J’ai repris la déclaration sur L’Equipe.fr.
«J’ai appris la nouvelle ce (mardi) matin. J’étais dans la chambre avec Jean-Gui (Jean-Guillaume Béatrix). En se levant, il est allé faire un tour sur les réseaux sociaux et il m’a dit "t’as vu cet accident ?" Je n’avais pas allumé mon téléphone, je lui ai répondu non et je suis allé voir. J’avais déjà croisé Camille et Alexis, je ne les connaissais pas personnellement, ce n’était pas des proches, mais après ça n’enlève rien au fait qu’on sente touché. On a vibré au travers leurs exploits, on a suivi leurs parcours, il y a forcément une proximité qui se crée.

J’avais eu la chance de croiser Camille à Londres. J’avais parlé avec son compagnon à qui je pense beaucoup aujourd’hui. Il m’avait fait part de l’admiration de Camille pour mon parcours et ça m’avait touché. J’adore la natation, je suivais déjà beaucoup avant et depuis j’avais suivi encore plus. J’avais écrit à Camille le jour de l’annonce de la retraite.

Ce sont des parallèles hasardeux, mais tout le monde journalistique s’est senti touché avec l’attaque de Charlie Hebdo, nous, aujourd’hui, on est sportif de haut niveau et c’est le même sentiment. On sait qu’on aurait pu être à leur place, c’est un accident du destin, un accident de la vie, mais il y a beaucoup d’émotion chez tous les athlètes et tous les sportifs. C’est des gens qu’on appréciait qui, au-delà de leurs parcours sportifs, avaient une personnalité attachante. Ce n’est pas manquer de respect de dire que ma génération connaissait un peu moins Florence Arthaud, mais pour Alexis et Camille, on suivait, on était derrière. On est beaucoup de sportifs et une petite famille et il y a beaucoup d’émotion.

Ce sont des destins qui sont brisés. Pour Camille à une période où elle aspirait à autre chose dans sa vie et pour Alexis, qui avait eu une histoire pas facile et qui reprenait goût à la vie, à tout ça. C’est d’autant plus cruel. On pense beaucoup à ses parents qui avaient dû traverser une autre tragédie il y a quelques semaines. C’est la vie qui s’acharne un peu et c’est dur à accepter.

Je pense qu’il y aura pas de démarche d’équipe parce qu’on a toujours mis en avant les volontés individuelles. Avec Charlie Hedbo, je me sentais touché par cette cause, mais je ne voulais pas en rajouter. La différence entre la marque d’affection et la publicité malsaine est étroite. Sur ce drame-là, je me sens beaucoup plus proche, beaucoup plus solidaire (comme je l’étais pour Charlie Hebdo) et je pense que je vais faire quelque chose sur l’individuelle.''»

Ce drame a sans doute aussi eu une influence sur la façon dont Simon Fourcade a réagi à sa nouvelle 4e place, sa 4e (plus une en relais) lors de Championnats du monde. Il aurait pu être complètement dégoûté, mais pas du tout, il a pris ça avec lucidité et philosophie. Je vais y revenir après avoir abordé l’épreuve féminine disputée mercredi.

Sur le site de Kontiolahti, la boucle de l’individuelle est très rarement pratiquée. Elle est longue de 3km pour les femmes et de 4 pour les hommes, on ne prend pas certains raccourcis, les descentes sont plus longues et par conséquent, les côtes aussi. La partie ski de fond est donc beaucoup plus dure, ce qui compense en grande partie les conséquences du tir. Rappelons que dans ce format, chaque faute au tir (où on alterne couché et debout) coûte une minute de pénalité ajoutée immédiatement au temps de passage du concurrent, il n’y a pas de tour de pénalité. La difficulté de la partie ski complique la partie tir. Le niveau actuel chez les hommes – c’est à peine moins évident chez les femmes – oblige à être très fort pour l’emporter, être très bon au tir ne suffit plus à faire de vous un favori.

  • Individuelle (15km) féminine : la fausse joie.

