La réalité est que les Bleues ont débuté la rencontre de manière remarquable. Au cours du premier quart d’heure, elles ont dû avoir le ballon environ 80% du temps. En effet, elles étouffaient complètement la Colombie, obligée de défendre très bas, incapable de sortir de sa moitié de terrain. Offensivement, c’était bon, avec des dédoublements et des centres des latérales, ou autres actions pas loin d’aboutir. Louisa Nécib étaient impliquée dans la plupart de ces actions, seulement elle manquait de justesse dans le dernier geste (frappe, centre ou passe).

Soudain, le coup de marteau derrière la tête, un but auquel personne ne s’attendait (19e). Un but de Lady Andrade consécutif à 2 décisions arbitrales qui ont eu le don de m’agacer. Quand Nécib, énervée pour je ne sais quel raison, balance le ballon dans les pieds de Jessica Houara, il ne s’agit absolument pas d’une remise en touche mal exécutée, tout au plus d'un geste d'humeur non répréhensible selon les lois du jeu. Pourquoi donner le ballon aux Colombiennes ? Je n’avais jamais vu un arbitre cumuler autant d’absurdités dans l’interprétation ou l’application de la loi XV au cours de la même rencontre. Quand une fille a effectué sa remise en touche à 20 mètres de là où est sorti le ballon ou quand une autre a manqué la sienne en ne parvenant pas faire entrer le ballon sur le terrain, elle n’a pas réagi. Nécib tenait le ballon à une seule main, elle ne l’a pas fait passer au-dessus de sa tête, comment cette Mme Qin a-t-elle pu y voir une "fausse touche[1] " ? C’est simple : les protestations des Sud-Américaines ont facilement convaincu cette arbitre incompétente d’inverser la touche. La surprise de Jess’, qui ne s’attendait pas à recevoir le ballon dans les pieds mais dans les mains, a certainement contribué à cette erreur grossière d’appréciation. Nécib aurait aussi pu protester, elle n’a pas réagi… C’est à l’image de sa prestation et de l’attitude des Bleues, beaucoup trop gentilles. Il faut savoir se faire respecter.

Toujours est-il que ce ballon récupéré par la Colombie grâce à ce manque de jugeote de Mme Qin s’est transformé en but. Entre-temps, une belle faute sur Gaëtane Thiney juste devant l’arbitre n’a pas été sanctionnée, c’est ce qui a permis de déséquilibrer toute la défense avec une – super – passe pour Andrade, partie entre Jess’ et Kenza Dali, dans le dos de la première (qui a trop regardé le ballon) et devant la seconde (qui est restée sans réaction, elle aurait dû s’occuper de la joueuse adverse, il a dû y avoir un problème de communication). La destinataire de la passe n’a plus eu qu’à conclure au point de péno face à une Sarah Bouhaddi trop lente à démarrer.

Se faire poignarder dans le dos après quasiment 20 minutes de domination sans partage, ça fait toujours très mal. Il faut pouvoir s’en remettre. Vous vous heurtez alors à 2 problèmes. D’abord, il faut reprendre confiance, retrouver les idées claires en évitant de tomber dans certains travers comme la précipitation ou l'affolement, ne pas se laisser envahir par la crainte de subir un autre coup de Trafalgar, etc. Ensuite, il faut appréhender l’effet de cette ouverture du score improbable sur l’équipe qui l’a inscrit. Or, et c’est là toute la complexité de la situation, au lieu de blinder encore plus dans l’espoir de conserver leur avance acquise façon braquage, les Colombiennes ont commencé à beaucoup plus sortir. La clé est ici, cette décision très maline est la raison principale de l’enlisement de l’équipe de France.

Les Bleues, déjà traumatisées par ce coup du sort, ont été agressées. Et comme l’arbitre ne sanctionnait pour ainsi dire jamais les interventions délictueuses de leurs adversaires, le syndrome post-traumatique a perduré. Si vous y ajoutez le synthétique, le manque d’ambiance dans le stade et la chaleur assez intense en début d’après-midi à Moncton, vous obtenez un cocktail de barbituriques létal pour beaucoup d’équipes. Pour s’en remettre, il fallait une joueuse capable de reprendre en main le jeu en menant la danse. En principe il s’agit du job de Nécib. Elle a à peu près tout raté, gâchant énormément de situations.

Dès lors que la spirale négative débute, difficile de l'inverser. Vous avez beau y mettre de la bonne volonté, tenter des choses, rien ne fonctionne, ça passe à côté, c’est trop fort ou insuffisamment précis, vous regarder 2 fois avant de prendre une décision au lieu d’agir spontanément, vous commencez à douter, vous essayer de compenser mais du coup tout se dérègle, le timing de vos interventions et de vos actions n’est plus le bon, donc vous ratez encore et encore, vous vous faites de frayeurs. Bientôt, vous ne savez plus quoi faire, vous avez l’impression que vous n’y arriverez jamais, vous devenez fataliste.

