En plus de Lindsey Horan, blessée de longue date, il a fallu faire sans Caroline Seger, suspendue à cause de 2 cartons jaunes reçus en 8 matchs (à Lyon et contre Wolfsburg), Kheira Hamraoui a pris plus d’1 match pour un pseudo coup de coude à Wolfsburg qui lui avait valu un rouge direct (j’ai vu la rencontre et donc la faute en direct, la pseudo victime en a rajouté des tonnes, c’est honteux, on aurait dit un floppeur de NBA qui cherche la faute offensive en simulant un violent coup de coude… Chris Paul le fait souvent). Seger est l’équivalent de Thiago Motta en beaucoup mieux, elle apporte beaucoup d’expérience (elle a joué la finale la saison passée, une finale perdue 4-3, a un nombre impressionnant de sélections en équipe de Suède), de justesse technique au milieu, mais aussi de puissance et d’impact physique. Hamraoui est aussi une joueuse de grande taille, très physique, avec une frappe de balle énorme, elle tire bien les CPA… et aurait remplacé Seger sans cet alourdissement injuste de sa suspension au-delà du match automatique pour carton rouge.

En outre, tout juste de retour de blessure, Laura Georges et Josephine Henning n’ont pas été jugées aptes à débuter. Laure Boulleau a été titularisée malgré un genou à moitié dans la boîte à gants – dont l’état s’est détérioré assez rapidement, elle a fait de son mieux, soit 20 ou 30% de ce que fait la Laure au taquet vue ces derniers mois – alors que Fatmire Alushi[1], revenue récemment d’une blessure et victime depuis d’une entorse à la cheville, a été lancée contre son ancienne équipe… sans jamais réussir à avoir la moindre influence sur le cours de la rencontre, elle qui a été fantastique face à l’OL lors des huitièmes de finale. Comme Laure, elle a dû sortir au bout d’une heure.


Update : Après le match, Alushi a annoncé dans le vestiaire qu’elle est… enceinte. En soi, ce n’est pas un problème, Muriel Hurtis a été médaillée olympique du 4x100m en étant enceinte, Marie Dorin est monté sur un podium de Coupe du monde en attendant déjà sa fille, dans les pays de l’Est on fécondait des athlètes pour l’effet dopant de la chose (ça provoque de la production d’hormones). Mais 4 mois de grossesse… Là, c’est abusé. 2 mois, 10 semaines, ça passe, à la limite 3 mois, mais 4… surtout qu’elle revenait de blessure. Si tu te rates, ça t’expose aux critiques.



Au coup d’envoi, le onze mis en place par Farid Benstiti était très offensif, par la force des choses : Kiedrzynek - Houara, Delannoy (C), Boulleau - Kaci, Cruz - Alushi, Asllani, Dali - Delie.

On peut résumer assez facilement la rencontre : le PSG s’est fait complètement bouffer, la puissance physique et le pressing impressionnant subis par les Parisiennes ont eu pour effet de les faire reculer, elles ont rarement réussi à tenir le ballon, ne réussissaient donc pas du tout à attaquer. Kiedrzynek a toutefois peu été sollicitée pendant la grosse période de nette supériorité allemande car Francfort avait du mal à la convertir en occasions franches. Il y a eu un CF direct repoussé à la 8e, une frappe molle cadrée à la 17e, une tête non cadrée de Sasic[2] à la 26e, une sorte de centre-tir de la même Sasic à la 26e (Kiedrzynek a plongé sur le ballon et a mangé un sale tacle en retard dans le ventre), une reprise complètement manquée sur un long CF à la 30e, puis… le but. Encore Sasic, monstrueuse en première période. Elle a eu de la chance car une frappe de loin contrée par Kaci s’est transformée en passe décisive. Houara a été malheureuse sur ce coup, elle aurait mis HJ Sasic en faisant quelques pas en avant mais a été surprise par la situation, elle essayait de surveiller l’avant-centre allemande, ne pouvait imaginer que le ballon allait arriver dans sa zone, au second poteau. Le mètre 61 de Jess avait peu de chances de gêner Sasic, 1m74, plus puissante et ayant la position préférentielle. But de la tête à la 32e, logique.

