Quelle bonne idée que de regarder ! Ils nous ont fait une séance d’anthologie. Le tir au but est souvent décrit comme une loterie. Ou au contraire, comme un exercice technique et psychologique rendu particulièrement difficile par un cocktail de fatigue accumulée et de pression. Après ce spectacle improbable, difficile de se prononcer. Par contre, si un scientifique débarque en annonçant qu’une faille spatio-temporelle est responsable de cet accident, il a de bonnes chances de me convaincre.

Philipp Lahm – capitaine des champions du monde – commence par faire du Video Gag (en envoyant à TF1 la vidéo amateur de ce TAB, il y aurait eu moyen de remporter le caméscope^^), l’assez classique tir en glissant. Evidemment, le ballon est passé nettement au-dessus de la lucarne. Ses coéquipiers – notamment Xabi Alonso – lui tapent dans le dos à son retour dans le rond central, la séance vient de débuter, il n’y a pas le feu. Ilkay Gündogan va tirer le sien, contrepied assez fort et en hauteur, 1-0 pour Dortmund.

Et là, entrée dans la 4e dimension. Xabi Alonso, champion du monde 2010, spécialiste des péno, qui venait de réconforter Lahm… nous fait le même ! La glissade ridicule. Cette fois le ballon ne passe pas au-dessus de la lucarne droite mais nettement à droite de celle-ci. Improbable. Sebastian Kehl ne tremble pas, contrepied en douceur, 2-0 pour Dortmund.

Forcément, Mario Götze – le buteur décisif de la finale du Mondial brésilien – n’a plus de droit à l’erreur, s’il ne marque pas, Dortmund aura une balle de match dans la foulée. Petit exploit, il ne glisse pas et cadre. Pas de bol, Mitchell Langerak a bien lu le tir, il plonge sur sa droite et repousse ce tir. Le gardien australien est allé chercher le ballon à mi-hauteur, Götze ne l’a pas bien placé, il suffisait de choisir le bon côté pour réussir la parade. Il semble avoir été piégé par la feinte de Langerak, bien resté sur sa ligne jusqu’au tir, comme le veut le règlement. Du coup, Mats Hummels, le capitaine (lui aussi champion du monde), se présente face à Manuel Neuer avec l’opportunité de qualifier son équipe. Comme cette séance ne revêt pas un caractère assez dingue à son goût, le 3e du classement du Ballon d’or 2014, grand artisan du titre mondial allemand, nous sort une énorme parade main droite pour déloger le ballon de son "soupirail[1]" droit. Hummels avait très bien visé, Neuer a plongé vers l’avant – une fraction de seconde trop tôt – en choisissant le bon côté, il était encore presque trop haut pour repousser un tir à ras de terre, alors qu’en plongeant bien sur sa ligne il n’aurait eu aucune difficulté à intervenir. Par conséquent, il a été obligé de sortir une espèce de manchette de folie en-dessous de lui, avec une main hyper ferme. Dingue ! Toujours 2-0, plus que 2 tireurs, l’affaire reste très mal engagée pour les Munichois, néanmoins, la séance étant folle, un revirement total de situation semble possible.

Mais pourquoi ? Pourquoi avoir choisi Neuer en 4e tireur Un gardien qui tire les pénos toute l’année façon Chilavert, Ceni ou Butt, passons. En premier ou en 5e, ça passe. Seulement, on parle de Neuer. En 4e tireur ! L’idée est plus que saugrenue, totalement improbable, illogique. Est-ce une "idée de génie" de Pep Guardiola ? De son entraîneur des gardiens ? Une initiative de Neuer ? Une énorme c*nnerie concertée ? De mon point de vue, pour autoriser un gardien à faire partie de la série initiale, il faut :
-soit qu’il ait l’habitude de le faire en étant carrément le tireur n°1 de l’équipe pour les pénos, et dans ce cas je le place en 1er (pour bien lancer la série) ou en 5e (le 5e tir est souvent un tir à pression), autrement dit j’oublie qu’il est gardien et je raisonne avec lui en tant que meilleur tireur de mon équipe ;
-soit que les meilleurs techniciens soient absents (blessés, sortis), que les candidats possibles aient les pieds carrés ou pas assez de c*uilles pour se présenter, faisant du gardien une option retenue par défaut.
Mais 4e tireur b*rdel ? Pourquoi ? Ce choix n’a aucun sens ! En pleine séance, le gardien a autre chose à faire que de penser à son TAB. Imaginez s’il le rate et doit encore en stopper 1 ou 2 ensuite. Dans le cas d’un 3-3 avant de se présenter face à son homologue, je n’ose imaginer ce qui se passerait dans sa tête…

En étant le premier tireur, soit il réussit et est tranquille par la suite, soit il manque et aura plusieurs opportunités et une grosse envie de se racheter (à ne tenter qu’avec un gardien ayant un très gros caractère, sans qui un effondrement psychologique est possible). En étant le 5e, il peut ne même pas avoir à tirer, ou au contraire avoir le sort de son équipe entre ses pieds, ceci avec plus ou moins de pression. Le score après les 4 premières tentatives est un facteur clé, en cas d’égalité la pression est forte, en revanche la situation peut être assez confortable si son équipe a 1 TAB d’avance (en cas d’échec il pourra encore qualifier son équipe en arrêtant le 5e tir adverse, ou la séance se poursuivra en mort subite) ou au contraire 1 de retard (s’il le rate, c’est fini, mais il ne sera pas le seul à avoir manqué, donc pas le seul fautif). Sa prestation pendant la séance est un autre facteur, une ou plusieurs parade(s) l’aura/auront probablement mis en confiance, par contre s’il a toujours été pris à contrepied sans jamais donner l’impression de pouvoir être décisif, outch ! Autrement dit, tout est possible, il convient donc de prendre en compte le mental et de la qualité du joueur dans cet exercice spécifique.

Dans une équipe aussi technique que le Bayern, le gardien devrait être le 11e à tirer (si l’équipe n’a pas fini à moins de 11 bien sûr^^), sauf en cas de force majeure (joueur perclus de crampes, qui se fait dessus, qui ne le sent vraiment pas en raison de son historique personnel sur péno/TAB, car le gardien d’en face le connaît trop, etc.). En règle générale, laissez-faire les joueurs de champ !

Neuer prend de l’élan… et met une énorme mine sur la barre, plein axe. Un tir à la Luigi Di Biagio.

Tout aura donc été dingue. Une qualification 2-0 aux TAB avec 5 échecs de champions du monde, dont les 4 du Bayern… Comme quoi, en loose aussi, les Allemands ont des leçons à donner au monde. :-D

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

Note

[1] Cette expression est finalement un des derniers éléments positifs dont le football a hérité de la carrière de Jean-Michel Larqué.