• Journée de repos

Pau

Après le transfert en avion la veille au soir, les coureurs ont pu se reposer en roulant moins, en dormant un peu plus, mais ceux sollicités par les médias ont tout de même eu du travail.

Ivan Basso ne devait pas participer à la conférence de presse de son équipe, la Tinkoff-Saxo, pourtant il y a pris la parole… pour annoncer son abandon afin d’aller se soigner chez lui. On lui a en effet découvert une tumeur cancéreuse au testicule gauche lors d’examens médicaux effectués à Pau. Depuis quelques jours, et en particulier depuis un choc sur la c*uille subi à l’occasion d’une chute lors de la 5e étape, il ressentait une douleur. Cette nouvelle a semblé beaucoup affecter Alberto Condador, son leader, que lui-même. Le taux de rémission est de 99%, surtout qu’elle a été décelée très tôt.

Faut-il faire un rapprochement avec le dopage ? Le dopage hormonal est un perturbateur endocrinien, il s’agit donc d’un facteur de risque au même titre que l’exposition aux pesticides, et autres facteurs environnementaux qui, depuis quelques années, provoquent une recrudescence du cancer des testicules, le plus commun chez l’homme jeune (de moins de 40 ans). Or on le sait, Ivan Basso, 38 ans, a été suspendu pour dopage par le passé, il s’agissait de l’affaire Puerto, donc du dopage sanguin, mais on le sait, le dopage sanguin est généralement accompagné de la prise d’autres produits (il a aussi couru avec GrosBras). L’un est-il la conséquence de l’autre ? On ne peut ni l’affirmer, ni l’exclure.

  • Etape 10 : the Sky is sans limite.%%

Tarbes-La Pierre-Saint-Martin, 167km.
Pyrénées, 1ère arrivée au sommet du Tour (hors-catégorie).
Non-partants : Ivan Basso (TCS), Lars Boom (AST).

Etape_10.jpgJe ne comprends pas ce qui se passe sur ce Tour de France : tous les jours, une échappée part, mais jamais à plus de 5. Et encore, 5, c’est arrivée une seule fois, généralement c’est 4. Surtout, elle part très tôt et il n’y a pas de baston pour être à l’avant. Sur du plat archi-plat, on sait que les sprinteurs vont faire le nécessaire, donc on peut comprendre que les volontaires soient peu nombreux. Mais là, dans une étape assez courte un lendemain de journée de repos, quand il y a 4 petites difficultés de 4e catégorie avant un grand col pour finir l’étape au sommet, voir un homme seul partir au bout de quelques kilomètres après une début d’étape très peu animé (Thomas Voeckler et quelques autres ont essayé) et n’être rejoint – au bout d’un long moment – par un seul compagnon de route lancé en chasse-patate, ça n’a pas de sens ! On aurait dû voir un groupe de 15 prendre la fuite suite à une heure d’attaques, de contre-attaques et de relances incessantes !

Pierrick Fédrigo (BSE) aime la région, et en particulier Pau, où il a gagné plusieurs fois. La journée de repos a dû lui donner des idées, il a attaqué… et s’est retrouvé seul avec une grosse avance sur le peloton. Seul jusqu’au moment où il a décidé de laisser Kenneth Vanbilsen (COF) le rejoindre après l’avoir laissé galérer 1’ derrière lui pendant un bon moment. La jonction a eu lieu à peu près au 45e kilomètre. Le Belge a pu recoller à temps pour prendre le point de la Côte de Bougarber (4e C.), puis de la Côte de Vieilleségure (4e C.). Le peloton leur a laissé près d’un quart d’heure de marge… Il n’avait aucune raison de craindre ce duo.

Compte tenu du scénario, assister à une course de côte semblait inévitable. Ou comment gâcher un 14 juillet. C’était le jour idéal pour avoir un feu d’artifice avec 15 à 20 hommes de 12 à 15 équipes différentes qui auraient roulé pendant 100 bornes avant de s’expliquer dans l’ascension finale. On aurait eu 2 courses, celle pour la victoire d’étape (et le maillot à pois) entre les meilleurs grimpeur du groupe de tête, et celle pour le général entre les cadors du peloton.