La réaction parisienne a duré 5 minutes, entre la 35e et la 40e. Delie, faisait déjà un super travail dos au but depuis le début, elle a remis l’équipe dans le bon sens avec un tir de loin. Dali a ensuite conclu une très bonne action collective construite en envoyant une magnifique frappe repoussée par la gardienne au prix d’un beau plongeon. Sur le corner joué à 2, l’excellent centre de Dali a trouvé Delie au second poteau. Quel coup de casque ! Elle arrivait lancée aux 6 mètres, a sauté haut, imparable !

1-1, tout était relancé, le PSG était vraiment bien payé, on avait l’impression qu’à force de presser de partout les joueuses de Francfort commençaient à s’essouffler, elles commençaient à reculer, on a même vu Laudehr prendre un jaune pour un tacle par derrière dégueulasse sur Houara qui venait de réussir un tacle phénoménal dans sa surface (43e). La tendance semblait s’inverser. J’y croyais de nouveau.

Malheureusement, en début de seconde période, le PSG a bu la tasse. On a eu peur du péno sur du jeu long dans la surface, puis Kiedrzynek a sauvé la maison en sortant d’énormes parades sur un tir de Sasic après une grosse erreur défensive (49e) et une tête de Kuznik sur corner (52e). Entre-temps, Krahn a réussi un sauvetage sur sa ligne quand Boquete a repris au second poteau un corner prolongé par une coéquipière (49e).

Vers l’heure de jeu, le duo Georges-Henning a fait son apparition à la place de 2 filles très diminuées physiquement, Boulleau et Alushi. Il y a eu du remaniement, Houara est passée au milieu quelques minutes puis est redevenue latérale mais côté gauche, Delannoy a pris son poste à droite, Georges est entrée en défense centrale avec Krahn, Henning devenant n°6. La paire Cruz-Kaci ne tenait pas la route dans ce rôle, c’est à peu près comme si vous mettiez Pastore et Verratti seuls devant la défense faute d’autre solution. On a vu la différence, le PSG a enfin eu des arguments pour répondre à la puissance allemande.

Dès lors, reboostées par cet apport, les Parisiennes ont fait jeu égal, Francfort était la plupart du temps contraint à tenter du jeu long et des frappes de loin contrées ou non cadrées. Côté rouge et bleu, on retiendra surtout 2 têtes de Georges et Kaci sur CPA, elles aussi loin d’atteindre la cage. Pas de danger réel en somme. La catastrophe s’est produite au moment où on croyait se diriger tout droit vers une prolongation au cours de laquelle les choses allaient peut-être tourner en faveur des Françaises. Du moins on pouvait l’espérer même si aucun élément objectif n’allait dans ce sens.

91e minute… Centre côté droit, c’est mal repoussé par Krahn, le ballon retombe dans l’axe à l’intérieur de la surface, Kaci se fait dominer dans les airs par Garefrekes, la capitaine. L’Allemande aux 130 sélections remet de la tête vers Islacker, entrée en jeu en seconde période. Démarquée, celle-ci voit le ballon lui arriver et rebondir bizarrement devant elle, pas face au but mais de côté, elle n’a ni élan, ni temps pour préparer sa frappe, alors elle improvise une improbable reprise de volée de l’extérieur du gauche (elle est gauchère, donc peut-être a-t-elle juste voulu essayer d’utiliser son pied fort). Le ballon finit au fond, c’est assez dingue. Et quel coup sur la tête à 3’ de la fin ! Il y a sans doute eu un peu de déconcentration, les filles devaient déjà avoir en tête la prolongation, seulement, devant cette action, ce qui me vient en premier à l’esprit est l’absence de Seger et d’Hamraoui. Si une de ces filles avait été à la place de Kaci (1m63) pour s’opposer à Garefrekes (1m79), on n’en serait pas arrivé là… Bien sûr, avec des "si"…

Egaliser en 3 minutes ? Possible. Une chance. Pas plus. Elle est intervenue sur un très long CF. Sarr a remplacé Aslani pour apporter un peu plus de taille, Dali a envoyé le ballon dans la surface, le ballon a été repoussé sur le côté, Delannoy a remis le ballon dans l’axe d’une sorte de centre rentrant… que personne n’a pu couper. 3 Allemandes ont failli l’intercepter, les 2 premières auraient même pu marquer du genou contre leur camp, Cruz était au second poteau, elle s’est jetée, il lui a manqué environ 2 mètres pour pousser le ballon au fond.

