Rappelons que les résultats du sprint sont très importants pour une seconde raison : ils déterminent l’ordre et les écarts au départ de la poursuite (pour laquelle sont qualifiés les 60 premiers du sprint[1]). Sans parler de l’impact sur le classement de la Coupe du monde de sprint (et donc de poursuite) et l’attribution du gros globe que se disputent Kaisa Mäkäräinen et Darya Domracheva.

  • Sprint masculin (10km) : un vent à médailler les Boe.

En biathlon, les fratries sont nombreuses. Chez les femmes vous avez les sœurs Vita et Valj Semerenko (des jumelles, Vita a du faire l’impasse sur la saison en raison d’une blessure au dos), ou encore les Gasparin pour la Suisse (elles sont 3, la meilleure est aussi en saison off pour cause de maternité). Chez les hommes vous avez Martin Fourcade et Simon Fourcade, vous avez aussi Johannes Boe et Tarjei Boe. Le point commun entre les Fourcade et les Boe est la supériorité du cadet, venu bousculer la hiérarchie. L’aîné était un des meilleurs du circuit, le petit frère est arrivé en force, pendant un moment il est devenu très difficile pour l’ainé d’exister, néanmoins il n’a pas dit son dernier mot. Cette course l’illustre.

La piste était pourrie, notamment à cause de températures élevées. La neige molle allait encore énormément brasser et rendre difficile la partie ski de fond. Les meilleurs partaient dans le premier groupe, les moins bons avaient tous reçu des dossards élevés (entre le 61 et le 129), du coup après l’arrivée du 60e le niveau était trop inférieur pour risquer toute surprise, le résultat était définitif. Ceci évite de devoir suivre jusqu’au bout, c’est bien pratique pour éviter une retransmission interminable.

La partie tir s’annonçait au moins aussi difficile car les conditions étaient compliquées. Le vent soufflait fort, il semblait relativement régulier, il fallait espérer qu’il n’ait pas changé par rapport au moment où les réglages ont été effectués.

J’étais très confiant pour Martin Fourcade, fantastique lors du relais mixte et toujours très à l’aise sur ce site. Il restait sur 6 podiums en 7 courses individuelles à Kontiolathi. En plus d’obtenir un 6e titre mondial, le Catalan pouvait espérer assurer le globe de la spécialité et mettre 3 doigts – pour ne pas dire une main complète – sur le gros globe. Son dossard (25) allait lui permettre d’être renseigné sur les performances de beaucoup de ses adversaires principaux, son temps de ski allait être bon, la clé était bien le tir.

Comme on pouvait s’y attendre, il y a eu du déchet au tir. Emil Hegle Svendsen (8) a loupé 2 fois au couché, Michal Slesingr (10) une fois, puis Evgeniy Garanichev (11) et Nathan Smith (12) ont réalisé un sans-faute, ce que seul un Suisse inconnu était parvenu à faire jusqu’alors. Le Russe est sorti en tête du pas de tir, le Canadien était 2e à 4 secondes. Johannes Boe (16) ne sait faire qu’attaquer dans les 2 disciplines du biathlon, c’est ce qui en fait un concurrent très dangereux lors des épreuves de sprint. Etonnamment, après un premier tour très rapide, il a abandonné sa tactique habituelle, n’hésitant pas à prendre beaucoup de temps pour assurer le 5/5. C’est exactement ce qu’il fallait faire. Le jeune Norvégien s’est hissé en tête du classement provisoire pour 3 secondes. Juste après, Jakov Fak (17) a manqué son 3e tir en tirant beaucoup plus vite après un premier tour nettement moins rapide qu'à l'accoutumée. On a ensuite vu Simon Eder (19, normalement un super tireur mitraillette) et Simon Schempp (20, un des 2 principaux adversaires de Martin Fourcade pour le gros globe, il était monstrueux en janvier) gâcher leur week-end en se condamnant à effectuer respectivement 2 et 4 tours de pénalité. L’Allemand était déjà très moyen sur les skis, son couché catastrophique l’a éliminé de la course au gros globe, justifiant par la même occasion la position de Martin Fourcade qui voyait en Anton Shipulin sont seul véritable concurrent dans cette quête. La piste et les conditions ne sont semble-t-il pas favorables aux caractéristiques de Schempp, on peut aussi se demander s’il n’a pas été bon trop tôt dans la saison. On a vu en combiné nordique d’Eric Frenzel a été monstrueux en janvier mais était dans le dur au moment des Championnats du monde, Schempp me semble avoir la même courbe de forme que son compatriote. Ceci explique peut-être la décision de l’Allemagne d’envoyer une équipe B disputer le relais mixte.

Martin devait profiter de cette ouverture pour se gaver de points au général et au classement de la CdM de sprint. Il a bien réussi son premier couché. Arrivé au pas de tir avec 4 secondes de retard sur J. Boe, il en est sorti 2e à 0"3. Un bon 5/5 bien assuré sans perdre trop de temps, exactement ce dont il avait besoin. Entre-temps Ondrej Moravec (23) avait aussi fait mouche 5 fois sur 5, il pointait à 7 secondes du leader. En revanche, Arnd Peiffer (27) a dû se contenter de 4/5.

