• Brésil-Australie

Le Brésil a remporté ses 3 rencontres du premier tour sans encaisser de but, elle en a inscrit 4, elle était donc forcément favorite de son 8e de final. Mais jusqu’ici, il n’avait pas réellement été testé par des adversaires de qualité moyenne, voire assez faible. Or l’Australie avait tout pour lui faire passer un bon test. En effet, les Aussies ont mis le feu aux Etats-Unis pendant une bonne partie de leur premier match avant de s’incliner principalement en raison de la supériorité physique de leurs adversaires, elles ont pris la 2e place du groupe le plus dense de cette Coupe du monde. L’Australie est une équipe capable d’attaquer avec beaucoup de vitesse, elle peut imposer un impact et une puissance susceptible de faire mal à n’importe quelle défense.

Les Sud-Américaines ont mieux débuté la rencontre, toutefois, dans la fraîcheur de Moncton, le rythme n’était pas démentiel. Peu dangereux, le Brésil a subi une première vague australienne au bout de 10 minutes. Pendant ce temps fort, on a notamment assisté à une reprise de volée – sans rebond – sur un corner offert par une erreur de la gardienne. La tentative effectuée au second poteau à angle très fermé a terminé dans le petit filet au ras du montant (11e). La pression a été maintenue dans la foulée, puis les débats ont pris la forme d’une succession d’offensives dans un camp puis dans l’autre. Gêné par le pressing et disposant d’une Marta manifestement victime d’un souci physique, le Brésil ne maîtrisait pas la situation. Quand il prenait le dessus pendant des phases de 2 ou 3 minutes, ça se terminait mal, avec des erreurs techniques grossières, des imprécisions ou des incompréhensions. Heureusement pour les Auriverdes, le niveau de l’opposition ne surpassait pas le sien.

Ceux qui espéraient voir un bon match ont dû être refroidis. Comme le public. Pluie, vent, froid, c’était le bonheur ! Les rares étincelles n’allumaient jamais le moindre feu. Sauf à la 28e quand Formiga a frappé de loin en récupérant un ballon bêtement perdu. La frappe flottante de la mamie de la Coupe du monde partait juste sous la barre, elle a été claquée en corner par la gardienne. Je donne un 9/10 pour cette parade.

Pendant longtemps, le Brésil aura sporadiquement été mis sous pression par les contre-attaques et CPA australiens. Toutefois, en fin de première période, en tentant d’aller chercher très haut leurs adversaires, les Sud-Américaines ont ouvert des espaces, elles ont failli le payer au prix fort (40e). Trop de maladresse, trop peu de prise de risques, un rythme lent… C’était nul.

Notons qu’à la 36e, Tamires est venue s’empaler dans l’épaule de Michelle Heyman, membre du gang des terroristes capillaires. Ça aurait pu lui faire très mal ! Mais surtout, à la fin de la première période, on a vu Marta au sol avec une expression de douleur intense. Le Brésil féminin sans Marta équivaut au Brésil masculin sans Neymar.

J’ai manqué les 5 premières minutes de la seconde période. Manifestement, il ne s’est rien passé de très intéressant pendant ce laps de temps. Pas plus que lors des minutes suivantes. A la 62e, Marta s’est enfin montrée. Décalée sur la droite, elle a visé le premier poteau mais Lydia Williams a détourné son tir en corner. Sur ce corner, Formiga a propulsé le ballon de la tête sur le poteau. Quelques instants plus tard, la contre-attaque australienne donnait lieu à un tir à peine trop croisé (64e). Enfin ! Enfin du jeu, de l’enthousiasme, des équipes qui tentent, qui se lâchent. Pendant quelques minutes, c’est parti dans tous les sens.

Cette embellie demandait confirmation. Mouais… Un peu. Pas fabuleux. L’intensité est retombée, même si quelques situations chaudes ont ponctué la suite de la rencontre. La réédition de la combinaison moisie de l’Australie sur CF n’a encore rien donné, les actions brésiliennes étaient plus tranchantes. Jusqu’au but de Kyah Simon, entrée en jeu après une grosse heure de jeu. Les Brésiliennes ont été piégées par une récupération de balle australienne au milieu. Dès le ballon en leur possession, il a suffi d’une passe rapide en profondeur dans le dos de la défense pour lancer Lisa De Vanna, dont le tir a été très mal repoussé par Luciana. Simon a suivi et libéré son équipe (79e). L’énorme faute de main de la gardienne est une chose, le manque de concentration et de réactivité de sa défense en est une autre. Les torts sont partagés.

