• Etape 9 : un petit rien pour une grande victoire.

Vannes-Plumelec, contre-la-montre par équipes, 28km.
Pour rappel, dans cette épreuve, le temps de l’équipe est pris au passage sur la ligne de son 5e membre. S’il y a un attardé, on lui compte son temps réel.

Etape_9.jpg La particularité de ce clm était son relief. Ce parcours compte 3 parties en montée dont la Côte de Cadoudal, au sommet de laquelle était jugée l’arrivée. Les 26km d’efforts intenses rendent ces 1700m d’ascension particulièrement difficiles.

Programmer un clm par équipes après plus d’une semaine de course ajoutait de l’enjeu à ce début de Tour. Perdre des équipiers était la hantise des leaders, car cette épreuve nécessite un réel effort collectif, la machine doit être bien huilée, tout le monde doit apporter sa pierre à l’édifice. Si les 9 membres de l’équipe sont toujours là, la rotation va se faire à 9, ce qui permettra à chacun d’être protégé plus longtemps dans les roues et donc d’avoir plus d’énergie à donner à chaque relais. Certaines formations sont plus préparées et spécialisées que d’autres, mais en règle générale, pour espérer être fort, il faut des gros rouleurs. En disposer d’un est un énorme atout pour tirer l’équipe vers le haut et régler le rythme, sachant qu’il faut aussi tenir compte des capacités des moins forts, sinon on risque de les perdre trop rapidement en route.

L’abandon d’un coureur avant le jour du clm par équipes est handicapant. Très handicapant s’il s’agit d’un élément très fort dans l’effort chronométré, moins s’il s’agit du moins costaud de l’équipe. Ainsi, Etixx-Quick Step, Trek et Giant-Alpecin ont perdu très gros avec les chutes de Tony Martin, Fabian Cancellara et Tom Dumoulin, les 3 meilleurs rouleurs du peloton. Ça aurait pu être pire. Prenons l’exemple des Orica-GreenEdge, cités parmi les grands favoris de l’étape avant le carnage qui leur a fait perdre 3 hommes (Gerrans, Albasini et Impey). Partir à 6 dont un salement amoché (Matthews), c’est être condamné à partir dans l’unique but de finir.

Pour réussir un bon chrono, il faut de la qualité individuelle, de la cohésion, de l’homogénéité, et des réglages (qui se font par de l’entraînement et de la répétition, notamment dans les autres courses où cette épreuve existe). Pour réussir un bon chrono, il faut aussi… de la motivation. Si vous n’avez ni la possibilité de remporter l’étape, ni celle de prendre le maillot jaune, ni leader dont il faut défendre la place au général (ou leader largué au général), il est difficile – voire inconcevable ou idiot – de se mettre à plat ventre.

Un public fou, un début de parcours technique, du vent dans le dos sur certaines parties, des côtes… Ce clm n’était vraiment pas simple, il fallait savoir gérer son effort et rester calme.

Chez Astana, Michele Scarponi ne tournait pas avec les autres, ceci dès le début. Assez rapidement, Vincenzo Nibali a fait exploser son équipe en allant beaucoup trop vite. Gruzdek et Taaramae ont explosé en vol avant le premier point de chronométrage intermédiaire où l’équipe a provisoirement pris la tête, mais à quel prix ?

IAM, grâce notamment à Sylvain Chavanel, s’est hissée au sommet du classement provisoire à l’arrivée. A 5 depuis un petit moment, Astana a néanmoins réussi à déloger les Suisses, les devançant de 3 petites secondes. Les formations suivantes, avec les adversaires directs du vainqueur du Tour 2015, n’étaient pas encore toutes parties.

Movistar est resté à 9 très longtemps, ce qui a permis de gagner beaucoup de temps par rapport à Astana, mais après le 2e chronométrage intermédiaire, une grosse cassure s’est formée, les premiers en ont trop mis et ont oublié de regarder si tout le monde suivait. Il a fallu quelques centaines de mètres pour se réorganiser. Comme la plupart des équipes, la Movistar a terminé à 5. Nairo Quintana et Alejandro Valverde figuraient bien sûr parmi ces 5. On peut parler de réussite puisque qu’à l’arrivée, les Espagnols ont pris la première place en améliorant le temps de référence d’Astana de 31 secondes. Néanmoins, cette désorganisation passagère a fait perdre quelques précieuses secondes.

Sans Tom Dumoulin, les Giant-Alpecin de Warren Barguil – maillot blanc par intérim – ont pris cher : 1’32 par rapport à Quintana et compagnie.

Les équipes Sky et BMC sont passées au premier point intermédiaire dans le même temps, 7 secondes meilleur que celui des Tinkoff-Saxo. AG2R-La Mondiale devait limiter la casse. A 6, les Jean-Christophe Péraud, Romain Bardet et autres Alexis Vuillermoz ont parcouru les 28km 1’20 plus lentement que les Movistar. Ils ont donc lâché beaucoup de temps aux candidats à la victoire finale. Ils n’ont pas été vernis puisque Christophe Riblon a crevé très rapidement.

Tinkoff-Saxo, avec Peter Sagan – dans une combinaison verte assez dégueulasse – mais surtout Contador, a aussi été battue par Movistar. De 24 secondes ! On pouvait difficilement s’y attendre ! L’éclat est assez considérable quand on sait qui fait partie de cette équipe.

