Le niveau était tel qu’un 110m haies B a été organisé avant la partie comptant pour la Diamond League. Yordan O’Farrill l’a emporté en 13"29 (+0,4m/s). Le jeune Cubain a beaucoup couru en France cette saison et a toujours gagné. Thomas Martinot-Lagarde a dû se contenter de 13"53.

Cette course a eu lieu pendant la première partie du meeting, non diffusée à la télé, au cours de laquelle étaient organisés des concours Diamond League et des courses de niveau régional ou national de différentes classes d’âge. Parmi les résultats intéressants, citons les performances de Marie Gayot (51"71) et de Teddy Venel (45"78) sur 400m, voire Pierre Vincent (10"46) et Stella Akakpo (11"41) sur 100m. Par contre, si quelqu’un pouvait m’expliquer le délire du 100m haies régional avec… Myriam Soumaré. Une homonyme ? Pas selon le site de la DL. 7e en 14"69… Je suis circonspect.

Le lancer du disque et le saut en longueur masculins ainsi le lancer du poids féminins ont eu lieu pendant cette première partie du meeting, qui, comme toujours en Diamond League , a vraiment débuté avec le 400m haies, féminin cette fois.

Mais revenons d’abord à ces concours au saut en longueur car Kafétien Gomis a confirmé sa perf des Championnats d’Europe par équipes en prenant la 2e place avec un saut à 8m13 (+1,2m/s)… au dernier essai bien évidemment ! Il ne devrait sauter que des derniers essais ! Malheureusement, il a été battu de 6 cm par l’Américain Michael Hartfield. En revanche Salim Sdiri en est resté à 7m64.

Un événement s’est produit au poids féminin puisque Valerie Adams a été battue. Sa série de 56 victoires consécutives étalées sur 5 ans a pris fin. Il fallait s’y attendre, car si la Néo-Zélandaise a repoussé plusieurs fois son retour après une opération à l’épaule, espérant être aussi prête que possible, il lui fallait à un moment où l’autre se lancer (^^). Et elle n’a pas fait le poids (^^) face aux filles en forme en ce moment, en particulier l'Allemande Christina Schwanitz (20,31m). Adams a seulement terminé 5e (18,79m). Jessica Cérival a terminé dernière (16m70).

Le saut à la perche, qui s'est terminé pendant que celui des hommes avait lieu, a aussi été le théâtre d’une surprise, ou demi-surprise, puisqu’une Grecque pas encore très connue - avec un corps d’homme – a gagné. Nikoleta Kiriakopoulou a sauté 4m 83, MPM. Marion Lotout a pris la 7e place (4m53).

Au disque, victoire de Piotr Malachowski (65m57), qui domine nettement la DL cette saison. Le Français Lolassonn Djouhan s’est classé dernier (60m26).

Le meeting a donc rapidement été placé sous le double signe de la haute performance et de la grande surprise.

Peu avant 20h, entre les 2 parties du meeting, les organisateurs ont calé la présentation des stars en lice ainsi que la cérémonie protocolaire partielle du 4x100m des… JO de Londres 2012. Presque 3 ans après les faits, les Français ont enfin pu récupérer les médailles de bronze récupérées suite au déclassement des Etats-Unis dans l’affaire Tyson Gay. Les relayeurs français (à Jimmy Vicaut, Christophe Lemaitre, Pierre-Alexis Pessonneaux et Ronald Pognon) ont eu droit à leur présentation, ils ont eu leur tour d’honneur dans une sorte de taxi londonien avec toit ouvert, puis la remise de la médaille dans une cérémonie trop souvent vue au Stade de France depuis une dizaine d’années. Les Français sont des spécialistes de la médaille obtenue à retardement parce que les autres ont triché. On se souvient de Medhi Baala, des relayeurs du 4x400m en 2003, ou encore de Muriel Hurtis, qui doit détenir un record en la matière…

Le meeting a donc pu débuter pour de bon. Performance et surprise, disais-je. C’est peu de le dire.