Les premiers concurrents arrivaient alors au tir debout. Garanichev a abandonné ses chances de podium avec 2 fautes, il avait beaucoup d’avance. Avec un seul tour de pénalité, il serait probablement monté sur le podium, il a en effet terminé 6e de cette course grâce à une grosse perf sur les skis.

Avant le passage des médaillés potentiels suivants au tir debout, plusieurs concurrents sérieux ont dû se présenter au couché. Anton Shipulin (28) a manqué la 2e, Quentin Fillon-Maillet (29) n’a pas commis cette erreur, il arrivait avec 14 secondes de retard, il est ressorti avec 18 en ayant été excellent. On l’avait vu modifier le réglage de son élément de visée avant de lâcher la première balle.

La première volée d'hommes forts finissait alors la 2e boucle pour arriver au debout. Smith en est sorti en tête avec un 4/5 (tir à 9). J. Boe pouvait réussir un très gros coup, il a fait le con, le coup classique de la précipitation sur la dernière. Les 4 précédentes balles avaient blanchi les cibles à un rythme élevé. Bien étrange cette énorme prise de risques… Cette boulette ne lui a pas coûté la première place, il possédait une marge de 7"6 sur Smith avant les 3,3 derniers kilomètres de ski de fond. Fak n’a pas su profiter d’une situation devenue idéale pour lui, il est parti tourner 2 fois (7/10), ce qui l’a fait finir seulement 14e (à 55").

Ole Einar Bjørndalen (34) a fait l’impasse sur plusieurs étapes de CdM pour se préparer en altitude, il espérait refaire le coup de Sotchi où il a gagné le sprint à la surprise générale. Ça n’a pas fonctionné. Nettement plus lent que les meilleurs à l’issue de la première boucle, il devait impérativement compenser en tirant extrêmement vite. Il a manqué la dernière au couché. Du grand classique. D’autres outsiders capables de tirer leur épingle du jeu avaient les dossards suivants. Erik Lesser (36) a réussi un sans-faute rapide, il était pourtant relégué à 13 secondes des meilleurs. Dmitry Malyshko (37) a commencé par une craquante (3 tours de pénalité), au contraire de Tarjei Boe (38), plutôt lent sur la piste mais auteur d’un 5/5. Benedikt Doll (39), dont la performance lors du relais mixte était la seule chose à retenir de la prestation allemande, a tout mis dedans, il était dans le coup. Simon Fourcade (41) a fait encore mieux, en plus de bien tirer il a bien skié. A la sortie du pas de tir, son nom figurait sur la 3e ligne du classement, il a presque fait jeu égal avec son frère (à 1" des premiers). Jean-Guillaume Béatrix (42) était le dernier des 4 Français en lice, il a fait comme les 3 autres, 5/5 au couché. Dans la foulée, Jaroslav Soukup (43) a obtenu sa carte de membre du club de ceux qui ont fait carton plein ventre à terre. Ensuite, plus personne ne représentait un réel danger pour les premiers du classement. Nous pouvons donc nous concentrer sur le tir debout.

Martin y est passé entre le couché de son frère et celui de son plus ancien coéquipier (Jean-Gui était avec lui chez les jeunes, la hiérarchie s’est inversée depuis cette époque). Une cata. Il faisait jeu égale avec Johannes Boe, le titre aurait donc été dans la poche en cas de 10/10, il serait resté jouable à 9/10, un podium aurait encore pu être envisageable à 8/10. Seulement, comme Schempp peu avant lui, Martin a loupé 3 fois. En l’occurrence la première, ce qui a dû le déstabiliser, puis la 3e et la 4e. Il restait sur 77 tirs consécutifs sans le moindre échec. Cette fois le debout était une tannée à cause du vent très perturbant non seulement en raison de sa capacité à modifier la trajectoire des balles mais aussi parce qu’il faisait bouger la carabine. Tenir la position après 6,6km d’effort intense – particulièrement intense dans cette grande côte susceptible d’en faire exploser plus d’un – est déjà difficile en temps normal, alors avec en plus le vent qui pousse sur le canon, bonjour la galère ! Pour peu qu’une rafale vous décide à attendre quelques secondes supplémentaires avant d’appuyer sur la gâchette, vous obligeant ainsi à garder la position plus longtemps, vous devez avoir l’impression de porter une enclume à bout de bras et non une carabine[2]...

Il y avait une bonne nouvelle, en raison de son affligeant 3/10 (score assez rare) Schempp n’allait même pas se qualifier pour la poursuite, il s’est éliminé de la course au gros globe de cristal. La mauvaise était que Martin ne pouvait plus monter sur le podium, son but devenait de prendre un maximum de points tout en se qualifiant le mieux possible pour la poursuite. Il est sorti avec 47 secondes de retard.

Fredrik Lindsröm (26) a loupé 3 fois debout, il lui fallait un sans-faute pour jouer devant. Le concurrent suivant n’était autre que Shipulin. Auteur d’une erreur au couché, le meilleur Russe était au courant du score de ses rivaux, une si belle opportunité de reprendre des points au classement général risquait de ne pas se représenter cette saison. Comme les autres, il a manqué une cible. Son 8/10 accompagné d’une performance étrangement médiocre sur les skis l’a fait dégringoler à la 20e place du classement final de l’épreuve (à 1’02 en ayant concédé 10 secondes sur la boucle finale).

