Le ski alpin féminin, à peu de choses près, ça se résume ainsi : Tina Maze et Anna Fenninger aux 2 première places (remplacez Fenninger par Mickaela Shiffrin quand vous parlez de slalom). Le reste pour les autres. Il y a un monde entre des 2 filles, les 2 super-cadors du circuit, et toutes leurs concurrentes, elles-mêmes classées en plusieurs catégories. D’abord les cadors comme Lara Gut, Lindsey Vonn (ancienne super-cador) et Viktoria Rebensburg (nouvelle dans ce club), assez régulières dans le top 5 et qui dans un grand jour peuvent se mêler à la lutte avec Tina et Anna, voire gagner. Viennent ensuite les outsiders, susceptibles de claquer une perf de temps en temps. On descend encore d’un cran pour en arriver aux bonnes coureuses qui sont satisfaites d’un top 10, puis enfin vient la meute. Attention, il ne s’agit pas du tout d’une critique, juste d’un constat : chez les femmes les meilleures sont largement au-dessus du lot, la densité est bien supérieure chez les hommes où la domination naturelle des meilleurs peur toujours être remise en cause, parfois même par un concurrent totalement inattendu, à l’image de Cook lors du super-G. Au niveau mental et physique on retrouve sans doute les mêmes disparités entre concurrents peu importe le sexe, mais entre les femmes la différence me semble plus facile à faire sur les capacités physiques, elle génère de plus gros écarts de niveau, car le physique permet la maîtrise technique.

Pour nous offrir une descente spectaculaire, la première chose à faire n’était-elle pas de dessiner une véritable descente sur cette piste ? Très peu de sauts, de grands virages très techniques… Et beaucoup trop de virages. Si vous y ajouter un autre élément, le changement des conditions de neige entre le dernier entraînement et la course (ça s’est beaucoup refroidi pendant la nuit, la piste était nettement plus dure et lustrée, aussi à cause du vent) qui a balayé la plupart des repères pris par les filles lors des entraînement, vous en venez à une conclusion évidente, on a assisté à une sorte de second super-G. Comme en super-G, la découverte de ce qu’était réellement cette épreuve se faisait en dévalant la piste, auparavant elles en avaient seulement eu un gros aperçu, comme lors d’une reconnaissance de super-G.

La FIS a fait des efforts cette saison pour que les descentes ressemblent à nouveau à des descentes après avoir eu tendance à les dénaturer pour limiter les risques, ceci jusqu’à l’excès. Dommage de ne pas vraiment avoir suivi cette ligne de conduite pour les Championnats du monde.

Une concurrente était plus attendue que les autres. La qualifier de favorite était assez logique dans la mesure où ces derniers temps elle a été hyper performante, enchaînant les victoires pour battre le record de victoires en Coupe du monde. Favorite, elle l’était aussi – et surtout – pour le public. Tout le monde espérait un exploit de Lindsey Vonn, la superstar américaine licenciée à Vail, la station qui accueille ces championnats, dont l’histoire ressemble un peu à celle de Ronaldo avec ces retours et enchaînements de blessures. 3e du super-G, elle pouvait espérer remporter cette descente, d’autant qu’elle le savait, il s’agissait de sa dernière chance réelle d’obtenir chez elle un titre qui lui a échappé à Garmisch-Partenkirchen puis à Schaldming… ou elle s’est blessée. Sa dernière médaille d’or date des JO de Vancouver il y a 5 ans, aux Mondiaux c’était l’année précédente à Val d’Isère. La compagne de Tiger Woods a ajouté le super-combiné et le slalom géant à son programme. En espérant un miracle, car elle en était déjà consciente, elle n’est pas capable actuellement de gagner ailleurs qu’en vitesse.

Les anciennes n’avaient pas l’avantage de bien connaitre la piste, ajoutée seulement la saison passée au programme de la Coupe du monde, toutefois leur expérience était extrêmement précieuse, elles ont appris à s’adapter, à mieux appréhender les nouveautés. En prenant en compte l’aspect physique et le côté très technique de la piste, vous comprenez que tout était réuni pour voir les meilleures dominer. On pouvait aussi imaginer voir les Américaines être à leur aise sur une piste où elles ont eu plus souvent l’opportunité de s’entraîner que leurs adversaires. En pratique, Vonn n’a pu bénéficier de cet avantage à cause de ses blessures et la pression semble avoir écrasé les autres. Pourtant d’habitude les Ricaines réussissent des coups en grands championnats.