Zuzana Hejnova a quasiment égalé la MPM, bouclant son tour de piste à obstacles en 53"76. La Tchèque n’était pas très en vue cette saison, elle ne parvenait pas à passer sous les 55", on ne l’attendait donc pas à ce niveau, malgré ses références et son statut. Elle a battu une Danoise, Sara Petersen, qui a battu son record national, et une Bahreïnie (Nigériane naturalisée), Kemi Adekoya, qui a aussi battu son record national. Aurélie Chaboudez avait la corde, elle a terminé dernière en un peu plus de 56 secondes.

Le 400m plat masculin a également créé la sensation : Wayde Van Niekerk (43"96, à 1 centième de la MPM) a battu Kirani James en le dominant en fin de course. Le jeune Sud-Africain a pris des risques pour faire jeu égal avec le maître de la discipline jusqu’à l’entrée de la dernière ligne droite mais a mieux résisté. Il est en pleine progression, il a encore explosé sa meilleure perf personnelle, établissant même un record continental quelques jours avant son 23e anniversaire.

Malgré l’absence de Mahiedine Mekhissi-Benabbad, la liste des engagés du 3000m steeple masculin était impressionnante. Pratiquement tous les cadors kenyans ont pris le départ. On y trouvait aussi le vice-champion devenu champion d’Europe, Yoann Kowal, passé à côté de sa course aux ChE par équipes, puis pas en grande forme au meeting de Nancy sur 1500m. On se dirigeait là aussi vers une grosse surprise car Evan Jager a réussi à faire le trou, osant même mener devant Jairus Birech, vainqueur à Shanghai et Oslo, 2e à Eugene, en grandes difficultés par rapport à l’Américain sur les obstacles et finalement incapable de suivre jusqu’au bout. Mais soudain, surprise dans la surprise, Jager s’est vautré comme une m*rde après la dernière haie, laissant le Kenyan passer et terminer en 7’58"83 (MPM et record du meeting). Il avait une victoire et un chrono MONSTRUEUX dans les jambes ! Il allait faire une perf aux environs de 7’56, soit bien mieux que le record d’Europe de Mahiedine. Jager n’avait jamais fait mieux que 8’04"71, il a tout de même fini en 8’00"45 (record continental). Son explication ? Il pensait tellement à la barrière des 8’ qu’il a précipité son geste de franchissement du dernier obstacle, son orteil a tapé la dernière barrière, ça l’a déséquilibré. Splash ! Eclater l’armada kenyane, dans une chaleur étouffante qui plus est, et tout gâcher de cette façon, c’est ballot ! Il allait devenir le 1er coureur non-africain, et le 2e non-kenyan – car je compte Saïf Saaeed Shaheen en tant que Stephen Cherono – sous les 8’. Il allait entrer dans le top 10, voire le top 8 des meilleurs de tous les temps !
Kowal a fini 12e en 8’22"17. C’est déjà plus conforme à ses capacités qu’à Cheboksary.

Je regrette l’absence de Française au départ du 800m. Rénelle Lamote aurait vraiment eu sa place. Justine Fédronic aussi, même si elle aurait fini dans la 2e partie du peloton.


Updade : la jeune Claudia Saunders (20 ans), universitaire à Stanford comme l'était Fédronic avant de passer pro, a décidé de représenter la France. Elle est franco-américaine alors que Fédronic est franco-hongroise née en Allemagne et qui a grandi aux Etats-Unis. C'est la fin de la saison pour les universitaires, du coup elle était cramée. Elle vaut entre 2'00 et 2'01 mais a couru beaucoup moins vite ici.


Le lièvre n’allait pas assez vite, elle a trop accéléré, puis s’est déportée trop tard. Du mauvais travail ! Et pourtant, Eunice Sum a explosé la MPM en 1’56"99. Elle est au-dessus du lot ! Il ne faudrait pas oublier les autres performances, on a eu 5 filles sous les 2’ dont la Cubaine Rose Mary Almanza (1’57"69) et la Suissesse Selina Büchel (1’57"95).