Sur les 4 Français, on pouvait espérer au moins un 10/10. Raté. QFM s’est repris après la première balle, il avait énormément de mal à tenir la position, ses bras devaient tétaniser. La 2e et la 3e n’ont pas fait tomber les plaquettes. 2 fautes et énormément de temps perdu en attendant le moment où il pensait être suffisamment bien en place pour viser juste, soit à peu près l’équivalent d’un 3e tour de pénalité, ça ne pardonne pas. Il est sorti avec 1’15 de retard sur J. Boe et a fini 38e à 1’41. Poursuite foutue. Plus tard JGB a craqué, 3 tours de pénalité au debout (en commençant par 0/3), l’exercice qui le plombe régulièrement, il a aussi pourri sa poursuite en se classant juste derrière son coéquipier (39e à 1’46). Je garde le cas Simon Fourcade pour un prochain paragraphe.

Les erreurs des meilleurs offraient aux outsiders la chance de monter sur le podium. Ils pouvaient même espérer gagner à 10. Toutefois, quand Johannes Boe a franchi la ligne d’arrivée en améliorant de 12 secondes le chrono de référence de Nathan Smith, je ne voyais personne qui soit capable d’aller le chercher.

OEB a pris beaucoup de risques, il a manqué les 2 dernières (19e à l’arrivée). Lesser était en bien meilleure position, le sans-faute lui assurait au pire la médaille d’argent, il a voulu assurer… et a loupé le coche en manquant son dernier tir. A 1cm près il sortait en tête. 1cm, à 50m, avec du vent… Doll était dans le même cas, il pouvait créer une énorme surprise en réussissant le sans-faute. Il a raté 2 fois. Ces Allemands ont terminé respectivement 5e et 10e à 30 et 46 secondes, ils pourraient être dangereux lors de la poursuite.

Un Boe peut en cacher un autre. Tarjei Boe a réussi le premier 10/10 (après le 38 des 60 meilleurs concurrents). Le réalisateur l’a loupé. Bravo à lui, belle boulette ! L’aîné des Boe voulait prouver qu’il n’est pas encore bon pour l’abattoir, il était alors 3e à 18 secondes de son frère. Simon Fourcade avançait nettement plus vite, il était exactement dans le même cas que Lesser, par contre c’est sa première balle qui n’a pas touché sa cible. Du coup il a mis du temps à lâcher les autres, il ne pouvait se permettre de prendre trop de risques, il devait penser à la poursuite. A posteriori il regrettera peut-être cette absence de prise de risque car si son 9/10 lui a permis de sortir 5e à 20 secondes, donc à seulement 2 secondes de T. Boe, le temps passé sur le pas de tir lui a au final coûté la médaille. Soukup, lui aussi auteur d’un 10, est entré dans la bataille pour le bronze (à environ 4 secondes de T. Boe). Pour mémoire, le Tchèque était médaillé aux JO.

Martin a fini 12e à 49"7, ça peut encore aller avant la poursuite, il est placé et assuré de réussir une opération très intéressante dans la quête des globes (Schempp ne prendra aucun point avant l’individuelle, Shipulin est 18e). Dans l’immédiat, l’important était la bataille à 4 pour la médaille de bronze. Par rapport à Johannes Boe, ils perdaient tous du temps. Le jeune Norvégien a réussi un très gros dernier tour, et comme Nathan Smith, il avait l’avantage d’être parti avec un nettement plus petit dossard, la piste devait être en meilleur état au moment où ils la pratiquaient. Lesser perdait plus de temps que T. Boe, qui semblait mieux résister avant de commencer à coincer dans la côte. L’Allemand a fini 3e provisoire à 30"3, il ne devait pas être très optimiste. Il a d’ailleurs rapidement été relégué au pied du podium, battu par le "grand" Boe, nouveau 3e (+25"3). Passé devant Tarjei à l’intermédiaire situé dans la grande montée, Simon a tout donné, malheureusement il a échoué au pied de la boîte pour 4"2 (à 29"5 de la victoire). La clé était la relance après la côte, il fallait garder de l’énergie, Simon en manquait, pas Tarjei, plus rapide que son petit frère après cette fameuse difficulté.

Que c’est frustrant… Simon 4e pour la énième fois de sa carrière… Cette put*in de 1ère balle debout a coûté très cher. La gestion de son effort pourrait être remise en cause s’il avait vraiment craqué à la fin, ce n’est pas le cas. Depuis sa première participation en 2007, hors relais (où il compte une 4e et une 5e place), il en est à 14 top 10 et une médaille d’argent en 25 courses aux Mondiaux, dont désormais 3 médailles en chocolat. Rappelons qu’en 2012 il avait réussi de super championnats : 5e du sprint, 6e de la poursuite, médaille d’argent de l’individuelle, 5e de la mass-start et médaillé d’argent en relais. 3 ans auparavant à Pyeongchang, outre le titre en relais mixte, il avait déjà enchaîné les places d’honneur : 6e, 10e, 4e, 9e, 4e. Cette 4e place très frustrante peut lui permettre d’aller chercher la médaille en poursuite, mais c’est plus sur l’individuelle de jeudi que je l’attends, c’est le format où il a le plus brillé lors des Mondiaux.

