Les Anglaises n’ont pas réellement existé. Elles ont tenté la technique du hérisson, n’essayant que très tard d’attaquer. Très tard, et trop tard. La maîtrise collective était française, la fébrilité de certaines joueuses manifestement stressées par cette entrée en lice est restée sans conséquence. Quand votre avant-centre fait la différence, quand votre défense est très solide contre la 6e nation au classement FIFA (la France est 3e), les motifs de satisfaction dépassent largement les déceptions individuelles.

Bien sûr, on pourrait mettre en exergue le nombre inhabituellement réduit d’occasions créées par les Bleues, le déchet technique, l’impression d’avoir joué à 10 en raison de la prestation fantomatique d’un des éléments offensifs, ou encore les 2 ou 3 frayeurs inutiles dues à des sautes de concentrations. Je préfère insister sur le positif. Certaines filles ont su prendre des initiatives, à l’image de la frappe de loin qui a donné la victoire à la France. L’équipe a été très performante dans la récupération et la conservation du ballon, elle a su s’adapter aux conditions et aux circonstances, même si le spectacle en a pâti.

Compte tenu de la qualité médiocre de la rencontre, nous nous contenterons d’un condensé vidéo et d’un top5/flop5.

Philippe Bergeroo avait aligné l’équipe type logique à l’exception d’un poste, car il a préféré Elodie Thomis à Kenza Dali (qui a terminé le match) : Sarah Bouhaddi - Jessica Houara, Laura Georges, Wendie Renard (C), Laure Boulleau - Elodie Thomis, Amandine Henry, Camille Abily, Louisa Nécib - Gaëtane Thiney, Eugénie Le Sommer.
En réalité en phases offensives, Nécib a tendance à revenir dans l’axe alors que Thomis reste côté droit.

(Et sur Vimeo.)

  • Top 5

1. Eugénie Le Sommer, auteur du seul but de la rencontre, une magnifique frappe des 18 mètres à la 29e minute. La Bretonne a été particulièrement en vue pour ne pas dire omniprésente jusqu’à sa sortie (remplacée par Elise Bussaglia, un choix défensif, alors que Claire Lavogez a suppléé Nécib). Impressionnante lors de la Coupe du monde U20 de 2008, dont j’ai vu des matchs à l’époque, elle a mis un peu de temps à s’installer dans la peau de n°1 au poste de n°9. Maintenant, il va être difficile de l’en déloger. On la sent en pleine confiance, l’efficacité suit.
2. Jessica Houara, excellente en défense, très active dans son couloir et dans la construction du jeu. Sa progression depuis son arrivée au PSG – avec changement de poste au passage – est fantastique. Sa saison a été énorme, je ne serais pas étonné de la retrouver dans l’équipe type du tournoi.
3. Les 3 points… «L’important, c’est les 3 points» est une maxime particulièrement vraie concernant cette rencontre. Mais dans la mesure où ils semblent synonyme de première place et donc de tableau de mutants avec Espagne, Allemagne puis Etats-Unis sur la route de la finale, ces 3 points sont-ils si formidables ? L’avenir le dira.
4. Laure Boulleau a été moins impliquée offensivement que Jess’ mais a été aussi solide derrière, jusqu’à effectuer un super retour défensif en toute fin de rencontre pour éviter aux Bleues de se faire cueillir bêtement au terme d’un match qu’elles méritaient de gagner.
5. Le collectif bleu. Les filles ont dominé, n’ont pas été mises en danger (aucune véritable occasion concédée), elles ont fait le job dans des conditions météo particulièrement dégueulasses qui empêchaient de bien jouer au football. On devrait les voir monter en puissance une fois le décalage horaire et la préparation physique bien digérés, mais surtout grâce à cette victoire qui va les libérer.