Le 100m féminin était tout aussi relevé. Shelly-Ann Fraser-Pryce a tapé la MPM en 10"74 (+0,2m/s). Cette fille n’a AUCUNE crédibilité à mes yeux, je ne changerai pas d’avis la concernant, surtout pas avec ce genre de perfs. Blessing Okagbare a pris la 2e place en 10"80, English Gardner la 3e en 10"97, Dafne Schippers et Murielle Ahouré n’ont pu passer sous les 11 secondes, elles sont capables de mieux.
Pour info, il y a quelques jours, Fraser-Pryce a annoncé sa décision ne se contenter du 100m à Pékin, elle veut en revanche doubler 100 et 200m à Rio. En outre, cette saison Schippers a choisi de se concentrer sur le sprint, au détriment des épreuves combinées.
10"29 pour Véronique Mang, ce n’est pas si mal, malgré la dernière place, il s’agit de son meilleure temps des 4 dernières saisons.

Course suivante, le 1500m masculin. Avec Brad Som en lièvre, c’est le patron dans ce secteur d’activité ! Les lièvres ont lâché le peloton à la cloche, Taoufik Makhloufi était en tête, il a résisté à Ayanleh Souleiman qui n’a pu doubler que très tard et a dû faire trop d’efforts pour en venir à bout. Silas Kiplagat a alors réussi à griller le Djiboutien en fin de course dans un très bon temps par rapport à ceux enregistrés cette saison : 3’30"12, MPM.
Les Français ont pris les 2 dernières places en battant chacun leur record perso : Morhad Amdouni en 3’35"17, Samir Dahmani en 3’37"05.

On avait déjà connu beaucoup de surprises, on en a eu d’énormes et de très déplaisantes dans les sauts verticaux. D’abord au saut en hauteur, où Mutaz Essa Barshim s’est complètement raté. Il a échoué 3 fois à 2m32 ! Hallucinant ! Un très gros problème de marques. Donald Thomas était le dernier en lice, il a tenté 2m38 après une impasse à 2m35, et a dû se contenter de 2m32, comme le vainqueur, un des 245 sauteurs russes du circuit, Daniil Tsyplakov., dont le seul palmarès pour le moment chez les adultes est le dernier titre européen en salle.

2m32 dans un concours avec Barshim, Kaynard, Ukhov, Shustov ou encore Baba (même si certains ne sont pas actuellement à leur top), c’est un peu la loose. A fortiori dans ces conditions climatiques. Disons que tout meeting se doit d’avoir une épreuve ou un concours foireux, c’était celui du Meeting de Paris Saint-Denis !
Pour info, Mickaël Hanany a terminé dernier avec 2m19.

On va rester dans les sauts verticaux avec l’autre énorme et déplaisante surprise du jour.

Renaud Lavillenie espérait battre le record du meeting de Paris (6m), réalisé 3 fois à l’époque où il était organisé au Stade Jean-Bouin. Ça date ! Il avait toujours gagné au Stade de France (6 fois sur 6) sans jamais pouvoir y passer de barre à 6 mètres. Souvent, les conditions sont médiocres, notamment car le vent y est tournant. Mais cette fois, pas ou très peu de vent, une chaleur favorable à la performance. Tout était réuni pour atteindre son objectif. Son concours a d’ailleurs très bien débuté avec une valise à 5m71, en revanche Raphael Holzdeppe s’est tapé un zéro. Il y a avait déjà eu un écrémage important puisque Valentin Lavillenie et les 2 Polonais (Piotr Lisek et Pawel Wojciechowski) n’ont pas dépassé 5m56.