A la place, on a eu droit à une journée de m*rde en attendant la montée finale. En plus de s’ennuyer ferme, on a eu à déplorer la chute de Warren Barguil (TGA), tombé assez gravement à environ 85km de l’arrivée, victime d’un bidon ou d’une musette qui trainait sur la route à la sortie du secteur de ravitaillement. Il s’est vrai très mal au genou en chutant sur son côté droit, on a cru à un abandon immédiat, il est tout de même reparti, mais bien amoché. Il a pris beaucoup de retard par rapport à un peloton emmené par la Movistar de Nairo Quintana, dont il semblait être le principal rival – c’est tout relatif – dans la lutte pour le maillot blanc. Ceci dit, Movistar avait surtout intérêt à durcir la course et à se rapprocher du duo de tête afin de jouer à la fois la victoire (de Nairo Quintana ou d’Alejandro Valverde) et de préparer l’explication entre favoris.

Barguil a pu réintégrer le peloton grâce à l’aide d’un équipier, de la voiture médiale et du flot des autres véhicules. Quelques minutes plus tard, Thomas Leezer (TLJ) est tombé à son tour, il s’est fait mal au nez semble-t-il.

Il faisait très chaud, ça roulait déjà vite, les 11’ d’avance dont disposait encore le duo de courageux à 50km de l’arrivée allaient à l’évidence fondre progressivement comme la neige au printemps. Les FDJ ont alors rejoint les Movistar pour accélérer le train en tête du peloton. Thibaut Pinot se sentait-il ragaillardi par la journée de repos ? L’écart s’est mis à fondre non plus comme neige au printemps mais comme neige dans une casserole posée sur le feu. Environ 1 minute de moins par tranche de 3,5km.

Le sprint intermédiaire n’a pas été disputé par les hommes de tête, Vanbilsen a pris les points et les primes des grimpeurs, il a fort logiquement laissé Fédrigo prendre ceux du sprint. Derrière, les hommes de John Degenkolb ont envoyé du lourd, ils n’ont rien pu faire contre André Greipel, passé devant Mark Cavendish, John Degenkolb, Marcel Sieberg (qui a poursuivi son effort pour favoriser le dessin de son leader chez Lotto-Soudal) et Peter Sagan (TCS). Le Slovaque a donc perdu son maillot vert au profit de celui à qui il l’avait pris samedi.

Vanbilsen a pris le point de la Côte de Montory (4e C.). C’était prévu. Le peloton était alors déjà revenu à moins de 6’ et le plus dur s’annonçait pour bientôt. La route monte déjà bien avant le début de l’ascension finale telle qu’elle est reconnue officiellement dans le road book. Tous les ambitieux se préparaient en se replaçant à l’avant en prévision du déclenchement de la guerre. Le sort des échappés ne faisait aucun doute, il leur restait à peine 2’30 de marge au pied.

Riblon et Gastauer (malade) ont été parmi les premiers lâchés, les sprinteurs et les équipiers non-grimpeurs ont bien sûr lâché l’affaire. Daniel Teklehaimanot (MTN), porteur du maillot à pois, a également été largué. Rui Costa (LAM) a aussi rendu les armes, tout comme Daniel Navarro (COF).

Désormais seul en tête sans avoir eu besoin d’attaquer, Fédrigo allait bientôt voir revenir un peloton mené à grande vitesse par le train de la Movistar. Ce train a fait des victimes imprévues : Dan Martin et Andrew Talansky (alors que leur équipe, Cannondale-Garmin, avait roulé pendant un moment), Wilco Kelderman (TLJ), et surtout Romain Bardet (ALM) ! Thibaut Pinot est passé par la fenêtre un peu plus tard, encore très loin du sommet. Lui aussi avait fait bosser son équipe. Jean-Christophe Péraud a été le suivant. La forte chaleur et la journée de repos ont manifestement fait des dégâts.

