder derrière Landertinger 4e, Moravec 5e et Lapshin 6e… en partant 45e (!). Au moins, il a battu Johannes Boe. A noter que dans cette arrivée en descente on a pu assister à une succession de gros sprints de morts de faim avec des skis jetés sur la ligne, presque des plongeons ! Pour gratter 1 ou 2 points…

Simon Desthieux a aussi manqué la qualification pour la course de dimanche en terminant 25e. Quentin Fillon-Maillet essaiera d’oublier, il est passé de la 8e à la 38e place (4 tours, les 3 au 1er debout ont dû le faire lâcher mentalement). Florent Claude (1110) s’est contenté d’une 47e place, je ne serais pas étonné de voir Jouty dans le groupe CdM en janvier.

Un team-sprint de combiné nordique était prévu samedi mais il a été remplacé par un relais traditionnel (1 saut chacun et 4x5km de ski)… faute de neige à Ramsau. On a eu beaucoup de mal à préparer une piste, il a fallu se contenter d’une boucle d’une longueur réduite, 1,2km. Elle aurait vite été complètement défoncée par un team-sprint, on espérait donc la préserver un peu avec une épreuve par équipes générant moins de passages (12 équipes de 4 avec 5km à parcourir chacun contre 23 équipes[3] de 2 devant chacun effectuer 7,5km de fond).

La France a pris la 4e place du concours de saut derrière l’Allemagne, l’Autriche (à 2 secondes) et la Norvège (à 18s). Je n’ai vu que la fin de la course, mais en prenant connaissance de la composition d’équipe on comprend la stratégie : revenir avec les premiers relayeurs (Sébastien Lacroix et Jason Lamy-Chappuis), rester dans le coup avec le 3e (François Braud) et tenter de tirer son épingle du jeu avec Maxime Laheurte en finisseur. J’imagine qu’avec moins de 31s de retard au départ, Jez aurait terminé.

Le plan a bien fonctionné dans la mesure où Laheute était dans le trio de tête avec Jørgen Graabak et Fabian Rießle. Pour éviter le retour de l’Autrichien qui concourait à domicile, le Français a dû mener un moment. L’équipe locale a été aidée par une autre qui avait pris un tour, ce qui lui a permis de recoller. Dans ce cas, comme en cyclisme, la meilleure chose à faire est de durcir la course dès la jonction. Le gars a fourni un gros effort, croit pouvoir se refaire une santé en prenant l’aspiration, il est à point pour exploser comme un grain de maïs à popcorn, si on en remet une couche il craque physiquement et psychologiquement.

L’accélération a refait le ménage, Laheurte s’est accroché un temps mais a finalement dû se contenter de préserver la 3e place. Le Norvégien a été enfermé dans tous les virages de cette piste très serrée mais a pu tout envoyer au sprint et sauter l’Allemand sur la ligne. Un gros sprint avec photo et les 2 qui jettent le ski en finissant par terre.

1. Norvège 45'41"1 (Mikko Kokslien, Haavard Klemetsen, Jan Schmid, Jørgen Graabak)
2. Allemagne à 0"1 (Tino Edelmann, Eric Frenzel, Johannes Rydzek, Fabian Rießle)
3. France à 6"5
4. Autriche à 12"5
5. Etats-Unis à 1'49

Et nous voici dimanche. Direction Alta Badia pour le slalom géant masculin, un des grands classiques de la Coupe du monde. Là aussi, pas de neige hors de la piste, les organisateurs ont dû se tuer à la tâche pour rendre possible la tenue de cette course.

Alta Badia, c’est très pentu, souvent très glacé (sans doute a-t-on bien injecté de l’eau dans la neige pour durcir le fond), la première manche se déroulait à l’ombre, on pouvait donc raisonnablement espérer que ça tienne correctement à défaut d’avoir une course réellement équitable.

Les Français ont plutôt eu de la chance au tirage, car d’une part leur entraîneur a tracé cette manche, d’autre part ils ont eu droit à d’assez bons dossard : le 2 pour Thomas Fanara, le 3 pour Alexis Pinturault, le 10 pour Victor Muffat-Jeandet et le 12 pour Steve Missillier. Mathieu Faivre est quant à lui sorti du top 15 malgré la blessure de Stefan Luitz, il s’est donc retrouvé avec le n°18, Cyprien Richard partant quant à lui 23e.

Marcel Hirscher a touché le gros lot en s’élançant avant tous les autres sur une piste parfaite. N’ayant pas disputé le super-G de Val Gardena afin de se préserver pour les épreuves techniques susceptibles de lui rapporter jusqu’à 200 points et donc de reprendre à Jansrud la tête du classement général de la Coupe du monde, il a pu se préparer spécifiquement et garder beaucoup de jus. On l’attendait gros comme une maison. L’Autrichien a réussi une bonne manche, pas une grande manche, la marge d’amélioration était assez évidente, essentiellement en bas. Seulement, le dossard 1 octroyait un énorme avantage mesuré au fil des passages.

Fanara a skié à peu près dans les temps d’Hirscher, il était à moins d’1 dixième à tous les intermédiaires. A l’arrivée, il accusait un retard de 17 centièmes. Une bonne performance dans la droite ligne de ses précédentes cette saison et sur cette piste par le passé. Pinpin était le suivant, je l’ai trouvé très agressif, il a allumé vert (-0"03) au premier chronométrage intermédiaire, ce que personne d’autre n’a fait au cours de la matinée. Ensuite ça s’est dégradé, il sortait parfois de la ligne, ce n’était pas assez propre, un travers lui a fait prendre un petit éclat (+0"46). On a alors revu du bien meilleur ski, l’écart s’est stabilisé, Pinpin a fini beaucoup plus fort. 2e à 0"16, juste devant son coéquipier.

Comme d’habitude à Alta Badia, Ted Ligety (4) faisait office de favori. Il a raté sa manche. Pas dans le rythme, souvent en dérapage, incapable de tenir ses appuis. Du coup, il a lâché entre 3 et 5 dixièmes à chaque intermédiaire avant de limiter la casse en ne perdant rien en bas. Résultat, 1"33 de débours à l’arrivée. Quelle surprise ! A priori, ses chances de monter sur le podium venaient de s’envoler, seulement en pratique, comme peu ont ensuite fait mieux - seulement les 2 Allemands partis juste après lui, Fritz Dopfer (6) et Felix Neureuther (5) respectivement 4e et 5e à 0"84 et 0"85, puis un local, Roberto Nani (15), 6e à 1"13 – le champion du monde et olympique de la discipline est resté en embuscade, 7e de la manche. Compte tenu de son niveau, tout restait possible.