Thiago Braz, censé être un des principaux adversaires de Renaud, a galéré pour effacer les premières barres. Il a ensuite passé avec succès 5m81 en touchant la barre. Konstadinos Filippidis a réussi au 2e essai, il n’avait pas connu l’échec avant cette hauteur que Kevin Ménaldo a franchi grâce à son ultime tentative. Son SB était 5m71, son record à peine supérieur, il l’a pulvérisé ! Sam Kendriks aussi est passé à 5m81 (1er essai).

Ça fait beaucoup de monde à des hauteurs non négligeables, 7 à 5m71. On n’a plus l’habitude d’une telle densité. Pas de chance, c’est le jour où Renaud Lavillenie s’est manqué. Il a fait l’impasse à 5m81 (barre qui a éliminé Aleksandr Gripich et Jan Kudlicka), il n’aurait pas dû, car il s’est raté à 5m86… Seulement 5e (ex-aequo avec le Russe), 1 seul saut réussi. Il était nettement au-dessus, il est retombé trop près. C’est assez terrible de se louper comme ça, mais mieux vaut que ça arrive maintenant qu’aux Mondiaux.

Braz a pris la tête du concours en passant à 5m86 au 3e essai, Kendriks s’est cassé les dents – au sens figuré – sur cette barre, Ménaldo a fait l’impasse pour s’attaquer à 5m91, il était tout près au 1er essai ! Il a eu les yeux plus gros que le ventre, son concours s’est arrêté là, à la 4e place. Filippidis a eu la même stratégie, seulement il a pu l’assumer en passant au 2e essai, record national à la clé. Le Grec et le Brésiliens restaient tous les 2 en lice, je ne pige pas trop leur nouvelle impasse à 5m96 pour tenter directement 6m01 et échouer tous les 2.

Renaud est toujours en tête de la Diamond League mais a intérêt à gagner en Suisse jeudi car Filippidis est revenu à sa hauteur au classement.

J’en arrive au 110m haies, où on attendait les 4 Français avec les gros Ricains, plus Sergey Shubenkov et Orlando Ortega. Malheureusement, Wilhem Belocian a déclaré forfait. Plus que 3 mousquetaires. Pascal Martinot-Lagarde a perdu sa MPM la semaine passée lors des sélections US et jamaïcaines, il avait très envie de gagner au Stade de France, où il a pris l’habitude d’être très performant. Il fallait sauver l’honneur de l’athlé français, plus abonné aux dernières qu’aux premières places depuis le début de la soirée. Malheureusement, ça s’est encore mal passé… et il y a eu une nouvelle surprise monstrueuse, Orlando Ortega a pulvérisé son record personnel en 12"94 (+0,5m/s, MPM pour 1 centième), grâce à une fin de course hallucinante. On connaissait sa valeur, son PB tombe tous les ans, il se rapprochait de la barre des 13 secondes depuis 2012, il a tout fait péter malgré un certain retard à la 5 ou 6e haie. David Oliver a terminé 2e en 12"98 (SB), Serguy Shubenkov a explosé son record national en 13"06, Aleec Harris a signé un chrono de 13"11 (PB). PLM a seulement fini 5e en 13"18 (un bon temps compte tenu du nombre de fautes technique), 1 centième de mieux que Garfield Darien (SB), Dimitri Bascou se classant derrière en en 13"31 avec un paquet de haies heurtées. Aries Merritt s’est déchiré : 13"44.

Complètement HALLUCINANT !

Dans ce contexte fou, le record du monde espéré sur 5000m pouvait tomber malgré la chaleur. Il n’y a jamais eu de record du monde au Stade de France. Pour y remédier, les organisateurs ont réussi l’exploit de réunir Genzebe Dibaba et Almaz Ayana dans la même course. D’habitude, elles se battent individuellement dans des meetings différents et doivent courir en solo les 2 ou 3 derniers kilomètres. Cette fois, elles devaient se battre ensemble. Il était prévu qu’elles mènent chacune tour à tour après l’arrêt des lièvres et jusqu’à 3 tours de la fin, moment de l’explication finale.

