• Etape 4 : les pavés sans la marre.

Seraing-Cambrai, 223,5km. (Départ de Belgique et arrivée en France… Enfin !)
Non partants : Fabian Cancellara (TFR), Daryl Impey (OGE), Andreas Schillinger (BOA).

etape_4.jpg Après l’hécatombe de la mini-Flèche Wallonne, les coureurs devaient se farcir la première longue étape du tour, un mini-Paris-Roubaix. Pourquoi mini avec ce kilométrage conséquent ? Parce que l’étape ne comptait que 7 secteurs pavés dont assez loin de l’arrivée, une sorte d’avant-goût, et 6 placés dans les 40 derniers kilomètres.

Sans surprise, un quatuor s’est détaché très rapidement, le peloton a laissé faire puis s’est attelé à maîtriser l’écart. Comme lors des 2 journées précédentes en somme, même si l’écart est monté à 9 minutes. Cette fois, pas de Barta à l’avant mais un représentant de 2 équipes habituées de barouds de ce genre, à savoir Europcar, avec Perrig Quémeneur, et Bretagne-Séché, avec Frédéric Brun. Ils étaient accompagnés de Thomas De Gendt (TLS) et, c’est très intéressant, de Liewe Westra (AST), homme clé de Vincenzo Nibali l’an dernier lors de l’étape des pavés, où il avait servi de point d’appui dans une stratégie d’équipe remarquable.

Compte tenu du vent, défavorable et assez puissant, se balader à l’avant n’était pas forcément une grande idée. Les échappés pouvaient au moins espérer se jouer les classements intermédiaires pour décrocher les primes. De Gendt a passé en tête la Côte de la Citadelle de Namur (4e C), il y a pris le seul point du jour comptant pour le classement de la montagne.

Sky a décidé de tenter le premier coup de bordure très loin de l’arrivée, avant le premier secteur pavé. A part mettre en difficulté les victimes des chutes de la veille, cette initiative pouvait difficilement avoir de grosses conséquences. Toutefois, l’effet de surprise lui a créé des cassures. Tony Gallopin (BMC) et John Degenkolb (TGA) figuraient parmi les piégés, les Giant-Alpecin ont dû réagir rapidement pour éviter la catastrophe.

Cette accélération a surtout fait fondre l’avance du quatuor de tête, qui ne comptait plus qu’une grosse minute de marge à 120 bornes de l’arrivée en entrant sur le premier secteur pavés (des pavés assez faciles à négocier car réguliers et en très bon état). Les fuyards étaient déjà en sursis, même si après ce moment de tension, le peloton a un peu relâché la pression, peut-être aussi en raison des crevaisons, problèmes mécaniques ou changements de vélo stratégiques de d’Alberto Contador (TCS), Nairo Quintana (MOV) et autres. Le lieu était en outre idéal pour la pose pipi, les cyclistes se garaient sur le bord de la route en profitant de la haie pour satisfaire ce besoin naturel.

Annoncées depuis un long moment, les premières gouttes de pluie ont fait leur apparition à ce moment de l’étape. Les coureurs ont eu la chance – ou de la malchance, selon les points de vue – de ne pas se faire doucher sur les pavés, qui seraient devenus très glissants. Peut-être la pluie aurait-elle permis de creuser des écarts en éliminant des concurrents, peut-être aurait-elle porté préjudice à des leaders, on ne le saura jamais. A la place, ils ont eu droit à d’épais nuages de poussière propulsés par un vent violent… Mais on n’en était pas encore là.

Le peloton est resté très calme pendant un long moment après ce coup de chaud. L’avance des hommes de tête s’est de nouveau accrue rapidement jusqu’à 3’40, ceci sans grand effort, puis a décru presque aussi rapidement pour ensuite se stabiliser à 3’. A l’approche du sprint intermédiaire, les intéressés ont commencé à se replacer. De Gendt a surpris ses compagnons d’échappée pour aller prendre la prime. Seul Brun a essayé de réagir. Mark Cavendish (EQS) a doublé Bryan Coquard (EUC). Derrière eux, André Greipel (TLS) et John Degenkolb se sont mis un coup d’épaule, le détenteur du maillot vert a néanmoins pu rester devant Peter Sagan (TCS) et lui reprendre un point dans ce classement.

Une chute s’est produite dans le peloton à 80 bornes de l’arrivée, elle a impliqué Samuel Sanchez (BMC), Lars Bak (TLS), et quelques autres. Rien de très méchant.

Les derniers kilomètres avant l’enchaînement des secteurs pavés ont été très mouvementés. Il commençait à pleuvoir, la route était glissante par endroits, il fallait absolument se replacer à l’avant, du coup tout le monde roulait très vite, la nervosité était extrême. D’où de nouvelles chutes, dont certaines de coéquipiers de cadors comme Jakob Fuglsang (AST), mais aussi de Dan Martin et Jack Bauer (TCG). Un fort vent latéral soufflait. Le public, très nombreux, ne suffisait pas à couper le vent.