Dans l’espoir d’inverser la tendance, le sélectionneur brésilien a tenté un double changement à la 83e. Sans succès. L’Australie a bien géré les 10 dernières minutes TAC. Hormis une tête cadrée sur CF bloquée par Williams, les Sud-Américaines n’ont eu aucune opportunité d’égaliser.

L’élimination du Brésil est la première surprise de ce Mondial dans un match à véritable enjeu. S’agit-il réellement d’une surprise ? Plus ou moins. Le Brésil a gagné sans convaincre lors des poules, il est passé à côté de son 8e de finale. On ne peut pas toujours vaincre sans convaincre. Elles ont fait preuve de trop d’insuffisances face à une équipe sans génie – même si De Valle est douée – mais solidaire avec ses valeurs dignes du rugby : puissance, engagement physique. Les Auriverdes ont-elles pris de haut leurs adversaires ? La question reste ouverte. Mais dès lors que Formiga, presque assez vieille pour avoir vu jouer Pelé en vrai, est votre meilleure joueuse, vous avez un souci.

  • France-Corée du Sud

Du beau football collectif, avec des actions construites, de la qualité technique, de l’intelligence de jeu, des buts… sans oublier l’enthousiasme et le plaisir. Que ça fait du bien ! C’est ce genre de football qui a séduit le public depuis que les matchs des Bleues sont régulièrement diffusés à la télé (ça date des qualifications pour la Coupe du monde 2011). En marquant très rapidement, les Françaises ont obligé les Asiatiques à ouvrir le jeu. Elles n’ont pu se permettre de blinder.

C’était top. Et ça mérite d’être traité séparément.

  • Canada-Suisse

Il ne peut en rester qu’un.

Comment aurais-je pu louper un 8e de finale entre deux des équipes les plus dégueulasses de la compétition, avec un coup d’envoi donné à 1h30 (en pleine journée en heure locale) ? En étant un peu raisonnable… Ce qui ne me ressemble pas. J’ai donc regardé. Je le regrette. Je le regrettais déjà avant le coup d’envoi. Mais que voulez-vous ? On ne se refait pas.

Le Canada, c’est une horreur. La Suisse s’est qualifiée grâce au 10-1 infligé à l’Equateur (qui prendrait une volée contre l’équipe de France de Cécifoot même si on faisait jouer les Equatoriennes sans bandeaux sur les yeux). Elle a perdu contre le Japon et le Cameroun. Dans un stade garni de plus de 50000 supporters canadiens, avec un tableau soigneusement concocté par la FIFA pour permettre au pays hôte de rester en lice jusqu’à la fin du Mondial sans quitter Vancouver, donc conçu pour lui faire intégrer au minimum le dernier carré, il était peu probable de voir le Canada craquer contre aussi faible que lui. Pour être précis, le Canada a une grosse défense et une attaque minable, la Suisse a une attaque correcte et une défense médiocre. Le Canada, c’est tellement moche offensivement que Josée Bélanger, qui évoluait sur le côté droit de défense en début de tournoi, a été repositionnée en attaque (sa position naturelle). Un choix payant. La joueuse de Laval (le Laval du Québec) a été la meilleure joueuse de son équipe lors de ce 8e de final.

7 des 22 titulaires risquaient une suspension en cas de carton. Ce sont des équipes qui commettent des fautes, je suis donc assez surpris qu’elles aient toutes pu y échapper (les 3 avertissements distribués l’ont été à des filles pas encore cartonnées), car les duels promettaient d’être rudes. A vrai dire, on a surtout vu des duels pendant les 10 premières minutes ennuyeuses à mourir entre 2 formations hyper prudentes, décidées avant tout à ne pas se découvrir.