Sky et BMC allaient faire mieux, les 2 formations restaient sur les mêmes bases au 2e chronométrage intermédiaire. Les Britanniques avaient l’avantage de connaître les temps de passage de leurs adversaires américains. Ces derniers ont fini à 5, comme la plupart des équipes, ils étaient devenus les favoris du jour et ont confirmé en s’installant en tête, mais pour seulement 4 secondes. Sky pouvait faire mieux car Chris Froome était très fort. Ne l’était-il pas trop ? Par moments, il a semblé mettre dans le rouge ses équipiers. Chris Froome, Geraint Thomas, Richie Porte, Leopold König et Nicolas Roche ont terminé… à 62 centièmes de BMC ! Il a fallu que tout le monde encourage Roche pour qu’il ne lâche pas dans les derniers mètres. C’est là que s’est jouée la victoire, ou plutôt la défaite de Sky. Car la victoire s’est sans doute jouée sur la cohésion de la BMC de Tejay Van Garderen, Rohan Dennis (déjà vainqueur du l’autre chrono), Greg Van Avermaet, Samuel Sanchez et Damiano Caruso (les 5 qui ont fini ensemble, Daniel Oss, Manuel Quinziato, Michael Schär et Danilo Wyss ont lâché après avoir donné ce qu’ils pouvaient).

Un écart de 62 centièmes au terme de 28km, c'est ridicule, mais comment mieux illustrer la mécanique de précision qu'est le clm par équipes ?

Froome a gardé son maillot pour 12 secondes. Van Garderen est son dauphin au général. Si les "grands" perdants du jour, sont Contador et Nibali, attendus à meilleure fête, le grand gagnant est en fait Quintana, dont on imaginait qu’il perdrait du temps. Il aurait même dû remporter l’étape sans la désorganisation qui a fait perdre quelques secondes à son équipe.

Un nouveau Tour va débuter après la journée de repos à Pau (le transfert des coureurs en avion a eu lieu très rapidement après l’étape), ville où le Tour a ses habitudes. Les Pyrénées devraient mettre les choses au clair. Quintana me semble très bien, il s’est bien caché et n’a concédé que 2’ à Froome lors de ces 9 premières étapes qui lui étaient défavorables. Il arrive désormais sur son terrain. Le Britannique m’a semblé au contraire beaucoup trop démonstratif, j’ai l’impression qu’il bluffe, veut faire de l’esbroufe pour être craint par ses concurrents afin de les dissuader de l’attaquer. Nibali (déjà à 2’22 de Froome) et même Contador (à seulement 1’03) ont donné l’impression d’être à court de forme (l’Espagnol a fait le Giro, l’a gagné, mais enchaîner est excessivement difficile, personne n’a réussi le doublé depuis 1998, et on sait à quoi fonctionnait Pantani). Van Garderen a beau être 2e, il explosera à un moment ou l’autre en haute montagne.

Ensuite, on trouve les habituels et les potentiels membres du top 10 dont un est peut-être capable d’accrocher un podium. Rigoberto Uran (EQS) est pour le moment le mieux classé (6e à 1’18), je n’y crois pas trop. Alejandro Valverde devrait encore louper le podium s’il fait son taf correctement pour Nairo Quintana, car il devra sans doute se sacrifier, Warren Barguil est à 2’43 (14e), il manque d’expérience, a fait un peu trop d’efforts à mon goût depuis le début, j’ai peur qu’il ne finisse par le payer. Robert Gesink (TLJ) et Bauke Mollema (TFR) devraient se battre pour la place de meilleur Néerlandais, c’est du classique, ils se suivent actuellement à 2’52 et 2’56 de Froome, ils devraient se situer dans la seconde moitié du top 10. Andrew Talansky (TCG) et Mathias Frank (IAM) ont déjà accumulé pas mal de retard (4’17 et 4’32), ils auront du mal à tenir, leur classement dépendra autant du niveau de l’adversité que du leur.

Quant aux Français, hormis la bonne surprise Barguil, ce n’est guère réjouissant. Auteur d’un super début de Tour puisqu’il est actuellement 11e à 2’01, Tony Gallopin (TLS) peut grimper, en revanche il ne peut pas enchaîner les cols, il perdra forcément du temps dans les grandes étapes de montagne. Chez les AG2R Jean-Christophe Péraud est encore dans le coup (à 3’30) mais ne semble pas en grande forme, Romain Bardet (21e à 4’38) est encore plus mal, et si Alexis Vuillermoz est déjà à près de 7’, il apparait comme étant la meilleure carte de l’équipe dans la mesure où il a déjà réussi son Tour avec sa victoire d’étape. Reste à savoir quel rôle lui sera donné en montage, celui du valet, du roi ou du joker. Pierre Rolland (EUC) est déjà à 11’43, ce qui va lui permettre de viser les étapes, voire le maillot à pois, il aura toute latitude pour attaquer de loin. Peut-être pourra-t-il se replacer au général si ça fonctionne.

Reste Thibaut Pinot (FDJ), qui a réussi un très bon clm individuel puis a enchaîné les galères. 8’05 de débours, du temps perdu presque tous les jours, le moral dans les chaussettes… Le 3e du Tour 2014 aura-t-il les ressources morales pour relancer la machine et gagner au moins une étape ? J’y crois. Quand on touche le fond, on ne peut que remonter. Monter est sa spécialité, ça tombe bien !

Pour tout savoir :
http://globulerougeetbleu.lmdfoot.com/index.php?post/2015/07/12/Mecanique-de-precision

Demain, repos. La vie normale va donc reprendre son cours pendant 24h.