Je pensais voir un concurrent avec un relativement gros dossard créer la surprise en s’intercalant dans le top 5 ou top 6, on observe assez régulièrement ce phénomène sur ce genre de manches quand le fond est assez dur et que la piste se dégrade. Un gars en feu réussit à passer on ne sait où en coupant au-dessus des traces ou en parvenant de façon incroyable à profiter de ces traces, mais hormis Nani qui a tenté des trajectoires osées et a su les tenir (il a repris du temps dans la 3e section), personne n’y est parvenu. En réalité, la dégradation de la neige semble avoir créé de petits escaliers ou des vaguelettes au lieu d’une sorte de rampe dans laquelle s’appuyer. Ça tapait fort de partout. VMJ était assez déçu de son temps (+1"84), finalement ce n’était pas si mal après avoir dû mettre beaucoup de dérive par moments et s’être trompé sur certaines trajectoires. Pas vraiment dans le rythme, pas assez agressif à mon goût, il s’est tout de même classé 8e. Missillier avait absolument besoin de se refaire une sant après un début de saison pourri, ça ne s’est pas très bien passé malgré un état d’esprit assez irréprochable. Nettement plus à l’attaque que les précédents, décidé à passer très près des portes, il s’est fait secouer. Malheureusement, le vice-champion olympique n’a pas été bien payé : 2"34 à l’arrivée. Au moins, il a franchi la ligne et assuré sa qualification pour la seconde manche (12e).

On en a vu pas mal partir en sucette, parfois jusqu’à sortir. Les Norvégiens ont bien galéré, notamment Jansrud (16), rejeté à la 20e place à 3"12. Après le premier TV break, le tarif minimum était déjà supérieur à 2 secondes. Marcus Sandell (19) et Matthias Mayer (17) ont fini 10 et 11e à environ 2"20, Mathieu Faivre s’est élancé entre eux, lui aussi devait se reprendre faute de résultats ces dernières semaines en prenant trop de risques lors des secondes manches. En tournant derrière les portes, en commettant de grosses fautes (dont une énorme), en ne parvenant pas à générer de vitesse, il a fini à 3"05 (18e). Après le second TV break, c’était au tour de Priou. Jamais dans le coup, il a pris très très cher, 4"30, donc pas de qualification envisageable. J’avais mal pour lui. Désormais, descendre sous les 3 secondes relevait presque de l’exploit, Massimiliano Blardone (29), Ondrei Bank (28) et l’improbable Filip Zubcic (64) y sont parvenu (15, 16 et 17e). A noter aussi la qualification de Vincent Kriechmayr, 21e avec le dossard 46, une belle perf après sa 4e place au super-G de Val Gardena la veille.

Il fallait finir à moins de 4 secondes pour participer à la seconde manche. Des remontées spectaculaires n’étaient pas à exclure, toutefois la lutte pour la victoire et les premières places semblait plus ne concerner que quelques concurrents. Le trio nettement détaché avait fait le plus dur, espérer un doublé français (pas forcément 1 et 2) était assez logique dans les écarts étaient grands.

La seconde manche a été tracée par l’entraîneur de Svindal et Jansrud. Pourtant il a conçu un parcours très tournant qui aurait éventuellement pu bénéficier à Kristoffersen, certainement pas à son poulain en tête du général de la Coupe du monde. Un choix bien étrange peut-être dû à la configuration de la piste. On ne peut pas y tracer très librement, elle impose certaines choses.

Bref[4]. Oublions les premiers à s’élancer, il y avait trop d’écart pour que leurs performances aient un impact notable sur le résultat final. Toutefois, malgré le froid encore bien présent (même dans les parties ensoleillées), leurs passages ont rapidement commencé à dégrader la surface sur laquelle les concurrents suivants ont souvent galéré. En réalité, même les premiers ont eu du mal sur cette piste dont la réputation est parfaitement méritée.

Gino Caviezel est resté un moment en tête grâce à sa grosse seconde manche, mais son retard (3"40) en sortant de la cabane de départ lui interdisait d’espérer une remontée phénoménale. Il est pourtant passé de la 24e à la 9e place finale grâce au meilleur temps sur ce second tracé. Il aura donc vu pas mal de monde se casser les dents sur son chrono de référence, notamment Jansrud (finalement 14e en limitant mieux les dégâts que d’autres), Jitloff (un des rares à avoir repris du temps au jeune Suisse sur une des sections de la piste), ou encore Faivre, pas du tout dans le coup (très décevant 23e).

La grosse surprise de la matinée a confirmé : Zubcic, 17e le matin malgré son dossard 64, a nettement pris la tête (-0"37) avec le 2e temps de la manche. Absolument personne n’avait vu venir le Croate, en revanche tout le monde a eu le temps de l’observer dans l’aire d’arrivée car après lui, nombreux ont été les géantistes à la rue. Certains n’y étaient pas du tout, certains sont sortis de la ligne ou carrément du tracé, la piste a aussi joué de très vilains tours à des garçons comme Steve Missillier, vraiment poissard. Obligé de réussir une bonne manche en raison d’un besoin urgent de points afin de ne pas sortir du top 15 de la WCSL, le Français a commencé d’entrée à déraper, l’impression était mauvaise, elle a été confirmée par le chrono, sa marge de 62 centièmes de seconde a vite été entamée, il a perdu 4 dixièmes dès le haut. Ensuite, ça semblait un peu plus propre, il a concédé seulement 2 dixièmes et restait tout juste dans le vert, seulement il avait tendance à tourner après les portes… jusqu’à perdre son ski gauche sur un appui extérieur. En tapant sur une aspérité, le ski a fait lâcher la fixation. Un vrai gros coup de malchance.