Robert Gesink (TLJ) a été le premier à attaquer en tête de peloton, il restait plus de 11km, personne n’a répondu, Movistar a continué à rouler à la même vitesse. Fédrigo a bien sûr été repris et distancé très vite. Rafael Valls (LAM) a alors décidé de partie en chasse. On n’était pas au bout de nos surprises : Vincenzo Nibali (AST) a craqué à plus de 10km du sommet, de même que Mathias Frank (IAM), Rigoberto Uran (EQS), Alexis Vuillermoz (ALM) et quelques autres, dont Joaquim Rodriguez (KAT). Il ne restait plus qu’une grosse vingtaine de concurrents à l’avant. Pierre Rolland (EUC), Tony Gallopin (TLS) et Warren Barguil étaient les derniers Français à résister.

Valls a rejoint Gesink, le duo possédait moins de 30 secondes d’avance par rapport au groupe de tête désormais conduit par 3 Sky devant Froome, obligé d’assurer son rôle de maillot jaune. Le Néerlandais n’a pas dû apprécier la compagnie, il a vite lâché l’Espagnol. Etre lâché, c’est aussi ce qu’ont vécu Warren Barguil et Rafal Majka (TCS), plus capables de tenir le rythme du groupe d’un groupe de tête de moins en moins fourni. Alejandro Valverde a alors attaqué. On pouvait imaginer une stratégie de harcèlement menée par les Movistar, seulement ils n’étaient plus que 2 contre 3 Sky. Le champion d’Espagne n’a pu prendre le large, il a très rapidement été repris, Geraint Thomas assurait un gros travail pour son patron.

Au sein du groupe de tête, on s’observait de plus en plus, Froome ne semblait pas dans une forme si fantastique, a posteriori on peut parler de comédie, de coup de bluff à la GrosBras. Pour le coup, Contador était vraiment à la rupture, il a craqué avant la plupart des autres. Ils n’étaient plus que 3 en tête, Porte, Froome et Quintana, toujours dans la roue du maillot jaune. Un peu plus loin, Tejay Van Garderen (BMC) tentait de s’accrocher aux branches avec Gesink, doublé…

Mon impression était donc fausse, Froome a soudain mis une énorme accélération pour partir seul. Un vrai sprint en danseuse avant de s’assoir sur sa selle pour mouliner… façon GrosBras. Mais aussi façon Froome, puisqu’il avait fait de même au Ventoux il y a 2 ans pour remporter le Tour. Quintana n’y est pas allé de suite, il a amorti pour revenir progressivement. Pour essayer…

Pierre Rolland a fait une super montée, il a repris Van Garderen qui, il est vrai, ne parvenait pas à rester dans la roue de Gesink. Disons-le clairement, c’était n’importe quoi. Les écarts en train de se creuser à tous les étages étaient hallucinants.

Un groupe Van Garderen, Valverde, Rolland et Thomas s’est formé dans la montée, seul l’Américain roulait. Mais Froome était en train de faire une GrosBras en plus impressionnant. Il tournait les jambes à une vitesse inimaginable, pour ne pas dire totalement inhumaine. Et comme ça ne faisait naître les soupçons que chez une partie trop modeste des spectateurs, téléspectateurs et observateurs, Porte est revenu sur Quintana… Adam Yates (OGE) et Tony Gallopin sont revenu sur le groupe de Rolland, qui a alors essayé de contrer. Mais pendant ce temps, Froome continuait à accélérer.