Le doublé or-bronze des frères Boe donne envie… Si les frères Fourcade pouvaient monter tous les 2 sur un même podium comme en Coupe du monde il y a 3 ans.

Pour être honnête, je suis plus surpris de retrouver Tarjei Boe à la 3e place que Nathan Smith à la 2e. Si la meilleure performance du Canadien était jusqu’ici une 5e place, on l’a vu régulièrement dans le top 10 depuis la saison passée, que ce soit à Nove Mesto lors de la dernière étape de la CdM avant les Mondiaux ou sur ce site en mars 2014. Notons que les autre Norvégiens (OEB, L’Abée-Lund et Svendsen) ont été mauvais (19e, 35e et 36e), à l’image des Français n’appartenant pas à la famille Fourcade.

Johannes Boe n’a pas volé son titre, lui et son frère n’ont pas obtenu leurs breloques à la loterie, les craquantes de beaucoup de gros s’expliquent seulement en partie par ce vent à couronner les Boe. Il fallait pouvoir ou savoir le dompter, d’habitude Martin est le grand maître de cet art, pas cette fois. Tarjei a réussi un des 2 sans-fautes du jour (sur 127 concurrents, lui et Soukup sont les seuls à 10/10). Johannes a su prendre les bons risques au debout après avoir su se contenir au couché pour éviter les c*nneries, sur la piste il a dû réussir le meilleur temps (ça se joue à rien avec Martin), preuve que son effort a été plutôt bien géré. Cette victoire – sa 3e de la saison dans cette discipline – fait de lui le plus jeune champion du monde de sprint (à 21 ans). Il y a 3 ans, à Kontiolahti, il était devenu champion du monde juniors de sprint, de poursuite et en relais. L’an dernier, 2 sprints y avaient été organisés (à cause d’une annulation plus tôt dans la saison si ma mémoire est bonne)… Il avait remporté les 2. Cette piste lui plait particulièrement.

Ce garçon a une particularité, celle de n’être jamais monté sur un podium individuel de Coupe du monde à une autre place que la première. Soit il gagne (ça lui est arrivé 8 fois), soit il n’est pas sur le podium. Seuls 2 de ses succès ont été obtenus en poursuite, une épreuve trop longue et avec 4 tirs, soit 4 occasions de se louper. Toutefois, un de ces 2 succès a été obtenu… à Kontiolahti. Les jeux sont ouvertes pour demain !

  • Sprint féminin (7,5km) : Super-Maman leur a mis la fessée !

Marie Dorin-Habert est une championne… et une jeune maman.

Sa carrière et sa vie de championne sont assez folles. Marie est sortie de l’anonymat grâce à sa médaille de bronze lors du sprint des JO de Vancouver il y a 5 ans et quelques semaines. Il s’agissait de la première médaille française des Jeux, ce qui a toujours un certain impact, surtout quand elle est remportée par une jeune femme particulièrement fofolle et souriante. Jusqu’alors, elle était seulement connue des spécialistes. Son premier podium individuel datait de la fin de la saison précédente, il a encore fallu attendre 1 an pour les suivants lors d’épreuves mémorables aux Etats-Unis par des températures polaires (quelques cadors avait fait l’impasse, les Français avaient cartonné avec notamment une victoire d’Alexis Bœuf et 3 podiums de Martin Fourcade). Lors de cette saison post-olympique, Marie avait terminé 7e du classement général de la Coupe du monde. La saison suivante, elle finissait au 9e rang sans parvenir à monter sur le moindre podium en solo (mais 5 fois en relais dont une victoire). Elle était "seulement" régulière dans le top 10.

A partir de décembre 2012, c’est-à-dire la saison préolympique, on a vu une autre Marie. Elle était en train de devenir une des meilleures biathlètes du circuit, un vrai leader. 4e des classements du sprint et de la mass-start, 3e de celui de la poursuite et 4e du général lors d’une saison totalement dominée par Tora Berger, elle arrivait au sommet grâce notamment à des performances de plus en plus convaincantes en ski de fond. Après des Championnats du monde très moyens pour ne pas dire manqués, elle avait obtenu 2 de ses 3 podiums dont une 2e place la mass-start qui concluait la saison. Il lui restait juste à gagner. A l’évidence, c’était pour l’année suivante, à condition bien sûr de poursuivre sa courbe de progression. Quelques mois plus tard, son destin devient celui d’une héroïne de roman.