Sur ce champ de bataille il était devenu bien difficile de trouver le juste milieu entre agressivité et prudence, le rythme permettant d’aller vite sans être à la merci du moindre trou ou de la moindre bosse susceptible de vous éjecter, les bons angles pour tourner sans trop freiner ni décrocher. Ainsi, Mathias Mayer, bien parti, a fini par sortir car il a mis trop d’angle et a dérapé. Sandell aussi a bien débuté, il a limité les prises de risques, a préféré la douceur à l’agressivité mais du coup son rythme était trop lent (tout de même 10e de la course). Raich a mis énormément de dérive à chaque porte, il a donc pris assez cher. Après le dernier TV break, VMJ a obtenu son moins bon résultat de la saison en géant (11e après avoir terminé 5e, 5e et 9e des précédents). Il avait 1"13 de marge, a correctement résisté en haut, c’est devenu de plus en plus acrobatique, il a perdu une seconde pleine dans le portes empilées du mur et sur le bas pour terminer seulement 4e provisoire à 0"49 de Zubcic. Manger moins d’une seconde par rapport à Caviezel relevait désormais de l’exploit, il s’agissait désormais de survie, plus vraiment de ski. Heureusement pour ces garçons, les écarts énormes de la première manche ont évité les trop grosses dégringolades au classement malgré ces performances très moyennes en seconde.

Seulement, est arrivé le moment où les derniers occupants de la cabane de départ étaient tous des cadors bénéficiant d’une énorme marge sur le Croate.

On a commencé par Ligety, auteur d’une mauvaise première manche mais incroyable dans la seconde. Parti avec une avance énorme (-1"64), il a d’abord réussi à tout conserver en ne semblant pourtant pas au top. On a vu de petites erreurs, quelques travers… mais -1"72 au 2e point de chronométrage. Incroyable. En fait, il réussissait à ne pas ralentir en partant en travers, ce qui est assez fou. Par la suite, ça s’est un peu moins bien passé, rien de bien grave, il a perdu seulement une demi-seconde pour franchir la ligne avec un temps inférieur de 1"22 à celui de Zubcic. Compte tenu de la dégradation de la piste, il pouvait espérer monter sur le podium.

Nani aussi a été bon. Il avait peu de chances de faire aussi bien que Ligety, il a fait beaucoup mieux. Mais seulement en haut, où il a vu son avance passer de 2 dixièmes à 0"42 en prenant le risque de tourner très large, probablement pour éviter les trous. Ensuite, il a frôlé la cata à plusieurs reprises. Il sautait dans tous les sens, est souvent sorti de la ligne, a utilisé pas mal de fois sa main comme 3e appuis. Et malgré tout ça, il a fini sur ses skis en ayant passé toutes les portes ! Du grand spectacle ! Nani l’équilibriste. 2e à 0"36, il a ensuite rétrogradé jusqu’à la 6e place.

Neureuther s’est intercalé entre l’Américain et l’Italien en ayant lâché 6 dixièmes. Il s’est pratiquement assis dans la 2e section. Puis Dopfer a beaucoup trop assuré, il a pratiquement tout fait en freinage, d’où seulement une 5e place provisoire à 1"57 de l’Américain (24e de la manche), une 8e au final.

Restaient les 3 hommes détachés. Fanara, Pinturault et Hirscher. Fanara avait 1"16 de marge. Plutôt propre et précis mais pas assez agressif dans cette fameuse 2e portion (avant le mur aux portes empilées), il a perdu gros (de -0"96 à -0"39). Ensuite, il s’est bien repris, avait encore 3 dixièmes d’avance avant le bas, il fallait que ça tienne… mais à l’arrivée, grosse frustration : 2e pour 3 put*in de petits centièmes… Dégoûté. Pourtant, en bas, Ligety n’a pas été fabuleux, il était possible a minima de préserver un peu de l’avance qui lui restait. L’assurance d’avoir au moins un Français sur la boîte n’effaçait pas cette frustration énorme.

Environ 2 minutes plus tard, cette frustration s’est renforcée. A l’issue de la première manche, l’écart entre les 2 meilleurs Français était ridicule : 1 centième de seconde. A l’issue de la seconde, le ridicule s’est transformé en cruauté. Le même écart… Mais en inversant l’ordre. Autrement dit, à 1 centième près on aurait pu avoir 2 Français sur le podium avant de savoir ce qu’allait faire Hirscher. Fanara et Pinpin ont perdu très gros dans le même secteur. Le plus jeune avait 1"16 de marge, il a très bien résisté en haut en s’engageant à fond, il lui restait 1"08 au premier inter mais seulement 0"38 au 2e car ça tapait beaucoup sous les skis, provoquant quelques petits travers ou blocages. Au dernier inter, ça sentait assez mauvais, il lui restait peu d’avance, seulement 16 centièmes par rapport à Ligety, il était déjà derrière son coéquipier pour un gros dixième… et a donc terminé derrière, mais d’un rien. 3e à 4 centièmes du leader provisoire, à 1 centième de son compatriote. Les boules. Je pense que la fatigue du super-G de la veille explique ce put*in de centième.

Ensuite, Hirscher a réglé tout le monde en étant au-dessus du lot. Il était plus frais mais a surtout réussi une grosse perf (3e temps de la manche) grâce à une capacité impressionnante à ne pas perdre sa vitesse même quand le terrain aurait dû le faire partir à la faute. On l’a vu skier sur l’arrière à un moment mais s’en est sorti. Il a skié propre mais tout à la limite, ça aurait pu basculer n’importe quand. Seulement, ça n’a jamais basculé dans le mauvais sens pour lui. Hormis entre les 2 premiers points de chronométrage intermédiaire où Ligety est allé 2 dixièmes plus vite, l’Autrichien a fait jeu égal ou mieux que l’Américain dans tous les autres. 1"45 d’avance à l’arrivée… Quand on pense que les 4 suivants ont été classés en 0"04… Qu’entre le 2e et le 6e il y a 0"36 (les dossards 1 à 5 ont fini aux 5 premières places presque dans l’ordre, Ligety avait le 4, il a "remonté 2 places"), puis un trou énorme derrière…

Vous rendez-vous compte de ce que représente ce centième pour Pinpin ? En plus de la place sur le podium, il coûte 10 points au classement de la Coupe du monde (de la spécialité comme au général). Les 4 centièmes coûtent même 30 points… Jansrud s’en est bien tiré avec sa 14e place, il a pris 18 points pour avoir fini à plus de 2 secondes du jeune Français.