La première hase[1] est allé trop lentement, les 2 filles prévues ont explosé beaucoup trop tôt, ce qui a bien foutu la m*rde. Je pense que les organisateurs seront très remontés contre elles. Ayana a donc décidé d’accélérer, le trou s’est fait très rapidement, elle a jeté un œil sur le côté pour voir si Dibaba allait passer, et finalement, elle l’a fait après une seconde demande de sa compatriote. Elle semblait donc bien partie pour respecter le contrat. Une tentative de record du monde à 2 filles en concurrence (bien que du même pays), c’est assez magique ! Au bout d’1 tour ½, Dibaba a demandé le relais, elle ne l’a pas obtenu tout de suite, mais 150m plus tard. Ayana n’a plus laissé passer sa rivale, qui ne semblait de toute façon pas avoir envie de relayé. Ayana semblait tout simplement plus forte. Et pendant ce temps, le public poussait, espérant assister à un évènement historique à l’échelle de l’athlé bien sûr, parce qu’on ne parle quand même pas de la résolution du conflit israélo-palestinien ou de la fin de la guerre froide, même si l’antagonisme entre ces 2 filles est fort.

Il fallait absolument relancer car on était en train de rejoindre les bases du record du monde de Tirunesh Dibaba (en 2008 à Oslo), qui avait fini à une vitesse folle. En principe, il fallait parcourir beaucoup plus vite les premiers kilomètres pour espérer taper ce record. On pouvait difficilement voir venir le coup de Trafalgar… Genzebe a attaqué à la cloche, elle est alors partie comme une balle, il était impossible pour Ayana de rivaliser. Ce dernier tour en 61"17… Outch ! Mais en jouant le jeu, elle aurait pu battre le record de sa sœur. Elle n’a pensé qu’à sa pomme. Elle a seulement tapé le record du meeting en 14’15"43 (4e performance de tous les temps), un peu moins bien que la MPM d’Ayana (auteur pendant cette course de la 9e perf de l’histoire sur la distance en 14’21"97). Décevant. Très décevant même, car vous pouvez en être sûrs, elle ne voudra jamais courir de nouveau contre Dibaba hors championnats. Cette course restera unique. Ou alors il faudra mettre une somme colossale sur la table.

En l’absence de Bolt (et de Lemaitre, blessé), le 100m de clôture restait très intéressant, notamment grâce à la présence de Jimmy Vicaut au couloir 3, juste à côté d’Asafa Powel. Michael Rodgers, Nesta Carter, Churandy Martina et un Ricain peu connu complétaient le groupe des étrangers. Dans les couloirs extérieurs on trouvait d’autres Français, Emmanuel Biron et le jeune Guy-Elphège Anouman, qui s’entraînent avec Jimmy dans le groupe de Guy Ontanon, tout comme Venel et Vincent. Entre autres. On sait comment ça fonctionne dans les meetings d’athlé, les têtes d’affiche peuvent ouvrir la porte à d’autres athlètes appartenant au même groupe ou représentés par le même agent, les Jamaïcains le font beaucoup, les Français ont raisons de le faire aussi, surtout à la maison avec des couloirs disponibles.

J’espérais une bonne note pour finir cette soirée folle. Je l’ai eu ! Certaines saisons, vous avez la poisse, vous devez vous coltiner des conditions dégueulasses, de la pluie, du vent de face, c’est l’horreur. Et le jour où vous pourriez réussir une perf, votre pic de forme est passé. Et parfois, tout est réuni pour réussir un exploit.

En l’occurrence, il y avait cette chaleur très lourde dont raffolent les sprinteurs, particulièrement pour ceux habitué aux problèmes musculaires (dans le froid et la pluie on peut facilement se claquer, les muscles refroidissent plus facilement après l’échauffement qu’il faut particulièrement soigner). Physiologiquement et psychologiquement, ça aide, c’est sûr. Je ne sais pas s’il y a des effets mécaniques sur la piste qui renvoie plus ou moins par ces températures, mais le vent favorable de 1,3m/s est en revanche une aide indéniable. Ajoutez-y l’atmosphère électrique au bout de cette soirée de folie, le fait de courir à domicile – il s’agissait de sa première sur 100m au Stade de France – et la présence à côté de Jimmy d’un tracteur en la personne d’Asafa Powel, vous avez les conditions idéales pour aller vite. Très vite.

