Je vais revenir rapidement sur les résultats en mettant surtout les vidéos de ces exploits.

  • Mercredi 18 février.

En vitesse par équipes, l’équipe de France a atteint la finale en réussissant le 2e temps des qualifications. Elle a été plus rapide que l’Allemagne de seulement 64 millièmes de seconde. Sur 43 secondes de course, c’est très peu. Ceci assurait au pire la médaille d’argent dans la mesure où la finale est un duel. La Nouvelle-Zélande s’est imposée assez largement, il n’y avait pas photo… sauf qu’en fait si, il y a photo à chaque passage sur la ligne. Aux 2 premiers passages, elle sert à vérifier la régularité de la prise de relais. Or en l’occurrence le premier relais des NZ a été clairement anticipé, provoquant une disqualification. Les Bleus ont donc récupéré un titre qui leur échappait depuis 2009[1]. Premier titre pour la France : Grégory Baugé (assez loin de son meilleur niveau en tant que démarreur), Kévin Sireau (relayeur) et Michaël D’Almeida (finisseur) ont idéalement lancé ces championnats.

Lors de cette première journée, Elise Delzenne a échoué à la 4e place de la course aux points (23pts, à 2 points du podium), il lui a manqué de la confiance pour y croire dès le début, puis elle a été victime d’une chute, ce qui a eu pour l’effet de la réveiller, elle a alors pris 1 tour au peloton, seulement il lui a fallu trop de tours à se remettre de cet effort. A la fin, c’est d’expérience dont elle a manqué, elle avait besoin de se mêler à un sprint pour gratter les points qui manquaient. C’est dommage.

Notons aussi un record de France en poursuite par équipes (les Français commencent à s’investir sincèrement dans cette discipline). Et le record du monde féminin des Chinoises en vitesse par équipes (dont la France a pris la 6e place).

  • Jeudi 19 février.

Le jour du keirin masculin, dont François Pervis était champion du monde en titre. Le Mayennais a été très bon toute la journée, même s’il s’est fait peur en demi-finale. D’Almeida a eu plus de mal, il a dû passer par les repêchages et a été éliminé de peu dans la demi-finale de Pervis. En finale, Pervis était au-dessus du lot, il a battu Edward Dawkins sans problème. Encore la France devant un NZ.

L’Australie a battu le record du monde féminin de poursuite par équipes.

Et la France a encore battu son record de France masculin de cette discipline, elle s’est seulement classée 8e mais en passant nettement sous la barre des 4 minutes (moins de 3’59), ce qui la rapproche à 2 secondes ½ du podium. Ça devient vraiment sérieux ! D’autant que ses 4 membres, Bryan Coquard (22 ans), Julien Duval (24 ans), Damien Gaudin (28 ans) et Julien Morice (23 ans) sont décidés à poursuivre l’aventure, ils espèrent avoir du renfort à l’avenir.

  • Vendredi 20 février.

Le moment fort était le kilomètre. François Pervis était le favori en tant que tenant du titre, mais d’autres Français étaient en lice. Quand Pervis s’est élancé, en dernier, D’Almeida était déjà éjecté du podium (finalement 6e), mais Quentin Lafargue occupait la 3e place. Le sprinteur de 24 ans était habitué à la 6e place aux Mondiaux, il a fait mieux, pas assez pour monter sur le podium car même assez loin de son meilleur niveau – il a failli tirer un trait sur ces championnats faute d’avoir pu se préparer comme il espérait pouvoir le faire, il ne se sentait pas prêt – Pervis reste le plus fort. Il s’est fait peur, son dernier tour a été particulièrement compliqué, néanmoins le titre est revenu au Mayennais pour 87 millièmes (au bout d’une minute d’effort). Il a devancé l’Allemand Joachim Eilers.

Thomas Boudat a plutôt bien débuté l’omnium, dont il était le champion en titre, la course par élimination était énorme, il a fini 2e en se faisant battre d’un boyau. Ça s’était un peu moins bien passé au scratch (8e), et lors de la poursuite (6e), néanmoins il occupait la 3e place au classement général à l’issue de la première journée d’épreuves.