Fanara 3e (pour la 3e fois de sa carrière sur cette piste, il ne fait que progresser cette saison : 8e, 6e, 5e, 3e), Pinturault 4e (16 fois sur 17 dans le top 6 en géant depuis les ChM de Schladming[5], et même 15 fois sur 17 dans le top 5… mais une seule victoire), VMJ 11e, Faivre 23e, Missillier dehors… Ça aurait dû se terminer avec 2 Bleus sur la boîte, 3 dans le top 10, 5 dans le top 15… Sur une piste comme ça la manche sans faute n’existe pas. Mais la manche avec trop de fautes ne pardonne pas.

Un peu plus tôt dans la journée, le super-G féminin de Val d’Isère a aussi été une course spectaculaire. Les conditions étaient parfaites malgré la couche de neige pas très épaisse ayant conduit à préserver certaines portes lors de la reconnaissance (une décision d’autant plus nécessaire que la neige était plus molle que lors de la descente). Lara Gut était la favorite de ce super-G tracé par un entraîneur suisse. Le bonhomme a fait du bon travail. Pas forcément pour ses athlète.

Côté français, pas de grande nouveauté à signaler, mais une belle opportunité : après avoir fait top 30 en descente (ses premiers points de la saison), Jennifer Piot a hérité du dossard 1, Marie Jay Marchand-Arvier du 4. Il fallait en profiter ! La plus jeune a skié – un peu trop – proprement avant de commettre une grosse erreur en bas. On le savait, elle allait prendre un éclat par rapport aux meilleures car elle manquait de vitesse. Son temps de référence a néanmoins tenu jusqu’au passage de son aînée, laquelle en a établi un nouveau (-0"59). A l’expérience et malgré sa situation de recherche de confiance, Marie a su éviter les pièges, elle a accepté de ralentir pour assurer à certains endroits, sur un mouvement de terrain où nombre de filles ont ensuite été éjectées faute d’avoir bien joué le coup tactiquement. En étant trop rapides, elles atterrissaient trop loin pour bien prendre le virage car ça tournait à gauche dans le sens de la descente juste derrière. Ça m’a rappelé la descente olympique masculine de Nagano remportée par Jean-Luc Crétier, il s’agissait quasi-exactement de la même configuration, il avait remporté la course car il avait su se relever avant le saut où sont partis au tas des gars comme Hermann Maier.

A la reconnaissance, on ne se rendait probablement pas compte du danger d’emmagasiner trop de vitesse dans cette partie du tracée, seulement au bout de quelques passages les infos remontent, le visionnage de la course grâce aux écrans présents au départ permet de détecter les pièges de ce type. Je ne m’explique pas comment tant de skieuses habituées à ce genre de courses ont pu se faire avoir. Si vous ajoutées aux éliminées (10 des 30 premières partantes) celles obligées de mettre un grand coup de frein, vous comprenez à quel point ce tracé a pu faire de dégâts. Perso, je trouve formidable d’avoir ce genre de courses. On parle ici de pièges qui ne mettent pas en danger les athlètes et récompensent l’intelligence tactique nécessaire pour bien les négocier. Mon discours serait tout autre si ça avait transformé la chose en loterie à l’image des tracés de slalom de papa Kostelic ou si on avait risqué des accidents graves pour le spectacle.

Pendant quelques minutes, on a eu 2 Françaises en tête. Ça n’allait pas durer, mais c’est sympa quand même. La valse des sorties de pistes a débuté avec Suter (8 dixièmes d’avance au 1er inter), puis Sterz et Rebensburg (une des favorites après sa 2e place en descente, 6 dixièmes au 1er inter mais exactement la même erreur que Suter).

Julia Mancuso (10) a pris large sur le haut, du coup elle avait peu d’avance mais aussi moins de vitesse à l’endroit fatal aux précédentes concurrentes, ce qui lui a permis de rectifier le tir de justesse (elle a failli partir à la faute) et de finir fort (-0"91). Néanmoins, il y avait de la marge pour aller nettement plus vite. D’ailleurs l’Américaine spécialiste des grands championnats a ensuite rétrogradé jusqu’au 6e rang).

Course tactique ne signifie pas course sans engagement, il fallait en mettre, prendre des risques, sinon vous perdiez beaucoup de temps. Tout est histoire de dosage. Ainsi, Dominique Gisin a ski de façon trop propre et a terminé ex-aequo avec Marie. Nadia Fanchini (15) a cherché le bon compromis, c’était plutôt bon sur le haut (-0"21) avant de presque s’arrêter sur la porte piège. A égalité avec Mancuso au 2e intermédiaire, elle a mieux fini (-0"23 à l’arrivée). La marge de progression existait toujours, on attendait la course parfaite, peut-être après le TV break.

Lara Gut (16) restait sur une victoire à l’issue du 1er super-G de la saison, elle donnait l’impression de faire du très bon ski mais comptait 3 dixièmes de retard. Elle a surtout été intelligente, négociant très bien la partie "dangereuse", ce qui lui a permis de prendre de l’avance au 2e chronométrage. Ensuite, elle n’a pu augmenter sa marge malgré une bonne vitesse et a même perdu quelques centièmes pour finir avec 1 dixième d’avance. Probablement parce qu’elle a pris un peu large sur la dernière porte. Cette performance n’allait sans doute pas lui permettre de gagner, un podium restait en revanche très probable.

Si Nicole Hosp a été piégée (gros travers), Anna Fenninger (18) a réussi la courbe parfaite à la porte clé. Ayant déjà été excellente sur le haut, elle possédait 59 centièmes d’avance à mi-parcours. La suite n’a pas été du même niveau, d’où un meilleur chrono amélioré de "seulement" 0"18 centièmes. Il était possible de mieux terminer donc de battre la belle Anna.

Tina Weirather n’y est pas parvenue car, 2e au 2e inter, elle est sortie. Pas au même endroit que les autres. Liz Görgl (20) a beaucoup d’expérience, son podium la veille a dû lui apporter la confiance dont elle manquait depuis le début de saison. Un peu en avance au premier point de chronométrage, elle a un peu trop amorti au passage piège, ce qui lui a fait perdre du temps par rapport à sa compatriote. Mais il lui suffisait ensuite de terminer proprement pour prendre la tête. Elle l’a fait. 1 dixième de retard à mi-course, 5 centièmes d’avance à l’arrivée. C’était juste !

