Encore une fois les hommes ont couru en diurne, les femmes en nocturne, seulement les conditions ont bien changé par rapport au sprint. L’humidité apportée par la pluie a permis au sel de produire son effet, il a durci la piste, améliorant grandement la glisse. Rien à voir avec cette neige extrêmement molle qui brassait énormément. Le seul souci restait le vent, à la fois moins fort et a priori plus régulier que la veille. Dans les formats en confrontation directe (par opposition à ceux en format contre-la-montre) tout le monde a droit aux mêmes conditions de piste, et si le vent peut varier selon le moment d’arrivée sur le pas de tir, c’est pour mieux nourrir le suspense.

  • Poursuite masculine : ne rien Lesser au hasard.

1er, Erik Lesser.
2e, Anton Shipulin.
3e, Tarjei Boe.
Presque uniquement des cadors parmi les 15 premiers. Les choses sont rentrées dans l’ordre après un sprint fortement perturbé par le vent.

Johannes Boe s’élançait en tête, mais était-il réellement favori ? Sur 4 tirs, il a du mal, je ne l’imaginais pas tenir le coup. Nombre des meilleurs biathlètes du circuit étaient – ou semblaient être – quasiment éliminés de la course au podium suite à trop de tirs manqués lors du sprint. En pratique, ce présupposé s’est révélé faux. Il était possible de réussir un très gros retour. On verra que du côté des femmes que s’il était aussi possible de gagner des places en partant avec beaucoup de retard, les médailles n’étaient pas à portée de grand monde.

Martin et Simon Fourcade avaient toutes leurs chances, ils partaient 12e à 50" et 4e à 30". Rien de rédhibitoire, tant s’en faut, le classement était plutôt serré ou dense à partir du 3e (1’ d’écart entre Tarjei Boe et le 26e, sachant que Nathan Smith, 2e du sprint, n’était pas super loin devant). Le cadet des Catalans avait presque l’assurance de remporter le petit globe de la spécialité dans 2 semaines du fait de la non-qualification de Simon Schempp, beaucoup trop à la rue la veille. Il faudrait un cataclysme pour l’en priver. Restait donc à jouer la médaille et… le général. Shipulin, son principal rival, comptait seulement 13 secondes de retard de plus que Martin, un écart dérisoire sur un exercice à 4 tirs.

Lors de la première boucle, les Fourcade ont adopté la bonne stratégie. Simon ne n’est pas enflammé (son erreur est souvent de trop donner trop tôt), Martin a au contraire envoyé du lourd pour doubler déjà un paquet d’adversaires et déjà nettement réduire son retard. Il a dû reprendre une grosse quinzaine de secondes par rapport à Johannes Boe avant le premier passage au couché, où soufflait un vent assez constant.

Le leader a déjà craqué : 2 tours. Son dauphin aussi, les 2 premières ont été manquées. Simon et Martin sont arrivés avec le groupe suivant. En réussissant chacun un sans-faute (le juste milieu entre assurer et attaquer), ils sont sortis en tête et 3e. Déjà ! Evgeniy Garanichev, Michal Slesingr, Benedikt Doll ou encore Jakov Fak ont tous visité l’anneau de pénalité. Parmi d’autres.

Les positions étaient alors les suivantes : Simon devant, Lesser à 4", Martin à 5, T. Boe à 7, Iliev à 7, Moravec et Soukup à 15-16, J. Boe à 18, Shipulin à 29, Smith à 31. Beaucoup plus loin, Jean-Guillaume Béatrix a gagné quelques places avec un 5/5, Quentin Fillon-Maillet en a perdu en tournant une fois. Ils partaient 38e et 40e. On ne s’intéressera donc qu’à leur résultat final.

Après avoir fourni un effort conséquent pour recoller lors du premier tour, Martin a fait comme son frère, il est resté au chaud au sein du quintette poursuivi par des chasseurs comptant une quinzaine de secondes de retard. Simon a un temps pris la tête pour ensuite pousser Lesser à faire le travail avant le second tir couché. Par conséquent l’Allemand était à la cible 1, il a attaqué et réussi un super sans-faute. A l’avant, seul Martin a connu l’échec (la 4e), les autres ont tous réussi un carton plein. Dans le groupe suivant J. Boe a encore dû tourner 2 fois, Michal Slessingr, Tim Burke et Ole Einar Bjørndalen sont les seuls à ne pas avoir visé à côté.