  • Samedi 21 février.

Cette journée a été la moins prolifique, il y a eu une bonne surprise, une presque bonne surprise, une déception et des frayeurs.

Pascale Jeuland s’est crue médaillée de bronze du scratch… avant d’être – logiquement – déclassée pour sprint irrégulier.

Plus tard, la bonne surprise est venue de Julien Morice, médaillé de bronze en poursuite individuelle. Qualifié 4e, il savait pouvoir battre le Russe auquel il était opposé en petite finale. Il lui fallait partir vite car l’autre a un gros finish. Ayant pris jusqu’à 1"500 d’avance, le Français a ensuite résisté grâce à l’aide du public. Et il a gagné avec moins de 4 dixièmes de marge. La dernière médaille tricolore dans cette discipline datait du siècle dernier.

La fin de l’omnium masculin n’a pas tourné en faveur de Thomas Boudat. Il pouvait encore jouer la médaille lors de la course aux points après un tour lancé très moyen (13e des places perdues pour quelques centièmes) et un kilomètre pas trop mal (7e). Il n’a rien pu faire lors de la course aux points, il était beaucoup trop surveillé en tant que champion en titre. S’il pouvait se faire oublier et ne ressortir que lors de l’omnium des JO…

Lors des qualifications de la vitesse individuelle masculine, Baugé a réussi le 2e temps du tour lancé, Lafargue le 6e, Pervis le 7e et D’Almeida le 9e. Au premier tour, ça s’est bien passé pour les 4. Au 2e tour, disputé sur une manche simple, Pervis a été battu par Lafargue, D’Almeida par le Néerlandais Jeffrey Hoogland et Stefan Bötticher (meilleur temps du tour lancé et parmi les grands favoris) par le Russe Denis Dmitriev. La manche de repêchage opposant Pervis, D’Almeida et Bötticher a permis de dégager l’Allemand en jouant la course d’équipe. Pervis est passé, mais ça nous promettait un tableau compliqué : Pervis contre Baugé en quart, et Lafargue dans la même moitié de tableau.

  • Dimanche 22 février.

Tout le monde attendait la vitesse masculine, il y a eu une bonne surprise entre les manches des finales avec 1 Français dans chacune de ces finales, Lafargue dans la petite, Baugé dans la grande. Baugé est en effet venu à bout de Pervis en quart. Ce dernier devait être moins frais, il a surtout été battu tactiquement. Ensuite, le déjà triple – ou quadruple[2] – champion du monde et double vice-champion olympique de la discipline a dominé son autre coéquipier en 2 manches. En finale, Dmitriev n’a pas fait le poids, il a été vaincu en 2 manches. Lafargue a eu plus de mal à obtenir sa première médaille mondiale, Hoogland avait remporté la première manche avant d’être logiquement déclassé pour une vague en fin de sprint alors que le Français allait le sauter sur sa ligne, puis il y a eu égalisation et lutte acharnée lors de la belle.

La course à l'américaine, ou Madison[3], est une course longue par équipes de 2, disputée en relais à l’image d’un relais de short-track (ici le relayeur est lancé par son coéquipier en étant tiré par le bras, en short-track il est poussé dans le dos) et dont le principe est identique à celui de la course aux points. Il y a régulièrement des sprints qui attribuent des points, à la fin de la course on classe les équipes en fonction du nombre de points obtenues… mais aussi en fonction de leur tour. Si vous avez 1 tour d’avance, même sans avoir le moindre point, vous serez devant ceux qui ne roulent pas dans le même tour. C’est donc à la fois très tactique et très physique, d’autant plus dans un vélodrome bien chauffé pour permettre les performances des sprinteurs.