Rien n’était encore gagné, il restait notamment Vonn et Maze. L’Américaine pouvait égaler le record de victoires en Coupe du monde la veille de l’anniversaire de sa re-blessure au genou sur la même piste. Dans le temps de Görgl sur le haut, elle est sortie trop large sur une porte avant le piège et est tombée. Sans se faire très mal, elle semblait surtout un peu sonnée, car elle a mangé la porte pleine face. C’est le bras qui a pris, le coude était un peu douloureux, mais rien de bien méchant. Le record attendra.

Par conséquent, seule Tina Maze s’affichait encore comme candidate à la victoire. La Slovène s’est ratée sur le haut, elle comptait déjà 45 centièmes de retard par rapport à Görgl. Mais elle est revenue dans le coup de façon impressionnante jusqu’à afficher +0"05 au 3e intermédiaire. Un léger freinage au niveau d’une des dernières portes lui a coûté la victoire. La star des ChM 2013 a échoué à 13 centièmes de la star des ChM 2011.

Par la suite, on a seulement eu 2 autres entrées dans le top 10 (Huetter et Merighetti, respectivement 8e avec le dossard 24 et 7e à 0"90 avec le 31) et encore une litanie de chutes, sorties de piste et autres fautes voire abandons (dont une série de 7 de suite). Par exemple Fischbacher a mangé une porte en plein dans le nez, elle a mouché rouge.

Résultat des courses : victoire de Görgl, Fenninger 2e, Maze 3e, les 3 en 13 centièmes, Lara rejetée à la 4e place comme la veille et particulièrement déçue (vous pouvez le constater dans la vidéo, son interview est très explicite), Marie 9e (meilleur résultat de l’hiver), la jeune Jennifer Piot 15e, Marion Rolland 25e à 2"80 (c’est plus une descendeuse, il ne fallait pas s’attendre à la voir retrouver ses sensations sur un super-G).

Retour au pays de Tina Maze pour un sport qu’a priori elle ne pratique pas, le biathlon. Quelle idée lumineuse d’organiser la première mass-start dès le mois de décembre pour bien finir l’année ! Rien ne vaut une bonne mass-start. Ce format est mon préféré car tout peut arriver, le spectacle est toujours présent, pour les spectateurs c’est le plus palpitant, pour les athlètes aussi dans la mesure où tout le monde part en même temps, tout le monde a sa chance, il n’y pas plus équitable, la sélection se fait à chaque séance de tir, les cartes peuvent être rebattues à tout moment. Le sprint est moins lisible en raison de son format contre-la-montre, les conditions peuvent changer selon votre dossard. Il en va de même pour l’individuelle avec une longueur de course doublée et une importance fortement accrue du tir. En poursuite, le meilleur du jour ne gagne pas forcément s’il est parti de trop loin à cause d’un sprint – parfois d’une individuelle – raté, il y a donc souvent une sorte de présélection au départ, le nombre de vainqueurs potentiel est réduit. En mass-start les 30 partants – les 25 premiers au classement général de la CdM auxquels on ajoute les 5 meilleurs de la semaine – ont tous leurs chances, même avec le nouveau mode de départ adopté cette saison[6], la confrontation directe en ski et surtout au tir est permanente. Or en sport, rien ne vaut la confrontation directe, on ne le dira jamais assez. Elle implique une réelle équité (même conditions pour tout le monde), la dimension psychologique et tactique prend toute son importance.

Pour ne rien gâcher, il se trouve que les Français sont souvent bons dans cet exercice. Et dimanche, ils étaient bien représentés à Pokljuka. En particulier chez les femmes où en plus d’Anaïs Bescond, Marine Bolliet et Enora Latuillière, assez confortablement installées dans le top 25 de la Coupe du monde, l’équipe a pu engager Sophie Boilley, dernière qualifiée grâce au général, ainsi que Justine Braisaz, dernière qualifiée grâce aux points du sprint et de la poursuite. Chez les hommes, ils n’étaient que 3, mais 3 hommes en forme : Martin Fourcade, Jean-Guillaume Béatrix et Quentin Fillon-Maillet.

Cette journée aurait pu être historique. On aurait pu voir 3 membres de l’équipe monter sur le podium en décrochant la victoire dans les 2 courses. Malheureusement un train finlandais et un gros relou russe sont venus jouer les rabat-joie.

Commençons par les femmes, leur course s’est tenue en fin de matinée. Après le premier tir couché, Dorothea Wierer était en tête devant Valj Semerenko et Kaisa Mäkäräinen. Pas vraiment de surprise, donc. Anaïs Bescond occupait la 7e place à 12 secondes, Marine Bolliet la 12e à 21s. Jusqu’ici, rien à signaler a priori. Pourtant un événement fondamental s’est produit au cours des instants suivants : en sortant de l’anneau de pénalité, Darya Domracheva a percuté une concurrente qui y entrait. C’est assez difficile à dire en regardant les images, mais il semblerait que l’autre protagoniste de l’accident soir Enora, auteur d’une faute au tir et donc contrainte d’aller tourner. On l’a su par la suite, en chutant la Biélorusse a endommagé sa carabine, ou du moins ses réglages pour le tir ont été chamboulés, du coup la séance suivante au tir a viré au carnage (1/5). Elle a abandonné dans la foulée. La porte s’est donc ouverte en grand pour ses concurrentes, libres de se gaver de points en son absence.

A l’avant on trouvait un trio suivi de quelques filles éparpillées puis d’un gros peloton d’auteurs d’un 5/5 au couché. La situation a évolué rapidement. La Finlandaise a pris la tête et a tenté de s’échapper. Elle y est parvenue. Veronika Vitkova poursuivait donc désormais un duo alors qu’un peu plus loin Bescond envoyait pour mener puis s’extraire de la horde de chasseresses.