Au début de la 3e boucle, Simon comptait 7 secondes de retard sur Lesser, T. Boe et Iliev étaient ensemble à 9 secondes du leader, Slessingr et Burke à environ 25, Martin est sorti 7e à 28", accompagné OEB.

Lesser souhaitait éviter le retour de ses poursuivants, Simon essayait de revenir progressivement, T. Boe et Iliev s’accrochaient pour le suivre. Le regroupement s’est opéré un peu derrière pour former un quatuor de chasse qui, lui aussi, grappillait quelques secondes. Martin ne se mettait pas à la planche, il en gardait. Pourquoi aurait-il bossé pour ses 3 compagnons de route ? Pourquoi les aurait-il aidés à rejoindre son grand frère ? Surtout si loin de l’arrivée, il avait encore tout le temps de les déposer, tout le temps de combler l’écart. Autant garder des forces pour plus tard. Il a attendu la grande côte pour se décaler et accélérer, le rythme était assez lent. Encore derrière, Shipulin menait un autre groupe.

Le vent semblait être un peu tombé à l’arrivée au premier debout. Simon a essayé de mettre la pression à Lesser. Double échec. Non seulement l’Allemand a encore réussi un très bon 5/5, mais surtout Simon a manqué la 4e. La frustration est montée quand, après avoir vu tous les suivant rater une cible, Martin a eu l’opportunité de ressortir 2e. Il lui suffisait de tout mettre dedans. Il a voulu bétonner, a lâché ses balles très lentement… sans réussir à faire tomber la dernière plaque. Il aurait mieux fait d’attaquer. Lors d’un relais avec du retard à rattraper, aux JO ou après avoir assuré sa victoire au classement général de la Coupe du monde, une stratégie beaucoup plus agressive se serait imposée naturellement. Ayant ce second objectif en tête, il était plus difficile de prendre tous les risques.

Après le couché, Lesser filait seul vers la victoire, Simon pointait à 22", Iliev à 30, puis suivaient T. Boe, Slesingr (aucune faute depuis le 1er couché), Bjørndalen et Shipulin, remonté à la 7e place à 40 secondes de la tête mais à seulement 10 secondes du podium. Martin n’avait pas encore dit son dernier mot, sa 8e place était susceptible d’amélioration. Shipulin le devançait de 10 secondes, il fallait s’en rapprocher au maximum pour limiter l’écart de points pris à l’issue de cette épreuve. Erik Lesser, Michael Rösch (ancien Allemand devenu Belge, 9e provisoire) et Brendan Green (hors du coup) étaient les seuls à ne pas avoir visité l’anneau de pénalité, les 6 garçons devant Martin l’avaient tous fait une seule fois.

Pour Martin, il n’était plus question de gérer, il devait déjà tout donner pour recoller. Malheureusement il ne reprenait rien, comme si son début de course phénoménal lui avait coûté trop d’énergie. Simon faisait donc bel et bien figure de meilleure chance française. Sur la piste il perdait un peu de temps par rapport à Lesser, Iliev se rapprochait de lui, T. Boe presque pas. Slesingr et Shipulin se montraient nettement plus menaçants à terme.

Tout pouvait encore changer, le tir debout s’annonçait particulièrement décisif. Lesser s’y est présenté seul avec une avance relativement conséquente. On peut croire cette situation confortable, ce serait une erreur. Avoir la victoire en ligne de mire et savoir qu’à la moindre erreur tout peur s’écrouler n’a rien de confortable. Pouvait-il se permettre 1 tour de pénalité ? Rien n’est moins sûr. Comment a-t-il résisté à cette pression ? Mieux que bien. Lesser ne s’est pas laissé le temps de gamberger, il est immédiatement entré en mode full attack, a claqué un 5/5 impressionnant pour finir la poursuite avec un magnifique 20/20. Lors d’une poursuite, si vous partez 5e à 30 secondes, le 20/20 – rapide de surcroît – est très souvent synonyme de victoire. Personne ne peut contester la supériorité de l’Allemand (les 59 autres concurrents ont tourné), il a réussi la poursuite parfaite.