En novembre 2013, la saison débute à Östersund par un relais mixte, elle y est fantastique (Martin Fourcade se troue complètement), on la sent plus forte que jamais. Crack, elle se détruit la cheville lors d’un… footing. La veille de la première épreuve individuelle. L’entorse s’avère pire que prévu, il y a des complications, néanmoins elle décide de se battre pour pouvoir disputer les JO. A son retour, on l’aligne dans un relais… qui est arrêté à cause d’un épais brouillard, du coup elle ne peut y prendre part et débute donc sa saison aux JO. Le sprint se passe bien pour une reprise (20e), la poursuite fait naître des espoirs pour la suite (14e), en revanche ça se passe mal lors de l’individuelle, elle ne se qualifie pas pour la mass-start, lance Anaïs Bescond 7e mais bien dans le coup lors du relais mixte (Bescond a tourné, l’équipe a terminé très loin) et privée de relais féminin en raison du malaise – et donc de l’abandon – de Marie-Laure Brunet qui assurait le départ.

En retrouvant le rythme, les résultats sont de retour, on commence à voir la Marie qu’on attendait sans cette malheureuse blessure, la saison se termine même pas une nouvelle 2e place lors de la mass-start de clôture de la saison. Et que nous apprend-elle alors ? Sa grossesse. Elle était au courant depuis déjà un moment, le bébé doit naître en septembre, elle ne va donc pouvoir ni préparer normalement sa saison, ni la disputer entièrement. Une saison blanche en perspective ? Après celle en grande partie gâchée par sa blessure à la cheville, trop de frustration et d’envie d’en découdre étaient accumulées. Un peu folle, Marie a décidé de se préparer quand même, n’arrêtant le ski-roues que 4 ou 5 semaines avant la naissance de sa fille le 19 septembre,… puis de se remettre à l’entraînement au plus vite.

Elle n’a pas fait n’importe quoi, les médecins la suivaient, néanmoins ça reste assez dingue et très rare. Revenir si vite est impressionnant, revenir si vite à un excellent niveau est presque inédit. Si elle ne remporte pas le Laureus Award du come-back de l’année 2015, le jury de cette organisation devra sérieusement se remettre en questions ! Après 2 ou 3 courses de niveau régional ou national histoire de se remettre en jambes, Marie a fait son retour en Coupe du monde dès janvier et a tout de suite impressionné sur les skis. Le tir lui a fait manquer des podiums. On comprend facilement que s’entraîner au tir avec un ventre de femme enceinte est compliqué puis devient impossible ou insensé. Pour ne rien arranger les conditions météo ont été compliquées depuis le début 2015.

Déjà fantastique lors du relais d’Oberhof (son premier départ en CdM après la naissance d’Adèle) où elle a fortement contribué à la 2e place de l’équipe, elle a ensuite payé plusieurs fois ses fautes au tir, le ski était bon. Il lui a manqué un peu de fraîcheur pour suivre Mäkäräinen à la fin de la poursuite d’Antholz-Anterselva conclue par une 5e place en partant 19e, là encore malgré un tir imparfait. A Nove Mesto, elle a tout déchiré lors du relais mixte (partie 5e à 38 secondes de la tête, elle a lancé Simon Fourcade en position de leader), a réussi le 3e temps de ski lors du sprint derrière les 2 intouchables mais ses 2 fautes debout lui ont coûté cher (5e place), le vent lui a fait commettre 3 fautes au premier debout alors qu’elle était partie pour un podium, voire mieux. Le tir a ensuite pourri son individuelle à Oslo-Holmenkollen, puis en l’absence de vent et malgré un tour de pénalité, elle est enfin parvenue à monter sur un podium individuel, son premier depuis la mass-start organisée sur le même site en mars de l’année dernière. Toujours à Oslo, lors du relais cette fois, partie 4e à 1’02 de la tête avec une Russe juste derrière et des proies assez loin devant, Marie a réussi à 10/10 grâce auquel elle a pu doubler l’Allemande et porter les copines à la 3e place. Puis il y a eu le relais mixte jeudi lors duquel elle a de nouveau impressionné.

J’ai exposé les grandes lignes de l’histoire sportive – la grossesse en fait partie – de Marie, intéressons-nous désormais à la course. Par rapport à la course masculine, une donnée avait évolué… la météo. Elle était encore bien pire que plus tôt dans la journée pour les hommes. En biathlon, on n’annule presque jamais, il faut un brouillard empêchant totalement de voir les cibles, un froid "extrêmement extrême" qui mettrait en danger les organismes des athlètes, ou un vent si puissant que le tir pourrait devenir dangereux. Du moins ce sont les seuls cas qui me viennent à l’esprit depuis que je regarde le biathlon (époque OEB vs Poirée, quand Eurosport.fr diffusait gratuitement le biathlon en streaming sur son site sur un lecteur Windows Média à l’ancienne, un petit flux de qualité médiocre qui ressemblait à de la HD).

Vent violent, abondantes précipitations neigeuses, température positive (disputer la course en nocturne n’a pas grand effet)… Quel cocktail ! La neige fraîche qui s’accumule sur une piste déjà explosée rend la partie ski de fond particulièrement difficile. Le vent rend le tir aléatoire, la neige pouvant aussi plomber si elle vient se coller sur les éléments de visée (qu’il faut absolument protéger en remettant le clapet avant de repartir sur la piste). On risquait fort d’assister à une loterie et de voir de gros écarts avant la poursuite. A la vue du classement final, il est évident que le vent et la réussite ont beaucoup influé sur le résultat. Toutefois, ce constat est à relativiser. Le top 4 est composé de filles en formes dont une a prouvé que mal tirer ne signifiait pas nécessairement mal s’en tirer. En outre, les éléments ne suffisent pas à expliquer toutes les grosses craquantes.

