Le choix de ce stade pour la finale s’explique par des enjeux économiques, il fallait être sûr de le remplir, satisfaire les télés du continent ainsi que la télé japonaise en cas de finale avec le Japon (ce qui était très probable compte tenu du tableau décidé – et non tiré au sort – par la FIFA). En outre, sauf erreur de ma part, l’équipe canadienne a son centre d’entraînement dans la région. Quel choix déplorable ! Un stade de football avec un jumbotron au-dessus du rond central dont on voit l’ombre au milieu de la partie ensoleillée du terrain, il n’y a rien de pire, c’est horriblement gênant pour le téléspectateur. Et comme par hasard, les Ricaines ont attaqué dans cette moitié de terrain en première période. C’est là que presque tout s’est passé.

Le calendrier a favorisé les – presque – locales. Elles ont joué leur demi-finale la veille et n’ont pas eu de prolongation à disputer, contrairement à leurs adversaires, déjà beaucoup moins puissantes en temps normal.

Dernier élément à prendre en compte, l’arbitre. La FIFA a nommé Mme Monzul, je la déteste. Voir l’Ukrainienne arbitrer la finale de la Coupe du monde m’a donné envie de gerber. Oui, je le dis clairement, sans filtre. Je ne lui pardonnerai jamais la suspension de Caroline Seger pour la finale de la Ligue des Champions. Heureusement, elle n’a pas eu l’occasion d’influencer le déroulement de la rencontre.

Les Ricaines, qui débutaient avec le onze déjà utilisé face à l’Allemagne, donc sans Abby Wambach, sont bien entrées dans leur match. Elles ont tout de suite mis la pression et ont ouvert le score grâce à un corner obtenu par Morgan Brian. Megan Rapinoe a clairement fait exprès de tirer son corner au sol vers le point de penaltyCarli Lloyd est arrivée lancée en surprenant les Japonaises pour marquer d’une reprise de l’extérieur du gauche (3e). Quelle erreur de la défense, complètement apathique sur ce CPA ! Jamais le ballon n’aurait dû arriver jusqu’à cet endroit, à environ 8 ou 9 mètres de la cage, plein axe. Il aurait dû être intercepté bien avant.

La finale s’est officieusement terminée dans la foulée. Encore un CPA, du même côté, cette fois un CF obtenu par Tobin Heath. Envoyé au sol au premier poteau pour une tentative de reprise très compliquée de Julie Johnston, plutôt une déviation du talon en réalité. Le ballon n’a pas été dégagé mais détourné, il y a eu une sorte de cafouillage dont a su profiter Carli Lloyd, plus réactive que les filles présentes dans la zone (5e). Un but plein d’opportunisme à 3m de la cage.

2-0 au bout de 5 minutes, en pratique, c’est impossible à rattraper. Du moins dans ces conditions. En principe, il devait s’agir d’une opposition de style entre le physique américain et la technique asiatique. Psychologiquement, l’avantage semblait être en faveur des championnes olympiques. Après avoir marqué 2 fois en si peu de temps, le doute n’était plus permis, l’ascendant psychologique dont jouissait l’équipe soutenue par le public était total, il fallait profiter de ces coups de marteau sur la tête reçus par les Nippones pour enfoncer le clou.

Quand Lauren Holiday a marqué d’une volée aussi belle – une volée en extension… peut-être de la cheville, mais puissante, la gardienne a été transpercée – qu’opportuniste à la 14e en profitant d’un nouveau raté monumental d’Azusa Iwashimizu, déjà fautive sur le but précédent (elle a lâché le marquage). Le centre de Tobin Heath ne présentait aucun danger particulier, pourtant cette pauvre Japonaise déjà plus très lucide a complètement manqué son dégagement de la tête, le ballon est retombé en cloche dans la surface, Holiday était là pour conclure. Les 2 gestes clés sont l’expression de l’état mental dans lequel se trouvaient les équipes. L’équipe sonnée fait n’importe quoi, celle dopée par l’euphorie née de la tournure des événements ose des gestes compliqués… qui fonctionnent.