Powel a battu son record de la saison en 9"81, il était au couloir 4. Avec le Jamaïcain juste à sa droite, le Français disposait à la fois d’un point de repère et d’un objectif : s’accrocher le plus longtemps possible, essayer de le rattraper. Là encore, c’est très, voire uniquement psychologique. Mais la perf, elle, est historique. Le record de France n’a pas été battu, il a été atomisé. Normal au meeting Areva. 9"86, c’est 6 centièmes de moins que le précédent record de France de Christophe Lemaitre (9"92), c’est aussi l’égal du record d’Europe d'athlétisme désormais codétenu avec Francis Obikwelu[2]. Et dire que Jimmy a réalisé un départ moyen ! Dire qu’il doit composer avec une douleur au genou depuis sa série à Birmingham où il a préféré déclarer forfait pour la finale… ou Adam Gemili s’est blessé assez gravement !

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, ses potes ont aussi battu leur record personne : Biron en 10"18, Anouman en 10"32. Avec un peu de chance, le relais 4x100m français aura de la gueule à Pékin et à Rio, où, espérons-le, les Bleus obtiendront une médaille. Remise avant 2019 si possible…

J’en termine avec les 2 concours pas encore abordés.

Au triple saut féminin, pas de surprise, ou presque, le duel annoncé a eu lieu, même s’il a été nettement dominé par Caterine Ibargüen, dont la plus mauvaise des 6 marques a été mesurée à 14m65 (toujours avec du vent nul ou un peu favorable), 4 étant comprises entre 14m84 et 14m87… avec des planches moisies sur certains. La Colombienne qui domine la Ligue de Diamants avait donc clairement les 15 mètres dans les jambes. Elle a dominé Ekaterina Koneva, auteur d’un meilleur triple bond à 14m72. Le «presque» du début du paragraphe fait référence à Olha Saladuha. L’Ukrainienne s’est complètement manquée (13m79 à 2 reprises), éliminée après 3 sauts, contrairement à Jeanine Assani Issouf, qui a atterri moins loin qu’à Cheboksary (13m86 contre 13m97) mais avec des conditions de vent nettement moins bonnes. 8e place.

Enfin, au lancer du javelot féminin. Les 7 premières du concours avaient toutes déjà marqué des points cette saison en Diamond League, Barbora Spotakova a gagné (64m42, SB), elle est désormais en tête de la DL. Tout semble normal jusqu’au moment où, en descendant dans le classement, on trouve la Française, Matilde Andraud (59m03, SB)… devant Christina Obergföll, 10e sur 11 avec un jet à peine au-delà des 68 mètres !

Ce meeting de Paris Saint-Denis restera dans les mémoires. Des performances et des contreperformances à gogo, des surprises bonnes et mauvaises dans tous les coins, des records[3] et MPM[4] comme s’il en pleuvait – la quand il ne pleut pas, ce sont les records qui pleuvent – même si ce fameux record du monde se fera encore attendre au moins 1 an…



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 110m haies B, concours (longueur H, poids F, perche F, disque H), remise de la médaille aux relayeurs, 400m haies F, 400m H, 3000m steeple H, 800m F, 100m F, 1500m H, saut en hauteur H, saut à la perche H, 110m haies, 5000m F, 100m H, triple saut F et javelot F.

Notes

[1] Femelle du lièvre.^^

[2] Le Nigérian devenu Portugais a réussi ce temps à Athènes en août 2004.

[3] 3 records continentaux, 10 records nationaux, difficile de compter les records personnels tant ils ont pullulé.

[4] 6, plus 3 qui ont été sérieusement approchées.