Lesser était au-dessus du lot, hors de portée. La 2e place était accessible, elle serait revenue à Simon Fourcade avec un sans-faute au dernier debout. Il a loupé la 1ère de peu, c’était mort, l’erreur sur la 4e devenait anecdotique. Adieu argent, bronze, et même chocolat. Mais le chocolat, ça va, il en a déjà croqué assez aux Mondiaux.

Pour les chasseurs, tout restait ouvert, y compris pour Martin. Comme son grand frère, Martin a loupé la 1ère. Foutu. Iliev et OEB ont aussi commis une faute, contrairement à T. Boe (2e à 31"), Shipulin (dans les skis du Norvégien seul rescapé du podium du sprint) et Slesingr (4e à 38"). Le Bulgare a rétrogradé à la 5e place à 50" de Lesser, le vétéran scandinave le suivait d’assez près, Martin est sorti 7e à 1’, Simon 8e.

Désormais le but du leader du classement général de la Coupe du monde devenait de prendre le plus possible de points pour éviter d’en perdre trop par rapport à Shipulin, sur le point de décrocher la médaille d’argent. Le Russe a voulu se livrer à un jeu de dupe avec l’aîné Boe, ils se regardaient tellement que Slessingr a bien cru pouvoir s’inviter sur la caisse. Pourquoi avoir attendu la fin de la côte pour accélérer ? Je ne comprends pas la stratégie du Norvégien, il fallait à l’évidence conserver un maximum d’énergie pour la relance. Shipulin l’a fait, attendant d’arriver à proximité du stade, il est alors parti se servir. Néanmoins, T. Boe a sauvé le coup, remportant sa 3e médaille de bronze en 3 épreuves.

Martin n’était manifestement pas en grande forme, il a continué à perdre du temps en préservant néanmoins sa 7e place. Simon a pu le rejoindre avant de craquer, permettant à Fak et Moravec de le devancer à l’arrivée. En enchaînant une 4e puis une 10e place, Simon a pratiquement assuré sa place pour la mass-start de dimanche prochain. Il y a donc une bonne nouvelle dans cette poursuite pleine de regrets. Le scénario génère beaucoup de frustration, voire de déception. Il y avait vraiment de la place en faisant preuve d’un peu plus de précision carabine en main. 3 fautes pour chaque Fourcade, c’était 2 de trop (voire une de trop pour Martin).

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

Vice-champion olympique de l’individuelle, Lesser n’avait encore jamais gagné en Coupe du monde, ses podiums se comptaient sur les doigts d’une main.

Outre la super performance de l’Allemand au tir dans des conditions pas facile, le fait marquant de cette poursuite est le retour de Shipulin. Remonter de la 18e à la 2e place n’est pas chose courante. On peut l’expliquer à la fois…
-par un retard pas si conséquent à partir du moment où les 2 premiers du sprint ont craqué comme des biscottes (un odieux 12/20 au tir à fait tomber Johannes Boe dans les bas-fonds du classement, avec aucun sans-faute pour un total de 5 tours de pénalité, Nathan Smith a dégringolé au 13e rang) ;
-par une bonne performance en ski de fond ;
-par un tir très fiable (19/20).

Les nombreux tirs manqués ont chamboulé le classement, ceux qui ont le moins mal tiré ont pu réussir de grosses remontées. Les 19/20 ont pour la plupart donné lieu à un important gain de places : Shipulin de 18e à 2e, Bjørndalen de 19e à 5e, Semenov de 26e à 11e, Eder de 46e à 12e (!!!). Certains ont réussi à doubler beaucoup de monde malgré 2 ou 3 tours. Avec des tirs à 17, Martin et Fak ont gratté quelques places (de 12 à 7 et de 14 à 8), Arnd Peiffer et Emil Hegle Svendsen ont repris nettement plus (14e avec le dossard 30 et 19e avec le 36). En tournant une fois de moins Dominik Landertinger a atteint le top 15 en s’élançant 39e.