Le vent soufflant beaucoup moins fort que lors des épreuves du week-end dernier, plusieurs sans-faute étaient à attendre, les erreurs au tir s’annonçaient donc particulièrement coûteuses. Tout le monde pensait assister au retour des cadors sur le devant de la scène. Kaisa Mäkäräinen, Darya Domracheva, Gabriela Soukalova, Veronika Vitkova et compagnie devaient se reprendre après un début de championnats manqué.

Du côté de l’équipe de France, il n’y avait pas grand-chose à attendre. Marie Dorin-Habert n’aime pas trop cet exercice, elle a accumulé pas mal de fatigue en enchaînant relais mixte, sprint et poursuite avec une médaille d’argent et 2 titres à la clé (d’où beaucoup de sollicitations). Elle a préféré se préserver en vue de ses gros objectifs de vendredi (le relais) et dimanche (la mass-start). Cette décision me semble très pertinente. En son absence, Anaïs Bescond – généralement bonne tireuse – représentait le seul espoir de voir une Française briller. Ses coéquipières engagées ont été alignées dans un autre but. On vise plus les moyen et long termes les concernant. Enora Latuillière et Coline Varcin sont des jeunes, Justine Braisaz est une très jeune, elles ne présentent pas encore la fiabilité nécessaire pour réussir les épreuves à 4 séances de tir. Les entraîneurs ont demandé à Enora et Justine de ne pas faire la course à 100%, histoire de transformer cette individuelle en une sorte d’entraînement en conditions. Il était important de préparer le relais, c’est d’ailleurs la raison de la participation d’Enora, malade ces derniers temps (d’où son absence lors du sprint donc de la poursuite). Justine a eu beaucoup de mal à suivre les consignes…

"Nanass" a hérité du dossard 1, on ne pouvait donc pas mesurer la valeur de sa performance avant le passage d’un certain nombre de ses concurrentes. A la rue sur les skis la semaine passée, ses chances de bien figurer semblaient très réduites, il lui fallait réussir un 20/20 pour espérer monter sur le podium. Avoir manqué une cible au 2e passage au tir (le premier passage au debout) a été très préjudiciable… comme souvent sur une individuelle. La balle qui sépare le 19 du 20 fait très souvent la différence sur ce format, sauf à être très rapide sur les skis. Actuellement, même si on a constaté une nette amélioration par rapport à la semaine passée, ce n’est pas le cas de celle qui a fait office de leader intérimaire – sans aucune connotation péjorative – pendant l’absence de Marie. Le caractère très préjudiciable de la faute au debout est évident au classement final. Elle a en effet terminé à 1’06 de la première. Une minute de pénalité en moins, ça jouait la gagne, au pire a 2e place. Qui plus est, elle aurait mis une sacrée pression à toutes les suivantes. Seulement, tout ceci n’est que fiction, peut-être "Nanass" aurait-elle craquée sur la 20e en se voyant si proche de la course parfaite… Son 19/20 reste néanmoins une super performance dans ces conditions, sa 7e place correspond beaucoup plus à son niveau, c’est très rassurant avant le relais, voire la mass-start.

Cette course a tout de même été assez rocambolesque. Domracheva a explosé dès le premier debout, 3 fautes en ayant tiré lentement, ses espoirs de victoire ont été emportés par le vent. Sa grande rivale a fait moins mal. Rapide en fond sans être aussi impressionnante que prévu, Mäkäräinen a loupé une seule fois au debout, elle allait devoir s’employer pour devancer Soukalova (dossard 4), elle aussi auteur d’un 19/20 (la 19e à côté). Evidemment, la Tchèque est sortie largement en tête puis a amélioré de 42 secondes le temps de référence (d’Anaïs) à l’arrivée.

Karin Oberhofer avait réussi une super course, 3 fautes au second debout (4’ de pénalités en tout) ont tout gâché. L’Italienne a fini à 3’06. Tirer semblait redevenir très compliqué à cause du vent, en réalité il était possible de viser juste. Si Vitkova a manqué la cible avec sa 15e balle, Dorothea Wierer a tout mis pour en finir elle aussi avec un 19. Elle comptait 5 secondes de retard sur Soukalova avant de parcourir une dernière fois la boucle de 3km. Ayant la chance d’être renseignée sur les temps intermédiaires, elle avait les cartes en main pour prendre la tête. Elle a échoué pour 1"6 !