Et l’équipe de France ? Pas de Marion Rolland, la championne en titre (super souvenir !). Son genou a encore lâché le mois dernier. Heureusement que la malchance a bien voulu l’épargner entre 2012 et 2013 pour lui permettre de connaître le bonheur des podiums et de la consécration mondiale. A part Marie Jay Marchand-Arvier, aucune des 3 engagées n’a de référence sur le grand circuit, donc rêver d’une médaille était hors de propos.

Jennifer Piot (3) a en apparence plutôt bien débuté avant de prendre des virages très larges à partir de la 3e des 6 sections, elle décrochait dans la pente. Elle a repris du temps par rapport à Nadia Fanchini (1) dans les 2 dernières, mais a fini à plus d’une seconde au classement provisoire. Elle est jeune, elle apprend, il y a beaucoup de choses à améliorer. Son classement a mis longtemps à s’améliorer (et c’est relatif, pendant très longtemps, elle occupait la dernière place).

Nicole Schmidhofer (4) a ensuite nettement amélioré le temps de référence malgré des portions beaucoup moins bien négociées où elle a perdu une bonne partie de la marge obtenue là où elle a été performante. Il y avait moyen de défoncer le chrono de référence, ça sautait aux yeux. La tristesse absolue de cette descente a voulu que l’Autrichienne reste en tête pendant une plombe. On la croyait battue par Nadja Jnglin-Kamer (6) passée avec 56 centièmes d’avance au 3e inter… qui a trouvé le moyen de tout perdre d’un coup pour échouer à 5 centièmes.

Allez, tant pis, je le dis comme je le pense même si c’est brusque et que ça peut être mal perçu. J’attendais le vrai ski. Il fallait encore un peu attendre. Daniela Merighetti (8) a skié à peu près dans les temps de Fanchini (3e provisoire à 22 centièmes). Les 2 premières wild cards US ont totalement échoué, d’abord Stacey Cook, tombée violemment lors de l’entraînement de la veille, puis Julia Mancuso, habituée aux coups d’éclat en grands championnats. Le soutien du public et l’avantage des représentants du pays hôte ne leur ont été d’aucune utilité. Sans doute ont-elles ressenti la pression. Kajsa Kling (11) a allumé vert sur 2 intermédiaires de suite, une première depuis un moment, puis elle a perdu des dixièmes par grappes… Larissa Yurkiw (12) a fait un peu mieux. Pas assez pour espérer rester dans le top 10 à l’issue de la course.

Il ne se passait rien. Inexplicablement, personne ne réussissait une bonne manche, je ne m’attendais pas à ça. L’ennui. Les filles s’empilaient aux environs de la seconde. Celles qui prenaient un peu d’avance dans la première moitié de cette descente finissaient toujours par commettre la faute. Y compris Tina Weirather (13), qui a bien limité la casse après une grosse faute mais a terminé au pied du podium provisoire. Laurenne Ross (14) a encore déçu le public américain, toujours en attendre de Vonn, la dernière chance US du jour. Fabienne Suter (15) n’est pas n’importe qui et elle l’a montré. Jamais à plus de 18 centièmes, elle a même allumé vert au 4e inter… avant de finir 4e à 0"26. Désespérant !

Les 7 suivantes devaient enfin changer la donne. Et en effet, sans surprise, ce qui devait arriver arriva. La seule dimension un peu surprenante est l’éclat mis à toutes les autres. Anna Fenninger (16) n’a pas fait la différence en haut, elle a commencé à envoyer du pâté après le 2e inter et a vraiment tout éclaté ! 86 centièmes d’avance au 4e inter, 99e au 5e, 1"01 à l’arrivée. Quand je vous dis que ces filles sont membres d’une autre catégorie, je n’exagère rien.

Issue du géant, Viktoria Rebensburg (17) est devenue très forte en vitesse, elle est super régulière. Un peu plus rapide que la belle Anna sur le haut, chose pas étonnante, l’Allemande a ensuite été incapable de rivaliser avec l’Autrichienne, vraiment trop forte sur cette partie. Ça s’est fini à une modeste 6e place provisoire (10e au final) à une très grosse seconde. Entre Suter et Weirather.