Soudain, un événement fortuit a fait office de déclencheur. Les débats ont commencé à s’enflammer. Il aura fallu une erreur défensive assez énorme à la retombée d’un ballon balancé devant. Ramona Bachmann en a hérité et a pu se présenter seule face à Erin McLeod, probablement du clan McLeod. Très excentrée, la Suissesse avait la frappe comme seule option, la gardienne a pu repousser son tir (11e). Ce premier temps fort helvète s’est poursuivi avec des centres et de la frappe contrée, puis un CF obtenu en raison d’une sale faute de Christine Sinclair, sanctionnée d’un avertissement (13e). Ce CF a été joué en combinaison, on a décalé Bachmann côté droit, son super centre a trouvé Lara Dickenmann seule à 6m de la cage. La désormais ex-Lyonnaise devait reprendre du plat du pied droit, elle a manqué le ballon, lequel a rebondi sur sa jambe d’appui (14e). Le Canada a répondu dès la minute suivante en trouvant le poteau, déjà le 4e montant touché par les locales en 4 rencontres. Il s’agissait d’un long centre manqué qui a lobé la Gaëlle Thalmann, a rebondi sur son second poteau puis sa jambe avant un dégagement à l’arrache. La maladresse des joueuses du pays hôte a failli leur permettre d’ouvrir le score… Un comble !

Après un mauvais geste de Melissa Tancredi cause d’une interruption de jeu (une charge coude en avant dans le bide de la gardienne), la rencontre a repris avec un rythme et une intensité intéressante, néanmoins le spectacle pâtissait terriblement du déchet et des imprécisions techniques trop présents dans la production du Canada. La Suisse semblait un peu meilleure, ses actions paraissaient un peu plus construites et poussées, seulement elle se heurtait à un bloc défensif très présent à défaut d’être serein. Kadeisha Buchanan, 19 ans, sorte de Griedge Mbock canadienne, faisait le ménage derrière. Les autres commettaient régulièrement des erreurs. La Suisse faisait meilleure impression avec le ballon. Comment aurait-elle pu faire pire ? Un mot pour décrire l’utilisation du ballon par les Canadiennes ? Néant. C’était le néant. Allez, en réalité elles variaient entre 3 options principales pour se diriger vers le but helvète :
-balancer devant,
-tenter de partir tout-droit avec la gonfle,
-rendre le ballon en ratant sa passe.

La Suisse a dominé. Pas outrageusement. En réalité, elle a un peu moins mal joué, a réussi plus d’enchaînements ou de débuts d’enchaînements, a parfois causé de petits vents de panique dans une défense canadienne assez débrouillarde pour en provoquer elle-même, et aurait dû ouvrir le score. Ce constat ne vaut pas dans le sens inverse. Les Canadiennes ont tenté des permutations, rien n’a fonctionné. 2 tirs à 1 à la mi-temps (et je crois que le tir compté par la FIFA est le centre manqué parti sur le poteau). Non mais sérieusement… On ne peut même pas parler de défenses performantes, car elles ont trop peu été testées, celle du Canada ayant en plus commis des boulettes. On ne peut pas plus parler de purge absolue car par moments la première période a été animée, rythmée, intense. J’insiste tout de même sur «par moments».

Les téléspectateurs étaient condamnés à aller se coucher ou à espérer une seconde période plus regardable.

Selina Kuster a pris un carton d’entrée, sur le long CF remis de la tête, Thalmann a devancé Sinclair. Le Canada aura tout de même failli être dangereux (47e). Une minute plus tard le bon travail de Dickenmann côté gauche n’a servi à rien faute d’un soutien suffisant dans la surface. Le risque de voir une seconde période dans la veine de la première me tourmentait de plus en plus. Heureusement, un changement d’état d’esprit a permis au stade de vibrer. Une succession de quelques escarmouches a rapidement été récompensée. En contrôlant – mal ? – un centre venu du côté droit, Sinclair a envoyé le ballon à Bélanger, dont la reprise instantanée a battu Thalmann, impuissante (52e). Le Canada était libéré, délivré. Pourtant, il s’est encore fait des frayeurs. S’octroyer une marge supplémentaire n’était pas en option, il s’agissait d’une nécessité. En conséquence, les locales ont commencé à squatter le camp suisse, imposant un pressing destiné à la fois à bloquer le jeu adverse et à récupérer des munitions rapidement exploitable. Le dopage psychologique provoqué par l’ouverture du score s’est dissipé au bout de quelques minutes.