Avant l’arrivée de Wierer, l’épreuve avait connu d’autres péripéties. Mäkäräinen a raté la 2e cible au second couché malgré une extrême prudence. De même, Vitkova s’est condamnée en manquant la première lors de l’ultime séance de tir, d’où une dernière balle lâchée plusieurs secondes après la précédente. Sans cette erreur, elle jouait la médaille. Il lui fallait un 19 ou un 20, son 18 a fait d’elle une 8e frustrée (à 1’21).

Wierer avait terminé depuis 2 grosses minutes quand Daria Virolaynen a fait son apparition au 3e rang, éjectant ainsi Bescond du podium. La Russe a repris pas mal de temps sur la fin, elle s’est classée à environ 15 secondes de Soukalova. Sa chance est d’avoir été épargnée par le sort. Quand on voit ce qui est ensuite arrivé aux 3 filles positionnées juste devant elle, on se dit que cette 5e place est presque la plus agréable ! Vous allez comprendre pourquoi.

Si Laura Dahlmeier a envoyé du pâté pour jouer le podium malgré 1’ de pénalité prise à chacun des 2 premiers passages au tir, l’échec de la jeune Allemande, provisoirement 4e à 2"6 de Virolaynen, a dû faire naître des regrets, au moins pendant quelques minutes. Elle finissait très fort. Plus tard, ces regrets ont pu se dissiper car elle a reculé jusqu’au 6e rang. Notamment à cause de Mäkäräinen. La star locale n’avait pas dit son dernier mot. Malgré ses 2’ de pénalité, la Finlandaise a en effet réussi à faire la différence sur la piste, on la voyait réduire son retard de façon très impressionnante dans le dernier tour. Soukalova avait encore 38 secondes de marge à l’issue du 2nd tir debout, on sentait néanmoins Mäkäräinen encore capable de monter sur la boîte, elle allait plus vite qu’un service d’Ivo Karlovic. Au temps intermédiaire de la grande côte, les 38 secondes étaient devenues… 5 secondes ! L’ambiance est montée, le public s’est mis à y croire, son héroïne allait enfin décrocher la timbale… Ou presque. Les spectateurs survoltés ont pris une bonne douche froide en voyant le résultat : 2e à 1"2. Après 15 bornes et 20 tirs avec 1’ de pénalité par tir manqué, les 3 premières se tenaient en 1"6. Incroyable ! D’autant que Mäkäräinen a fait un 18 alors que Soukalova et Wierer ont tiré à 19. Ce dernier tour parcouru à une vitesse impressionnant s’explique probablement par un choix tactique, celui d’en garder un peu sous la semelle afin de ne pas trop se mettre dans le rouge avant les tirs. Une fois ses 20 balles lâchées, elle a pu tout donner, or quand elle donne tout sur les skis, elle est au-dessus du lot.

La star Finlandaise devait-elle être déçue ou heureuse ? Rappelons-le, son bilan en championnats du monde (et JO) est particulièrement faiblard compte tenu de son niveau. Obtenir une médaille après avoir craqué lors du sprint – et donc gâché sa poursuite – en se montrant incapable de résister à la pression générée par les attentes placées en elle était une victoire en soi. Elle ne pouvait pas rentrer bredouille de Mondiaux organisés à la maison au cours d’une des meilleurs saisons de sa carrière. Cette breloque ne suffira pas à faire de ces Mondiaux une réussite pour Mäkäräinen, mais peut-être lui permettra-t-elle de faire s’échapper une grande partie de cette pression et ainsi d’arriver sur la mass-start dans un autre état d’esprit, celui nécessaire pour gagner. Cette performance lors de l’individuelle permet en outre à la Finlandaise de reprendre des points à Domracheva, seulement 16e.

Mäkäräinen avait le dossard 36, il restait donc beaucoup de monde sur la piste. Seulement, parmi toutes les concurrentes ayant un dossard plus élevé (Tiril Eckhoff avait le dernier, le 105, un choix tactique osé), on en trouvait très peu de dangereuses. Celles qui auraient éventuellement pu l’être sont rapidement sorties de la course au podium, à l’image d’Eckhoff (3’ de pénalité d’entrée).

