Mon intérêt pour cette épreuve était tout relatif. Il s’agissait du premier de la saison pour les femmes, il n’y en a pas eu en Coupe du monde. Une des curiosités était de retrouver Lindsey Vonn au départ même si elle n’a pas fait de slalom depuis 2 ans ½ à cause de ses blessures. Une énorme perf en descente lui était absolument indispensable pour espérer le podium. Elle a tenté le coup, elle tenait à essayer. Ailleurs que dans le Colorado, chez elle, son nom n’aurait sans doute pas figuré sur la liste des engagées. Malheureusement pour elle, la piste était beaucoup plus dure car le matin il fait froid, or ses genou s’accommodent très mal de la glace, il lui faut de la neige plus douce, sinon les douleurs reviennent.

Au départ, on trouvait seulement 32 filles. L’équipe de France a engagé une athlète, c’est une de plus que d’habitude. Il est bien dommage de ne pas avoir de fille capable de vraiment s’exprimer dans cette discipline, même si Margot Bailet, titulaire du dossard n°2, s’est entraînée en slalom en prévision de cet événement, d’où une perf très honorable. Elle a commencé par réussir une descente à son niveau (plus rapide que lors de la descente comptant en tant que telle – mais la piste était plus rapide que vendredi – en lâchant seulement 6 centièmes de plus par rapport à Maze).

Elena Curtoni (4) était mal partie, bien moins vite que la Française, elle est sortie. Une surprise. Récemment montée sur son premier podium en CdM, Edit Miklos (5) a étrangement été moins rapide (avec des fautes), preuve que la perf de Margot Bailet était très correcte. Véronique Hronek (8) a enfin battu le temps de référence (de peu), essentiellement grâce à 1 secteur où elle a repris une seconde à la Niçoise. L’Allemande était mauvaise en haut.

Kathrin Zettel (9) était la première véritable cliente. C’est une slalomeuse, elle a déjà été championne du monde du super-combiné. En tête à l’arrivée pour 31 centièmes, elle était déjà clairement placée pour jouer les premiers rôles. Le leader suivant, Francesca Marsaglia (10), véritable descendeuse, ne lui a pris que 0"35. Pour être dans le coup avant l’épreuve dont elle est tout sauf une spécialiste, Lara Gut (12) devait impérativement claquer un énorme chrono, elle avait besoin de marge, de beaucoup de marge. Dans le même temps que Marsaglia jusqu’au 2e inter, elle a ensuite fait le travail en prenant énormément d’avance malgré quelques faute dues à un engagement permanent. -1"45… ça devenait sérieux ! Elle a bouclé la descente en une seconde de moins que pour obtenir sa médaille de bronze 3 jours auparavant.

Sans doute à cause du petit nombre d’engagées, on a lancé le TV break après le dossard 14, Laurenne Ross, trop lente une spécialiste de vitesse. Au tour des patronnes.

Michaela Kirchgasser (15) a commencé par bien résister puis n’a pratiquement rien perdu après le 4e intermédiaire. Une super perf pour cette slalomeuse ! Concéder seulement 1"31 à Lara lui assurait presque automatiquement de passer devant en début d’après-midi (une faute est toujours possible). Marie-Michèle Gagnon (16) avait un gros coup à jouer en tant qu’outsider, mais la descente n’est pas sa tasse de thé, elle a fait comme VMJ la veille. Dehors.

Tina Maze (17), double vice-championne du monde de la discipline, grande favorite, n’avait même pas besoin de réussir une descente de folie, elle pouvait même se permettre de finir derrière Lara tant son niveau en slalom est bon. Pendant toute cette descente, elle est passée aux intermédiaires à maximum 1 dixième des chronos de Lara, tantôt devant, tantôt derrière… pour franchir la ligne d’arrivée devant pour 2 centièmes ! C’est le tarif en vitesse depuis le début de ces Mondiaux (super-G féminin, descente féminine, descente du combiné, toujours 2 ou 3 centièmes d’écart entre les 2 premières).

Julia Mancuso (18) et Lindsey Vonn (19) portaient des dossards de filles qui ont eu des résultats dans cette discipline, pourtant personne ne le citait parmi les favorites, ou même les surprises possibles (pas seulement parce qu’une surprise paraissait impossible). La première s’est ratée depuis le début de ces Mondiaux, par quel miracle aurait-elle pu se réveiller ? Elle a pris un énorme éclat. Quant à Vonn, au mieux sa descente pouvait entretenir l’illusion d’un exploit. La piste était trop dure, elle y a souffert physiquement. Dans ces conditions, le mental a du mal à suivre, il ne compense pas les manques. Bien sûr, on parle d’une très grande championne, ce qui pour elle est un échec serait un succès pour le commun des mortels. 1"31 de retard, 2 centièmes de moins que Kirchgasser, c’était à peu près… 3 secondes de trop. J’exagère à peine.