  • Flop 5

1. Thomis, inexistante, même pas capable de faire parler sa principale qualité, la vitesse. Les Bleues ont joué à 10 avec elle.
2. L’équipe d’Angleterre en entier. Quelle idée de juste vouloir blinder pour limiter la casse avant de tenter maladroitement d’arracher un nul lors des 20 dernières minutes ! Aucune ambition, aveu de faiblesse, appelez-ça comme vous voulez, c’est une défaite sans les honneurs.
3. Bouhaddi, auteur de 3 boulettes heureusement sans conséquence. Pour le coup, ce n’est vraiment pas rassurant.
4. L’ambiance… inexistante (les conditions n’aidant pas). Moncton est une petite ville complètement à l’est du Canada, ce n’est pas très loin de Saint-Pierre-et-Miquelon où il n’y a que 6000 habitants, donc même en faisant venir des supporters de ce petit territoire français, on ne risquait pas de remplir le stade. Et dire que les Bleues vont devoir y jouer leur prochain match avant de partir à Ottawa puis en principe à Montréal… Ce sera probablement mieux à partir de la 3e rencontre.
5. Nécib. Je la mentionne en 5e flop, par défaut, car j’ai un peu de mal à trouver un véritable 5e flop concernant cette rencontre, toutefois il me semble clair que pour atteindre ses objectifs, l’équipe de France aura besoin d’une Nécib bien meilleure. Elle a déçu. Son surnom de "Zidanette" est usurpé. Là, on a plutôt vu "Dhorasette" ou "Hugette Leal"…

Notons un élément positif pour terminer, les Bleus n’ont reçu aucun carton, même si Abily aurait pu en prendre un pour avoir bien envoyé son coude dans un duel. L’arbitre grecque, Mme Mitsi, n’a pas vu le geste. Dans l’ensemble elle a fait son taf. Le niveau de l’arbitrage fluctue depuis le début de la Coupe du monde.

Et ailleurs ? Beaucoup de grosses équipes ont eu du mal[1]. (Je précise que les résumés vidéo sont ceux de la FIFA, pas les miens, ils sont donc très incomplets, voire ridicules… Dans celui du match des Bleues on dirait presque que l’Angleterre a fait jeu égal !)

Dans le groupe A, tout naze, le Canada a eu besoin d’un péno dans le temps additionnel pour battre la Chine 1-0. La Chine a notamment subi le terrible coup du «poteau-poteau mais ça rentre pas». L’arbitre n’était autre que M. Monzul, l’Ukrainienne qui a pourri la vie du PSG contre Wolfsburg en demi-finale retour de la LdC (avec notamment le carton injuste qui a suspendu Caroline Seger pour la finale). On n’est pas tout à fait dans le cas du péno cadeau de l’arbitre japonais en faveur du Brésil lors de l’ouverture de la Coupe du monde masculine l’an dernier, car là, dans l’absolu, il y a une faute, seulement il s’agit du genre de fautes qui dans un match normal ne se siffle pas, ou très rarement, a fortiori à la 92e. Là, ça fait vraiment opération sauvetage du pays hôte, mettez une autre équipe que le Canada, on en restait à 0-0. C’est du moins un ressenti assez généralisé. Dans l’autre match les Pays-Bas ont inscrit le premier beau but du tournoi face aux Néo-Zélandaises (1-0). Un péno aurait dû offrir aux Océaniennes une occasion d’égaliser.

Le groupe B est beaucoup moins équilibré. La Norvège a collé un 4-0 à de faibles Thaïlandaises qui auront besoin de bien se faire masser pour faire passer la douleur… qui pourrait être encore pire dans quelques jours car il leur reste un encore plus gros morceau à affronter. L’Allemagne s’est baladée contre la Côte d’Ivoire (10-0 avec un triplé de Célia Sasic, un triplé de la néo-Parisienne Anja Mittag et un but de Simone Laudehr, que je croyais blessée pour plusieurs mois suite à la finale de la LdC).

Le groupe C a vu la victoire 6-0 du Cameroun sur l’Equateur, qui a terminé à 10 et a concédé 3 pénos. Et en principe, les 2 plus fortes équipes du groupe s’affrontaient, donc l’Equateur… outch ! Le champion en titre, le équipe du Japon de football féminin, a seulement mis 1-0 à la Suisse, là aussi une histoire de péno (sortie misérable de la gardienne).