A ce petit jeu, les Français sont très bons. On connait les qualités sur piste (vice-champion olympique de l’omnium) et sur route (beaucoup de victoires au sprint, 3e au classement du maillot vert du dernier Tour de France) de Bryan Coquard, mais aux ChM sur piste son palmarès était vierge, peut-être faute d’y avoir participé ces 2 dernières années. Morgan Kneisky est beaucoup plus spécialiste et expérimenté, il a déjà été champion du monde en scratch (2009), vice-champion du monde de l’Américaine avec Christophe Riblon (2010), doublé médaillé de bronze du scratch et de la course aux points (2011, où il a aussi fini 4e de l’Américaine), et bien sûr champion du monde de l’Américaine il y a 2 ans avec Vivien Brisse.

Au cours de cette Américaine, ils ont récolté pas mal de points… mais la Grande-Bretagne, alors seule à avoir pris 1 tour au peloton, était en tête, même avec aucun point obtenu au sprint. Les Bleus ont dû être patients, opportunistes et très forts pour récupérer un bon coup avec les Italiens, les Espagnols et les Allemands, ce qui leur a permis d’eux aussi prendre un tour et donc de reléguer les Britanniques plus loin dans le classement. Coquard était dans le rouge lors des 30 derniers tours, Kneisky a été énorme, il a su garder le cap pour permettre à Coquard de souffler un peu afin de faire le taf lors des 2 derniers sprints, et en particulier le dernier, dont il a pris la 2e place pour assurer la victoire avec 21 points contre 20 pour l’Italie d’Elia Viviani (très présent lors de ces Mondiaux, 3e de l’omnium). La Belgique a fini 3e devant l’Espagne (à égalité de points, 15).

La France a parfaitement réussi ses championnats.

L’organisation semble avoir été parfaite, on a juste connu 2 ou 3 fois un problème d’eau sur la piste, une histoire de condensation causée par l’amplitude thermique entre l’intérieur du bâtiment (chauffé à plus de 25°) et l’extérieur (proche, voire inférieur à 0°). Lors de JO en août, ce problème ne risque pas de se poser.

On pouvait difficilement demander plus à l’équipe de France, première au classement des médailles devant l'Australie. Elle a réussi une razzia dans les épreuves masculines de sprint (les 4 titres), bien aidée par la nomination de Laurent Gané il y a quelques mois (c'était le b*rdel depuis le départ de Florian Rousseau, aller chercher Gané était une super idée, ça a très bien fonctionné), et a étendu son champ d’action à d’autres spécialités qui font plus appel à l’endurance. Le seul regret est l’absence de médaille féminine. C’est passé près 2 fois, malheureusement, pour le coup, c’est en sprint que les soucis sont manifestes. Espérons que l’outil formidable dont dispose désormais la fédé va permettre aux filles de rejoindre le degré d’excellence de leurs homologues masculins.

En 2024, Lafargue aura 33 ans, Coquard 32. Des JO à la maison en fin de carrière, histoire de boucler la boucle, ça vous dirait les gars ? Vous avez fait votre part du travail sur la piste, la fédé et le public ont montré que la France sait recevoir. Il n’y a plus qu’à espérer que les membres du CIO ont été attentifs…


En bonus, le reportage de Stade 2 sur les championnats de François Pervis.

Si jamais les vidéos devaient disparaître de Dailymotion, elles sont aussi sur Vimeo.
Vitesse par équipes : qualifications ici, phase finale ici.
Keirin : qualifications ici, épilogue ici.
Kilomètre chronométré : ici.
Scratch féminin : ici.
Poursuite individuelle : ici.
Vitesse individuelle : qualifications ici, phase finale ici.
Course à l’américaine : première partie ici, seconde partie ici.

Notes

[1] Celui de 2011 a été retiré à la France à cause de la suspension de Grégory Baugé pour 3 manquements aux obligations de localisation.

[2] Il l’a été 4 fois sur la piste, on lui en a retiré un pour cette histoire de suspension rétroactive.

[3] Parce que créée au Madison Square Garden, sauf si j’écris une connerie.