Les carottes étaient définitivement cuites. 3 buts en 14 minutes, c’est dur. Alors 4… Surtout un but aussi incroyable que celui inscrit par Carli Lloyd – encore elle – du milieu du terrain… Oui, le coup du lob depuis la ligne médiane quand tu mènes 3-0 au quart d’heure de jeu, c’est limite un manque de respect. Surtout quand tu viens de passer un grand pont dans le rond central avant de frapper. En l’occurrence, c’était surtout très intelligent, car elle a vu la gardienne très avancée, celle-ci ayant en plus le soleil dans les yeux. Le pire est qu’elle a réussi son coup… poteau rentrant. La malheureuse Ayumi Kaihori a réussi à se prendre les pieds dans le tapis au moment où elle allait pouvoir intercepter le ballon… et à encaisser ce but après avoir elle-même détourné le ballon vers la base de son poteau. Le triplé pour Lloyd, déjà pressentie pour être élue meilleure joueuse de la Coupe du monde, a sans doute scellé le résultat de cette élection. Et celle du Ballon d’or féminin 2015.

4-0 en 16 minutes, presque 5-0 à la 18e. Carli Lloyd a trop croisé sa tête à la réception d’un super centre de Meghan Klingenberg. Quelle violence ! Hiroshima et Nagasaki à la sauce footballistique. Au moins, pour une fois, le Japon n’a pas vécu ces horreurs sur son sol. Les filles de l’Empire du Soleil levant n’y était plus du tout, elles ont tiré au but pour la première fois à la 23e minute… en attendant de prendre le 5e, qui allait forcément finir par arriver, car la Ricaine est cruelle, si elle peut t’humilier, elle ne va pas s’en priver. Alex Morgan aurait pu le mettre au terme d’un petit slalom dans la surface, son tir a été bloqué par la gardienne, enfin auteur d’un arrêt (24e).

Que pouvait-il désormais arriver aux futures vice-championnes du monde ? N’ayant plus rien à perdre, elles ont enfin réussi à se libérer libéré. Transversale, bon contrôle côté droit de Nahomi Kawasumi et petite accélération de vers l’axe, sorte de centre/passe vers Yuki Ogimi située devant le premier poteau à hauteur du point de péno, Julie Johnston se jette dans la surface et manque l’interception, la Japonaise en profite pour se retourner, elle enchaîne en un éclair son super contrôle et sa frappe légèrement enroulée du plat du pied gauche (27e). Elle y a mis juste l’effet nécessaire pour empêcher l’intervention d’Hope Solo. Cette dernière n’avait pas encaissé de but depuis la première période match contre l’Australie au début de la première phase.

Soudain décomplexé, le Japon aurait pu encore réduite l’écart une minute plus tard, les Nippones ont en effet mis le feu dans la surface américaine, cette fois sans pouvoir conclure, même si Aya Miyama a finalement pu frapper au but, donnant l’occasion à Solo d’arrêter son premier tir de la rencontre (30e).

Homare Sawa, la légende japonaise, a fait son entrée en jeu très tôt (33e), le sélectionneur devait tenter un coup pour essayer d’entretenir la dynamique. Azusa Iwashimizu était en pleurs. D’avoir dû céder sa place ou en raison de sa prestation désastreuse ? La possession penchait désormais très largement en faveur des Asiatiques, leurs adversaires les laissaient jouer pour mieux les contrer.

Je n’avais jamais vu ça : 2e changement japonais à la 39e minute. Uniquement des choix tactiques. Le sélectionneur a fait entrer Yuika Sugasawa en pointe. Etrangement, les Nippones ont commencé à balancer de longues ouvertures vers cette joueuse. Exactement l’inverse de leur style habituel et de ce qui peut gêner la défense US.

Les Américaines en ont alors remis une couche, Alex Morgan a cherché le péno (elle a glissé) mais le centre qui a suivi a été repris de la tête par Lloyd, qui aurait probablement inscrit son 4e but personnel si elle n’avait été contrée in extremis. A chaque attaque de l’USWNT, il y avait le feu dans la surface.