Mäkäräinen a assuré un 5/5 assez lent au second couché, Semerenko a été très bonne, contrairement à Wierer et Vitkova, coupables de précipitation, ce qui leur a fait louper la dernière cible. Bescond a adopté une tactique prudente mais intelligente en n’allant pas trop vite car c’est bien connu, sur une mass-start les 2 tirs couchés servent à faire l’écrémage, les debout servent à faire la différence. Autrement dit, mieux vaut assurer dans la première partie de la course pour se donner une chance de se battre ensuite pour les premières places. A l’issue de cette seconde visite sur le pas de tir les positions étaient les suivantes : Maka en tête, Semerenko 2e à 5s, Hinz 3e à 17s grâce à une rafale, Bescond juste derrière, Bolliet 9e à 25s. On comptait encore 9 sans-faute.

Pendant que Mäkäräinen poussait sur les skis pour augmenter sa marge, un nouveau groupe de chasse s’est formé un peu devant Bolliet. Elles étaient 7, Skardino imposait son rythme à ses compagnonnes de route. Le tir debout allait permettre de faire le tri. Mieux, il a complètement relancé la course.

Mäkäräinen a mis pas mal de temps à lâcher sa première balle puis a voulu enchaîner assez vite, ce qui lui a fait louper la 3e cible, puis la 5e. 2 tours ! Semerenko aurait aimé faire la bonne affaire, il lui fallait un bon 5/5, elle a fait un 4/5 très rapide. Tout était ouvert, qui allait en profiter ? "Nanass" ! Grâce à un nouveau sans faute, assez magistral celui-ci. La Française est sortie en tête devant Soukalova et Hinz, Skardino n’était pas loin, en revanche Wierer a pris du retard en loupant la dernière. Quant à Bolliet, 2 fautes ont eu pour effet de la rejeter définitivement hors de la lutte pour les premières places.

On a vite trouvé un trio en tête (Bescond-Soukalova-Hinz), puis un duo (Skardino-Semerenko) à une grosse dizaine de secondes, les concurrentes suivantes se trouvant à 25s et plus. Les 4 seules filles ayant tiré à 15/15 occupaient les 4 premières places. Les groupes se sont disloqués, les écarts ont varié de façon plus ou moins conséquente, "Nanass" a pris quelques mètres d’avance. Rien n’était joué, rien du tout (sauf pour les filles vraiment larguées), d’autant que Mäkäräinen allait très vite et doublait pas mal de filles. Le second passage au tir debout s’annonçait particulièrement décisif. La mass-start dans toute sa splendeur, la quintessence du suspense !

Bescond a été la première à appuyer sur la gâchette, elle a ensuite assuré pendant qu’Hinz en loupait une. Il était impératif de finir à 20. Il lui a fallu une plombe pour lâcher sa dernière balle avant de remettre sa carabine sur le dos en arborant un grand sourire. S’appliquer quitte à perdre quelques secondes valait le coup, ça lui a permis de réaliser le sans-faute et de se retrouver en tête à l’entrée du dernier tour. Seule de surcroît, malgré d’autres 5/5, et même 2 autres 20/20 (les 3 premières ont tout mis dedans). Soukalova est sortie à 10 secondes, Skardino à 14, Mäkäräinen à 18, Semerenko à 19.

Le regroupement des 3 poursuivantes directes de "Nanass" a duré bien peu de temps car il était impossible de résister au train finlandais. Mäkäräinen est revenue sur Bescond comme un boomerang ! C’était impressionnant. La Scandinave a rejoint la Française assez loin de l’arrivée, elle a posé une mine dans une montée. Accrocher le bon wagon était inenvisageable car dans la vraie vie personne ne peut sauter d’un pont sur le toit d’un train lancé à toute vitesse, on ne voit ça que dans les films.

Malgré 2 tours de pénalité de plus que les 3 suivantes, Mäkäräinen a gagné. Elle était la plus forte sans contestation possible, son mois de décembre a été énorme, elle presque 100pts d’avance sur Valj Semerenko au classement de la Coupe du monde (pour rappel, la victoire rapporte 60 points, un écart si énorme est très difficile à rattraper si la mieux classée n’explose pas plusieurs fois de suite et ne fait aucune impasse). Domracheva a payé très cher son accident.

Une semaine après son 2e podium de l’année, Anaïs peut être fière de sa 2e place (à 7"6), surtout en tirant à 20. Son manque de sensations en ski est compensé par des performances dont elle n’était pas coutumière sur le pas de tir. Skardino a pris la 3e place (à 16s), Soukalova et Semerenko ont sprinté pour la 4e place, Wierer a fini 6e devant 3 Allemandes. Côté français, Bolliet a été l’auteur d’une course correcte mais gâchée au tir debout (16e à 2’ ; 0021 au tir), les autres sont passées à côté : Boilley 26e à 3’ (1110), Latuillière 28e (1221), Braisaz 29e et dernière avec 7 fautes (1132) ! 3 courses en 3 jours, c’était peut-être trop pour ce jeune espoir de 18 ans… Mais avant la trêve et en ayant l’assurance de prendre des points en finissant l’épreuve, ça valait le coup d’y participer. L’apprentissage passe aussi par des échecs.

L’enjeu de l’épreuve masculine était le dossard jaune. Martin Fourcade voulait le récupérer. Il a pris l’habitude d’en être le titulaire au nouvel an. Lors de cette course, il portait uniquement le rouge de tenant du titre de la CdM de mass-start.

Parti de la première ligne, il a immédiatement pris les devants, accompagné par Shipulin qui faisait aussi le travail à sa hauteur ou en tête. Mieux valait agir ainsi pour s’éviter les problèmes liés à la pratique du ski de fond en peloton. On a vu des bâtons cassés, un Russe a même perdu un ski !

Shipulin a décidé d’attaquer avant de redescendre sur le stade pour le premier couché. Il semblait y avoir un peu de vent, pas du vent régulier. Mieux valait se méfier, ce qu’a fait Martin. Le Catalan a pris tout son temps, contrairement à Shipulin, auteur d’un 5/5 très rapide. Svendsen et Fak ont loupé une cible, Johannes Boe 2. En tout, on a dénombre 13 sans-faute, dont ceux de Jean-Gui et de QFM, sortis respectivement 5e et 12e à 6 et 17 secondes.

Fort logiquement, un regroupement s’est rapidement opéré à l’avant, Shipulin a continué à mener, Martin restait sage, il me semble avoir aussi eu besoin de récupérer un bâton. Afin de mettre ses adversaires dans le rouge à l’approche du tir, le vrai sportif français de l’année a mis un coup d’accélérateur dans une montée. Landertinger et Shipulin étaient dans ses skis, Béatrix se calant tranquillement en 4e position en attendant son heure. Pour ces hommes, il s’agissait aussi d’éviter le retour des chasseurs menés par Svendsen (un groupe dont faisait partie Quentin Fillon-Maillet).