Si en plus la gardienne adverse s’en mêle…

Parce qu’en réalité, en revoyant le match pour en faire le condensé vidéo, j’ai un peu changé d’opinion à propos de cette rencontre. Oui, il y a eu infiniment plus de déchet que d’habitude, un paquet de passes manquées. Oui, on a pu déplorer des moments de flottement. Oui, le pressing a gêné le jeu français. Oui, les Bleues ont parfois péché par précipitation, en oubliant leurs principes de jeu pour balancer devant au petit bonheur la chance. Non, on ne peut honnêtement dire qu’elles ont mal joué. Au contraire, elles ont continué à produire de belles séquences collectives qui ont donné lieu à des occasions et à des CPA dont certains ont créé d’autres occasions. Si quelqu’un vous dit avoir vu une équipe de Colombie supérieure à l’équipe de France, soit il vous parler d’un autre sport, soit il vous baratine, soit il analyse la rencontre en se laissant influencer par le résultat au lieu de tenir compte du "contenu". Si on vous parle d’un manque d’engagement physique, idem. Regardez par exemple la prestation de Wendie Renard, elle était à fond dans tous les duels, n’hésitait pas à aller chercher son adversaire directe au milieu du terrain, parfois trop, ce qui créait un trou dans la défense. La véritable différence est que quand une Française allait au contact, la faute été souvent sifflée, quand une Colombienne y allait, elle était rarement sanctionnée, même en cas de savatage dans les jambes. 10 fautes – dont une main inexistante et une involontaire – contre… 9. Mme Qin a plus sifflé contre la France que contre la Colombie, qui a eu le ballon 60% du temps, a tiré 7 fois plus au but (21 fois contre 3), a obtenu 6 fois plus de corners (12 à 2). Cette stat est révélatrice, elle est totalement anormale.

La vérité est que malgré certaines défaillances individuelles dont celle de Nécib (remplacée en même temps qu’Elise Bussaglia à la 63e) et de Thiney, l’héroïne colombienne n’a pas marqué, elle a empêché les Bleues de le faire : Sandra Sepulveda a joué les héroïnes en intervenant un grand nombre de fois, dont une en tout début de seconde période pour détourner un tir de Bussaglia qui partait vers sa lucarne. Elle a aussi eu de la chance dans certaines situations, notamment quand, lancée au but dans le dos de la défense, Thiney s’est loupée, permettant la sortie de la gardienne… qui a franchi la ligne délimitant la surface sans avoir lâché le ballon (69e). Coup franc et carton jaune. Pour une fois, il s’agissait de la bonne décision de l'arbitre. Même si ça lui a pris des plombes, elle était en perdition. Si elle avait pris le ballon hors de sa surface, en revanche, c’était rouge. Sepulveda a arrêtés des tirs d’Eugénie Le Sommer (42e), Elise Bussaglia (46e), Laura Georges (54e), Amandine Henry (77e), et Marie-Laure Delie (94e). Ajoutez à cette liste une ribambelle de sorties dans les pieds ou dans les airs. Elle a aussi commis des erreurs et a eu de la chance d’être parfois suppléée par une partenaire, surtout à la 93e, juste avant le 2nd but. Je n’arrive pas à voir qui a contré la frappe de Claire Lavogez reprenant un centre en retrait de Jessica Houara. Il est difficile de marquer contre un gardien en état de grâce. Chaque équipe en rencontre un de temps en temps, c’est arrivé au mauvais moment.

On peut disserter longtemps à propos de la prestation des Bleues. Dans ce cas, il faut disserter très très longtemps de l’attitude des Colombiennes. Elles ont tout fait. Simulations, gain de temps à outrance (l’arbitre aurait dû donner 8’ de temps de jeu en prenant en compte seulement les blessures réelles ou jouées et les remplacements, alors si vous ajouter les autres façons de faire s’écouler les minutes…), antijeu caractérisé (seulement 1 jaune)… Mais rien n’égale l’action de volley de Montoya (67e).