Michal Kwiatkowski (EQS) a ouvert la route du peloton qui, rapidement, s’est étiré puis cassé en beaucoup de petits morceaux. Les spécialistes des pavés figuraient à l’avant. Les Astana n’ont pas attendu pour accélérer afin de limiter la marge de manœuvre de ceux qui, mal placés, auraient aimé profiter de la partie goudronnée pour faire leur retour au sein du groupe des meilleurs. Le peloton était toujours scindé en 2 au moment où les 3 derniers hommes de tête – Brun a lâché avant les autres – ont été repris. Ce moment correspond à peu près à celui où Chris Froome (SKY) a décidé de faire accélérer ses équipiers, surtout pour se protéger de tout souci.

Du coup, Nibali a récupéré Westra juste à l’entrée du 3e secteur pavé… mais pour rien, car Lars Boom (AST) a tout de suite accéléré. Il a payé son accélération quelques minutes plus tard en devant lâcher l’affaire. Seul un petit groupe a pu suivre, le reste du peloton a eu beaucoup de mal à rester au contact. Une file indienne circulait au milieu des pavés, Froome restait bien calé dans les 10 premières positions mais on le sentait de moins en moins facile, comme les grimpeurs que sont Pinot (FDJ) et Quintana, présents dans la dernière partie de la file. Barguil (TGA) était toujours là.

Zdenek Stybar puis Tony Martin (EQS) ont continué à pousser l’allure sur le bitume. Chris Froome ne voulait pas laisser l’initiative aux autres, il a donc fait rouler ses hommes. Le peloton de tête était de moins en moins conséquent, un autre groupe était en train de se faire lâcher irrémédiablement quand les coureurs sont arrivés sur le 4e secteur pavé. Cette fois, les BMC et un Astana faisaient le travail. Deux coureurs cités parmi les vainqueurs potentiels de l’étape ont connu des soucis. Alexander Kristoff (KAT) a crevé dans ce secteur, André Greipel a quant à lui été lâché à la régulière.

De retour sur la route "normale", l’équipe BMC en a remis une couche, il fallait être très fort pour s’accrocher. Il restait une grosse trentaine de kilomètres à parcourir. IAM s’est à son tour mis à la planche, puis de nouveau Astana. Chaque équipe semblait décidée à travailler seule. Nibali avait retrouvé des équipiers, il a voulu en profiter. Au sein du 2e peloton pointé à 25 ou 30 secondes, on trouvait notamment des Europcar, dont Pierre Rolland, qui essayait de revenir.

Jusqu’ici, les pavés étaient secs, il fallait espérer que les suivants le soient aussi car on approchait de la succession de 2 grosses sections, celles où tout risquait de se jouer. Tout le monde était très nerveux, Froome a eu beaucoup de chance de ne pas choir en roulant sur une entrée de trottoir.

Nibali a attaqué à 25 bornes de l’arrivée, peu après l’entrée du 5e secteur pavé (le n°3 dans la classification officielle). Certains ont pu s’accrocher, d’autres ont été pris dans la petite cassure qu’a tenté d’entretenir Jakob Fuglsang en prenant la barre. Etrangement, Warren Barguil a alors pris la tête de la course. C’est un grimpeur… Jusqu’ici, il n’y avait pas de véritable dégât, du moins pas plus qu’avant l’entrée de cette section pavée. Tinkoff-Saxo et BMC ont assuré le train jusqu’à l’avant-dernier secteur pavé, long de 3700m. Sep Vanmarcke (TLJ) a tout de suite tenté le coup, il fallait créer des cassures. Seulement, avec le vent de face, il était très difficile de lâcher la meute, puisque rouler en tête demandait beaucoup plus d’énergie que de rester dans les roues en profitant de l’aspiration. Daniel Oss (BMC) et quelques autres ont essayé de mettre les autres en difficultés, ça ne fonctionnait pas.

Thibaut Pinot a fini par subir un problème technique à l’arrière du groupe de tête. La poisse. Seul FDJ encore dans le coup, il s’accrochait tant bien que mal jusqu’à cet incident. Quand ça ne veut pas sourire… Un membre de l’équipe avait été placé sur le bord de la route avec une roue en cas de crevaisons, seulement pour un souci d’un autre type, il était impuissant. Pinot a dû attendre environ 3000 ans qu’une voiture puisse lui donner un vélo. Quelle horreur ! Il est donc reparti sur son vélo défectueux, a été doublé par plein de coureurs, rejoint par des coéquipiers, mais le vélo de rechange n’était toujours pas là. Le fait d’être loin au classement par équipes, donc que la voiture FDJ se trouve loin dans la file des directeurs sportifs, n’a pas aidé. Vivre cette situation après avoir déjà connu tant de problème les 2 jours précédents lors de la 2e puis lors de la 3e étape, a dû être particulièrement difficile moralement. L’énervement dont il a fait montre est naturel, il a bien fait, gueuler un bon coup, ça calme. Plus tard, les FDJ ont pu rejoindre le groupe de Pierre Rolland, mais ils étaient très loin.