A ce stade, Maze, Kirchgasser et Zettel – voire Gut – étaient les seules réelles candidates crédible au podium. 2 Autrichiennes pouvaient s’ajouter à la liste. Anna Fenninger (20), championne du monde en 2011 dans cette discipline, continuait son duel avec Tina Maze. Ayant déjà lâché une demi-seconde à mi-chemin, elle n’a pu finir que 3e à 26 centièmes. En slalom elle est dans la catégorie de Lara, Kirchgasser est censée pouvoir leur reprendre assez facilement la seconde qui les séparait. Nicole Hosp (21) a un autre profil, celui de slalomeuse, il lui fallait limiter la casse. Sa super 4e place – à moins d’une seconde (+0"90) – obtenue en ayant repris plus de 3 dixièmes à Maze après le 4e inter faisait d’être la favorite pour la médaille… d’argent. Restait Ragnhild Mowinckel (22), certes 5e à un peu plus d’une seconde malgré une grosse faute, mais dont la technique s’arrête au géant.

Ensuite, on en a vu 2 ou 3 limiter les dégâts, Ilka Stuhec (30), autre Slovène, a réussi une belle perf, 6e à 1"14. L’image la plus folle du jour est celle de la Croate sortie très rapidement en se faisant une frayeur. C’est une toute jeune, elle a réagi de façon… particulière. A la Alizée Cornet en fait[1]. Pleurs, on l’a entendu quasiment se crier dessus, peut-être s’insulter, c’était assez savoureux. Elle n’a que 18 ans, elle aura encore sa chance.

A mi-épreuve, le classement finale prévisible était 1. Maze (dont l’entraîneur traçait la manche de slalom sur la piste des hommes, il a fait ça en utilisant au maximum la partie ombragée afin '' d’éviter à Tina de subir une piste trop dégradée), 2. Hosp, 3. Kirchgasser, et le trio Fenninger-Gut-Zettel dans un ordre ou dans l’autre au pied du podium. C’est exactement ce qui s’est produit. Pourquoi ? Quand la piste tient, tout le monde peut skier à son réel niveau, le chrono reflète la véritable valeur de la performance de chacun. Si seulement tout avait été fait lors du super-combiné masculin pour éviter une mascarade

Et pourtant, lors du slalom, il faisait super chaud. J’ai entendu 14°C, si cette info est juste, c’est impressionnant. Le fond était a priori plus dur. Quand seulement 26 concurrentes se qualifient et une ne prend pas le départ, ça aide. Une manche à 25 détériore moins la piste qu’une manche à 30. CQFD.

L’entraîneur de Tina aurait pu se permettre de tracer une manche pour spécialistes du slalom, il a été à la fois malin et fair-play en restant dans l’esprit du combiné. Compte tenu de l’avance obtenue, pourquoi chercher à éliminer les descendeuses et à favoriser les pures spécialistes autrichiennes ? Faire quelque chose de trop tortueux aurait pu piéger sa protégée, d’autant qu’à cette altitude, à force d’accumuler les courses, elle risque de finir par fatiguer, donc perdre en lucidité et en précision. En outre, plus ça tourne, plus ça marque, plus les risques de lâcher du temps et de commettre des fautes sont grands. Par la même occasion, il nous a évités de finir avec une grosse quinzaine de concurrentes classées. 22 ont bouclé les 2 manches.

Les premières partantes étaient là pour la beauté du sport, elles avaient un retard énorme. La première Slovène, Ana Bucik, 21 ans, a réussi un bon slalom. Un peu plus tard, la 2e Slovène, Vanja Brodnik, a pris la 2e place à 13 centièmes. On sent que Tina Maze draine une jeune génération de skieuses dans son pays. D’ailleurs les 4 Slovènes ont terminé dans le top 12.

Bucik m’a fait bonne impression, son chrono a tenu un moment. Jacqueline Wiles, la première Ricaine, 17e de la première manche, a pris cher dans un style assez… particulier. C’est une inconnue au bataillon, contrairement à Julia Mancuso, partie avec 2"09 de marge. Elle semblait bien lancée, elle a perdu le rythme et n’a pu s’accaparer la tête. Seulement 3e à 25 centièmes. Elena Fanchini non plus n’est pas parvenue à passer devant, elle a lâché énormément de temps sur la partie au soleil. Du coup les Slovènes restaient toutes les 2 en tête quand Margot Bailet a attaqué son slalom avec 2.52 d’avance. Elle a super bien résisté et a pris la tête pour 1"18. Ses entraînements de slalom ont payé. C’est toujours sympa de voir du vert à l’arrivée pour un membre de l’équipe de France. 2e temps provisoire de la manche de slalom en partant au milieu du paquet, c’est très bien pour une descendeuse ! Elle était déjà certaine d’obtenir le meilleur résultat de nos filles en 3 épreuves depuis le début des Mondiaux.

