• Etape 8 : le jour de gloire est – enfin – arrivé.

Rennes - Mûr-de-Bretagne (181,5km)
Non-partant : Luca Paolini (KAT), pris par la patrouille… à la cocaïne.

Etape_8.jpg Il faisait chaud, voire très chaud, l’étape était promise à un puncheur plus qu’à un sprinteur en raison de son arrivée au terme d’une ascension de 2km. De surcroît, il s’agissait d’une veille de clm par équipes… Autrement dit, les équipes de sprinteurs et celles de leaders n’allaient pas être très intéressées pour mener la chasse. Si une échappée suffisamment conséquente se formait, elle avait des chances d’aller au bout. Mais en fait, non. Si les cadors du Tour avaient tout intérêt à ce que leurs équipiers gardent un maximum de forces en vue de l’épreuve de dimanche, certaines équipes ont tout de même décidé d’empêcher les baroudeurs de se disputer la victoire.

En effet, s’il y a eu pas mal de mouvement au départ, seuls 4 hommes ont finalement pu s’extraire du peloton, d’abord Sylvain Chavanel (IAM) et Bartosz Huzarski (BOA), puis Romain Sicard (EUC) et Pierre-Luc Périchon (BSE). L’équipe Lotto-Soudal a décidé de rouler suffisamment pour que l’écart ne dépasse pas les 3’, ceci dans le but de défendre les chances de Tony Gallopin, cité parmi les favoris pour le gain de l’étape.

En ralentissant, le quatuor de tête a obligé le peloton à faire de même. Par conséquent, l’écart a augmenté, insuffisamment toutefois pour donner aux échappés une réelle chance de l’emporter. Leur marge a d’ailleurs rapidement retrouvé des proportions très réduites, de l’ordre de 2’.

Le Col du Mont Bel-Air (4e C.) aurait pu être un vrai col il y a quelques centaines de milliers d’années, ce n’est plus le cas. Ceci dit, le public y était aussi nombreux que dans les Alpes ou les Pyrénées, voire plus. Sicard a pu tranquillement y prendre le point sans être inquiété par ses partenaires de balade. Quelques kilomètres plus loin, le sprint intermédiaire a en revanche été très disputé entre Périchon et Huzarski. Le représentant de l’équipe bretonne a tenu à remporter ce sprint… et la prime de 1500 euros. A l’avant du peloton, on s’est aussi battu, là aussi à 2, André Greipel (TLS) a dominé John Degenkolb (TGA). Mark Cavendish (EQS) est passé ensuite, Peter Sagan (TCS) n’y est même pas allé alors que le maillot vert lui tendait les bras en fin d’étape.

D’apparence anodin, ce sprint intermédiaire ne l’a pas été tant que ça : un groupe assez important a poursuivi son effort quelques temps. Certaines équipes, en particulier les nombreux Europcar et les Bretagne-Séché, présents en nombre, ont essayé d’insister. Il restait 70km, et Sagan était dans le lot. Du coup, l’équipe Sky a roulé pour protéger le maillot jaune. Le quatuor a été repris, mais on a contre-attaqué avec Lars Boom (AST), Michal Kwiatkowski (EQS), Pierre Rolland (EUC) et d’autres. Mais au sein du peloton, trop d’équipes avaient intérêt à ce que ce groupe ne parte pas. Un Cannondale-Garmin a roulé en tête, les Lotto-Soudal étaient prêts à le faire, ils attendaient les consignes, mais dans la mesure où Lars Bak était à l’avant, ils ont laissé faire les autres.

De nouveaux contres ont été tentés dont un avec Michal Golas (EQS), Lars Bak et Bartosz Huzarski. Les 2 Polonais et le Danois ont réussi à creuser un écart, derrière eux un groupe restait intercalé tandis que les sprinteurs présents à l’avant se relevaient. C’est pourquoi la Cannondale-Garmin s’est retrouvée seule à faire le travail pour le peloton.