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

En première période, l’arbitre suisse, Mme Staubli, a officié selon le sens du vent, quand Francfort dominait outrageusement, elle sifflait au moindre contact en faveur des Allemandes, rarement pour Paris même en cas de grosse faute. Quand leur supériorité est devenue moins évidente, elle a aussi rééquilibré son arbitrage, il en fallait beaucoup plus pour donner lieu à un CF, elle n’a rien signalé dans des situations assez litigieuses, notamment des situations qui auraient pu coûter cher au PSG. Au cours de la rencontre pas mal de contacts dont certains assez durs n’ont donné lieu à rien. Il y a toutefois eu une blessure semble-t-il assez grave, Laudehr s’est blessée toute seule au genou, l’arbitre a cru à une faute et a mis un jaune à Krahn (84e). Capitaine Sab’ en a pris un logique à la 73e.

Autrement dit, l’arbitrage de cette rencontre n’est clairement pas en cause dans la défaite du PSG. Néanmoins, les instances qui s’en occupent ont intérêt à rapidement œuvrer pour améliorer le niveau des femmes – et parfois hommes – appelées à diriger ces rencontres de haut niveau. Ça vaut pour le football en général, on y voit trop d’horreur, c’est encore plus vrai en football féminin, vraiment pas gâté par l’UEFA.

L’UEFA doit vraiment revoir sa copie si elle veut promouvoir le foot féminin grâce à la LdC féminine. Le niveau très moyen de cette finale tronquée par les absences n'est pas une bonne publicité.

Chez les hommes, il peut désormais y avoir jusqu’à 5 clubs du même pays parmi les 32 clubs engagé dans la phase de poules (ce sera le cas si le FC Séville gagne l’Europa League). Chez les femmes, normalement, c’est 2 par pays en seizièmes de finale[3], il y aura 3 clubs allemands la saison prochaine car Francfort, seulement 3e de son championnat derrière le Bayern Munich et Wolfsburg (Francfort et Wolfsburg ont fait match nul le week-end dernier, le Bayern en a profité pour décrocher le titre lors de la dernière journée), est qualifié en tant que tenant du titre. On ne fait pas le nécessaire pour relever le niveau de la compétition, il faudrait 3 clubs français, 3 clubs allemands, 3 clubs anglais, 3 clubs suédois… On aurait ainsi plus de confrontations intéressantes. Très franchement, 5 à 7 buts d’écart à l’aller ou au retour, voire à l’aller ET au retour, c’est lamentable pour l’image de la discipline.

Qui plus est, si le format devrait être plus excitant avec essentiellement des matchs aller-retour, dans les faits, il est terrible car le tirage intégral donne lieu beaucoup trop tôt à des confrontations entre clubs du même pays ou entre cadors… Alors que pendant ce temps, d’autres ont des parcours hyper faciles. Avec de la chance au tirage vous pouvez passer entre les gouttes et atteindre la finale sans affronter le moindre gros. Ainsi, quand le PSG affrontait Twente au premier tour, l’OL dès les huitièmes, Glasgow en quart et Wolfsburg en demi-finale, donc 2 gros favoris de la compétition, Francfort se baladait contre un club kazakh (son adversaire le plus difficile avant la final, nul 2-2 à l’extérieur avant un 4-0 à domicile), puis le club espagnol de Torres (5-0 et 4-0), Bristol en quart (5-0 et 7-0) et enfin Brøndby en demi-finale (7-0 et 6-0). Evidemment, il est nettement plus aisé de gérer les cartons dans ces conditions, et donc d’éviter les suspensions.