Weronika Nowakowska pouvait confirmer ses performances surprenantes (2 médailles) lors du sprint et de la poursuite, une faute au dernier debout (18/20) lui a coûté un top 10. Pour espérer gagner – pour prendre une médaille, il fallait gagner, s’intercaler sur le podium avec un si faible écart entre la 1ère et la 3e était trop improbable – le sans-faute était désormais obligatoire. Après le 2nd couché, seules Megan Heinicke (55), Luise Kummer (76) et Ekaterina Yurlova (93) pouvaient encore le réaliser. La Canadienne et l’Allemande avaient déjà perdu trop de temps, elles ont de surcroît manqué le 20 (respectivement 1 et 2 fautes au second debout). Restait donc la Russe, bien placée car à seulement 15 secondes de Soukalova après 9km et 15 tirs. La Tchèque ayant pris une minute de pénalité au dernier debout, il y avait de la place pour la battre. Manifestement, la belle Gabriela ne craignait rien, au point d’aller voir la presse comme si elle avait gagné. Elle a réagi devant certains micros comme si le titre lui était acquis. Les médias (notamment l’équipe.fr) ont publié leurs articles sur sa victoire. Boulette… Car au dernier debout, Yurlova s’est mise tout au début du pas de tir afin d’éviter au maximum de s’exposer au vent (il y en avait peu), elle a réussi le seul 20/20 du jour, est sortie avec 33 secondes de marge sur Soukalova et a gagné avec 23. (Pour l'anecdote, les articles des médias trop pressés ont été modifiés longtemps après la fin de l'épreuve, ils sont restés en lignes sans que leurs auteurs ne réagissent. C'est passé crème, et ça fait tache !)

Soukalova se croyait championne. Raté. Wierer se croyait médaillée. Ce sera pour une autre fois. Mäkäräinen, qui pensait avoir manqué le titre d’un rien, est devenue bronzée, ça reste un podium, la différence entre l’argent et le bronze n’est pas fondamentale. Le suspense fabuleux a été doublé d’un énorme renversement de situation quand personne ne s’y attendait plus (quasiment une demi-heure entre les arrivées de Mäkäräinen et de Yurlova), la surprise est de taille (sa meilleure perf en CdM était une 5e place), le sans-faute a été récompensée. En voyant ça, difficile de ne pas penser à ce qu’aurait pu faire Anaïs Bescond en claquant le 20 au lieu du 19… 7e, ça reste pas mal du tout.

Je ne crois pas avoir vu une seule image des autres Françaises. Justine s’est classée 34e à 4’38 avec 4 fautes dont 3 au 1er couché (et 1 au dernier debout), Enora 43e à 5’13 avec seulement 2’ de péna (1001), Coline 55e (1110).

(La vidéo est aussi sur Vimeo, la première partie ici, la seconde ici.)

  • Individuelle masculine : .

Depuis déjà quelques années, la saison débute à Östersund avec une individuelle. En 2011, 2012 et 2013, Martin Fourcade a remporté cette course. En 2014, il s’y est complètement raté, un accident de parcours qui l’empêche de remporter le petit globe de la spécialité. La saison passée, n’ayant pas participé à l’étape de Ruhpolding afin de préparer les JO, il ne pouvait briguer ce trophée (la 3e et dernière individuelle de la saison était celle de Sotchi, or les épreuves olympiques sont désormais hors Coupe du monde, il n’y avait donc que 2 courses). Un craquage, une absence, 6 victoires. Tel était le bilan de Martin sur les 8 dernières individuelles disputées sur le circuit. Dont le titre mondial et le titre olympique. Il est clairement le plus fort, le seul à pouvoir le battre sur ce format n’est autre que lui-même.

En 2012, le petit globe était devenu la propriété de Simon Fourcade, vice-champion du monde de la discipline. Il s’agit de son épreuve forte. Compte tenu de la forme affichée lors du week-end, il avait un coup à faire. Seul souci, son dossard, le 3, qui empêche de bénéficier de renseignements sur les temps de ses adversaires qui, eux, en ont eu sur les siens.

