Bref, j’en arrive à notre sujet. Ou plutôt, je vais m’en approcher avant de réellement y venir. Depuis 2002 et la fameuse affaire d’entente entre juges qui a éclaboussé Didier Gailhaguet et Marie-Reine Le Gougne, la France a régulièrement été volée en toute impunité. Le dernier exemple en date est la médaille olympique dont Nathalie Péchalat et Fabian Bourzat ont été spoliés à Sotchi. Surtout, l’EdF n’a existé qu’en danse sur glace et grâce à Brian Joubert. Depuis Salt Lake City où Marina Anissina et Gwendal Peizerat ont remporté le titre en danse sur glace et où Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis auraient pu monter sur le podium des couples sans une grave blessure subie juste avant la compétition, le bilan aux JO est dramatique.

Je suis allé consulter les palmarès. A Turin, Brian Joubert a terminé 6e alors qu’il était très attendu, Isabelle Delobel et Olivier Schoenfelder ont échoué au pied du podium.
A Vancouver, Delobel-Schoenfelder et Péchalat-Bourzat ont fini 6e et 7e. Pour le reste, R.A.S.
A Sotchi, Péchalat et Bourzat ont donc été arnaqués en danse pour filer une breloque de plus aux Russes, Maé-Bérénice Meité a terminé 10e, tout comme Morgan Ciprès et Vanessa James en couples, et la France a pris la 6e place (non qualifiée pour la finale) de la nouvelle épreuve par équipes.

Chez les femmes – qui souvent n’en sont pas encore – c’est le néant le plus absolu depuis plus d’une décennie. Je n’ai pas souvenir d’un top 10 aux Mondiaux ou aux JO jusqu’à l’avènement – timide – de Maé-Bérénice Meité, 10e à Sotchi puis de nouveau cette semaine à Shanghai et dont voici la prestation lors du programme libre (avec celles des médaillées).

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

En couples, c’est à peine moins désastreux, il a fallu aller chercher Vanessa James (Britannique née au Canada, naturalisée française fin 2009 ou début 2010) pour assurer une présence sur la scène internationale (plusieurs top 5 aux ChE, un top 10 aux JO, 2 aux ChM).

Chez les hommes, Brian Joubert a longtemps tenu seul la baraque. 6 médailles mondiales dont 1 titre (en 2007), les autres étant en argent (2004, 2006 et 2008) et en bronze (2009 et 2010), Florent Amodio a débarqué en 2012 au moment où on pensait qu’il allait prendre le relais à l’image de ce à quoi on a pu assister de façon systématique en danse sur glace. En 2012, Joubert avait pris la 4e place aux Mondiaux, Amodio la 5e, malheureusement ce dernier n’a pas réellement confirmé par la suite, il a même coulé à pic. Depuis, il tente de remonter la pente et pourrait presque être content de sa 9e place à Shanghai (7e du programme court, seulement 11e du libre). Voici son programme libre et ceux des médaillés.

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Au XXIe siècle, outre Joubert (à 9 reprises) et Amodio (une seule fois), seuls des couples de danseurs ont atteint le top 6 lors de Mondiaux ou JO. Avant cette semaine, ils étaient 3, déjà cités:
-Anissina-Peizerat, dont la carrière au XXe siècle était impressionnante (dans le top 6 depuis 1995, titrés en 2000), pour finir avec une 3e médaille d’argent en 2001 et le sacre olympique en 2002[1];
-Delobel-Schoenfelder, titrés en 2008, en chocolat en 2005, 2006 (JO) et 2007, et 6e en 2010 (JO);
-Péchalat-Bourzat, en chocolat en 2010, 2011 et 2014 (JO), bronzés en 2012 et 2014.

La continuité a été assurée depuis Isabelle et Paul Duchesnay à la fin des années 80. En choisissant en 1885 de ne plus représenter le Canada pour venir défendre les couleurs de la France, la fratrie originaire du Québec ne savait pas que 5 générations glorieuses allaient lui succéder, en commençant par Sophie Moniotte et Pascal Lavanchy. La tradition est née, elle a perduré. Ce phénomène est classique dans le sport mondial, le champion qui draine un intérêt nouveau sur sa discipline et fait des émules, on l’a vu des centaines de fois. En France ça a donné une super école du saut à la perche, du handball, du judo ou encore du biathlon, aux Caraïbes les champions d’athlétisme se sont multipliés de cette façon, dans certains pays le tennis ou le golf s’est développé ainsi. Les exemples sont multiples.

J’en arrive désormais réellement à notre sujet. Le programme libre de danse sur glace devait avoir lieu pendant la nuit. Je ne savais ni exactement quand, ni sur quelle chaîne il allait être retransmis. J’ai cherché. Pas le moindre direct. J’ai fini par trouver un lien streaming en russe. Manifestement, c’était le 1er ou le 2e groupe, or les Français devaient passer dans le dernier. J’avais envie de voir ce qu’allaient faire Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron. Encore inconnus du grand public en raison de leur jeune âge et de leur ascension fulgurante, ils étaient presque assurés de monter sur le podium à condition de réussir une prestation à leur niveau. Ils pouvaient même gagner. En année post-olympique, en raison de l’absence et/ou de la retraite des cadors de l’olympiade achevée à Sotchi, les cartes étaient redistribuées. Leur saison a été grandiose, ils ont remporté la Coupe de Chine, le Trophée Bompard, ont ainsi pu se qualifier pour la finale du Grand Prix où ils ont pris la 3e place. Aux Championnats d’Europe, ils ont défoncé la concurrence. La performance était déjà assez dingue à respectivement 19 et 20 ans. Je leur ai alors consacré un billet avec vidéos à l’appui. On y trouve notamment le reportage les concernant diffusé dans Stade 2. L’équipe de la célèbre émission du service public s’est rendu au Québec pour suivre leur vie quotidienne et leur façon de travailler depuis leur exil outre-Atlantique, où ils ont suivi leur entraîneur.