Au second couché, Martin a tiré plus vite que d’habitude, une nécessité dans la mesure où beaucoup étaient ensemble sur le pas de tir et où très peu visaient à côté. Parmi les membres du premier groupe Schempp (2/5), Moravec et quelques seconds couteaux ont dû tourner. Malheureusement QFM aussi, il n’a donc pas pu rejoindre ses 2 coéquipiers sortis ensemble avec les 3 premiers. Quant à Svendsen, il a mangé la feuille, s’obligeant à effectuer une double visite l’anneau de pénalité, soit un tir à 7/10 déjà rédhibitoire (même chose que J. Boe).

La course a vraiment débuté à ce moment. On retrouvait 5 hommes en tête, Shipulin suivi d’un sandwich composé de 2 tranches de biathlètes français entre 2 tranches de biathlètes autrichiens (Landertinger – qui a pris des relais – et Eder). Un peu plus loin naviguait un petit groupe où se figuraient Lindström, Tarjei Boe et Fak. Les écarts ont été amplifiés dans la 3e boucle.

Au premier debout, la régalade : Landertiner en loupe une, Eder déconne sur la dernière, Martin ne se précipite pas, il fait carton plein, comme JGB et Shipulin. Martin sort en tête avec Jean-Gui dans les skis, Shipulin à 2s, Lindström à 18s, Eder à 19, puis on trouve Anev à 24s, les suivants se trouvant à 32 secondes et plus ! ENOOOOOOOOORME !!! QFM a aussi tout mis dedans, d’où un retour en 12e position, Svendsen étant 14e.

Avec trois si gros moteurs à l’avant, on pouvait s’attendre à une pénultième boucle supersonique. J’ai néanmoins l’impression qu’ils se regardaient un peu avant que Jean-Gui ne prenne la tête. Martin me semblait au marquage du Russe. Celui-ci s’est ensuite porté en première position.

Tout allait probablement se jouer au dernier debout, personne n’ayant droit à l’erreur. On pouvait le croire. Seulement, en attaquant trop vite, Martin a loupé la première, s’obligeant à prendre de gros risques et donc à enchaîner très vite. La porte était ouverte pour Jean-Gui et pour Shipulin… Ils ont chacun manqué la dernière ! Tout le monde s’est donc retrouvé à peu près au même niveau. Et pendant qu’ils se couraient après sur l’anneau de pénalité, Eder a claqué un 5/5 hyper rapide, Lindström est revenu dans le coup en faisant lui aussi tout tomber. Résultat, à la sortie du pas de tir Eder comptait seulement 2 secondes de marge sur Martin – donc rien – et 7 à 8 sur un trio franco-russo-suédois. Un peu après, Quentin Fillon-Maillet a aussi réussi un carton plein grâce auquel il a entamé le dernier tour de piste en 9e position. Il a ensuite eu du mal à finir (12e malgré une seule cible manquée).

La suite ne peut être qualifiée d’erreur tactique des 2 Français car ils étaient hyper bien partis pour terminer 1er et 2e. Le regroupement à 5 ne posait pas de gros problème dans la mesure où Lindström (le seul à 20/20, parmi les 7 premiers 6 ont fait 19/20) et Eder n’allaient certainement pouvoir tenir le rythme sur les skis. Shipulin était le seul véritable adversaire des Français, il s’est placé en tête, Martin restait au marquage avec JGB juste derrière lui. Le leader du biathlon mondial a décidé d’attaquer, on a alors une première fois failli assister à un accident au sein de ce quintette.

Fallait-il attaquer de loin ou tout garder pour le sprint ? Être tous les 2 de front et barrer la route aux autres était aussi efficace. Quand Jean-Gui a accéléré, Martin ne l’a pas laissé prendre beaucoup d’avance, il est ensuite vraiment allé le chercher. Les 2 Français étaient échappés ! Seul Shipulin est parvenu à recoller, mais JGB restait devant et envoyait du lourd. Quelle course ! Seulement, profitant de l’aspiration, Shipulin a pu doubler par la gauche, provoquant une catastrophe en marchant sur le ski de Jean-Gui. Chute plus perte de bâton, Martin retardé en évitant de justesse la chute… Une horreur ! Avec un seul bâton, comment aurait-il été possible de résister à Eder et Lindström ? Impossible. Au lieu d’un podium, voire de la première victoire de sa carrière, JGB a eu droit à une 5e place (Eder a battu Lindström au sprint) et à une énorme frustration. Quant à Martin, bien parti pour gagner ou au pire pour finir 2e derrière son pote, il a vu le Russe le battre et donc le priver de sa première victoire à Pokljuka, à peu près le seul site de la Coupe du monde de biathlon où il n’a jamais gagné.

Une cata, cette fin de course. Entre Martin qui tire trop vite sa première balle au dernier debout, JGB qui loupe sa dernière au debout, et l’accident causé par Shipulin, un habitué du genre, les causes de frustration et autres sujets de regrets ne manquent pas. Rappelons l’incident du sprint, quand il a cassé le bâton de Martin à 1km de l’arrivée. Signalons aussi que cet accrochage entre Jean-Gui et le Russe a connu 2 précédents sur la dernière boucle. Une réclamation a été déposée, Shipulin s’en est sorti avec un simple carton jaune (pour excès d’agressivité ou un truc comme ça) car il était impossible de qualifier son geste de volontaire. C’est juste un multirécidiviste des conduites à risques. Il s’est excusé en disant qu’il n’a pas fait exprès, mais en attendant, ça lui fait 2 victoires et une 2e place en 3 courses.

Consolation pour Martin, il a repris son dossard jaune (mais perdu le rouge de la mass-start), notamment grâce à la contreperformance de Svendsen, seulement 17e avec 4 tours.

Pour finir ce long week-end bien chargé en émotions et en frustration, restait l’épreuve individuelle de combiné nordique. Elle promettait d’en rajouter une couche car le saut a été annulé… à cause de fortes chutes de neige ! Un comble en ce moment. Pour les Français, il s’agissait d’une mauvais affaire dans la mesure où ils n’ont pas été très – ou du tout – bons au saut de réserve.