Martin (34) étant le tenant du titre, l’équipe de France pouvait engager 5 de ses hommes. Il n’y a donc pas eu besoin de choisir entre Quentin Fillon-Maillet (70), Jean-Guillaume Béatrix (98) et Simon Desthieux (122).

La course a été… longue. 125 au départ, c’est beaucoup. 46’30 sur la piste pour gagner, près d’une heure pour le plus lent. Le dernier a été classé à +20’ à cause des pénalités. Les candidats au podium étaient pour la plupart dans le premier ou le 2e groupe, néanmoins ils sont quelques-uns à avoir opté pour un départ tardif, sans doute en espérant des conditions plus froides.

Simon Fourcade a bien débuté avec un sans-faute au couché, il a fallu attendre Jakov Fak (13) pour le voir perdre sa place de leader provisoire à la sortie de ce premier tir. L’ancien Croate devenu Slovène avait 6 secondes d’avance, il s’est particulièrement appliqué, sachant que son niveau en ski de fond lui permettrait de compenser le temps supplémentaire passé à faire tomber les cibles en évitant les minutes de pénalité. Entre-temps, Michal Slesingr (4) a loupé une fois, Evgeniy Garanichev (6) a décidé d’attaquer comme un fou, il a raté 2 cibles. Lukas Hofer (7)… 2 aussi. Andrejs Rastorgujevs (7) une, idem pour Sergey Semenov (12), porteur du dossard rouge (il a manqué la 2e). Pourtant, les conditions de vent étaient parfaitement surmontables. D’ailleurs Michael Rösch (10) – entre autres – a réussi le 5/5 pendant cette période. Emil Hegle Svendsen (17) y est parvenu, un sans-faute rythmé lui a permis de sortir à 7", juste derrière Simon.

Anton Shipulin (19) a fait un premier tour assez calme, il a commencé par un tir manqué et a enchaîné très vite. Déjà un handicap pour le dernier véritable adversaire de Martin Fourcade dans la quête du gros globe.

Avant l’arrivée de Simon au premier debout, le nouveau champion du monde de poursuite se présentait au couché. Si Erik Lesser (22) a impressionné au tir, il n’allait pas assez vite sur les skis pour être dangereux. Simon Schempp (24) s’est montré nettement moins offensif carabine en main, il a pris son temps en tirant au centre, puis à droite, puis de l’autre côté, une routine visant à ne pas s’emballer. Avec son sans-faute, il est ressorti 2e. Pour continuer à devancer Simon après le premier debout, il allait devoir faire aussi bien que lui. Simon a claqué un 10/10 rapide, on ne le sentait pas super rapide sur la piste, sans doute en raison d’un choix sage et délibéré. Sur une individuelle, mieux vaut en garder sous le pied pendant 2 ou 3 boucles, éviter de se mettre dans le rouge, sinon ça se paie cher sur la fin. Or d’habitude, c’est son souci, il a tendance à partir trop fort.

Oublions Garanichev malgré son super 5 debout et Hofer auteur d’une nouvelle faute en attaquant, ils étaient loin de Simon (les Russe a de nouveau craqué au dernier debout, l’Italien a tiré à 15, ils ont raté leur course). Semenov, en revanche, s’est remis dans le jeu avec un sans-faute rapide pour faire 9/10. Fak a encore voulu assurer, il est ressorti à 9 après une hésitation sur la dernière… loupée. Il comptait alors 39 secondes de retard sur Simon.

Pendant ce temps, Nathan Smith (28) était sorti en tête du premier couché (le réalisateur l’a loupé), Johannes Boe (29) suivait, il a pris des risques – comme d’habitude – et se classait 3e à 6"… avant le passage de Martin Fourcade. Auteur d’un gros premier tour, il a préféré assurer. Tirer lentement était la bonne stratégie, avec son sans-faute il a établi un nouveau temps de référence pour 2 secondes (12 de mieux que son frère, 6e du classement à ce stade de la course). Par la suite Simon Eder (38) et Daniel Böhm (42) ont pris 1’ de pénalité, Ondrej Moravec (40) et Jaroslav Soukup (41) ont réussi le sans-faute. Moravec n’a pas tiré très vite, il est sorti à 10 secondes de Martin.