Le trio a bataillé pour conserver 30" d’avance malgré la mise en route du peloton. L’équipe Tinkoff-Saxo, celle d’Alberto Contador et de Peter Sagan, a fini par prendre la tête pendant que 3 coureurs allaient à terre, Damien Gaudin (ALM), Nicolas Edet (COF) et Merhawi Kudus (MTN). Les Astana ont aussi décidé d’accélérer, il restait 10 bornes, Huzarski a été repris, les 2 derniers tentaient encore d’y croire, ça s’est terminé quelques minutes plus tard. Plusieurs formations ont alors pris les choses en main à tour de rôle. La BMC semblait la plus motivée, elle a soudain débuté un petit contre-la-montre par équipe, ce qui a fait renoncé pas mal de sprinteurs et de concurrents incapables de gagner. Ils ont lâché l’affaire pour finir tranquillement.

Ça roulait extrêmement vite en tête, si bien que l’écrémage s’est fait un moment avant le début de la montée finale, et d’autant plus quand IAM, Tinkoff-Saxo puis Sky y sont allés de leur accélération. Le peloton était déjà très étiré au pied de la côte de Mûr-de-Bretagne. Mieux valait être déjà bien placé pour avoir une chance. La première attaque a été lancée par Alexis Vuillermoz (ALM). Adam Yates (OGE) a pu le suivre, de même que Simon Geschke (TGA).

Froome a personnellement répondu en menant en tête de peloton pour rejoindre ce trio. Le Britannique en a alors remis une couche en tête de peloton… Une attaque en tête. Ça frise le ridicule ! On n’attaque pas au train en tête de peloton sur une ascension si courte ! Le maillot jaune a en quelque sorte serti d’équipier de luxe à Alexis Vuillermoz (ancien vététiste), dont la seconde offensive a été la bonne. Il a lâché tout le monde. Il restait environ 700m. Le replay permis de parfaitement se rendre compte de l’opportunisme et de la vivacité d’esprit du Français. Froome lui a servi de rampe de lancement. Au taquet, le Britannique a effectué sa grosse accélération en tête, et quand il s’est remis sur sa selle pour demander un relais ou évaluer la situation, Vuillermoz a contré.

Derrière, Vincenzo Nibali (AST) explosait ! Dans la roue de Froome, tout le monde se regardait. Seul Dan Martin (TCG) a ensuite pu s’extraire du peloton pour tenter d’aller chercher le Français, déjà trop loin. En tête du peloton, on s’observait beaucoup trop. Si Froome avait été si fort que son attitude le laissait penser dans un premier temps, n’aurait-il pas remis une mine pour gratter encore quelques secondes ?

La victoire de l’équipier d’AG2R-La Mondiale lance enfin le Tour des coureurs français, en grandes difficultés depuis le début avec un seul podium, celui de… Vuillermoz à Huy. Il avait coché les murs, celui de Huy et celui de Bretagne. 3e en Belgique (et déjà 6e de la Flèche Wallonne), vainqueur cette fois. Il s’agissait clairement d’un profil adapté à ses qualités. Pour mémoire, l’an dernier un autre AG2R avait déjà remporté la 8e étape du Tour, il s’agissait de Blel Kadri.

Dan Martin a franchi la ligne 2e à 5 secondes, puis Alejandro Valverde (MOV) a réglé un groupe de 25 devant Peter Sagan, lequel a pris assez de points pour s’emparer du maillot vert. Notons aussi la 5e place de Tony Gallopin.

Les leaders ont presque tous pu accrocher le premier peloton, néanmoins quelques candidats au top 10 ou à mieux ont lâché des secondes. Ainsi, Vincenzo Nibali a lâché 10 secondes aux autres cadors, de même qu’Andrew Talansky (TCG), Thibaut Pinot (FDJ) a concédé 5 secondes de plus mais n’est plus à ça près, Romain Bardet (ALM) a sérieusement couiné, finissant à 31 secondes de son coéquipier beaucoup plus heureux que lui. Les autres largués qu’on aurait attendus dans de meilleures dispositions avant le Tour ont déjà trop perdu en une semaine pour que leurs difficultés méritent d’être signalées.

Présent avec les meilleurs Warren Barguil (TGA) a fait une bonne opération en passant de la 10e à la 8e place. Gallopin est toujours 4e.

Le contre la montre par équipes creusera-t-il des écarts ? C’est la grande question. Réponse demain.