En prenant mes notes, j’ai écrit exactement ceci : «Si Marie a un peu de bol au tir, elle peut faire un gros coup.» Visionnaire… Bon, en réalité je l’ai écrit plusieurs fois depuis janvier pour finir en regrettant le tour de pénalité de trop. Un jour où l’autre, ça allait finir par bien se passer. Je pensais aussi que cette piste pouvait être idéale pour Justine Braisaz, une montagnarde aussi jeune (18 ans) que forte en ski, particulièrement quand c’est accidenté. Dès ses débuts chez les grandes, elle a suffisamment impressionné pour gagner sa place au détriment de filles qui étaient pourtant installées depuis un bout de temps en équipe de France (Sophie Boilley, Marine Bolliet, voire Anaïs Chevalier), d’où cette première participation à des ChM séniors. Cette fille est un OVNI, il lui faut encore progresser en tir, son gros point faible pour le moment (rien d’alarmant à cet âge). Enora Latuillière aurait probablement pu tirer son épingle du jeu, malheureusement elle est malade et a été remplacée par Coline Varcin, autre jeune prometteuse. J’étais nettement moins optimiste pour Anaïs Bescond, passée à côté lors du relais mixte d’une façon ne laissant rien présager de bon.

Si Karin Oberhofer (1) a déjà dû tourner 2 fois d’entrée, 6 des 9 premières à se présenter sur le pas de tir pour le couché ont fait un sans-faute. C’est notamment le cas de Tiril Eckhoff (2), de Valj Semerenko (4), ou encore de Gabriela Soukalova (9). Les faits sont là, il était tout à fait possible à ce moment de tout mettre dans les cibles. L’explication du 2/5 de Kaisa Mäkäräinen (6) est à chercher ailleurs. En y regardant de plus près on constate par exemple un manque de réussite sur la dernière, archi-cordon. A 1 millimètre, elle faisait 3/5, ne devait tourner que 2 fois, ce qui restait rattrapable pour une fille aussi monstrueuse sur les skis. Avec 3 tours, elle était déjà condamnée, d’où un refroidissement général de l’atmosphère. Le public finlandais s’attendait à la voir briller 1 an après un triplé à Kontiolahti. Elle avait remporté les 3 épreuves, c’est donc que le profil de la piste particulièrement favorable aux meilleures fondeuses – donc à elle – l’avantageait. Elle a débuté la saison de façon très impressionnante en enchaînant victoires (4) et podiums (3) en novembre-décembre (sur 8 courses). En janvier, c’était moins bien, rien lors des étapes allemandes, puis de nouveau 2 podiums à Antholz-Anterselva. 2 semaines plus tard, à Nove Mesto, podium en poursuite avec un morceau d’anthologie à Oslo, une victoire à 20 en individuelle avec une avance énorme : 1’18 sur Darya Domracheva, 1’21 sur Veronika Vitkova, 2’28 sur Laura Dahlmeier, 4e. Il ne s’agit ni d’un problème de forme, ni du vent, ni de la piste. La vérité est ailleurs. Son problème est purement mental. Lors de Mondiaux à domicile, quand vous êtes LA star locale, LA tête d’affiche, quand vous avez gagné 3 fois sur 3 un an auparavant, quand tout le monde vient pour voir gagner, vous subissez une pression terrible. Or Mäkäräinen ne sait pas résister à la pression, elle a remporté 14 courses, compte 50 podiums en Coupe du monde, mais hormis en 2011 où elle a terminé 2e du sprint, a gagné la poursuite et a pris la 4e place de la poursuite, ses résultats aux Mondiaux et aux JO sont sans rapport avec son véritable niveau. 3 médailles en 33 départs, relais exclus. Pour une fille qui a remporté 2 gros et plusieurs petits globes, c’est la super loose. Marie Dorin-Habert est Super-Maman, Kaisa Mäkäräinen est Miss-Loose. Elle en a même rajouté au debout en ayant pourtant tenté d’assurer pour sauver sa poursuite. 5 tours de pénalité sur un sprint !!! 35e à 2’21… Forcément.

J’en reviens au tir couché. Gabriela Soukalova a donc fait son 5/5 en ayant marqué une pause au lieu d’enchaîné, elle avait donc quelques secondes de retard à la sortie. Darya Domracheva (10) a pris plus de risques, elle a manqué la 4e, ce qui n’était pas bien méchant. Susan Dunklee (15) a décidé d’assurer au maximum, c’était lent, ça n’a pas payé car elle a loupé la dernière. J’ai passé Fuyuko Suzuki, étonnante lors du relais mixte, Nadezhda Skardino, passée au travers, ou encore Elisa Gasparin, pas assez forte pour jouer devant, même en cas de 10/10. J’étais dans l’attendre de Marie (16), presque manquée par le réalisateur. Il pouvait au moins mettre une double fenêtre… On a seulement vu les 2 dernières balles de son sans-faute. Toujours est-il qu’elle a pris la tête en améliorant de 6 secondes le meilleur temps (celui de Valj Semerenko).