Fort logiquement, elle a gagné des places, mais Kathrin Zettel allait forcément la doubler, sauf énorme surprise, erreur grossière ou coup du sort. La première Autrichienne était la première candidate au podium. Son avance est passée de 49 centièmes à 1.29 au 1er inter, mais ensuite elle n’a rien pris sur la 2e section avant de logiquement creuser l’écart en bas. -1.58, c’était très bien, mais suffisant ? Sans doute pas car il ne s’agissait que du 2e temps de la manche derrière Bucik (partie, il est vrai, sur une super piste).

Laurenne Ross étant tout sauf une descendeuse, elle a fini loin derrière Margot Bailet, de plus en plus proche du top 10. La skieuse américaine était néanmoins très heureuse, elle a pris du plaisir devant son public. Francesca Marsaglia ne présentait pas plus de dangerosité pour Zettel, elle a toutefois pris la 2e place à 95 centièmes en nous montrant une chose : l’Autrichienne n’a pas du tout été bonne dans la section intermédiaire. Michaela Kirchgasser allait donc très probablement s’installer en tête en profitant de son avance de 0"42. En effet, elle a réussi la très grosse manche (assez moyenne en bas), la meilleure de l’après-midi.

L’écart de 1"29 entre les 2 femmes de tête laissait pas mal de place pour s’intercaler. Aller cherchez Kirchgasser s’annonçait difficile, sauf pour 2 ou 3 des 7 dernières à s’élancer. Lindsey Vonn n’était pas une de ces rares filles, elle a très vite enfourché, chose logique quand on n’a pas pu s’entraîner en slalom depuis 2 ans ½, sauf lors des 2 derniers jours avant le super-combiné. Cette sortie de piste assurait un top 10 à Margot Bailet. Peu après, Stuhec a délogé Marsaglia de la 3e place en lâchant pourtant plus de 2 secondes sur la manche. Normal. Qu’allait faire Mowinckel, double championne du monde juniors de combiné ? A peu près comme Stuhec (2 dixièmes perdus de plus).

Il en restait 4 pour… 2 places. Kirchgasser allait forcément obtenir une médaille. Parmi les 4, 2 slalomeuses (Maze et Hosp), et 2 non-slalomeuses (Fenninger et Gut). Hosp avait 9 dixièmes de retard sur Maze, mais seulement 43 d’avance sur sa compatriote. Au pire, elle devait prendre la 2e place le plus près possible de sa coéquipière. Son avance a été entamée piquet après piquet, elle n’avait plus que 5 centièmes de marge au 2nd intermédiaire et a fini… 13 centièmes devant. L’Autriche était certaine de remporter au moins une médaille. Probablement 2, dont à coup presque sûr une pour Hosp. Officiellement, il lui fallait encore attendre pour fêter la chose. Officieusement, c’était clair, Maze allait être la seule à la faire rétrograder au classement.

Fenninger avait beaucoup trop peu d’avance pour ne pas passer derrière au minimum 2 de ses coéquipières. Sans surprise, le chrono a changé de couleur, il affichait 0.64 en vert au départ, 0.67 en rouge à l’arrivée, soit le 3e rang provisoire. Les 4 Autrichiennes occupaient les 4 premières places. Lara Gut avait au mieux les moyens de s’intercaler au milieu de ces Autrichiennes, sans doute vraiment au milieu. Elle n’y est pas parvenue, il lui a manqué 5 centièmes pour la médaille… en chocolat. La Suissesse n’aime pas trop les médailles en chocolat, elle en a obtenu une à Sotchi, 2 de suite à Val d’Isère en décembre, à choisir je pense qu’elle préfère être 5e.

Il suffisait à Tina Maze de terminer le travail. Il était impératif d’empêcher le triplé autrichien. 9 dixièmes d’avance, c’est beaucoup. La Slovène la plus célèbre du monde voulait absolument obtenir un titre qui lui a échappé lors des 2 dernières éditions, car il s’agissait probablement de sa dernière chance de l’obtenir. Tina a fait peur à ses supporters – et à moi – en lâchant les 2/3 de sa marge dès le premier inter. Heureusement, elle a retrouvé le rythme pour finir devant (22 centièmes). Alléluia ! Difficile de parler de surprise : Maze vainqueur, Hosp 2e, Kirchgasser 3e, Fenninger au pied du podium, Gut 5e, Zettel 6e

Tina en est à 2 titres et une médaille d’argent. La Reine des neiges, c’est elle. D’autant que ses championnats sont loin d’être terminés. Anna Fenninger n’a plus que le géant pour tenter de faire aussi bien.

On saluera la 10e place de Margot Bailet. Pour le moment il s’agit de la meilleure performance féminine de l’équipe de France. On est en droit d’espérer mieux lors des épreuves techniques, du moins lors du géant, mais pour espérer une médaille, il faut compter sur le team event, il aura lieu demain.

Note

[1] Maintenant, Alizée se maîtrise plus, elle étant comme ça pendant des années.