La course restait très ouverte, beaucoup de concurrents étaient encore en mesure de l’emporter. On s’attendait à en voir sortir du jeu en manquant des cibles. Svendsen, Lesser puis J. Boe ont bien fait le job sur le pas de tir, ils ont réussi le 10/10. Les Norvégiens, à l’attaque, ont successivement pris la tête pour 5", Lesser se classant juste derrière Simon, désormais 3e. En revanche, Shipulin a morflé en raison d’une chute, cause d’un problème de carabine. On a dû lui donner un chargeur, il a perdu du temps. Pour se rattraper il lui a fallu tirer rapidement, il l’a bien fait, son 5/5 lui a permis de limiter la casse. Il était à 1’13 de la première place au moment où Martin s’est présenté à son tour au premier debout avec l’opportunité de profiter de la situation du Russe pour faire la différence au classement général de la Coupe du monde.

Comme Schempp et Smith un peu avant lui, Martin n’a pu éviter 1’ de pénalité. Pourtant le Français a pris son temps. Ce 3e tir manqué ne lui a pas gâché sa course – on ne peut en dire autant du Canadien qui a ensuite complètement dérapé, finissant avec 5 fautes – car son retard par rapport aux mieux classés restait très mesurés. L’écart de 34 secondes avec J. Boe indiquait que le patron du circuit reprenait beaucoup de temps sur la piste (plus de 15" par boucle en prenant en compte le différentiel de prise de risque au tir), avec encore 9km à parcourir, il allait certainement pouvoir rattraper son erreur. A condition bien entendu de ne pas se handicaper avec une ou d’autres pénalité(s).

Cette cible loupée par Martin a dû ouvrir des appétits. A ce moment de l’épreuve, ils étaient 11 à se classer en 50 secondes (Schempp étant le 11e), les 6 premiers[1] ayant réussi un sans-faute. Quelques-uns ont dû se dire qu’ils avaient une chance de l’emporter. Moravec aurait peut-être pu en ne se précipitant pas sur sa 10e balle. Sa faute lui a valu de sortir à 52 secondes de la tête au lieu d’être premier. Juste après lui, le sans-faute rapide de Böhm a remis l’Allemand dans le coup.

Pendant ce temps, on était déjà en plein dans le 2nd tir couché. Le réalisateur a manqué celui de Simon, de nouveau parfait (15/15). Semenov puis Fak ont vite et bien fait tomber les 5 plaquettes, avec le 14/15 ils pouvaient encore espérer battre Simon mais allaient devoir s’employer pour y parvenir. Malheureusement on a vite compris que pour gagner, le doyen des Bleus allait devoir compter sur des erreurs de ses adversaires, car Svendsen ne lâchait rien. Grâce à l’avance obtenue en ski, il a pu assurer au tir. Lui aussi sorti à 15, il avait désormais 19 secondes de marge par rapport à l’ainé des Fourcade. Ça ne se présentait pas très bien car Shipulin puis Lesser ont chacun réussi un très bon 5/5. Malgré son tir manqué en début d’épreuve, le Russe représentait un danger réel et immédiat pour Simon. Quant à l’Allemand, il était désormais classé juste devant le Français.

Parlons-en, de Simon. Il lui a fallu se reprendre avant de lâcher sa dernière balle pour faire… 20/20. A-t-il bien fait de perdre quelques secondes pour être sûr d’éviter la minute supplémentaire ou aurait-il dû prendre tous les risques ? Très honnêtement, je ne pense pas que son triste sort se soit décidé à cet instant. Toujours est-il que Simon a fait le 20/20, il était clairement impossible de le battre en tirant à moins de 19/20. Quelques-uns avaient le potentiel pour le devancer à 19, mais pour la plupart l’erreur n’était pas permise. La pression ressentie par les tireurs du fait de cette quasi-obligation de sans-faute compensait-elle leur chance de bénéficier des indications sur la perf et chronos de Simon ? J’en doute. Sur la piste, ses adversaires avaient un réel avantage. De mon point de vue – comme du sien – c’est la principale source de regrets.