Si Maxime Laheurte s’élançait en 7e position, Jason Lamy-Chappuis était seulement 21e à 1’07 de l’homme de tête avec les meilleurs fondeurs devant ou tout près de lui. Partir parmi les premiers n’était pas forcément un avantage énorme dans la mesure où la neige fraiche tombée sur la boucle de 1,2km allait être difficile à skier, particulièrement pour eux, obligés de damer la piste pour les autres.

A y regarder de plus près, les bons fondeurs n’étaient pas si loin devant Jez (Akito Watabe à 36s de la tête, Eric Frenzel 10e à 50s). Résultat, on a rapidement retrouvé une configuration de course favorable avec un homme seul déjà en sursis, puis un chasseur et un duo disposant de peu de marge sur une énorme meute. Vraiment énorme ! Les Allemands ont mené ce groupe dans lequel on trouvait Laheurte, Baud et bien sûr Jez. Klemetsen a essayé de résister aussi longtemps que possible, il a été avalé à peu près à la mi-course.

Mikko Kokslien a alors pris la tête, Fabian Rießle se maintenait également aux avant-postes. Laheurte et Jez ont aussi choisi de se placer en première partie de peloton. Le leader de l’équipe de France a même imprimé le train pendant un tour, le 6e sur les 8 à effectuer. Sous son impulsion, le peloton s’est étiré, il progressait en file indienne sur une piste très étroite. D’où l’intérêt de ne pas trainer à l’arrière, c’était un coup à se laisser retarder bêtement. Kokslien a repris les rênes pour le tour suivant, celui au cours duquel mieux valait rester bien placé mais profiter de l’aspiration afin de s’économiser en vue du final.

Laheurte et Braud figuraient toujours dans le groupe de 12, les chasseurs (dont Lacroix) se rapprochaient dangereusement, ils naviguaient à 15s de la tête, à une petite dizaine de secondes maximum de la queue du premier groupe. Malins, les Norvégiens ont décidé de se mettre à 2 de front pour bloquer le passage et imprimer leur rythme, celui qui leur convenait. Quand Kokslien a tenté de s’échapper, Jez y est allé, un petit écart s’est élargi derrière eux, rien de décisif, ça allait recoller. Ceci dit, plusieurs concurrents ont été éliminés, un trou s’est creusé après le 11e, et on a vite compris que la victoire allait se jouer entre 7 hommes dont un seul Français, les autres n’ayant pu s’accrocher.

Intelligemment, Jez est resté dans les skis de Kokslien. Quand le Norvégien a tenté de faire exploser les rescapés dans le dernier tour, le champion olympique de Vancouver ne s’est pas laissé faire, 2 Allemands (Johannes Rydzek et Fabian Rießle) étaient à sa hauteur. Le quatuor s’est détaché. Jez a toujours soigné son placement en reprenant sa 2e position juste avant les derniers virages très serrés, ce qui lui a évité d’être victime de la boulette du jour. Les Allemands ont connu à peu près la même mésaventure que Jean-Guillaume Béatrix et Martin Fourcade dans le dernier kilomètre de la mass-start de biathlon, il y a eu collision entre eux, un est tombé et a été doublé. Il s’agit de Rydzek, finalement 6e. La différence est qu’il ne peut en vouloir qu’à lui-même.

Du coup, la victoire s’est jouée au sprint entre 2 hommes, Jez et Kokslien. Ils ont fini par se jeter sur la ligne. Et Jez a gagné. ENORME ! Quel soulagement ! Quelle délivrance ! Après une série de courses si frustrantes dans les différents sports de neige, on ne pouvait rêver mieux. Il fallait bien ça pour se remettre d’aplomb et faire redescendre le niveau de la frustration sous celui de la satisfaction.

Il est parti 21e (20e en fait car un DNS), je n’imaginais pas un instant qu’il puisse gagner 1 an après sa dernière victoire en CdM (le 22 décembre 2013 à Schonach). En réalité, la configuration de la course a été parfaite pour lui, il avait du retard mais n’était pas seul, tout s’est bien goupillé, le gros regroupement a évité les grosses attaques et lui a permis d’en garder pour le sprint, exercice dans lequel il excelle. Mais à vrai dire, même en cas de scénario différent avec une course beaucoup plus offensive, on l’aurait probablement vu devant à l’arrivée car pour la première fois depuis très longtemps les sensations étaient là. Comme à la grande époque. On a retrouvé le meilleur Jez ! Physiquement, techniquement, tactiquement et mentalement, tous allait. Pourvu que ça dure ! Dommage que la trêve intervienne maintenant.

Récapitulons : Jez devant Kokslien et Rießle (un peu gêné par la chute de Rydzek dont a profité Frenzel pour terminer 4e), puis un beau tir groupé avec Braud 10e, Laheurte 11e et Lacroix 12e (parti avec le dossard 32). C’est une belle manière de conclure le week-end !

Cette victoire a aussi permis à Jez de remonter à la 4e place au classement général de la Coupe du monde à 80pts de Rießle. La saison vient de redevenir vraiment intéressante !

Martin 2e, 3e et 4e, Nanass 2e, le relais 3e en combiné nordique, Fanara 3e avec Pinpin 4e, Fayed 4e et Clarey 5e, Jean-Gui 5e et 7e, ajoutons la 9e place de Marie et le tir groupé en combiné nordique dont une 10e place… Et la victoire de Jez pour finir. Pas trop mal, non ?

Notes

[1] World Cup Start List.

[2] 9e du sprint.

[3] Lors du premier team sprint de la saison.

[4] Bref… pas trop bref quand même.^^

[5] En ne prenant en compte que les épreuves de CdM, JO et ChM.

[6] En lieu de débuter en style classique dans des traces on lance les athlètes en style libre, donc en pas du patineur, du coup ils ne sont plus que 3 de front, ceux qui se lancent depuis la 10e ligne ont quelques secondes de retard au départ, ils ont un effort à effectuer pour doubler le peloton s’ils veulent rapidement se porter en tête. Quand le départ était donné en classique ils étaient 5 ou 6 de front, les derniers partaient donc de la 5 ou 6e ligne, donc de moins loin.