La mi-temps a été atteinte sur ce score de 4-1. Que pouvaient donc faire les Japonaises pendant ces 15 minutes de pause ? Utiliser de la Biafine ? S’étaler de la vaseline pour que le 5e passe mieux ? Confectionner un drapeau blanc ?

Evidemment, les Américaines n’avaient qu’une chose en tête, broyer leurs victimes. Elles ont donc poussé encore et encore dès la reprise. Brian a bien cru inscrire le 5e d’une frappe lointaine finalement claquée de justesse par la gardienne (50e). Le ballon allait finir juste sous la barre.

Contre le cours du jeu, le Japon est revenu à 4-2 grâce à un CF très lointain détourné de la tête par Johnston… auteur d’un csc vraiment malchanceux car on peut ici difficilement parler de maladresse (53e). Holo est intervenue trop tard, le ballon était entré. Cette façon de balancer le ballon dans la surface à chaque CPA même au milieu du terrain ressemble plus au jeu de l’Angleterre. Quand tu es désespéré, tu joues à l’anglaise…

Le Japon allait-il réussir l’exploit du siècle, celui de revenir de 0-4 à 4-4 ? Le suspense n’a pas duré plus de 2’. Heath, récente joueuse du PSG :coeur: , a vite redonné de l’air aux siennes suite à un corner tiré presque direct, récupéré au 2nd poteau par Brian, laquelle a parfaitement centré en retrait pour cette chère Tobin, qui a su conclure d’un plat du pied (54e).

5-2 à plus d’une demi-heure de la fin et déjà le 3e changement japonais. Non, là, vraiment, cette finale ne ressemblait plus à rien de normal, même de très loin avec le soleil dans les yeux. Les Etats-Unis ont à leur tour effectué un changement, mais il s’agissait de leur premier. Rapinoe a cédé sa place, pour son anniversaire elle a eu droit à une ovation, peut-être aurait-elle préféré rester sur le terrain pour marquer son but.

Morgan avait besoin d’inscrire son nom au tableau d’affichage, mais son joli move s’est terminé par un tir non cadré (64e). Décidément, elle n’y arrivait pas ! Et ce n’était vraiment pas faute d’essayer. Le Japon a essuyé des vagues surpuissantes. Encore un tsunami ? Pas vraiment. Ceci dit, au Japon, on meurt les armes à la main. Il n’était pas question d’abandonner. D’où cette fin de rencontre débridée avec des attaques dans tous les sens d’un côté comme de l’autre. Il y avait alternativement le feu dans chacune des 2 surfaces.

J’ai cru au péno du 5-3 pour le Japon, Sawa n’a pas obtenu le coup de sifflet, elle a même été réprimandée par l’arbitre. Mouais… Mme Monzul aurait dû laisser jouer, il y a eu un super tir détourné par Solo (68e). On sentait désormais s’installer un certain ascendant en faveur de l’équipe obligée de tout tenter pour revenir au score, ça poussait fort, Solo et sa défense repoussaient, souvent de façon brouillonne mais efficace. Comme souvent pendant cette Coupe du monde, le beau jeu ne payait pas faute de justesse et de précision dans les derniers gestes, à l’image de cette tête à bout portant de Sugasawa… en plein sur Solo (76e)

Heath a regagné le banc à une dizaine de minutes de la fin, remplacée par l’idole, Wambach, qui a même reçu le brassard de la part de Lloyd. Elle pouvait rejoindre Marta au classement des buts inscrits dans l’histoire de la Coupe du monde. Seulement le Japon poussait toujours, Solo boxait toujours le ballon quand il arrivait dans sa zone, sa défense dégageait toujours à l’arrache. Wambach allait-elle avoir ne serait-ce qu’une opportunité de tirer au but ? La réponse est non. Comme Morgan, elle n’a pu marquer. La vedette et égérie de Tampax a été remplacée par Christie Rampone, 40 ans, mère de famille et plus vieille joueuse de la Coupe du monde (86e). Il s’agit très clairement d’un cadeau d’adieux.

Mme Monzul a sorti les 2 seuls cartons du match à la 82e et à la 85e pour des grosses fautes nippones. La frustration et la fatigue rendent difficile le contrôle de soi. Rien de bien méchant.