Et les Français ? Jean-Guillaume Béatrix avait commencé par un 14/15, il a manqué 3 cibles au dernier debout. Comme la forme lui manque pour être bon sur les skis, sa 49e place au départ s’est transformé en… 41e. Quant à Quentin Fillon-Maillet, le problème est surtout venu du tir… 1+1+4+1 qui font 7… Sa poursuite de 12,5km s’est transformée en poursuite de 13,550km. Difficile de remonter au classement dans ces conditions… Il a fini 46e à plus de 4’.

  • Poursuite féminine : Super-Maman en remet une couche.

Reléguées très loin dans le classement du sprint, Coline Varcin et Anaïs Bescond ont déclaré forfait afin de s’économiser en vue de la suite des Mondiaux. Il nous restait donc Marie Dorin-Habert et Justine Braisaz au départ de cette poursuite.

La Super-Maman de l’équipe s’élançait en tête avec une avance relativement confortable, de la fatigue accumulée essentiellement après sa victoire de samedi, mais aussi un cocktail de tranquillité, de confiance et de certitudes. Pour la battre, les autres filles allaient devoir carburer sur les skis, son tir allait donc être particulièrement déterminant, il fallait éviter de leur faciliter la tâche. Sa principale rivale semblait être Laura Dahlmeier, 4e du sprint malgré 3 fautes, ceci grâce à un super temps sur la piste. La marge de Marie par rapport à l’Allemande se chiffrait à 29 secondes, il lui en suffisait d’une seule au bout des 10km pour rééditer son exploit de samedi.

Justine était dans une toute autre situation, elle partait de très loin, sa capacité à doubler un maximum de filles ne faisait aucun doute, à condition pour la jeune première des Bleues (18 ans seulement) de ne pas tout gâcher au tir. 2+1+2+1, 6 tours de pénalité… stagnation. 35e à 4’ (elle était à 34e au départ à 2’20 de Marie).

Les écarts de départ étant très conséquents suite à leur sprint raté, les super-cadors que sont Kaisa Mäkäräinen et Darya Domracheva en étant réduites à se battre seulement pour les points. Il y a eu beaucoup moins chamboulements dans le classement, les belles remontées étaient possibles seulement dans une certaine mesure, il fallait qu’on leur ouvre la porte de l’escalier. Sur les 4 premières du sprint, 3 ont confirmé, seule Valj Semerenko a craqué.

Marie n’a pas l’habitude d’être la proie. Elle n’avait connu cette situation que dans des compétitions annexes, jamais au plus haut niveau mondial. La crainte de la voir imploser comme Johannes Boe était tout de même très faible. Ses courses préférées sont celles à confrontation directe (poursuite, mass-start et relais), elle adore cette lutte psychologique, être à la baston. A vrai dire, en relais, la pression est pire, et elle sait y faire. La dernière raison d’être confiant était son stock de métaux précieux. Ses championnats étaient déjà réussis au-delà de ses espérances, au mieux elle allait ajouter des cerises sur le gâteau, au pire elle restait championne du monde du sprint et on oubliait cette poursuite.

Sur la première boucle, il fallait surtout penser à gérer son effort pour éviter à la fois de se mettre dans le rouge et de laisser ses adversaires trop réduire sa marge. Semerenko a déjà commencé à perdre du temps, Nowakowska et Dahlmeier n’en reprenaient que peu ou pas du tout. La course s’est presque déjà jouée au premier couché, chose rarissime dans un exercice à 4 tirs. Marie est arrivée seule sur le pas de tir avec un peu d’avance, elle est restée calme, a tiré sans se précipiter. Les cibles sont toutes tombées dans un silence assourdissant. Moins forte en ski, la Polonaise devait attaquer, elle a réussi un très bon 5/5. Semerenko s’est ratée en commençant par 3 fautes. Dahlmeier a seulement manqué la 4e. Derrière, on a assisté à un petit carnage. Parmi les 7 ou 8 suivantes, seule Ekaterina Shumilova s’en est sortie sans devoir tourner.