Franziska Hildebrand (17) figurait parmi les filles à surveiller, elle a manqué la 3e cible… cordon, la cible a bougé. Il était déjà temps de bifurquer vers les premières arrivées au debout, qui promettait de faire office de juge de paix. Du coup le passage de Weronika Nowakowska (19) au couché est passé inaperçu. A posteriori on se rend compte de l’erreur.

Au debout, Eckhoff a vécu un cauchemar. Faute de parvenir à conserver une position stable, elle a pris beaucoup de temps entre chaque tir, et d’autant plus quand elle a commencé à manquer sa cible, car elle a voulu se repositionner plusieurs fois. Résultat, pas mal de secondes perdues et 3 tours de pénalité. Elle a fini 19e à 1’42. Semerenko a opté pour la stratégie opposée, l’attaque. S’il est difficile de maintenir sa position, autant tenter le tout pour le tout en tirant vite, en rythme, sans attendre que les bras tétanisent. Résultat, 4/5 (9/10) et le meilleur temps provisoire à la sortie. Ce choix était le bon.

Rapide retour au couché pour signaler le magnifique 0/5 de Fanny Horn (21) – mais où est donc Horn Icare ? – et le 5/5 de Mari Laukkanen (22), juste histoire de donner envie au public finlandais de ne pas quitter les lieux trop tôt (c’était juste avant le debout de Mäkäräinen, l’embellie a été de courte durée). Quant à Anaïs Bescond (24), elle a loupé la première en sachant que seul un 10 pouvait lui permettre de réussir un bon résultat compte tenu de sa forme. Veronika Vitkova (27, 6 podiums dont 1 victoire cette saison) et Dorothea Wierer (28, 3 podiums en décembre dernier) ont ensuite à leur tour fortement compromis leurs chance en allant tourner respectivement 2 et 1 fois.

La porte s’est ouverte en grand quand Domracheva a été victime du vent au debout. Elle a raté la première, a envoyé un avion sur la 2e, puis a loupé les 2 dernières. 5/10, ça ne pardonne pas. Compte tenu de sa vitesse de déplacement, Marie allait être quasiment imbattable si elle parvenait à ne pas commettre plus d’une faute. Elisa Gasparin (12) a presque surpris son monde en tirant très bien debout avant une faute sur la 4e et du temps perdu pour lâcher la dernière. Son 9/10 était insuffisant (elle a tout de même terminé 13e mais à 1’13).

Heureusement que Marie s’est montrée moins fébrile carabine en joue que je ne l’étais télécommande à la main. Son avance était très conséquente en arrivant au debout, elle possédait le meilleur temps avec beaucoup de marge. Au début, tout se passait bien. Coup de stress avec une faute au 3e tir… Pour finir à 9/10 et quitter l’anneau de pénalité avec 6 secondes d’avance. Dès lors, une médaille lui était promise, seule l’auteur d’un sans-faute au couché comme au debout pouvait la battre, et encore, il devait s’agir d’une fille possédant un super bon niveau en ski car Super-Maman, déjà très rapide lors des 2 premières boucles, allait être galvanisée par la situation. Elle savait Mäkäräinen et Domracheva à la rue, la victoire était donc au bout du chemin, il lui fallait juste se dépouiller pour l’obtenir, tout dépendait d’elle, elle était seule maîtresse de son destin. Ou presque.

Quelques filles avaient encore les qualités pour remporter ce sprint, je pense notamment aux Allemandes. Franziska Preuß (25) est surtout une skieuse, elle avait tout mis couché, sur un coup de chance elle pouvait claquer le 10 et gagner. Laura Dahlmeier (32) était l’autre fille redoutable pas encore éliminée de la course à l’or. Il n’y avait en revanche rien à craindre de Nowakowska, même après son incroyable 10/10 au tir – le seul des 104 concurrentes ayant pris part à cet exercice, le réalisateur est encore passé à côté – grâce auquel la Polonaise a pu se hisser en tête du classement à la sortie du debout. Elle ne pouvait préserver ne serait-ce qu’1 centième de ses 9 secondes d’avance. Sur une dernière boucle, Marie allait lui reprendre beaucoup plus. Ça n’a pas manqué. Marie a mis le turbo, elle a ainsi amélioré le meilleur temps (celui de Semerenko) de 19"7. Sans surprise, Nowakowska s’est ensuite intercalée au 2e rang à 9"6 de Marie. Quasiment 20 secondes d’écart en 2,5km…

Laukkanen a échoué debout, seul le 10 pouvait lui permettre de jouer devant… 2 échecs, à dégager (16e à 1’23 au classement définitif). Preuß s’est complètement loupée debout (3 tours), comme à son habitude ai-je envie de dire. Elle a tout de même fini 14e à 1’19. Habituellement très bonne tireuse, Dahlmeier a aussi terminé à 7/10 (1+2), seulement, de son côté, il y a eu du répondant sur la piste ! Elle me semble avoir eu Marie en point de mire pendant une grande partie de sa deuxième boucle quand Marie était dans son dernier, peut-être en a-t-elle profité. L’amélioration des conditions météo (la neige a arrêté de tomber) a aussi dû jouer. Toujours est-il que son temps de ski a été le meilleur, elle a donc fait encore mieux que Marie. Mais le biathlon est un tout indivisible, Dahlmeier a terminé 4e à 29 secondes de la première place.