Grâce à ce 20/20, l’espoir demeurait, la médaille était provisoirement accrochée à son cou. J’ai longtemps cru ou voulu croire le ruban assez solide pour tenir jusqu’au bout. Surtout en constatant les difficultés de Johannes Boe, pas beaucoup plus rapide que Simon sur les skis. Le jeune Norvégien a même eu la bonne idée de louper la 3e au 2nd couché, il a encore payé son incapacité à gérer son tir au lieu d’attaquer. Il est ressorti à 1’10 de Svendsen.

Un bon dernier debout (19/20) a permis à Semenov d’assurer le globe de la spécialité (avec 142pts au total dont 40 pour sa 5e place à 56 secondes du champion du monde). Rösch n’était plus dans le coup à cause de son unique tir manqué (finalement 13e). Fak menaçait Simon, le danger a été écarté quand le Slovène a manqué la 2e. Son 18/20 lui a valu de se classer seulement 10e à 1’45. Mais la personne la plus à craindre n’était autre que son propre frère. En assurant encore un 5/5 lent au couché, Martin est ressorti à seulement 23 seconde de Svendsen, il était alors 4e, pratiquement dans les temps de Lesser et de Simon… malgré 1’ de pénalité contre aucune. Prometteur.

Dans l’immédiat, l’homme à surveiller était norvégien. En tête depuis plusieurs points de chronométrage, Svendsen pouvait le rester, il lui fallait confirmer au dernier debout avec un nouveau sans-faute. A mon grand désarroi, le dépressif de la saison[2] a réussi son 20/20 malgré mes prières pour le voir en louper une. Ce gars a eu une put*in de réussite, 2 balles ont tapé le cordon… mais fait tomber la cible quand même. Presque miraculeux. 2 fois. Cocu ? Il est sorti en tête pour 14 secondes. Autant vous dire que Simon était déjà sûr de ne pas gagner, il ne pouvait finir plus vite – a fortiori en étant sur la piste avant le Norvégien – et m’a d’ailleurs semblé vraiment à la peine sur cette dernière boucle. L’impression visuelle a été corroborée par la suite, il y a perdu beaucoup de temps par rapport à ses concurrents directs, ceci essentiellement dans la grande côte et la dernière partie demandant de relancer. On l’a compris dès les arrivées de Semenov, battu de seulement 10 secondes, et de Fak, seulement à 1’ malgré son tir à 2 fautes (contre aucune).

La seconde minute de pénalité prise par Shipulin lui a fait perdre des places. Bonne nouvelle pour Martin. Le Russe a terminé 16e à 2’07. Pas fabuleux et surtout couteux au classement de la CdM. Je souhaitais à tous les prochains concurrents – hormis les Français, évidemment – d’imiter Shipulin. Je rêvais encore de voir Martin en or et Simon en bronze. Lesser m’a fait plaisir en manquant la 3e, il est sorti à 1’30 de Svendsen. A dégager ! En tirant à 19 il a seulement terminé 18e à 2’25 et 3e Allemand derrière 2 compatriotes ayant fait 18/20, Schempp (8e à 1’14) et Böhm (11e à 1’48).

Malgré un 5/5 rapide au dernier debout, J. Boe ne pouvait pas se mêler à la lutte pour le podium à cause de son unique erreur commise un peu plut tôt. Il a finalement échoué à la 7e place, à 1’14 de la victoire et à 34" du podium. Quand je vous dis qu’il a du mal dès qu’on allonge la distance… A vrai dire, le "petit Boe", on s’en fout, on arrivait en effet au moment de vérité. Martin gagnait à 5/5, à 4/5 – ou moins – Simon était quasiment certain de monter sur la boîte, mais probablement sans son frère. Il fallait un sans-faute, on l’a eu ! L’avance de 3"5 à la sortie du pas de tir allait forcément augmenter tant la supériorité de Martin en ski était importante. Il a plus que compensé sa pénalité et ses tirs plus lents en seulement 4 boucles. Par rapport à Svendsen de surcroît. Martin_Fourcade_champion_du_monde_2015_de_l_individuelle.jpg

Même si le Norvégien a repris beaucoup de temps à Simon dans la côte, il a aussi eu du mal à finir. Dans la dernière boucle, il n’a repris qu’une dizaine de secondes à Simon, soit 25" d’avance à l’arrivée. Martin lui a mis une bran-bran. Si en principe personne ne pouvait le battre, le boss du circuit a mis un point d’honneur à envoyer du lourd jusqu’au bout. 20"9 est une marge assez impressionnante pour une victoire à 19 quand il y a eu des 20/20.