Marie était partie avec 10 secondes d’avance sur Nowakowsa, 20 sur Semerenko, 29 sur Dahlmeier, 40 sur la 5e, 49 sur la 6e, 52 sur la 7e et plus d’une minute sur les suivantes, elle est sortie du premier couché avec la même marge de manœuvre par rapport à sa dauphine, mais Dahlmeier était déjà reléguée à 57 secondes, Shumilova pointait à la 4e place à 1’. Pour voir passer la 5e, Jana Gerkova, il a fallu attendre 1’18 ! Des écarts aussi impressionnants sont très rares. Encore plus loin, on retrouvait Franziska Hildebrand (à 1’38), puis un peloton. Malgré un sans-faute, Domracheva avait seulement fait jeu égal avec Marie (toujours juste sous les 2’). Quant à Mäkäräinen, la catastrophe du sprint n’ayant pas suffi, elle a encore dû tourner 2 fois.

Pour ne pas remporter de médaille, Marie devait le faire exprès ! Nowakowska commençait à coincer dans la côte, Dahlmeier restait à distance, Shumilova lâchait du lest, les suivantes aussi. Tout se passait pour le mieux. Au second tir couché aussi. Seule, Marie a pu mettre en place sa routine dans le calme, 10/10 très bien assuré, maîtrise totale, magnifique ! La situation s’est encore améliorée quand la Polonaise a manqué la cible avec sa 2e balle, ce qui l’a fait resortir à 39 secondes. Dahlmeier est aussi arrivée seule, elle a pris beaucoup moins de risques, son sans-faute lent lui a permis de préserver sa 3e place, mais désormais à 1’04 de Marie. Shumilova s’est montrée moins prudente. Elle comptait 1’22 de retard malgré un 10/10 que très peu de filles ont réussi. Dorothea Wierer l’a fait, Darya Vyrolaynen et 2 ou 3 autres concurrentes parties de très loin étaient aussi dans ce cas. Elisa Gasparin était la nouvelle 5e (à 1’40) devant Hildebrand et Wierer (20e du sprint). Le gros du peloton pointait à 1’50 de Marie, Gabriela Soukalova et Darya Domracheva avaient commencé à gagner des places tout en ayant concédé du temps.

Marie pouvait désormais vraiment se permettre de gérer son effort afin arriver assez fraîche au debout. Elle a choisi de ne pas se relâcher, les écarts sont sensiblement restés identiques à l’issue de la 3e boucle. Très peu de filles allaient plus vite qu’elle. Avec plus de 40 secondes d’avance, pas question d’attaquer au tir debout. Elle a voulu bien se poser, seulement le vent soufflait, tenir la position sans trembler relevait de l’exploit. La 2e a été manquée, il devenait impératif d’assurer. Seulement, plus vous voulez assurer, plus vous devez garder la carabine en joue pendant longtemps, plus vous tremblez. D’où l’avion sur la dernière. Aïe ! Les adversaires allaient de nouveau pouvoir y croire, même s’il n’y avait pas encore le feu.

La Polonaise a eu la bonne idée de prendre son temps pour appuyer une première fois sur la gâchette avant d’enchaîner rapidement, manquant la 3e et la 5e au passage. Elle a accéléré en sentant Dalhmeier arriver. L’Allemande pouvait en profiter. Un 5/5 plutôt assuré lui a permis de ressorti à 20 secondes de Marie. Ça risquait d’être chaud ! Quasiment rejointe par la meute, Shumilova a préservé sa 4e place (à 45") grâce à un sans-faute rapide, Nowakowska venait de quitter l’anneau de pénalité. Derrière, au sein du gros peloton, les 5/5 ont été nombreux. On retiendra essentiellement ceux du trio Wierer-Soukalova-Domracheva, 5, 6 et 7e à 1’15/1’19. Mäkäräinen a encore connu l’échec, elle était en train de laisser sa rivale biélorusse récoler beaucoup plus de points qu’elle.

Gérer n’était plus une option, Marie devait impérativement conserver un maximum d’avance par rapport à Dahlmeier avant l’ultime séquence de tirs. Seulement, le scénario a permis à l’Allemande de trouver un second souffle. Elle y croyait de nouveau. A défaut de semer la chasseresse, la proie a pu éviter d’être réellement en ligne de mire. Sur les skis, Super-Maman et sa jeune adversaire faisaient jeu égal. Par conséquent, le dernier debout allait être décisif pour environ la milliardième fois de l’histoire du biathlon, chose assez improbable quelques minutes auparavant. Le duo en quête d’une médaille de bronze décrochait de plus en plus. Sauf énorme craquante, l’or et l’argent étaient réservés.