Ils sont jeunes, ont l’air hyper sympathique et sont d’énormes bosseurs. On comprend comment en 1 an ils ont pu passer de la 13e place aux Mondiaux 2014 (des Mondiaux juste après les JO, donc déjà sans les cadors) à un statut de gros outsiders, voire de favoris.

Leur 4e place à l’issue du programme court (71.94) était très prometteuse car le podium était tout proche, les Italiens champions en titre – par défaut – ne possédant presque aucune marge (72.39, soit 0.46 de plus que les Français). La 2e place des Canadiens était aussi accessible (72.68, 0.74 d’avance sur les tricolores, soit presque rien). Les premiers n’avaient pas de quoi être sereins, ils avaient reçu la note de 74.47. Autrement dit, 2 points ½ séparaient les Français des Américains qui pointaient en tête. Or depuis le début de la saison Pakadakis et Cizeron font toujours la différence avec leur programme libre.

Depuis les JO de Sotchi, j’ai appris quelques débuts de bases pour comprendre la danse sur glace. C’est rudimentaire, il s’agit juste de 3 ou 4 trucs permettant de se faire une idée sur la valeur d’une prestation. En observant la vitesse de patinage, l’écart entre les 2 patineurs (plus ils sont rapprochés, moins ils ont le droit à l’erreur, donc plus c’est difficile), la synchronisation des pirouettes (les fameux twizzles doivent être effectués sans aucun décalage) ou encore les portés (plus ou moins compliqués et créatifs sachant qu’ils doivent respecter certaines durées) on peut avoir un jugement. L’idée est bien sûr d’être super partial, de dénigrer les autres, sinon ce n’est pas drôle ! Et si vous ne trouvez rien à redire malgré toute votre mauvaise volonté, c’est que le duo a été très fort et mérite une super note… Alors bien sûr, quand la fille est aussi canon que Tessa Virtue, Nathalie Péchalat ou la resplendissante Elena Ilinykh, toute erreur est forcément due au partenaire masculin.

On ne va pas se mentir, quand vous voyez pour la première fois la jeune Gabriella Papadakis, vous voyez surtout son nez (le fameux nez grec ?). Quand vous la voyez sur la glace, vous voyez de la grâce et une alchimie parfaite avec Guillaume Cizeron, son partenaire depuis leurs débuts à Clermont-Ferrand il y a une dizaine d’années. Leur histoire est déjà incroyable alors qu’elle ne fait que débuter…

Car évidemment, cette médaille mondiale n’a pu leur échapper. Ils ont… fait ça.

Je dégaine mes vidéos. J’ai la version résumée diffusée sur France 3 samedi…

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

J’ai la version longue de la télévision suisse francophone (j'ai dû faire un raccord hispano-britannique à cause d'un petit souci technique dans l'enregistrement).

(A retrouver aussi sur Vimeo, le 3e groupe ici, le dernier ici.)

Et enfin, j’ai fait enchaîné le le reportage de Tout Le Sport après le programme court et celui de Stade 2 à propos de ces championnats.

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

Champions d’Europe et champions du monde si jeunes… En éclatant la concurrence et en dégoûtant les anciens susceptibles de revenir de tenter leur come-back… Ils ne s’y attendaient pas eux-mêmes ! Lors de cette finale ils ont battu leur record personnel avec un libre énorme (112.34 pour un total de 184.28), reléguant les Américains Madison Chock et Evan Bates assez loin (106.87, total de 181.34), alors que les Canadiens Kaitlyn Weaver et Andrew Poje ont obtenu une note finale de 179.42 avec un score sensiblement identique à celui de leurs voisins lors de cette seconde épreuve. Anna Cappellini et Luca Lanotte ont terminé au pied du podium.

Bien sûr, énormément de choses peuvent se passer, on n’est jamais à l’abri d’une blessure ou d’un souci de santé, d’un clash, d’une divergence d’opinions, d’une embrouille avec les entraîneurs, d’une lassitude physique et/ou mentale, et que sais-je encore, mais si leur association et leur complicité perdurent, si leur progression se poursuit de façon aussi fabuleuse que depuis l’été dernier, où est leur limite ? Ils devront bien sûr savoir se renouveler, mais viser 1, 2 ou même 3 titres olympiques est envisageable. Commençons par 1… En 2018 ils auront 22 et 23 ans, donc 26 et 27 en 2022, et seulement 30 et 31 en 2026. 30 ans, c’est grosso modo l’âge auquel leurs prédécesseurs ont obtenu leurs meilleurs résultats, sachant qu’ils ont généralement passé le relais peu de temps après. Pendant cette période au sommet, le couple suivant montait tranquillement en puissance. On s’attendait à voir les petits jeunes suivre la voie, gravir les échelons pour commencer à être réellement performants dans 2 ou 3 ans, puis éventuellement se mettre à gagner dans 5 ou 6… Pas besoin de patienter !

Bosseurs comme ils sont, je les vois bien prendre un abonnement à ce qu’il faudra probablement désormais appeler le "Papadakis and cry".

Pour les fondus de patinage qui auraient manqué le gala diffusé dimanche matin, je l’ai enregistré et mis en ligne. Ne dites pas merci… Ou plutôt dites-le, ça ne peut pas faire de mal.

(A retrouver aussi sur Vimeo, 1ère partie ici, 2e partie ici, la 3e ici, et enfin, en "bonus", le programme libre des vainqueurs de chacune des 4 disciplines.)

Note

[1] Ils avaient déjà décroché le bronze à Nagano.