Après Dahlmeier, 6 filles pas particulièrement attendues à la fête sont venues se caler dans le top 11. L’accalmie météo a probablement aidé ces jeunes et moins jeunes femmes. Parmi ces 6 concurrentes, 2 autres Polonaises, Krystyna Guzik (35) et Magdalena Gwizdon (44). Elles ont terminé respectivement 5e et 7e (à 40" en tirant à 0+1 et 52" avec un 2+0 au tir). 3 Polonaises dans le top 7… Et aucun enseignement à en tirer en vue du relais féminin, car il aura lieu dans une semaine, beaucoup de choses auront changé, elles n’auront sans doute pas la même réussite et il leur en faudra une 4e. Parmi ces 3, une a vraiment des références en Coupe du monde, Gwizdon, 6 podiums dont 2 victoires mais qui datent de plusieurs années. Une autre en a aussi mais moins, Guzik, 2 podiums dont une médaille d’argent lors de la poursuite des Mondiaux de Nove Mesto il y a 2 ans après une 7e place lors du sprint (ses meilleurs résultats dataient tous de la période 2012-2014). Finalement, une seule n’était jamais montée sur la boîte au plus haut niveau lors d’une épreuve individuelle, Nowakowska. Toutefois, la nouvelle vice-championne du monde de sprint a brillé aux Championnats d’Europe (2e du sprint en 2015), elle était 7e dans cette discipline aux JO de Sotchi et 5e de l’individuelle à Vancouver. Sa performance n’a rien de très surprenant dès lors que ses cibles sont toutes tombées.

Olga Abramova (37), obscure relayeuse ukrainienne de 26 ans arrivée il y a peu sur le circuit Coupe du monde où à part une 15e place elle n’avait jamais terminé dans le top 20, s’est hissée au 9e rang (1+1) à 1’03. Elle a tout de même devancé une fille comme Hildebrand, 10e avec les mêmes fautes au tir. Nastassia Dubarezava (52), presque 30 ans, obscure relayeuse biélorusse, s’est classée 11e (aussi 1+1), ses 4 seuls top 10 en Coupe du monde datent de 2011/2012. Une obscure relayeuse russe a fait mieux en ayant elle aussi tiré 2 fois à 4/5, encore une fille peu connue, Ekaterina Shumilova (40), 27 ans, seulement 2 top 10 en carrière plus quelques top 20 (il faut dire qu’en équipe féminine de Russie, ça tourne beaucoup, à la fois par manque de leaders, surtout parce que ces dernières saisons beaucoup de filles sont tombées pour dopage). La collection est complète avec Andreja Mali (53), une des plus anciennes du circuit. Déjà présente à Salt-Lake City en 2002, la Slovène a pris énormément de départs aux Mondiaux et aux JO, elle est entrée pour la première fois dans le top 10 à 37 ans (elle a une médaille en relais mixte). Au cours de sa carrière elle terminé plusieurs fois 8e, une fois 4e. La retrouver 8e est assez étonnant.

Retrouver toutes ces filles improbables très bien classées quand les Soukalova (18e), Eckhoff (19e), Wierer (20e), Domracheva (25e), Oberhofer (30e), Mäkäräinen (35e) ou encore Dunklee (42e) ont échoué, c’est la beauté du biathlon ! La glorieuse incertitude du sport. Ces invitées inattendues ont fait preuve d’opportunisme, il en faut lors des courses d’un jour.

Par contre, cette glorieuse incertitude du sport n’a pas été très glorieuse pour les autres Françaises. Justine Braisaz a commencé par 4 fautes au couché (5 tours au final), son mérite est de ne pas avoir lâché l’affaire malgré cette cata. Elle a fini 34e à 2’20 avec un bon temps de ski (malgré la fatigue des 5 fois 150m de ski supplémentaires), elle a devancé Mäkäräinen qui a aussi tiré à 5. C’est assez prometteur. En revanche, pour Coline Varcin, 53e à 2’56 et Anaïs Bescond, 56e à 3’04, quelle galère ! La novice a loupé 3 cibles au couché et une au debout, Anais a parcouru 5 fois l’anneau de pénalité en explosant au debout (1/5).

(La vidéo est aussi sur Vimeo, le début ici), la fin ici. )

Dimanche, Marie et Martin courront pour le titre dans une discipline qu’ils affectionnent tout particulièrement, Simon tentera de ne pas finir 4e. La marge, l’expérience et l’envie d’une Super-Maman libérée devraient faire merveille, j’espère juste que le vent se sera calmé, histoire de nous permettre de voir tout le monde à son véritable niveau. La glorieuse incertitude du sport, c’est surtout sympa quand la réussite est de votre côté !

Notes

[1] Dans de rares cas la première épreuve est une individuelle et non un sprint.

[2] Dont le poids minimum est de 3,5km.