Pour booster son attaque, le sélectionneur suisse a remplacé Kuster par Vanessa Bürki à l’heure de jeu en profitant d’un arrêt de jeu pour un bon CF en faveur de son équipe. Ce CPA a été gâché par la maladresse d’Ana Crnogorcevic, incapable de cadrer son coup de tête. Elle était complètement seule à la réception du ballon ! Ce genre de ratés se paie souvent au prix fort. Le Canada a eu l’opportunité de passer à la caisse, son action la plus prometteuse depuis son but a été mal conclue (65e). Tancredi était encore dans le coup. Sa blessure à la cheville quelques instants plus tard a offert à son entraîneur et à ses coéquipières l’occasion de faire un rassemblement boisson et coaching. On voit de plus en plus de temps morts de fait en football. Tancredi ne semblait pas aller très mal puisqu’à peine de retour elle a encore pu déborder et centrer, Thalmann a plongé n’importe comment en déviant le ballon de façon presque miraculeuse, mais celui-ci est resté dans les pieds canadiens, le re-centre depuis l’autre aile a donné lieu à une nouvelle sortie "difficile" de Thalmann, Bélanger en a profité, malheureusement pour elle, Caroline Abbé a pu dégager le ballon sur sa ligne (68e).

Tancredi a pourtant dû être remplacée rapidement. Le camp suisse aussi a procédé à une modification de son onze, car à une vingtaine de minutes de la fin, il était temps de prendre des risques. Profitant des espaces ouverts par les Suissesses, obligées d’attaquer, le Canada a pu pénétrer plus facilement les lignes adverses, sans réussir le break. Tout restait donc possible. Les Européennes avaient toutefois beaucoup de mal, elles ne parvenaient pas à obtenir l’opportunité tant recherchée de se relancer. Buchanan veillait toujours, quitte à mettre des coups, d’où le jaune reçu très logiquement (74e). Elle lésine rarement dans l’engagement, y compris quand elle se loupe.

A un quart d’heure de la fin, le sélectionneur canadien a effectué son 2e changement, il a failli s’avérer désastreux, car l’entrante, Kaylyn Kyle[1], a procuré à Vanessa Bernauer l’occasion d’égaliser en détournant dans sa direction un centre en retrait de Bachmann, auteur d’un super travail côté gauche. McLeod a sauvé la patrie en repoussant la frappe en pivot de la Suissesse avant d’assurer une bonne prise de balle aérienne sur le corner (78e). Les coéquipières de Rahel Kiwic[2], entrée en jeu peu après pour apporter sa taille – 1m85 – en attaque alors qu’en principe elle joue en défense, ont essayé de pousser, elles avaient laissé passer leur chance, car hormis une tête contrée par une autre tête sur CF (87e), l’occasion d’égaliser ne s’est jamais représentée. Elles auraient même éventuellement pu encaisser un second but à la 82e sur une des rares bonnes actions collectives canadiennes (côté droit Sinclair sert Schmidt qui a dédoublé à l’intérieur, centre pour Jonelle Filigno, une des entrantes, qui met le plat du pied en opposition mais ne cadre pas).

Si la seconde période aura été un peu plus spectaculaire, l’ensemble est tout de même d’une tristesse infinie. Le Canada a de bonnes chances de se hisser dans le dernier carré de sa Coupe du monde malgré un niveau particulièrement faible. Elles sont en quart en ayant seulement inscrit 3 buts en 4 matchs dont un péno généreux, et pas en affrontant la France, l’Allemagne, le Japon ou les Etats-Unis. On parle de matchs contre les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Chine et la Suisse ! Bien sûr, il y a des tirs sur les montants, mais il faut voir à quoi ils ressemblent. Cette équipe ne sait pas quoi faire du ballon, il y a plus de créativité dans une 1’ de vidéo de skills de Yanis, 4 ans ½, "futur Zidane" selon son père, que dans les 360 minutes de matchs du Canada depuis le début de la Coupe du monde ! Le jour où son adversaire ouvrira le score, comment compte-t-elle s’y prendre pour égaliser ? Dickenmann pourra s’en vouloir longtemps de ce loupé au bout d’un quart d’heure…

Ceci dit, j’espérais la victoire du Canada. La Suisse dégage, ça fait un concurrent de moins pour les quotas européens aux JO ! Aux Japonaises ou aux Anglaises de composter le billet des Bleues pour Rio !

Notes

[1] Admirez le choix du prénom par les parents Kyle.

[2] Note pour la blague pourrie : Lara Pommec et Corine Bananac étaient les autres options du sélectionneur.^^