Montrez cette action aux gens qui ne comprennent pas la loi XII, et particulièrement ce que signifie «toucher délibérément le ballon de la main», ça leur permettra de comprendre. C’était vraiment trop gros, trop flagrant. Pourtant, malgré les protestations françaises, aucun coup de sifflet n’a retenti. Je veux bien croire que l’arbitre était mal placée, ce qui est une erreur de sa part, dans ce cas l’assistante qui était juste en face devait réagir, elle ne pouvait pas manquer ce fait de jeu hallucinant ! Volleyer de façon éhontée le ballon devant la tête d’une adversaire qui, dans a surface, allait se l’emmener pour tirer au but, c’est du rarement vu. Normalement, c’était péno, rouge, et au moins 2 matchs de suspension. Sachez-le, cette Montoya a marqué 2 fois contre le Mexique… Son premier but a été refusé pour une magnifique main. Manifestement, cette fille est vraiment une volleyeuse…

Le 2nd but, inscrit par Catalina Usme, est intervenu à la 93e quand les Bleues étaient parties à l’abordage avec Wendie Renard montée jouer les pivots pour dévier de la tête les ouvertures en profondeur et centres. Il est assez anecdotique.

Bref. J’ai envie de très vite oublier cette rencontre pourrie par une bande de tricheuse et un trio d’arbitres chinoises d’une nullité affligeante. Heureusement, cette défaite ne devrait avoir aucune conséquence… ou alors une conséquence positive.

(La vidéo est aussi sur Vimeo.)

J’en termine donc avec le top 5 et le flop 5.

Top 5
1. Le début de match des Bleues.
2. Le tableau beaucoup plus facile en cas de qualification à la 2e place du groupe.
3. Euh… la météo ? J’ai du mal à trouver des tops… Ou alors le fait de quitter Moncton.
4. L’entrée d’Amandine Henry, qui a perdu sa place de titulaire sans raison évidente, contrairement à Elodie Thomis, qui avait raté son match contre l’Angleterre.
5. Je n’en trouve pas… Il faudrait que je cherche plus. Peut-être le fait de n’avoir reçu aucun carton, comme face à l’Angleterre, ce qui nous évitera des suspensions et risques de suspension au moment d’affronter les grosses équipes. Ou alors la prestation défensive de Laure Boulleau, critiquée sur Eurosport alors qu’en revoyant le match pour en faire le condensé vidéo, j’ai plutôt été marqué par sa prestation défensive très solide. En première période, elle a aussi apporté offensivement.

Flop 5
1. L’arbitre… A ce niveau, c’est quand même grave !
2. Nécib, globalement passée à côté de son match, y compris dans l’état d’esprit, ceci malgré quelques éclairs de classe. Elle a trop gâché, a été trop imprécise, a accumulé les mauvais choix, son placement a gêné ses coéquipières au lieu de les aider…
3. Bouhaddi, qui donne le second but à la fin – détériorer la DDB peut être une bonne chose – en se prenant pour un joueur de champ super technique, mais a surtout été une nouvelle fois assez flippante pendant une grande partie de la rencontre.
4. L’attitude particulièrement détestable des Colombiennes. Si elles sont fières d’avoir gagné en trichant, grand bien leur fasse. Si elles veulent obtenir le respect des autres nations, il faudra s’y prendre autrement qu’en bafouant les valeurs du football féminin.
5. Par contre, là, je pourrais faire une très longue liste !

Pour cette rencontre, Philippe Bergeroo avait effectué 2 changements dans son onze. A sa place, j’alignerais encore un onze différent face au Mexique :
Bergeroo avec une perruque (dans les buts, ce serait mieux) – Houara, Georges, Renard, Boulleau – Hamraoui, Henry – Dali, Le Sommer, Delie, Thiney (ou Majri).

Désormais, il faut attendre de savoir ce que va faire l’Angleterre contre le Mexique. J’ai du mal à déterminer le résultat le plus arrangeant pour les Bleues. La victoire de l’Angleterre peut-être. Large si possible. Dans ce cas il faudrait alors espérer une petite victoire des Bleues face au Mexique. 1 ou 2 buts d’écart serait le top afin de s’assurer les meilleures chances de prendre la 2e place du groupe. Bien sûr, ça obligerait à plus voyager à partir des quarts de finale, mais le 8e se jouerait à Ottawa, comme France-Mexique. Prendre la Norvège en 8e en effraie peut-être certains. A tort de mon point de vue. Si on veut aller au bout, il FAUT éviter la première place du groupe, car elle signifie quart contre l’Allemagne, demi-finale contre les Etats-Unis, puis finale contre le Japon (du moins, il s’agit de mes pronos en tenant compte du tableau final plus que probable). Faudrait-il encore éliminer l’Allemagne, sans doute à l’issue d’une nouvelle guerre très usante avant de choper les Ricaines quasiment à la maison, puis, en cas de nouvel exploit, il faudrait se farcir le voyage de Montréal à Vancouver pour rencontrer une formation ayant eu un parcours beaucoup moins compliqué…

Pour les Bleues, la Coupe du monde débute réellement dans 4 jours.

Advienne que pourra. Désolé d’avance pour les Mexicaines. Elles risquent de douiller dans quelques jours.

Note

[1] Comme on dit familièrement pour désigner cette erreur de poussin.