La victoire était dans la poche, les risques d’assister 2 jours de suite à un squizz improbable à la Yurlova étaient presque inexistants malgré le choix de quelques gros de partir avec des dossards élevés. D’autant qu’avec sa perf, Martin leur a mis la pression, ils n’avaient pas le moindre droit à l’erreur pour espérer réussir un gros coup.

Pendant un moment, on a vraiment cru au doublé des frères Fourcade. Or et bronze, comme les frères Boe lors du sprint. Malheureusement, Moravec ne l’entendait pas ainsi. Avec son tir à 14, il était sorti du 2nd couché avec 46" de retard, il a su prendre les risques nécessaires au dernier debout pour claquer un 19/20 de nature à préserver le suspense. Sa rafale lui a permis de sortir 31" de Martin, donc de devenir une menace directe pour Simon, pour qui ça sentait désormais la 4e place… Encore. Et en effet, le Tchèque lui a "volé" la médaille de bronze en le devançant de 5"2 après ces 15km de course. C’est cruel. Moravec a fait 19, Simon a fait 20, Moravec était renseigné sur les temps de Simon. Il était nettement plus rapide sur les skis, mais agitez la médaille sous le nez de Simon, il trouvera des ressources supplémentaires pour accélérer. C’est exactement ce qu’a fait Moravec en ayant le podium en vue.

Simon est maudit. 4e, 10e, 4e… On ne compte plus ses places d’honneur lors des Mondiaux. La bonne nouvelle est qu’il lui reste le relais et la mass-start pour finir cette compétition avec un souvenir non empli de frustration. Ayant fait son maximum, une course presque parfaite, que pourrait-il se reprocher ? D’autres ont été meilleurs que lui. Les événements de mardi aidaient à relativiser, une 4e place reste un bon résultat en soi…

Parmi les gros dossards, on trouvait principalement Ole Einar Bjørndalen (69), Arnd Peiffer (104) et Tarjei Boe (105). Le vétéran norvégien est passé sous les radars jusqu’au dernier tir debout où il a attaqué pour finir à 19 (erreur au premier couché) et sortir 6e à 45 secondes du temps de Martin. Il s’est classé 6e à 1’12. Belle perf ! En revanche Peiffer et T. Boe ont vite été écartés de la course aux médailles en manquant une cible au premier debout. Le premier a bien limité la casse en ski, pas en tir, le second a été médiocre dans les 2 disciplines.

En tout, il y a eu seulement 5 sans-faute, donc ceux de Svendsen et de Simon. Le Russe Alexey Volkov (84) est entré dans le top 10 grâce à son tir, le Biélorusse et l’Australien – et oui ! – qui ont aussi fait tomber toutes les cibles ont terminé nettement plus bas. Simon Desthieux aurait pu entrer dans ce club, il était à 16/16, prenait son temps… mais a loupé la 17e et la 20e, puis a fini à peine mieux que Jean-Guillaume Béatrix (respectivement 49 et 57e à 5’24 et 5’51 avec seulement 2’ de pénalité). Quant à Quentin Fillon-Maillet, sa course a vite perdu tout intérêt avec 2 fautes aux 2 premiers tirs pour un total de 5 erreurs (79e à 7’23).

(La vidéo est aussi sur Vimeo, ici pour le début, ici pour la suite, ici pour la fin.)

Notes

[1] J. Boe, Svendsen, Simon, Lesser, Rösch et Liadov.

[2] Ses résultats sont devenus médiocres, on dit qu’il n’arrive pas à se remettre d’un problème de cœur… Pas d’une maladie cardiaque, mais de la maladie d’amour. Elle court, elle court… alors qu’il skie.