Le last woman standing match s’est tenu en 2 temps. Marie n’avait pas le droit à l’erreur pour être sûre de l’emporter. Si elle en commettait une, et a fortiori plusieurs, il lui fallait espérer que les autres ne fassent pas mieux qu’elle. Le stress est monté, le staff et tous les supporters de l’équipe de France retenaient leur souffle. En ce qui me concerne, j’étais tendu comme une arbalète… La 1ère, dedans. La 2e, dedans. La 3e, à côté. La 4e, dedans. La 5e, dedans. Elle a tiré pour aller chercher la victoire, donc très vite, pas pour préserver son avance.

Ayant bien sûr connaissance de la faute de Marie, Dahlmeier savait pouvoir sortir en tête en faisant un sans-faute. En loupant la 4e, elle a soulagé beaucoup de monde ! Ne tourner qu’une fois a permis à l’Allemande d’assurer la 2e place (sortie avec 27" de retard). Shumilova a complété sa magnifique performance au tir en réussissant le 20/20, malheureusement pour elle, le ruban par lequel la médaille de bronze était accrochée à son cou était mal noué. Nowakowska a facilement comblé l’écart de 6 secondes pour rejoindre puis doubler la Russe en profitant d’une énorme boulette de cette dernière. Elle est tombée. Une erreur stupide à la glisse, même pas dans un endroit dangereux. Il n’y a pas plus bête pour gâcher un 20/20. C’est un joli cadeau de la Russie à la Pologne. Monter sur un podium à ce niveau était une découverte pour elle, le faire 2 jours de suite…

Si en tête Marie se faisait plaisir en savourant ses 2 derniers kilomètres de ski de fond avant de devenir double championne du monde… tout en faisant attention à ne pas laisser Dahlmeier revenir et en mettant 1 tour à plusieurs concurrentes très mal classée, à l’arrière, on bataillait pour les points Coupe du monde. Soukalova est sortie 5e du pas de tir à 1’, Hildebrand suivait à 1’09, Domracheva était à 1’16 (avec une seconde faute). Mäkäräinen a fini par un 5 (tir à 17/20) et pointait à 2’, il lui fallait limiter la casse au maximum.

Marie a même pu se faire le plaisir de prendre un drapeau assez loin de l’arrivée, ce qui nous permet d’avoir de magnifiques images[1] qui vont faire le bonheur de ses sponsors et de ceux de la fédération. Pour l’anecdote, elle a expliqué après la course avoir hésité à le prendre, se demandant si c’était très sérieux avec une Dahlmeier aux trousses ! Son temps de ski n’a aucune importance, les 3 fautes non plus, elles ont été faites aux bons moments pour relancer un peu le suspense et rendre cette course passionnante.

(La vidéo est aussi sur Vimeo, la course ici), la cérémonie des fleurs ici. )

A l’arrivée, les plus belles remontées ont été celles de Soukalova (de 18e à 5e, 1+0+0+0), de Domracheva, 7e (partie 25e, 0+1+0+1) derrière Hildebrand (1 tour), de Wierer (de 20e à 9e avec seulement une faute au dernier debout), et de… Mäkäräinen, remontée au 12e rang en s’élançant 35e (2+0+1+0). La Finlandaise aura tiré à 22/30 ce week-end. Une 7e place lors d’une poursuite rapporte 36 points, la 12e en attribue 29. Le dossard rouge de la locale n’était pas en danger, en revanche elle a encore perdu un peu de terrain dans la bataille pour le gros globe de cristal.

J’ai déjà longuement raconté le parcours de Super-Maman après sa victoire de samedi, je vous y renvoie. A la photo avec ses 3 médailles succèdera peut-être une photo avec 4 breloques. Je mise maintenant sur une médaille en relais et pourquoi pas lors de la mass-start lors de laquelle elle portera le dossard 1.

J’espère aussi que cette formidable réussite va donner faim à Martin Fourcade. Des championnats sans titre ni médaille individuelle après 2 épreuves, il ne nous avait pas habitués à ça !

Note

[1] Dont celle tout en haut de la page.