Or les suspensions sont un réel problème. Pourquoi a-t-on instauré une règle selon laquelle une joueuse est suspendue tous les 2 cartons jaunes reçu ? On se retrouve avec le cas Seger. Il suffit de rencontrer un arbitre qui se plante et hop ! Pas de finale. On parle de 2 jaunes en seulement 8 matchs. Mais pour en Ligue des Champions masculine, la suspension intervient après le 3e, le 5e et le 7e… en 10 matchs. Car avant les demi-finales, on efface tous les cartons, on ne conserve que les suspensions à purger. Le but est clair et ouvertement annoncé, l’UEFA souhaite que les meilleurs joueurs soient tous présents, Platini – qui a assisté à la finale à côté d’Angela Merkel – ne veut pas priver un joueur d’une finale pour laquelle son club est qualifié. Par contre, une joueuse, il s’en fout.

Si on veut avoir la meilleure finale possible, commençons par éviter aux meilleurs éléments des 2 clubs qui ont réussi à l’atteindre d’être privés de cet événement très important à cause d’une décision arbitrale litigieuse. Soit on passe à 3 jaunes en 8 matchs, soit on reste à 2, mais en 6 rencontres, et on efface avant les demi-finales (comme ça si une joueuse manque la finale pour accumulation de cartons, c’est qu’elle aura vraiment quelque-chose à se reprocher).

Il y a aussi le problème du stade ! L’UEFA a tout de même réservé le stade le plus dégueu de Berlin pour y organiser cette finale ! Une vieille enceinte de 20000 places avec une piste d’athlétisme, des tribunes assez basse, donc une captation assez médiocre (les caméras étaient donc placées assez bas, le plan large était foireux)… Si on veut mettre en valeur la discipline, on choisit n’importe quel stade, sauf celui-ci, qui, paraît-il, abrite habituellement la réserve du Herta Berlin. On ne peut même pas dire que l’UEFA a pris les filles de Paris pour des jambons et celles de Francfort pour des saucisses, sinon elle aurait fait jouer cette rencontre dans le stade du Herta et pas celui de sa réserve. Notez que le stade de la finale 2016 a l’air presque aussi moche.

En outre, il faut soigner la diffusion télé. France 2 a diffusé la rencontre en clair à 18h en ce jeudi de l’Ascension, donc jour plus ou moins férié. En année de Coupe du monde féminine, il était difficile de trouver une date. 18h, c’était pour garder le créneau en prime time pour les demi-finales retour de l’Europa League. Evidemment, si la FIFA organisait mieux le calendrier du foot féminin en évitant d’avoir un demi-milliard de dates internationales par saison, ça aiderait, on déplorerait sans doute moins de blessures et on trouverait plus facilement une semaine pour organiser la finale de la coupe d’Europe.

L’UEFA doit vraiment réagir. Le fera-t-elle bientôt ? J’en doute. Le PSG ne doit pas attendre des changements, il lui faut capitaliser sur le parcours fantastique de cette saison, recruter encore pour vraiment rivaliser avec l’OL[4] , mais aussi avec le Bayern, Wolfsburg, le Barça, l’Atlético de Madrid, Chelsea ou encore Liverpool, tous qualifiés pour la prochaine édition, et enfin décrocher des titres afin de passer dans une autre dimension. Ainsi, les filles donneraient raison aux dirigeants d’investir dans le foot féminin. Sasic vient de résilier son contrat, une rumeur l’envoie au PSG, ce ne serait pas de refus !

Notes

[1] Anciennement Fatmire Bajramaj.

[2] Anciennement Célia Okoyino da Mbabi, de père camerounais et de mère française, née en Allemagne, mariée à un footballeur croate.

[3] Sachant que beaucoup de petits clubs doivent passer par des phases de groupes pour les atteindre, d’autres sont qualifiés directement.

[4] Le PSG a gagné ses 20 matchs de championnat contre les équipes autres que l’OL.