Elisabeth Görgl (18) a l’expérience pour briller dans ces conditions, elle a repris confiance récemment après un mauvais début de saison. On l’a vu prendre des trajectoires peu testées par les autres, ça n’a pas payé. Sa 3e place (2 centièmes devant Jnglin-Kamer) ne pouvait tenir, elle a rétrogradé jusqu’au 6e rang du classement définitif.

J’espérais beaucoup de Lara Gut (19), elle a très bien résisté, c’était de la super Lara ! Elle n’était pas loin du compte. Malheureusement, les 2 petits dixièmes perdus en bas la mettaient en danger. L’écart de 32 centièmes entre elle et Anna laissait de la place pour Maze et Vonn. Cette crainte a été balayée dans les 5 minutes car après la descente totalement ratée d’Elena Fanchini (20) – enfin une fille derrière Jennifer Piot ! – Tina Maze (21) a enfin apporté la touche d’excitation et de suspense attendu depuis le début de l’épreuve… et a pris la tête pour 2 centièmes. Autrement dit même en finissant un peu mieux, Lara n’aurait pas pu préserver sa 2e place, il lui fallait terminer beaucoup mieux. Pas de gros regret à avoir.

J’en reviens à la Slovène. On la sait capable de gagner dans toutes les disciplines. Sa 2e place lors du super-G lui a donné très faim. Quand elle a faim, c’est impressionnant ! 4 dixièmes d’avance au 3e inter alors qu’on croyait Fenninger au-dessus du lot ! Grâce à elle, on a enfin pu s’enthousiasmer, vivre un peu d’émotion, même brièvement, car son avance a fondu… -0"24, -0"12, allait-elle prendre la tête ? Oui, je l’ai déjà écrit, pour 2 centièmes ! Elle qui avait été battue de seulement 3 centièmes lors du super-G.

Il ne restait qu’une fille capable de bousculer la hiérarchie. Lindsey Vonn (22) était dans le coup sur le haut, mais dans la partie décisive, celle où les 2 dernières lauréates du gros globe ont pulvérisé la concurrence, la star locale a pris cher. Près d’une seconde. Fin du – maigre – suspense. Elle a limité la casse sur la fin mais n’a pu finir qu’à 1"05, 5e… Du coup Lara a sauvé sa 3e place en attendant les derniers outsiders dernières partantes. Tout était plié. Espérer un coup d’éclat de Margot Bailey (24) ou de Marie Jay Marchand-Arvier (28) était illusoire. Même si j’espérais un top 10 de Marie. Bailet a pris 2"18, MJMA est sortie au bout de 50 secondes de course. La première élimination de cette descente.

39 filles au départ, 37 classées, seulement 2 demi-surprises à savoir Schmidhofer 4e (avec un bon dossard, cette saison elle est habituée aux places entre 11 et 25 mais a enchaîné les top 10 la saison passée, a connu 2 podiums et vient de terminer 6e du super-G de St-Moritz) et Jnglin-Kamer 6e (aussi avec un bon dossard, aussi 6e à St-Moritz mais en descente, ses top 10 et ses podiums sont plus anciens), et une lutte pour le titre résumée à une bataille ente les 2 super-cadors, départagées d’un petit rien, comme en super-G, mais en inversant. Je suis assez content pour Lara – simple cador – 3e à 34 centièmes en ayant presque fait jeu égale sauf à la fin… La suite du classement est indécente, entre Lara la 4e on trouve à peu près 2 fois la marge qui sépare la Suissesse du duo de tête. Ces filles ne skient pas dans le même monde !

L’élection de la Reine des Neiges est plus indécise que jamais, Tina et Anna peuvent nous refaire le coup en géant et en super-combiné ! Si ça se trouve elles vont prendre 9 médailles à elles deux, sans compter le team event. Ça peut se jouer "Beaver Creek-rack" à chaque fois. Et dire que ce jeu de mot de fin pourtant bien moisi est de nature à soulever plus d’enthousiasme que cette descente féminine… Quelle tristesse infinie !