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Et c’est ainsi que le peuple américain s’est trouvé – ou retrouvé – des idoles. Carli Lloyd et Morgan Brian en sont probablement devenues, elles ont été fantastiques lors de cette finale (tout comme Tobin Heath dans une moindre mesure). Avec Julie Johntson, qui a fini cette Coupe du monde de façon assez difficile (elle aurait dû être exclue contre l’Allemagne et a mis un csc en finale), Morgan Brian est la révélation de cette équipe. Lloyd était déjà bien établie dans ce groupe, dont elle a pris les rênes pour compenser le déclin de Wambach. Ces jeunes et la capitaine de substitution sont les symboles de cette victoire américaine sur le sol américain.

On n’oubliera pas de citer Hope Solo, qui a bien failli ne pas disputer la Coupe du monde suite à ses problèmes de violence dans le cadre familiale et de conduite en état d’ivresse. C’est bien la preuve que dans ce pays, on peut assez facilement ranger les principes moraux au fond d’un tiroir si la gloire de la nation est en jeu. L’exemplarité requise des sportifs du pays s’accommode de dérogations… Bref.

Les Ricaines sont montées en puissance à mesure que leur sélectionneur, Jill Ellis, cherchait et s’approchait de la meilleure formule. Elles ont surtout eu la chance d’avoir un 8e de finale et un quart contre des adversaires d’un niveau très abordable – même si elles ont galéré – avant d’affronter successivement 2 équipes qualifiées après 120 minutes de jeu sans avoir réellement mérité de passer. Etre champion du monde en ayant eu la chance d’éviter la meilleure équipe du tournoi – la France aurait dû être à sa place, personne ne pourra JAMAIS me faire penser le contraire – ne retire rien à leur titre car elles n’y sont pour rien, elles ont été opportunistes et efficaces au bon moment. On ne retiendra que la finale et ce 5-2 mémorable.

A la fin d’une finale, il y a toujours le protocole. En l’occurrence, Sepp Blatter ne s’étant pas déplacé pour éviter… une arrestation, il a envoyé Issa Hayatou à sa place. Le vice-président de la FIFA et président de la confédération africaine a été hué par le public, comme tout son aréopage de dignitaires de l’institution vérolée.

Et voici donc le tableau d’honneur.

Le trophée de la meilleure jeune joueuse a été attribué à Kadeisha Buchannan, la DC canadienne. Il n’y a pas scandale, mais les dés étaient un peu pipés.

Anja Mittag (5 buts, 2 passes décisives) a reçu le Soulier de bronze, Carli Lloyd (6 buts, 1 passe décisive) le Soulier d’argent, Célia Sacic Soulier d’or (6 buts et 1 passe décisive, mais temps de jeu légèrement inférieur).

Le Gant d’or est revenu à Hope Solo, comme en 2011.

Aya Miyama a été désignée Ballon de bronze, Amandine Henry Ballon d’argent et Carli Lloyd Ballon d’or.

Pour une fois, il n’y a absolument rien à redire aux choix du comité technique de la FIFA concernant ces prix individuels. Par contre, le Prix du fair-play de mes deux, ces raclures auraient pu éviter de le filer aux Bleues. Se faire entuber comme elles ont pu l’être contre la Colombie puis contre l’Allemagne, ceci par les arbitres dégueulasses désignées par la FIFA, et être récompensé d’un prix du fair-play parce que tous les membres de la délégation ont résisté à l’envie d’aller lui coller des pains aux officiels pour les "remercier" de cet entubage en règles, il n’y a pas pire. C’est du sadisme, de la méchanceté gratuite, une put*in de honte. C’est comme le violeur séropositif qui envie une lettre à sa victime avec un préservatif dans l’enveloppe et ce petit mot «la prochaine fois que je te croise, c’est promis, j’en mettrai un, et j’utiliserai du lubrifiant».

Il était temps de remettre les médailles, les Américaines ont fait une haie d’honneur à leurs adversaires, puis sont allées chercher les leurs, le trophée a été soulevé par Wambach et Rampone, qui ne seront plus là dans 4 ans quand la France remportera cet objet qu’elle aurait mérité de rapporter du Canada.