A la sortie des pavés, rien n’était fait, le groupe de tête restait assez dense. Sep Vanmarcke puis Tony Martin ont aussi subi une crevaison, mais ils avaient des équipiers pour les attendre, l’Allemand est reparti sur le vélo de Matteo Trentin. Ils ont pu réintégrer le groupe en revenant dans les voitures.

Dans le groupe de tête, on trouvait encore pas mal de monde, et notamment beaucoup de sprinteurs, mais pas Greipel, qui risquait fort de perdre son maillot vert. Il fallait juste résister à un ultime secteur pavé dont la sortie se trouvait à 13km de l’arrivée… et où Nibali a tenté une dernière offensive vouée à l’échec. Stybar a essayé de faire de même, il a emmené quelques spécialistes dont Degenkolb. Certains leaders ont souffert, mais les écarts semblaient beaucoup trop réduits pour éviter un regroupement. Geraint Thomas roulait en tête pour Froome, il ne restait que 8 hommes à l’avant. Froome a attaqué de façon assez improbable sur la route goudronnée. Ça n’avait pas de sens, il semblait juste vouloir montrer qu’il était fort, mais même avec 8 gros devant, la jonction était irrémédiable.

Ces accélérations ont contribué à augmenter l’écart par rapport au groupe Pinot, seule grande victime de ces pavés où personne ne semble avoir connu la chute. Alexis Vuillermoz (ALM), Pierre Rolland, qui n’a jamais réellement été une menace au général, je ne le compte pas comme victime et Samuel Sanchez ont fini dans ce groupe à 3’23 du vainqueur. Dan Martin encore derrière.

Si quelques rouleurs auraient aimé fuir en solitaire, le vent de face rendait toute initiative impossible. Sauf pour Tony Martin, qui espérait bien prendre le maillot jaune. Sa seconde de retard par rapport à Froome était rattrapable uniquement en partant de loin ou en terminant dans le top 3 afin de décrocher une bonification. Il s’est lancé peu après la banderole des 3 derniers kilomètres. Seuls les coéquipiers de Degenkolb ont roulé pour tenter de le rejoindre, il restait quelques virages et de petits pavés urbains, Stybar a pris soin d’aller bloquer le peloton dans les virages… Bien joué de la part d’Etixx-Quick Step ! Martin a remporté l'étape en costaud et est devenu le 4e maillot jaune différent en 4 jours.

Degebkolb a remporté le sprint du peloton devant Peter Sagan, Greg Van Avermaet (BMC) et Edvald Boasson Hagen (MTN). Nacer Bouhanni (COF) a pris la 6e place, Tony Gallopin la 8e, Bryan Coquard la 10e.

Tony Martin a piégé tout le monde, il a pris le maillot jaune pour la première fois de sa carrière, c’était l’objectif annoncé. En plus, il a remporté l’étape. Cette fois, son équipe a bien joué le coup, elle s’était complètement manquée 2 jours plus tôt en Zélande. Ce coup de malice a empêché les sprinteurs encore présents – donc ni Greipel, ni Kristoff, ni Démare – de se disputer la victoire. Quant aux sprinteurs français qui ont pu s’accrocher, ils n’ont même pas réellement disputé le sprint.

Cette étape n’a causé aucun souci aux favoris, ceci à cause du vent de face. Eole a neutralisé la course. Ce mini-Paris-Roubaix a donc rien donné, ou presque. Il aurait fallu de la pluie et pas de vent, ou alors orienté autrement, ça aurait pu permettre de jeter un pavé dans la mare en mettant la panique au sein du peloton, en redistribuant les cartes. On a principalement eu la confirmation de la déveine de la FDJ (Pinot aurait probablement pu s’accrocher jusqu’au bout sans son problème de dérailleur). Remarquons tout de même que Barguil a été très bon.

Je suis sûr que Froome est très content d’avoir pu laisser le maillot jaune à un autre, et avec lui la responsabilité de réguler la course. Les autres maillots n’ont pas changé d’épaules, même si le vert de Greipel aurait pu revenir à Sagan, ça s’est joué à 7 points.

Par contre, Nibali combatif du jour. WTF ?!?! Lui et son équipe ont juste tenté quelques escarmouches, principalement sur les pavés, aucune n’a rien donné, il s’agissait systématiquement de pétards mouillés.

Les 3 prochains jours devraient être moins difficiles, il s’agit d’étapes pour sprinteurs. Ça tombe bien, le peloton a DEJA besoin d’étapes de transition pour récupérer de ces premières étapes encore plus dures que prévu.