Les Sky ont été inhumains. J’ai choisi ce mot après mure réflexion car cet adjectif qualificatif est le plus approprié. Froome n’était même pas fatigué à l’arrivée. Porte a bien sûr attaqué Quintana pour prendre la 2e place à 59" du grand triomphateur, le Colombien lâchant 4 secondes supplémentaires. Les suivants ont franchi la ligne en solo ou par petites grappes : Gesink à 1’33, Valverde et Thomas à 2’01. Rolland a fini meilleur français en 8e position juste derrière A. Yates (à 2’04), Gallopin 9e (à 2’22). Van Garderen a craqué, 10e, devant Contador, respectivement à 2’30 et 2’51. Malgré sa chute, Barguil a limité les dégâts (3’19). Il y a en effet bien pire, Mollema (TFR) a mangé 4’09, Nibali 4’25, Frank 4’44, Péraud à 5’38, Uran 5’54. Bardet et Pinot ont lâché l’affaire : 8’50 et 10’03. De tels écarts sur une montée sèche, même dans des conditions météo particulières, j’ai bien du mal à les expliquer !

Après une telle démonstration individuelle et collective de Sky, auteur d’un improbable doublé assaisonné d’une 6e place (Porte et Thomas ayant énormément fourni d’efforts pour mener le peloton dans l’ascension finale), comment voulez-vous ne pas être soupçonneux ? Surtout que la Sky a un comportement bien étrange, elle est venue avec des motor-homes qui occupent l’intégralité du parking des hôtels où loge l’équipe. Officiellement c’est le staff qui y dort car l’UCI a interdit leur utilisation par les coureurs. Le mystère règne néanmoins sur ces locaux mobiles, on ne sait pas du tout ce qui s’y passe, tout est très obscure, comme s’ils avaient des choses à cacher. D’où énormément de rumeurs. Et comme l’UCI ne fait rien pour favoriser la transparence, la situation risque de pourrir. Il semble par exemple n’y avoir aucun contrôle des vélos, sans doute que dans quelques jours 2 ou 3 experts seront dépêchés sur le Tour pour symboliquement introduire du matériel de coloscopie dans le cadre de 2 ou 3 bicyclettes. Trop tard ! On aurait dit que Froome faisait du vélo d’appartement, c’était le moment où jamais pour s’assurer de la non-utilisation du fameux moteur électrique, ce dopage mécanique indétectable… dans les urines ou le sang. Le soupçon sera donc éternellement permis.

Au général, c’est la fête au village ! Froome à 2’52 d’avance sur Van Garderen, 3’09 sur Quintana, 4’01 sur Valverde, on retrouve Thomas et Contador juste derrière (à 4’03 et 4’04). Gallopin est toujours 7e (à 4’33) mais ça ne durera pas, d’autant que Gesink le talonne de près. Barguil est 9e à plus de 6’, Nibali est relégué au 10e rang à près de 7’, Mollema et Uran sont dans les mêmes eaux, puis on arrive vite à des retards énormes. Péraud est à 9’18… On retrouve Vuillermot, Bardet, Rolland, Talansky et Pinot entre la 20e et la 27e places (13 à 18’ de retard). Pour être clair, s’il termine le Tour, Froome le remportera, sauf cataclysme improbable. Il faudrait qu’il explose complètement ou commette de grosses erreurs. Ce n’est tout simplement pas imaginable en l’état. Surtout que, compte tenu du sens tactique légendaire des Movistar, on a peu de chance de les voir lancer de grandes offensives intelligentes et efficaces. Au mieux ils s’attaqueront à Van Garderen, au pire ils se contenteront de défendre la 2e place de Quintana, voire la place de Valverde, qui peut aussi viser le podium.

Froome est plus que jamais maillot jaune.
Greipel est de nouveau maillot vert.
Froome a profité de l’ascension finale pour décrocher aussi le maillot à pois, il sera porté par Porte, 2e du classement. Ça fait rêver…
Quintana portait déjà le maillot blanc en tant que 2e meilleur jeune derrière Sagan, il est maintenant officiellement en tête et donc véritable maillot blanc.
Enfin, la blague quotidienne du jury du combatif du jour : Vanbilsen a été élu au détriment de Fédrigo. Allez comprendre…

Mon enthousiasme concernant ce Tour est retombé à une vitesse vertigineuse… A peine plus lente que celle de Froome dans l’ascension vers La Pierre-Saint-Martin. Heureusement, demain sera un autre jour à défaut d’être un autre Tour.