Ainsi, dans le groupe D, le "groupe de la vie difficile" et non de la mort car les joueuses ne décèderont pas à l’issue de ces 3 matchs, la Suède a été presque ridicule face au Nigéria. Les Scandinaves ont mené 2-0 (puis 2-1) et 3-2 et ont concédé un nul 3-3. Qui plus est, les Africaines avaient offert le premier but de la rencontre, un csc grotesque sur CPA. Les blondes avaient repris l’avantage grâce à un centre en retrait directement sur le genou de la coéquipière devant la cage. Mais la chance n’a pas suffi. C’est un mauvais résultat pour la Suède, même si les Etats-Unis ont eu beaucoup de mal à battre l’Australie sur le score de 3-1. Les Aussies ont eu énormément de chance de s’en sortir avec un nul 1-1 à la mi-temps, le tir dévié de Megan Rapinoe n’était même pas cadré. Si l’ancienne Lyonnaise a été l’héroïne en inscrivant aussi le dernier but, Hope Solo a été la véritable femme du match en sauvant son équipe de manière très spectaculaire à plusieurs reprises. Si les Ricaines ont gagné, c’est grâce à leur supériorité physique en seconde période.

Le groupe E aurait presque pu être déjà plié si l’Espagne avait fait preuve d’efficacité. Elle a ouvert le score à la 13e mais a laissé le Costa Rica de Shirley Cruz égaliser dans la foulée. On dit que contre ce genre d’équipes le plus difficile est d’ouvrir le score, en l’occurrence le plus difficile était de reprendre l’avantage après l’avoir perdu. Malgré une nette domination et pas mal d’occasions franches, les Espagnoles n’ont jamais pu y parvenir. Du coup le Brésil s’est détaché seul en tête en venant à bout assez facilement de naïveté sud-coréenne. Elles ont fait ça à l’expérience… et avec de la réussite car la Corée du Sud devait obtenir un péno pour une faute évidente à 0-0. Au passage, Marta a inscrit – sur péno – son 15e but en Coupe du monde, elle est désormais seule détentrice du record. Formiga avait déjà inscrit son but. Elle a 37 ans, a débuté sa carrière internationale il y a plus de 20 ans et dispute sa 6e CdM !

Et enfin, le groupe F, où le Mexique et la Colombie ont fait match nul (1-1). Les Centre-Américaines avaient ouvert le score sur un coup de bol et une erreur de la gardienne, les Sud-Américaines ont égalisé une première fois mais le but a été refusé pour une magnifique main de Daniela Montoya, puis une seconde fois à 10 minutes de la fin (cette fois Montoya a planté de façon régulière, une frappe magnifique sous la barre). Mme Neguel, une arbitre camerounaise, a ensuite refusé au Mexique un but tout à fait valable, seules les Colombiennes étaient fautives (une collision stupide).

J’ai ajouté ici le top 10 de la première journée selon la FIFA. C’est assez amusant, les choix ne sont pas innocents… C’est très politique.

(Et pour avoir tous les résumés sur la même vidéo, c’est sur Vimeo.)

On voit que globalement le niveau s’est bien resserré, au moins sur 1 match, mais je pense que sur une succession de rencontres, avec la fatigue, ce nivellement va disparaître, les fortes équipes vont prendre le dessus. En espérant qu’à la fin, l’équipe la plus forte soit la France ! Souhaitons bon vent à nos Bleues !

Note

[1] J’ai vu l’ouverture, une partie du match des Pays-Bas, puis celui de l’Allemagne presque en entier, une partie de celui de la Suède, celui des Etats-Unis en entier, je me suis endormi à la mi-temps de celui du Japon qui débutait à 4h du matin, évidemment j’ai vu et re-regardé le match des Bleues, et je me suis ensuite contenté de morceaux d’Espagne-Costa Rica et Colombie-Mexique avant de lâcher la rencontre du Brésil quand il est devenu clair que c’était plié. Je n’ai pas regardé du tout les victoires de la Norvège et du Cameroun.